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Le grand renoncement

Lors de ma rencontre avec Jean-Baptiste Loubet, une personne élégante dont il sera question dans un prochain article, je lui disais qu’autrefois l’homme était plus paré que la femme. Il me demanda à quelle époque je voyais ce basculement se faire. Je lui répondis au XVIIIe siècle. Il m’apprit qu’il existait déjà une théorie sur le sujet appelée « le grand renoncement » ou « la grande renonciation ».

Celle-ci a été développée par le psychanalyste anglais John Carl Flügel (1884 – 1955), dans son livre publié en 1930, intitulé The Psychologie of the clothes (La Psychologie des vêtements), dans lequel il a stipulé qu’à la fin du XVIIIe siècle l’homme a renoncé aux raffinements vestimentaires pour les laisser à la femme. Il est cocasse que ce soit un Anglais qui ait écrit cela, car c’est en effet à la fin du XVIIIe siècle, durant la montée de la mode anglaise, plus simple et sobre que la française, que cela s’est produit. L’habit masculin dit « à la française » fut progressivement abandonné, et avec les broderies (la broderie étant un art dans lequel la France excellait), les dentelles, les rubans, la perruque, etc., alors que le costume féminin continuait de prendre en largeur (manches gigot, robes à crinoline…) et en hauteur (coiffures en échelles de boucles, à la girafe…). Les années 1820 furent les dernières un peu originales de la mode masculine avec les immenses chapeaux hauts-de-forme, et quelques années auparavant de très impressionnants bicornes. Par la suite, le haut-de-forme devint plus petit et ne quitta plus les têtes masculines jusqu’au premier tiers du XXe siècle, remplacé parfois à partir de la fin du XIXe par exemple par le chapeau melon, et par le chapeau de paille seulement durant la 'belle' saison. Quant à l’habit, depuis le début du XIXe il est demeuré à peu près identique : cravate, veste, gilet, pantalon, chemise… La mode des cheveux courts a elle aussi perduré depuis ce moment. Par contre, la mode vestimentaire féminine continua d'accorder de l'importance aux fioritures, d’évoluer, d'inventer et d'être exubérante, jusqu’au XXe siècle où la féminine et la masculine se rapprochèrent voire se confondirent progressivement dans le sens de la sobriété masculine. Sous Louis XIV par exemple, les hommes portaient d’immenses perruques, des rubans en très grand nombre, de la dentelle au cou, aux poignets, aux genoux, au mouchoir…, de la broderie, beaucoup de clinquants, galons et autres ornements très variés. Cette inventivité vestimentaire et ce raffinement masculins jalonnaient aussi les siècles précédents, depuis le XIIIe siècle, auparavant les habits étant constitués principalement de tuniques (robes) et drapés pour les femmes comme pour les hommes, dans le prolongement de l’Antiquité.

Le ‘grand renoncement masculin’ de la fin du XVIIIe siècle, qui perdure aujourd’hui, est antinaturel, dans la nature le mâle étant généralement beaucoup plus paré que la femelle (voir cet article) ! Ce basculement s'est fait bien malgré certains, comme ceux que l’on appelait « les noirs », entre 1789 et avant le Directoire (1795 – 1999). Il s’agissait de jeunes aristocrates qui s’habillaient de noir, comme s’ils étaient en deuil… Ils l’étaient en effet, la Révolution ayant accéléré ce phénomène.

