Le béton entre au Musée du Moyen Âge de Cluny

Le Musée national du Moyen Âge - Thermes et hôtel de Cluny est un monument constitué de deux parties : les thermes romains de la fin du premier ou du deuxième siècle après J.-C. et un hôtel particulier du XVe siècle. Il s'agit d'un véritable bijou en plein Paris.

En 2012-2013 il a été décidé de l'agrandir afin de faciliter l'entrée du public. Cela comprendra la construction d'un nouveau bâtiment de deux étages sur la terrasse longeant la rue Du Sommerard (voir ci-dessus la photographie d'une simulation informatique avec une vue à partir du boulevard St-Michel), devant une façade des années 1870, et le 'réaménagement' du bâtiment sans doute lui aussi de la même époque (voir le plan ci-dessous).

Il ne semble pas y avoir d'action directe sur les parties antiques et médiévales, ce qui est une bonne chose. Cependant, alors que l'ajout des années 1870 se fondait dans le décor, utilisant comme les thermes de la brique et de la pierre aux mêmes dimensions, nous sommes avec le nouveau bâtiment dans ce que j'appelle de l'architecture RER. Il n'y a pas d'effort d’intégration dans l'ensemble au niveau du matériau utilisé (béton et vitre) par exemple par l'utilisation de la brique, ni dans la forme architecturale d'ensemble antique ou médiévale. L'architecte s'est contenté de garder une hauteur raisonnable, « des nuances grisées en harmonie avec les couleurs des pierres environnantes » (atteintes par la pollution) et en mettant « sur l'enveloppe externe » « un motif gothique de guipure, présent dans l'escalier de la chapelle du musée ». Nous sommes une nouvelle fois dans le béton et le verre.

Dans le communiqué de presse, dans ce langage hypocrite (cauteleux, chafouin, patelin, papelard, matois... pour employer des mots de notre dictionnaire rappelant le XVe siècle) particulier à notre époque médiatique, il est indiqué qu'il s'agit d'une « rénovation », puis d'une « modernisation »... on croirait entendre ceux qui ont « rénové » et « modernisé » l’hôtel Salé.

Ce projet se déroulera en quatre étapes :

« - la restauration des bâtiments : la chapelle de l'hôtel de Cluny [une merveille] en 2015-2016, les thermes gallo-romains en 2016-2017 ;
- la construction d'un nouvel espace d'accueil inauguré fin 2017 ;
- la refonte des parcours muséographiques dont la première partie sera ouverte en même temps que le nouvel accueil, la seconde partie prévue être achevée en 2020 ;
- la reprise du jardin médiéval et l'optimisation de l'insertion urbaine à l'horizon 2020. »

Toujours les mêmes questions se posent : Pourquoi ajouter de l'architecture XXIe siècle à une autre très ancienne ? Une rénovation consiste-elle à agrandir, reconstruire ? N'est-il pas possible de conserver intégralement nos monuments anciens ? Pourquoi ne pas rénover en utilisant les techniques de l'époque du bâtiment d'origine ?

Photographies provenant du site amis-musee-cluny.fr et d'un communiqué de presse.