Leggiadria est un terme italien signifiant grâce, beauté, élégance, dans leur aspect global, provenant avant tout de la proportion harmonieuse des parties : des mouvements, des actions, du port, des formes, du style, des images, et cela aussi en art. Une autre définition est celle de légèreté. Ce nom féminin viendrait de l'ancien provençal leujairia (légèreté), issu du latin populaire leviarius (léger), avec le même sens que le mot latin classique levis, dont il est issu. L’adjectif leggiadro voudrait dire charmant ou gracieux, avec leggiadra au féminin.
L’évolution de ce mot, au long des siècles, est intéressante. Au Moyen-Âge, il est en particulier en usage dans la poésie amoureuse. Il désigne une beauté plus que gracieuse, féminine, mais aussi animale, suivant des lois implicites naturelles. Certains évoquent un point d’équilibre de tension entre le naturel et l’artificiel, entre la beauté spontanée et celle qui est étudiée. Dans Del dialogo del firenzuola fiorentino della belleza delle donne, intitolato Celso, Agnolo Firenzuola (1493 – 1543) écrit : « La leggiadria n'est rien d'autre, comme certains le disent et comme le montre la force même du vocable, que l'observance d'une loi tacite, faite et promue par la nature pour vous, les femmes, pour que vous mouviez, portiez et agenciez toute votre personne, ainsi que chacune de ses parties, avec grâce, avec modestie, avec mesure et avec galbe, afin qu'aucun mouvement, qu’aucune action ne soit sans règle, sans mode, sans mesure, sans dessein… » [La leggiadria non è altro, come vogliono alcuni, e secondo che mostra la forza del vocabolo, che un'osservanza d'una tacita legge, fata e promulgata dalla natura a voi donne, nel muovere, portare e adoperare così tutta la persona insieme, come le membra particolari, con grazia, con modestia, con misura, con garbo, in guisa che nessun movimento, nessuna azione sia senza regola, senza modo, senza misura o senza disegno…] Envisagé de cette manière, ce terme me semble peut-être plus intéressant que celui de sprezzatura, dans la mesure où il explique en partie le je-ne-sais-quoi, dont il est question dans un autre chapitre de ce livre, et parce qu’il n’implique aucun travail mais simplement une intelligence innée de la beauté naturelle, un savoir-jouer, à la manière d’une danse, se laisser porter intelligemment par celle-ci, d’avoir de la mesure, de savoir mesurer, équilibrer le naturel et l’artificiel, d’avoir cette grâce décrite par le comte Hannibal Romei (152. – 1590) comme « une certaine facilité & agilité que le corps a pour obéir à l’âme. » [La Semaine, ou Sept journées du Conte Hannibal Romei, gentilhomme ferrarais : auxquelles entre Dames & Chevalier discourant, se traite des matières contenues en la Page suivante. Avec la réponse sur toutes les difficultés qui se peuvent proposer en semblables matières. Traduit d’italien en français par le sieur Du-Pré, Gentilhomme Normand, Paris : Gilles Robinot. 1595.] Cet équilibre est celui de la nature même. Dans Architettura (Florence : Torrentino, 1550, VI, 2), traduction du De re ædificatoriade de Leon Battista Alberti (1404 – 1472), en français L'Art d'édifier, Cosimo Bartoli (1503 – 1572) traduit en italien le terme latin uenustas par leggiadria : « La beauté est un certain accord et une concordance des parties, quelle que soit la chose où ces parties se retrouvent, cette concordance étant obtenue par une mesure, par un ordre et par un emplacement déterminés, à savoir la leggiadria, laquelle est le principal but recherché par la nature [La bellezza è un certo consenso, e concordantia delle parti, in qual si voglia cosa che dette parti si ritrovino, la qual concordantia si sia avuta talmente con certo determinato numero, finimento, e collocatione, qualmente la leggiadria ciò è, il principale intento della natura ne ricercava.]
En 1598, Jean de Tournes (1539 – 1615) traduit leggiadria par « élégance », dans le fameux Galateo (1558) de Giovanni Della Casa (1503 – 1556) : « L'élégance [leggiadria] n'est en quelque sorte rien d'autre qu'une certaine lumière qui se dégage de la convenance des choses qui sont bien composées et bien divisées les unes avec les autres et toutes ensemble : sans cette mesure, le bien n'est pas beau, ni la beauté plaisante. »
Par la suite, l’utilisation de ce terme change pour balancer davantage vers l’entregent, la mesure consistant alors à cacher l’intimité, à appliquer une distance entre soi et la vie civile. La légèreté impliquée par ce mot n’est plus dans l’équilibre entre le naturel et l’artificiel, mais devient l’expression d’une distanciation, voire d’une dissimulation dans le théâtre de la mondanité. Il semblerait qu’aujourd’hui ce mot soit plutôt désuet et renvoie souvent à une élégance affectée. Pourtant, il est à redécouvrir, car il allie des éléments importants de l’élégance : la légèreté, le naturel, l’artificiel et l’équilibre entre eux : la mesure.