L’anglomanie et la Révolution sont les deux marqueurs du début de cette déchéance. Elle ne concernait pas que l’habillement mais aussi la courtoisie, la politesse et tout ce que l’on englobait alors sous le terme de « propreté », cette fois chez les deux sexes. Cela n’a cessé de se développer, jusqu’à nos jours où tout est largement pollué. Au XVIIIe siècle, revenant de Londres, le Duc de Lauragais remarquait déjà qu’en Angleterre il n’avait trouvé de poli que l’acier. La Révolution de 1789 a accéléré ce phénomène d’abdication face à la laideur et la crasse en imposant le tutoiement républicain et des usages dits « populaires » qui étaient parfois simplement orduriers. Certains, appelés « les exagérés », surenchérissaient en employant des gros mots à chaque phrase. On les nommait aussi « ultra-démagogues ». Par exemple, le journal révolutionnaire de Jacques-René Hébert (1757 – 1794), fondé en 1790 et intitulé Le Père Duchesne, était truffé d’expressions grossières et autres jurons.  Auparavant, les mœurs françaises étaient versées dans le bon ton, les belles manières. On continuait à se saluer en faisant une révérence plus ou moins marquée, alors qu’outre-Manche la poignée de main était déjà en usage. Au XXe siècle, l’américanisation du monde et notamment de la France, a ajouté à cela. Aujourd’hui les gros mots pullulent dans une grande quantité d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles américaines, beaucoup d’autres pays copiant aussi cela. La crasse est partout, dans l'air que l'on respire, dans l’égoïsme qui ravage l'environnement, dans les mœurs et les usages qui sont encensés et dans lesquels nous baignons comme les cochons le font dans leur mare, etc. Faut-il continuer à renoncer, ou bien, à la façon des précieuses du XVIIe siècle notamment, en appeler à un sursaut de 'propreté', en particulier de 'propretés' intellectuelles et environnementales ? Je le répète, quand j'évoque la « propreté », cela ne signifie pas tout javelliser comme on le fait aujourd’hui… Cela aussi est malpropre, car tue tout ! Être propre, c’est avant tout connaître la mesure des choses.

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Edits de Louis XIII imposant aux français une mode plus sobre.

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Dans le livre Modèles de conversations pour les personnes polies de l'Abbé de Bellegarde (1648-1734), un des protagonistes du dialogue fait remarquer que : « Quoique les Français aiment je ne sais quoi d'aisé & de galant dans leurs habits, ils aiment encore mieux ce qui est commode. Ils se sont défaits de tout cet embarras de rubans, dont leurs habits étaient couverts depuis le haut jusqu’en bas, & qui étaient d’un grand ornement pour la jeunesse : ils se sont si bien trouvés des chausses étroites & serrées, qu’ils ont renoncé pour jamais à ces grands Canons, où leurs jambes étaient comme des entraves, & à ces hauts de chausses plus larges que des cotillons. Nous voulons que nos habits se ressentent de l’air aisé, que nous avons dans nos manières. » Cependant les Français n’abandonnèrent pas ces fioritures vestimentaires par simple souci de confort mais par véritable obligation. Louis XIII publia plusieurs édits tentant d’imposer plus de sobriété dans les vêtements ; comme celui de 1633 qui défendait aux sujets "de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume". Sans doute ces prescriptions n'étaient-elles guère respectées puisqu'il fallait les répéter régulièrement. Abraham Bosse (Tours 1604 – Paris 1676) a illustré ce thème par une suite de trois estampes, dont deux d’entre elles (celles exposées ici) présentent une femme et un homme à leur toilette. On peut voir la troisième sur http://expositions.bnf.fr/bosse/grand/087.htm.
Dans la première la Dame dit : « Quoique j’ai assez de beauté pour assurer sans vanité qu’il n’est point de femme plus belle ; il semble pourtant à mes yeux qu’avec l’or et la dentelle je m’ajuste encore bien mieux. J’aime à porter tous les jours, ou le satin, ou le velours ; et ne connais point l’estime ; car je sais véritablement que l’on a toujours meilleure mine, quand on s’habille richement. Il me faut tourner néanmoins mon esprit à de nouveaux soins, en quittant la galanterie ; et désormais ne porter ni ‘poinct’ coupé ni broderie, ni tels ouvrages superflus. » Il est intéressant de voir l’agencement de la table de toilette ; avec la toilette elle-même en dentelle sur laquelle sont posés un miroir et un sachet de senteur (voir article du 16 mai 2007 : Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIIIe siècle) sur lequel la Dame pose sa main gauche.
Quant au courtisan qui abandonne ses anciens vêtements, il constate en se regardant dans la glace : « Que ce m’est une chose étrange de remarquer combien me change cet habillement réformé ! Que j’ai de mal à m’en défendre, et qu’il me fâche de le prendre pour ne l’avoir accoutumé ! Je violente ma nature, me voyant en cette posture, et demeure tout interdit. Mais à quoi me sert cette plainte, si par raison ou par contrainte il faut obéir à l’édit ! Il est juste qu’on s’accommode au temps, au pays, à la mode, suivant le saint décret des lois, sans chercher de preuve plus ample que celle qui luit dans l’exemple de Louis le plus grand des Rois. »
En résumé, disons que le ‘Français’ des XVII-XVIIIe siècles aime ce qui lui procure de l’agrément, que ce soit dans la simplicité, ou le raffinement qu’il apprécie tout particulièrement. Toutes les fioritures de ses costumes recouvrent toujours un linge propre et blanc, très confortable, changé parfois plusieurs fois par jour, au-dessus duquel il exerce son goût en s’ajustant selon la félicité du moment. Il faut que dans toutes choses il y trouve sa joie. Il exècre la contrainte. Et la mode n’est pour lui qu’un moyen d’exercer son plaisir.

