… La bonne grâce

Ne trouvant pas d’éditeur pour publier mon livre sur la Poétique de l’Élégance et n’ayant pas les moyens de l’auto-éditer, notamment de le diffuser, je continue d’écrire sur ce sujet sur mon blog, complétant ainsi mon livre avec de nouveaux chapitres et ajouts. Si vous êtes un éditeur, n'hésitez pas à me contacter.

Un des ouvrages les plus anciens sur l’art d’être un honnête homme est sans doute Le Philosophe de court de Philibert de Vienne (Lyon : Jean de Tournes, 1547). Il devance les écrits d’Antoine Gombaud, dit le « chevalier de Méré (1607 – 1684) qui sont indispensables à lire pour quiconque s’intéresse à ce sujet, voire à cette pratique. Le philosophe de court (le terme « court » s’écrit aujourd’hui  « cour ») s’inscrit dans la Renaissance française du XVIe siècle.

Au Moyen-Âge, la civilité se propage dans les cours des seigneurs à travers l’art d’aimer : la fin’amor, l’amour courtois. L’apprentissage de la civilité (de la civilitas latine) se fait par l’amour. Celui-ci enseigne tout, notamment la vertu. Chez Philibert de Vienne, l’art courtois, la courtoisie, devient une philosophie dont l’expression est la vertu. La courtoisie se métamorphose en philosophie, car se centrant sur l’héritage antique. Cette vertu, l'auteur la divise en quatre parties principales : la prudence, la justice, la magnanimité et la tempérance qui sont, pour lui, les quatre sources de l’honnêteté. D’elles naissent les règles de bienséance : le principe du décorum (Decorum generale). Il écrit : « Des quatre vertus, que nous avons traitées, sont les causes dont sort l’honnêteté, que nous disons aussi civilité. De laquelle civilité proprement ordonnée, & selon les circonstances telles que nous dirons, accommodée, l’on voit naître la bonne grâce, que Cicéron ès [dans ses] Offices [son ouvrage intitulé De Officiis] appelle Decorum generale. […] Et à fin que l’on entende la différence entre civilité, & bonne grâce : toutes les actions yssans [sortant] des vertus susdites, sont civiles, mais elles ne conviennent pas bien à toutes personnes : car il faut digérer, & modérer l’usage des actions, selon les circonstances. Cette convenance & bonne grâce vient de civilité & honnêteté dont nous connaissons que rien ne doit à la rigueur être dit de bonne grâce, s’il n’est honnête : & l’honnêteté se doit mesurer, selon nos vertus ci-dessus déclarées. »

Merveilleuses & merveilleux