8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 06:58

Quand on se rend dans la petite commune de Chazelles-sur-Lyon (du département de la Loire), qui compte un peu plus de cinq mille habitants, au milieu des magnifiques monts du Lyonnais particulièrement ravissants au printemps, on se demande comment a pu surgir un musée comme celui du chapeau, La Chapellerie Atelier-Musée du Chapeau, aussi bien fourni sur son sujet, alliant tradition et modernité ; tout cela dans un décor d'usine du début du XXe siècle dans lequel a été en quelque sorte fourré, comme dans une pâtisserie, une mise-en-scène contemporaine particulièrement respectueuse du sujet, mais aussi tournée vers une recherche de finesse et de modernité caractérisant la mode française, une sorte d'esprit pratique mélangé à un esprit plus fantaisiste, créatif, voire quelque peu exubérant, thèmes que l'on retrouve dans l'histoire du chapeau.

Photographie de gauche : Haut-de-forme en paille de vers 1820-1830. Cette époque marque les derniers chapeaux très élevés pour les hommes. Voir l'article intitulé Chapeaux très hauts de forme.

Photographie de droite : Boiseries d'une ancienne boutique de chapeaux de la région remontées dans le musée.

Alors comment un tel musée a-t-il été possible ? Je crois que c'est par amour de cet esprit-là, qui depuis des siècles à Chazelles-sur-Lyon a fait vivre toute une communauté. Cet esprit de communauté on le ressent particulièrement profondément dans l'histoire de l'industrie de la mode, dans cette région formée par les départements de la Loire et du Rhône, avec pour ville phare sans aucun doute Lyon, mais aussi une autre plus modeste, Saint-Étienne, et une myriade de petites villes, villages et ateliers-maisons, chacun porteur pendant des siècles d'une flamme constituant le grand feu de joie de la mode, comme une myriade d'étoiles formant une merveilleuse constellation.

Entretenir ce feu de la mode a nécessité une remise en cause continuelle, une adaptation incessante face aux changements, voire aux bouleversements, a exigé d'avoir de l'initiative afin de devancer le mouvement permanent qui caractérise la vie humaine, comme la mode, et même de susciter ce mouvement par l'invention, la création. Mais tout cela ne s'est pas fait d'un coup de baguette magique. Il y eu énormément de travail. Cela se ressent vraiment... Même pour réaliser un tel musée il en a sans aucun doute fallu, et aussi de la motivation. Cette motivation est maintenue aujourd'hui bien sûr par cette mémoire manufacturière du pays mais aussi par d'autres, comme les visiteurs bien sûr, et tous les jeunes modistes qui viennent du monde entier pour participer au concours annuel des Rencontres internationales des arts du chapeau.

Pour cette onzième édition 2016 de ces 'rencontres' le sujet était 'le ruban', un choix s'inscrivant dans un partenariat avec l’exposition sur le ruban qui a lieu en ce moment au Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne dont je parlerai dans un prochain article. Saint-Étienne se trouve à trente kilomètres de Chazelles-sur-Lyon. Il est donc possible de visiter les deux lieux en une seule journée en voiture.

Le musée expose donc un peu plus d'une centaine de couvre-chefs créés pour cette 'compétition' mais aussi fête du chapeau. Les amateurs et professionnels qui regarderont dans les détails y trouveront beaucoup de références, fantaisie et création. Voici quelques photographies que j'ai prises lors de ma visite.

La Chapellerie Atelier-Musée du Chapeau de Chazelles-sur-Lyon c'est aussi une remarquable collection d'éléments rappelant toute la chaîne de production du chapeau de haute qualité, en particulier en feutre, et une autre de chapeaux d'époque jusqu'aux dernières créations contemporaines. À cela s'ajoutent quelques autres de célébrités parfois donnés ou bien obtenus de haute-lutte. Au milieu de tout cela s'intègrent harmonieusement quelques créations contemporaines s'amusant de ce thème... un humour un peu décalé que l'on retrouve dans quelques détails de-ci, de-là.

Enfin il est nécessaire d'ajouter que la vocation de transmission de cet endroit se complète par un petit atelier de production, intégré au musée, dont les chapeaux sont vendus dans le coin-boutique ou faits sur mesure ; ainsi qu'un choix de nombreuses formations (voir ici).