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Exposition. Nature et idéal : le paysage à Rome 1600–1650 Carrache, Poussin, Le Lorrain …

Lorrain Ostie300gdPhotographie 1 : Paysage avec l’embarquement de sainte Paule à Ostie de Claude Lorrain (vers 1600 – 1682). 1639-1640. Huile sur toile de 211 x 145 cm. Madrid, Museo Nacional del Prado. © Museo Nacional del Prado.

Les Galeries nationales du Grand Palais à Paris présentent du 9 mars au 6 juin 2011 une exposition organisée par la Rmn (Réunion des musées nationaux), intitulée : Nature et idéal : le paysage à Rome 1600–1650 Carrache, Poussin, Le Lorrain …
La peinture de paysage est un art particulièrement florissant dans l'Europe du XVIIe siècle qui s'adonne à un  certain hédonisme pictural. Le foisonnement des natures mortes en est un autre exemple : bouquets de fleurs, paniers de fruits, tables approvisionnées etc. Certains artistes se spécialisent dans cette peinture où on cherche à figer l'émotion épicurienne de l'instant et des sens volatils. A cette époque des libertins, nombres de peintures et autres gravures représentent les cinq sens sous la forme de métaphores, avec par exemple une dame à sa table de toilette pour représenter la vue, un jardin pour l'odorat, une table achalandée pour le goût, des musiciens pour l'ouïe, un baiser pour le toucher.
Parfois le paysage est le sujet même de la peinture. Il peut être très humanisé comme dans L’embarquement de sainte Paule à Ostie (photographie 1) de Claude Lorrain (1600-1682) dominé par l'architecture. Ce qui surprend surtout c'est la lumière qui se dégage des paysages de cet artiste. Celle-ci en est le plus souvent le thème majeur, le personnage principal. Dans cette peinture les couleurs de l'arc-en-ciel se déploient de bas en haut dans la profondeur des formes pour se centraliser dans la lumière même du soleil d'où tout semble venir et aller.

Photographie 2 : Paysage avec les funérailles de Phocion de Nicolas Poussin (1594 – 1665). 1648. Huile sur toile. 117.5 x 178 cm. Collection particulière. © National Museum of Wales, Cardiff.

