Le petit-maître

P.-F. Tissot (1768-1854) dans Les Français peints par eux-mêmes (tomes édités entre 1840 et 1842) décrit les habits d’un petit-maître d’avant 1789 : « Pour qu’un jeune homme fut à la mode, il lui fallait un habit de drap fin ou de soie, suivant la saison, qui serrât exactement la taille et les bras, car on avait la prétention de paraître mince ; l’embonpoint sentait la roture, et le ventre était à l’index, comme chose prohibée. L’élégant petit-maître sortait encore un gilet d’une étoffe chinée ou d’un drap chamois, des culottes de sénardine couleur jaune pâle ou gris de lin, des bas de soie à raies longitudinales et variées, des souliers étroits et lustrés à la cire luisante, des boucles d’argent taillées à facettes comme le diamant. L’été, on lui voyait un léger bambou à la main ; l’hiver, il jetait sous son bras gauche un énorme manchon à longs poils soyeux, dans lequel il se serait bien gardé de cacher ses mains quand il se promenait aux Tuileries et au Palais-Royal. N’oublions pas le chapeau de castor qui, pendant un ou deux ans, fut d’une hauteur démesurée. Paris l’avait emprunté aux Hollandais. Je pourrais bien retracer ici ce qu’on appelait le négligé pour une certaine classe de jeunes fashionables du haut parage, auxquels on pouvait appliquer ce trait de Gilbert : / En habit du matin, / Monsieur promène à pied son ennui libertin. / Je me contente de dire que ces dandys portaient alors des pantalons de peau de daim très-fine qui étaient si étroits, qu’on ne pouvait les mettre la première fois qu’avec le secours de deux personnes. De là, un mot plaisant du comte d’Artois qui, jeune, évaporé, se montrait fort attentif à suivre la mode. Son valet de chambre lui présentant un pantalon de cette espèce : " S’y j’y entre, dit-il, je ne le prends pas. " » Le « ton de fausset » est une façon de parler dont les petits-maîtres usent, c'est à dire une voix au registre très aigu et grêle. Ils ont du blanc, du rouge et des mouches au visage.

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