Le patrimoine parisien vu par LVMH : La Samaritaine…

Qui tacet consentire videtur (Qui se tait est présumé consentant).

Dans l’article intitulé La place Vendôme à Paris j’explique comment deux hôtels particuliers de la place Vendôme datant du début du XVIIIe siècle sont en train d’être saccagés de l’intérieur. Dernièrement je me suis aperçu que ces immeubles appartiennent à LVMH, un groupe soi-disant français mais international, premier dans le secteur du luxe. Sur une bâche de ce chantier de la place Vendôme (photographie ci-dessous) est inscrit en gros : « Ici, LVMH réalise les travaux de rénovation d’un immeuble classé au titre des Monuments Historiques ». C’est vraiment prendre les gens pour des imbéciles. C’est vrai que ces bâtiments sont classés, mais il ne s’agit pas du tout d’une rénovation. Comme je le dis dans l’article, notamment 2565 m2 de plancher vont être supprimés et 2086 m2 créés, tout cela sur une superficie de terrain de 736 m2.

Pour la Samaritaine, rachetée aussi par LVMH, l’autorisation de la mairie (voir ici :  pages 1, 2 et 3) et le permis de construire (voir article intitulé Destruction de la Samaritaine) ne parlent pas de rénovation mais de « restructuration ». La préfecture de police appelle cela de la « reconstruction », de la « réhabilitation » et même de la « restauration ».

D’abord il est nécessaire de savoir que l’ensemble des bâtiments de la Samaritaine était constitué de plusieurs magasins. Le plan ci-dessous (source Wikipédia) les délimite clairement.

Le magasin 1 était celui des débuts de la Samaritaine en 1870. Lorsque LVMH rachète en 2001 l’ensemble il détruit entièrement cette partie ne gardant que les façades. Le lieu constitué de plusieurs immeubles anciens, a été évidé complètement. Les bâtiments ont été démolis exceptés les murs donnant sur rue. De l’extérieur cela ne se voit pas comme on le constate sur les photographies ci-dessous, mais à l’intérieur la pierre a été remplacée par du béton. La destruction de cette partie est sans doute la pire. En 2002 le lieu constituant autrefois le magasin 1 fut loué à des enseignes internationales et à des activités de bureau.

La photographie ci-dessous montre le magasin 1 vue des quais de Seine à gauche et de la rue de Rivoli à droite.

Je n’ai pas fait de recherche sur le magasin 3.

Au niveau du magasin 4 les immeubles du XVIIe siècle du 2 au 6 rue Baillet furent supprimés en décembre 2013 malgré un recours juridique déposé contre le permis de construire accordé au groupe LVMH en 2012. Ce recours a été déclaré recevable le 24 février 2014 par le Conseil d’État. Cependant tout cet ensemble a été rasé, dont la partie datant de 1852, quelques jours après cette décision. Même les bâtiments attenants à ce magasin 4 ont été en partie détruits.
Le permis de construire sur les magasins 4 et 2 fut annulé le 13 mai 2014 par le tribunal administratif de Paris, décision confirmée le 5 janvier 2015 par la cour administrative d’appel de Paris. Le 19 juin 2015, le Conseil d’État passant outre tout cela, en véritable despote, a validé le projet de LVMH. Le chantier reprit en août 2015. Les plans dévoilent que les façades et certaines parties du magasin 2 vont être conservées. J’ai consulté à la direction de l’urbanisme de la mairie de Paris les plans de ce chantier.

Rappelons que LVMH est le groupe de l’industrie du luxe ayant le plus important chiffre d’affaires au niveau mondial. Que son dirigeant Bernard Arnault était en 2015 la seconde plus grosse fortune de France. Rappelons aussi que la Samaritaine se situe en face du plus vieux pont de Paris, au cœur de la capitale. C’est donc un endroit précieux qui aurait mérité plus de respect de la part d’une entreprise et de son dirigeant dont l’activité est basée sur un patrimoine français dédié à l’excellence.