PoussinPhocion500Les personnages, même mythiques ou héroïques, peuvent ne devenir qu'une composante du paysage comme dans le tableau de Nicolas Poussin (1594-1665) représentant les funérailles de Phocion. Mais le lieu est ici très humanisé avec ses routes, sa ville, ses activités humaines, et la mort autre résultante de la vie qui bien que d'un grand personnage n'a que la faveur d'un premier plan parmi les multiples petites scènes actives ou immobiles qui forment l'harmonie du tableau à la manière de notes de musiques sur une portée, dans une manière particulière à Nicolas Poussin, dont on cherche dans la peinture vainement le secret de cette ordonnance à la manière qu'on le fait de celle de la vie. Le paysage c'est cela : le mystère de la création ou de la vie de l'homme dans son environnement. Ajoutons quelques mots sur Phocion (402 - 318 av. J.-C.). Plutarque  écrit qu'avant de boire la cigüe, celui-ci constate qu'un de ceux condamnés avec lui se lamente. « Et alors, dit le grand homme, tu n’es pas content de mourir avec Phocion ? » (voir ici la Vie de Phocion d'après Plutarque). Cette anecdote dénote un humour qui couronne sa sagesse. Malgré sa réputation d'homme vertueux, Cornélius Népos nous explique en 34 avant J.-C. : « La haine de la multitude contre lui fut si forte, qu’aucune personne libre n’osa lui rendre les derniers devoirs. Il fut donc enseveli par des esclaves. » (Wikisource). C'est cet épisode qui est décrit dans cette peinture de Nicolas Poussin, dans une atmosphère où, avec subtilité et sensibilité, est expliqué comment la mort, ou la vie, emporte même l'homme vertueux. Pourtant la vertu dans ce  dernier renoncement laisse une 'impression' qui est celle de ce tableau : un paysage où chaque chose et chaque être ont leur fonction dans l'instant. C'est peut-être cette compréhension qui est la vertu.

Dans la peinture suivante qui est aussi de Nicolas Poussin : Bacchanale à la joueuse de guitare, le paysage est en second plan, la scène bacchique étant le sujet principal. On note de façon plus explicite ce que j'ai dit sur l'harmonie propre à ce peintre, avec les personnages, les formes et les couleurs qui sont autant de notes picturales sur la portée musicale de ce tableau où la guitare accompagne les rythmes dionysiaques que le vin suscite.
poussinBacchanale500Photographie 3 : Bacchanale à la joueuse de guitare de Nicolas Poussin, datant de vers 1627-1630. Il s'agit d'une huile sur toile de121 x 175 cm conservée à Paris, au Département des Peintures du Musée du Louvre. © service presse Rmn-Grand Palais / Daniel Arnaudet.

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Le carnaval de Paris.

Photographies 1 & 2 : Début du chapitre consacré au Chicard du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841).

Photographie 3 : « Costume d'Arlequine. » Illustration de La Vie élégante : littérature, voyages, beaux-arts, modes, sport ... (tome second, 1883).

D'après Wikipédia, le carnaval parisien est à son apogée le plus grand du monde. Déjà durant l’Antiquité, carnavals et autres saturnales sont dans le calendrier. L’usage du masque est commun dans le théâtre et d’autres rituels en particulier liés à Dionysos ou Bacchus. Comme c'est le cas avec la Comédie, la Tragédie ou la Satyre, le carnaval a une fonction de catharsis. Au Moyen-âge, les mascarades et autres charivaris sont très fréquents, et se jouent jusque dans les églises. La fête des Innocents (ou Fête des Fous) en est un exemple. Le carnaval parisien est attesté dès le XVIe siècle. Il est dans la continuation des fêtes médiévales. Il dure plusieurs semaines en hiver. Tout le monde court au bal. C’est un moment très festif, libre et parfois libertin. Un passage de Des Mots à la mode … (1692), de François de Callières (1645-1717), décrit un courtisan racontant sa rencontre galante avec une femme lors du dernier carnaval dont il ne sait pas qu’elle est mariée à son interlocuteur. Restif de la Bretonne donne des exemples de bals masqués datant du XVIIIe siècle. Il suffit alors de suivre dans la rue des masques pour se retrouver au milieu de l’un d’eux à faire une contredanse. Cette ambiance rappelle les cortèges de jeunes gens durant l’Antiquité qui se font accompagnés la nuit de musiciens parfois masqués pour se rendre d’un lieu de fête à un autre ou pour retrouver quelque courtisane qui offre un banquet privé ; et qui ivres s’exhibent dans les rues où très tôt dans la fraîcheur du matin encore sans soleil les ‘honnêtes’ citoyens se rendent à leurs premières visites. Le Bal de l’Opéra, donné à l’occasion du carnaval dès le XVIIIe siècle à raison de deux par semaine durant cette saison, est un bal costumé de l’aristocratie très prisé, se tenant dans la rue Louvois, pas très loin du Palais-Royal. Les costumes occupent aussi les nombreuses guinguettes aux portes de Paris (aux barrières), à l’extérieur de la capitale. Le point culminant du carnaval est le mardi gras. C’est en 1822, à cette période, à la barrière de Belleville, au sortir des guinguettes, qu’un cortège est organisé spontanément sous l’impulsion du Cirque Moderne pour rentrer dans Paris : c'est la descente de la Courtille qui se reproduit plusieurs années consécutives. Durant le carnaval de Paris les classes s’estompent et tout le monde danse et se déguise. On choisit le bal qui convient le mieux parmi de nombreux. Le carnaval est une fête 'cathartique' où certains aspects rigides de l’élégance sont battus en brèche ou même oubliés. Au XIXe siècle, les personnages importants de ces festivités sont Chicard, Pierrot, Domino, Arlequin(e), Débardeur et bien d’autres.

