À chacun son jardin : une passion d'artistes.

Article de Sandrine D.

LES ARTISTES CÔTÉ JARDIN

Le beau Musée de l’Oise nous invite à découvrir comment le jardin a été un lieu d’expérimentation pour les premiers photographes, puis comment le végétal photographié a inspiré les artistes des arts décoratifs.

L’exposition « À chacun son jardin : une passion d'artistes », organisée avec le soutien exceptionnel du Musée d’Orsay, rassemble une centaine d’œuvres dont une trentaine de céramiques et plus de 40 photographies, des originaux pour la plupart.

Deux enfants du pays sont mis à l’honneur : Hippolyte Bayard (1801-1887), l’un des pionniers de la photographie, et Auguste Delaherche (1857-1940), remarquable céramiste.

LA PHOTOGRAPHIE, « CRAYON DE LA NATURE »

À l’heure du tout numérique, il est facile d’oublier que la photographie, inventée officiellement en 1839, nécessitait à ses débuts un temps de pose particulièrement long de même qu’une bonne luminosité. Ses pionniers se tournent naturellement vers les jardins, qui se prêtent parfaitement à leurs expérimentations.

Ces lieux n’en sont souvent pas moins mis en scène. Prolongement de la peinture, la photographie lui emprunte ses genres picturaux. L’exposition présente ainsi des « natures mortes » d’Achille Bonnuit et Hippolyte Bayard mêlant arrosoirs, chapeaux et autres accessoires de jardin.

Ces essais sont aussi l’occasion pour les pionniers de réaliser des autoportraits, comme c’est le cas chez Hippolyte Bayard, que le visiteur découvre posant dans son jardin. L’exposition sort de l’ombre cet inventeur malheureux. Comme d’autres, il s’est lancé dans la course pour fixer l'impression lumineuse dans une camera obscura, ou chambre noire, avant Daguerre. À partir de son propre procédé, il produit des « dessins photogéniques », comme on les appelle, d’une qualité exceptionnelle, qui suscitent l’enthousiasme, mais la paternité de la photographie est attribuée entre-temps à Daguerre.

S’il n’y avait pas le cartel, le visiteur serait sans doute bien en peine de dater les somptueux cyanotypes d’Anna Atkins de 1850. En appliquant des végétaux directement sur du papier sensibilisé, cette botaniste britannique, qui utilise la photographie dans un but illustratif, produit des images sur fond bleu d’une grande qualité esthétique et d’une étonnante modernité.

« HEUREUSEMENT, L’AMOUR DE LA FLEUR RÉGNAIT DANS MA FAMILLE. CE FUT UNE PASSION HÉRÉDITAIRE, CE FUT LE SALUT. » ÉMILLE GALLÉ (1900)

À partir des années 1850, les arts décoratifs utilisent la photographie comme support documentaire, ce qui permet aussi de disposer en toute saison de motifs végétaux et floraux. La manufacture des Gobelins met par exemple à disposition de ses dessinateurs des clichés de Charles Aubry. Quant à Émile Gallé, maître verrier, mais aussi botaniste reconnu, il avait installé un atelier photographique sur son site de production de Nancy. L’exposition met en regard les superbes photographies du premier (grappe de raisin, fleurs) avec les célèbres verreries du second, les iris de l’un répondant aux iris de l’autre.

L’une des belles découvertes pour le néophyte est celle d’une partie de l’œuvre d’Auguste Delaherche. Ce céramiste, un temps professeur de dessin appliqué chez Christofle, la célèbre maison d’orfèvrerie, possédait un riche fonds photographique, conservé au Musée d’Orsay, où il puisait son inspiration. Ses clichés de Louis Ollivier, montrés pour la première fois au public, dialoguent avec ses œuvres, notamment d’admirables porcelaines ajourées, que l’on ne se lasse pas de regarder.

En partant, le visiteur pourra découvrir un dernier jardin, celui du musée, fraîchement inauguré. À noter que l’entrée du MUDO est entièrement gratuite.

« À chacun son jardin : une passion d'artistes » – Du 19 septembre 2015 au 4 janvier 2016
MUDO – Musée de l’Oise, Beauvais.
Plus d’infos : mudo.oise.fr

Texte : Sandrine D.

Photographies ci-dessus : À gauche - « Hippolyte Bayard (1801-1887), Bayard assis sur le seuil de sa maison. © Société française de photographie. » À droite - « Auguste Delaherche (1857-1940), Coupe en porcelaine, collection particulière. © MUDO-Musée de l'Oise / Alain Ruin. »

Photographies ci-dessous : À gauche - « Charles AUBRY, Iris, 1864. © RMN - Musée d'Orsay. » À droite - « Emille Gallée (1846-1904), Vase calice à l'Iris violet, vers 1900-1904. © RMN-Grand Palais (MUDO-Musée de l’Oise) / Adrien Didierjean ».

Photographies ci-dessous : Exposition. © Sandrine D.