Restauration des peintures murales d'Eugène Delacroix de l'église Saint-Sulpice à Paris

 

L'église Saint-Sulpice, du XVIIe siècle, est particulièrement splendide avec ses nombreuses colonnes s'élevant haut dans le ciel. Son intérieur conserve de véritables trésors dont trois peintures monumentales d'Eugène Delacroix (1798-1863). Je parlerai des autres éléments patrimoniaux dans un second article.

Tout d'abord il faut dire que, comme dans de nombreuses églises parisiennes, des infiltrations d'eau endommagent grandement de nombreuses peintures. Voici ci-dessous à gauche une photographie que j'ai prise à l'église Sainte-Eustache et à droite dans l'église Saint-Sulpice au mois de juillet 2015. Ce ne sont que quelques exemples parmi beaucoup d'autres.

Pour préserver ces bâtiments et leurs trésors, il est évident que l’État et la mairie de Paris manquent d'argent, préférant rembourser à l'infini les taux d'intérêt de leurs dettes (celle de l’État vient de dépasser les deux mille milliards d'euros) ou dépenser leur temps et le reste de leurs finances à 'aider' des artistes contemporains millionnaires et décadents.

La restauration des fresques d'Eugène Delacroix (1798-1863), se trouvant dans la chapelle des Anges de l'église Saint-Sulpice, demande à elle seule au moins 450 000 EUR. Jusqu'à présent la souscription n'a obtenu que 34 000 EUR et la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles dépendant du ministère de la Culture et de la Communication) a octroyé 44 000 EUR. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'à la fin de la restauration. La mairie engagera le complément ; mais la somme débloquée réduira d'autant l'argent restant pour d'autres rénovations. Je sais, parler d'argent est bourgeois et assez vil. Il y a encore quarante ans c'était même considéré comme vulgaire en France.

Les fresques de Delacroix de l'église Saint-Sulpice sont exceptionnelles pour plusieurs raisons. D'abord elles sont parmi les dernières grandes peintures accomplies par ce peintre qui décède deux ans plus tard. Artiste athée, elles démontrent combien la spiritualité n'a rien a voir avec la religion, cette dernière n'étant qu'un langage créé par l'homme pour parler de ce qu'il ne comprend pas.

Elles sont au nombre de trois. Le sujet de La Lutte de Jacob avec l'Ange, pourrait être celle de l'esprit et de la matière, de l'artiste face à son sujet, d'Eugène Delacroix face à cette peinture et ce mur devant lequel il passa plusieurs mois (je crois de 1854 à 1856) à chercher à le rendre imperméable afin que son œuvre reste dans le temps, choisissant finalement un mélange de cire et d'huile. Celles-ci restent cependant fragiles et furent restaurées en moyenne tous les trente ans. Par exemple en 1977 on employa un nouveau procédé de résine qui a laissé des traces. Cette restauration fut confiée à une entreprise privée qui existe toujours mais qui refuse d'ouvrir ses archives ! D'autres restaurations précédentes ont par exemple repeint par-dessus certaines parties (voir l'exemple des anges ci-dessous) etc.

La nouvelle restauration débutera ce mois d'octobre 2015 par une étude approfondie de ces peintures afin d'employer les meilleurs (espérons-le) procédés. La restauration proprement dite commencera en février pour six ou sept mois. Il est aussi prévu de restaurer le reste de cette chapelle (le vitrail, changer les lumières...).

C'est donc le moment, en ce mois de septembre, d'aller contempler ces peintures avant qu'elles ne soient plus accessibles pendant plusieurs mois.

Photographies du haut : À gauche - Place Saint-Sulpice avec sa fontaine et son église. À droite - Plafond de la chapelle des Anges de l'église Saint-Sulpice avec Saint-Michel terrassant le Dragon par Eugène Delacroix. © LM.

Photographie de droite : Héliodore chassé du temple. Mur gauche de la chapelle des Anges. © LM.

Photographie de gauche : Lutte de Jacob avec l'Ange. Mur de droite. © LM.

Photographies ci-dessous : À gauche - Un des anges du plafond sans doute redessiné au dessus de l'original. À droite - On devine un ange tel qu'il devait être, c'est à dire sur un fond bleu lapis-lazuli. © LM.