Photographie 4 : Une illustration du chapitre consacré au Chicard du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841).

Le chicard est le maître des lazzi, c'est-à-dire des plaisanteries de théâtre, des bouffonneries qui allient mouvements et gestes burlesques. On appelle parfois ‘lazzi’ un mauvais plaisantin. Chicarder signifie danser à la manière d’un chicard. Un chapitre du tome 2 de Les Français peints par eux-mêmes (1841) décrit ce personnage. En voici quelques extraits : « Chicard, lui, s’est coulé et infusé tout entier dans le moule-carnaval. Là où tant d’autres, des profanes, des plagiaires, n’avaient vu que matière à entrechats et à police correctionnelle, il voit, lui, foudre de danse, regard d’aigle, matière à ovation, royauté vivante à improviser et à conquérir. […] Ce n’est que pendant le carnaval qu’on peut observer le chicard ; le reste de l’année, il rentre plus ou moins dans la catégorie de viveur […] le bal où l’on ne danse pas, mais où l’on roule et tourbillonne ; là vous le verrez, ou plutôt vous ne le verrez pas ; mais vous le devinerez ; on vous en montrera dix, et ce ne sera pas lui ; enfin, au milieu d’un cercle de curieux, d’une avalanche de pierrots, de débardeurs, de corsaires, vous découvrirez une pantomime sublime, des poses merveilleuses, irréprochables au point de vue de la grâce, des moeurs et du garde municipal. Callot et Hoffmann, Hogarth et Breüghel, tous les fous réunis ensemble, des prunelles dévorantes, une force comique incalculable, Sathaniel en habit masqué, un costume ou une furie qui résume les physionomies dansantes de tous les peuples, le punch Anglais, le pulcinella napolitain, le gracioso espagnol […] il a créé sa contredanse-chicard […] ce serait une hérésie de chercher Chicard et ses compagnons dans des bals vulgaires […] le masqué que Chicard privilégie de sa présence est donc véritablement consacré, c’est une vogue assurée ; la foule sera là, foule artistique et costumée qui cache souvent un blason et plusieurs quartiers de noblesse sous la veste du malin ou le paletot du pêcheur. […] Mais comment décrire l’ensemble de cette réunion vraiment unique qui ferait pâlir les nuits les plus vénitiennes, les orgies les plus seizième siècle. Imaginez des myriades de voix, de cris, de chants ; des épithètes qui volent comme des traits d’un bout de la salle à l’autre, des ovations, des trépignements, un pandémonium continu de figures tour à tour rouges, violettes, blanches, jaunes, tatouées ; et les quadrilles où l’on ne distingue qu’un seul costume, une flamme qui s’élance, tournoie et voltige ; une folie, un éclat de rire qui dure une nuit […] un tableau qu’il faut renoncer à peindre, car la parole ne reproduit ni le reflet volcanique du vin de Champagne, ni les rayons d’or et d’azur du punch enflammé […] Vous demandez dans quel lieu Chicard prend ses danseuses […] partout enfin où l’on choisit ses passions d’un mois, ses maîtresses d’un jour, ses plaisirs d’un moment. […] Ce n’est pas une danse, c’est encore une parodie ; parodie de l’amour, de la grâce, de l’ancienne politesse française, et, admirez jusqu’où peut aller chez nous l’ardeur de la dérision ! parodie de la volupté ; tout est réuni dans cette comédie licencieuse qu’on nomme le chahut. […] le danseur, ou plutôt l’acteur, appelle ses muscles à son secours ; il s’agite, il se disloque, il trépigne, tous ses mouvements ont un sens, toutes ses contorsions sont des emblèmes […] foule animée qui parle de tout et surtout d’amour ; les protestations et les railleries s’entrechoquent, un calembour coupe court à une déclaration, un serment se déguise sous un coq-à-l’âne. " – Donnez-moi votre adresse. – Je suis retenue jusqu’à la douzième. – Je vous prendrai à la sortie du bal. – Va pour le petit verre. »