Le charme est aux fondements de la mode... et je crois que ce musée a réussi à me charmer. Il faut ajouter que je suis né dans la région, à Saint-Étienne ; et ai passé mon enfance dans le département de la Loire où se trouve ce musée, dans un village qui subsistait en particulier de la fabrication textile avec de petites manufactures ayant plusieurs métiers, mais aussi de nombreux 'ateliers-maisons' familiaux en possédant un ou deux, parfois plus, et qui fonctionnaient encore. Bon je ne suis plus tout jeune non plus, mais il y existe toujours là-bas deux sociétés de fabrication d'articles de textile mais qui n'ont plus grand-chose à voir avec la mode.

La fabrication de chapeaux par contre est entièrement un métier lié à la mode. À Chazelles-sur-Lyon c'était l'activité principale, presque exclusive de la ville. Dans le dossier de presse on apprend que le premier témoignage écrit d'une présence de chapeliers dans cette ville date du XVIe siècle tout de même ! Une légende raconte même que des chevaliers de Malte, lors de leur passage en 1148, auraient donné l'idée aux habitants de la création du feutre, en constatant que le poil de chameau déposé dans leurs bottes afin d'éviter les meurtrissures, sous l'action du frottement et de la chaleur, donnait une matière non tissée.

Au milieu du XIXe siècle apparaissent les premières usines et une mécanisation de certaines phases de fabrication, avec quelques grandes maisons comme Provost, Ferrier et Fléchet. Dans les années 1930 cette industrie fait vivre toute la ville avec 2 500 ouvriers et 29 fabriques. La Chapellerie Atelier-Musée du Chapeau se trouve dans l'ancienne usine Fléchet bâtie en 1902 et agrandie en 1927 (voir photographies ci-dessous).

Quant aux collections, la plus grande partie des fonds provient de dons de particuliers, collectionneurs, usines de la région, maisons de haute-couture, etc. Le musée suit aussi une politique d'acquisition. Ces collections sont réparties en trois domaines : techniques, mode et textiles.

Les collections techniques sont impressionnantes car balayant l'ensemble de l'activité de production du chapeau de feutre artisanal et industriel, de paille et de mode. De nombreux objets et machines d'époque jalonnent ce parcours qui est un des plus complets au monde. « Seuls les musées de Stockport en Grande-Bretagne et San Jao de Madera au Portugal comprennent des collections comparables. » J'y ai appris par exemple que pour confectionner un chapeau en feutre, le moule est trois fois plus grand que la pièce finale, rétrécissant sous l'action de la chaleur afin d'offrir une matière compacte et imperméable. Voir photographies ci-dessous.

Concernant la présentation de chapeaux anciens, celle-ci commence véritablement vers 1900, avec quelques exemples précédant cette période mais ne donnant qu'une pâle idée de la réalité. C'est le point faible de cette présentation, car assurément il y a aussi auparavant de grandes périodes pour le chapeau féminin ou masculin : entre 1770 et 1830 (Chapeaux de paille, poufs, bicornes immenses, invisibles, hauts-de-forme très hauts, grands chapeaux de femme aux multiples et longs rubans...), au XVIIe siècle (larges couvre-chefs masculins avec une ou plusieurs plumes) et au XVe siècle (hennins, coiffes à cornes, chapeaux turbans...) par exemple. Et s'il nous reste sans doute que peu de chapeaux de ces périodes, les documents iconographiques d'époque restent très nombreux.

Si ce lieu peut donc encore s'améliorer, il est déjà sans conteste un endroit incontournable pour les amoureux du chapeau, et aussi un musée à découvrir pour ceux qui ne l'ont pas déjà fait.

Ci-après des liens vers d'anciens articles de mon blog sur les chapeaux : Coiffures du 18eme siècle ; Des gravures de mode du XVIIIe siècle ; Chapeau féminin de 1787 ; Bonnets d'intérieur, robes de chambre et pantoufles ; Bonnet à la glorieuse ; La petite maîtresse invisible : Chapeaux féminins de la première moitié du XIXe siècle (casques et capotes) ; Le chapeau de paille, le koksnoff et le snoboye ; Le canotier et la canotière ; Chapeaux masculins volumineux ; etc.

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