
Ars est celare artem. Si l’art consiste à cacher l’art, comme la nature qui est le meilleur artiste mis à la disposition de nos sens, âme comprise, et donc suscitant le sentiment, face aux grands maîtres anciens de la peinture, j’aimerais que l’on me donne des clés de lecture qui ne consistent pas simplement à m’informer sur la vie du peintre mais à me faire découvrir sa tékhnê : quelles sont ses techniques permettant cette harmonie et ce sentiment. Les néophytes et chercheurs de merveilles, comme moi, ont besoin de cela, d’aller en deçà du sentiment, ante (avant) lui. Les expositions d’œuvres et d’artistes anciens que je parcours ne vont jamais dans ce sens.
Cet adage, Ars est celare artem, rejoint l’idée antique des arts comme imitation de la nature. Pour réussir à toucher le sentiment de celui qui contemple une œuvre, l’artiste a besoin de connaissances harmoniques, de techniques, d’élégance, de savoir-faire et d’un esprit tourné vers la grandeur. Bien que la technique s’efface pour accéder directement au sentiment, dans tout cela il n’y a rien de secret, et c’est ce dont j’aimerais m’entendre instruire.
Si ce genre de description des tableaux n’est pas présente, non plus, dans l’exposition Jean-Baptiste Greuze : L’enfance en lumière (au Petit-Palais de Paris jusqu’au 25 janvier 2026), celle-ci nous permet, tout de même, de contempler de nombreuses œuvres du peintre. Mais je trouve difficile de les apprécier sans plonger dans le XVIIIe siècle. Par exemple, ses œuvres exposées au musée Cognacq-Jay, lieu entièrement consacré à ce siècle, sont mises davantage en valeur, car Greuze était un peintre véritablement dans son temps, au milieu des artistes et des êtres humains de son époque qui n’étaient pas tout à fait les mêmes qu’aujourd’hui où nous sommes véritablement devenus des mutants, des êtres gorgés de pollutions multiples.
De même, les enfants du XVIIIe n’étaient pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui. On les emmaillotait dans leur plus jeune âge, ne les sexualisait pas ensuite (filles et garçons étaient habillés indifféremment), puis les éduquait ou les faisait travailler. L’enfant était au centre de la vie sociale. Il était représenté partout au XVIIIe siècle, sous la forme de putti ou d’angelots, car il est le fruit de l’amour et de l’espoir de l’avenir d’une société, comme d’une famille. Prendre soin de leur bonheur, c’est le faire de toute la société, aussi car ils sont dépendants et fragiles. L’enfant est un être à part entière, qui se distingue de l’adolescent, de l’adulte et du vieillard. Tous les âges sont égaux, et on apprend de chaque âge de la vie. Jean-Baptiste Greuze a dessiné les enfants avec beaucoup de délicatesse, faisant voir l’âme de ses modèles, sa lumière, leur appréhension et découverte du monde, ce que celui-ci leur transmet et ce qu’ils lui transmettent.

Photographie ci-dessus : Jean-Baptiste Greuze, Jeune berger tenant un pissenlit dit Jeune berger qui tente le sort pour savoir s’il est aimé de sa bergère, entre 1760 et 1761. Huile sur toile, 72,5 × 59,5 cm. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. CCØ Paris Musées / Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photographie ci-dessous : Jean-Baptiste Greuze, Portrait d'Anne-Geneviève (dite Caroline) Greuze, 1766. Huile sur toile, 41 x 33 cm. Collection particulière. © Collection particulière.

L’exposition Greuze est une des expositions intéressantes de cette rentrée, à Paris et en Île-de-France. Citons aussi : Jacques-Louis David au musée du Louvre, Rosso et Primatice : Renaissance à Fontainebleau aux Beaux-Arts de Paris, Georges de La Tour au musée Jacquemart-André, Chine, Empreintes du passé au musée Cernuschi, L'École de Paris, collection Marek Roefler au musée de Montmartre, Bronzes royaux d'Angkor, un art du divin au musée Guimet, Le comte d'Artois, prince et mécène au château de Maisons-Laffitte, Marie-Antoinette, une reine à Saint-Cloud au musée des Avelines – musée d’Art et d’Histoire de Saint-Cloud, Les Très Riches Heures du duc de Berry avec Une autre histoire de livres d'heures au château de Chantilly et musée Condé, Le Génie et la Majesté : Louis XIV par le Bernin au château de Versailles ainsi que Le Grand Dauphin (1661-1711).