Photographie 5 : « Chez Edouard & Butler - " Monseigneur, c'est tout à fait pour vous. " - " Ravissant !   Il ne me manquera que mon turban ! ... " » Lithographie originale en couleur, éditée en 1909 ou 1910. Extrait de l'album Monte Carlo. Dimensions : 500 x 330 mm (toute la feuille).

Les bals masqués sont un divertissement très prisé en France jusqu’à la seconde guerre mondiale. Il s’en donne dans les plus hautes sphères de la mondanité. Mais les bals de carnaval ne sont pas que l’affaire des adultes. Au XIXe siècle, et sans doute avant, on en organise (parfois de somptueux) pour les enfants.

Photographie 6 : « Domino. » Illustration de La Vie élégante ... (tome second, 1883). 

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Costumes féminins de la fin de 1786 et de 1787. Première partie : La mode de sortir en redingote d’homme et en chemise et bonnet de nuit  !

Merveilleuses et merveilleux

Je possède quelques gravures de mode de la seconde année (20 novembre 1786 au 10 novembre 1787) de la revue Magasin des modes nouvelles, françaises et anglaises. En voici quelques-unes présentées dans deux articles, celui-ci étant le premier.

Si, en 1786 – 1787, la mode se simplifie et annonce celle des merveilleuses du Directoire (1795 – 1799), elle n’en reste pas moins très originale. À l’époque, chez les femmes, il est en vogue de porter une redingote d’homme, de même que de sortir le jour en bonnet de nuit et la chemise de dessous au-dessus (robe en chemise) ! C’est un peu comme si aujourd’hui la mode était de se promener en pyjama, voire en chemise de nuit ! En effet, depuis le Moyen Âge inclus, la chemise est un vêtement de dessous féminin et masculin, celui qui est le plus près de la peau, qui la touche. Elle est dans le prolongement de la première tunique de l’Antiquité. Lors de son apparition, la robe en chemise étonne donc forcément. On en trouvera des exemples dans l’article intitulé Élisabeth Louise Vigée Le Brun : la première rétrospective française de cette femme artiste ! et cet autre : Hommage à Madame Vigée Le Brun.

Merveilleuses et merveilleuxLe personnage, ci-dessus et à gauche, provient de la première estampe du premier cahier, du 20 novembre 1786, de cette « seconde année ». Voici la manière dont cette jeune dame est décrite :

« En récapitulant tous les Cahiers où nous avons représenté des femmes vêtues de redingotes d’hommes, il sera aisé de voir quelles ont été en peu de temps les variations de la Mode. Voici encore une redingote qui prouve que sa marche ne s’est point ralentie. C’était le pas le plus difficile à franchir que celui-ci, & elle l’a franchi ; c’était la forme la plus brillante & la plus agréable à prendre, & elle s’en est emparée.

La Femme représentée dans la PLANCHE Ire, porte une redingote de drap [tissu de laine] vert foncé, brodée en or sur le devant, aux poches de côté, coupées en long, & aux parements ; Sous cette redingote, un jupon de satin rose glacé ; Sur le col, un ample fichu de gaze, en chemise, à deux collets ; À ses pieds, des souliers roses, falbalassés d’un ruban vert, Sur sa tête, un chapeau de paille, doublé d’un taffetas ou d’un satin queue de serin [sorte de jaune tendre], à raies noires, dont la calotte très-bouffante est de crêpe rose, à petites raies noires, & qui est ceint d’un large ruban vert pâle, liseré de blanc, relevant le chapeau sur le côté droit, le tenant incliné sur le côté gauche, & formant sur ce côté un gros nœud, dont les bouts viennent retomber très-bas par-derrière. Ses cheveux sont frisés en tapet jusqu’au milieu, & en grosses boucles depuis le milieu jusqu’à la fin. Par-derrière, ils sont relevés en chignon plat. Deux grosses boucles tombent en flottant sur le sein de cette femme, qui est appuyée sur un socle, & qui tient un livre à la main. »

Certaines des gravures de la revue Magasin des modes nouvelles, françaises et anglaises, sont copiées à l’époque. Dans Répertoire de la gravure de mode française des origines à 1815 (Paris : Promodis, 1988), Raymond Gaudriault écrit que des images de cette revue parisienne sont imitées et éditées à Liège : « mais la copie ne paraît concerner que les cahiers de la première année (nov. 1786 – à nov. 1787). » L’image est identique, avec les mêmes mentions, exceptées les signatures, qui sont omises, et « L’image est assez souvent inversée ». Il faut ajouter que la qualité de la gravure est moins bonne.

Merveilleuses et merveilleux

On retrouve ces caractéristiques dans l’image ci-dessus, qui est une de ces copies duMerveilleuses et merveilleux XVIIIe siècles de Liège. L’image est identique, mais les personnages inversés, le graveur ayant sans doute utilisé un calque. L’exécution est un peu moins fine, ce qui est toujours plus évident au niveau des visages, qui non pas la même grâce du minois. Il s’agit d’une copie de la planche III du Magasin des modes… du 30 décembre 1786. L’auteur y évoque la mode du bonnet de nuit et de la robe en chemise !

« Nous avons dit dans le second Cahier de cette seconde Année, que les femmes ne sortaient guère le matin qu’en bonnets de nuit, lorsqu’elles n’étaient point parées ; nous devons ajouter ici que beaucoup mettent une chapeau-bonnette par-dessus les bonnets de nuit. De cette manière, celles-ci se donnent un air de demi-parure qui sauve ce trop grand négligé que présentent à l’oeil les simples bonnets de nuit, qui ne seraient jamais supportables sans la mode. Comment cette mode a-t-elle pu prendre ? Nous nous creusons la tête pour l’imaginer, & nous n’y réussissons pas. Il nous est même impossible de le concevoir, lorsque nous pensons qu’il y a si peu de femmes qui aient un air séduisant en bonnet de nuit. Tout ce que nous pouvons trouver, c’est que les femmes ont consenti de renoncer à plaire pendant tMerveilleuses et merveilleuxelle partie du jour. Pouvons-nous avouer cette belle invention, sans craindre qu’on ne nous reproche de prononcer que blasphème contre le goût des Dames ?

La Femme vêtue d’une robe de satin violet [à droite au-dessus], porte sur un bonnet de nuit un chapeau bonnette de gaze, à raies violettes & raies blanches, ceint d’un large ruban vert pomme, à raies blanches, formant un gros nœud sur le côté gauche [ici à droite]. Elle porte un fichu à trois rangs, attaché sur le devant avec une épingle en or ; des boucles d’oreilles d’or à la Plaquette. Ses cheveux sont roulés sous son bonnet de nuit, & laissent échapper, de chaque côté, deux grosses boucles qui lui tombent sur le sein ; par-derrière ils sont relevés en chignon plat.

La Femme [image de gauche] vêtue d’une robe en chemise de taffetas des Indes ouatées, porte un chapeau-feutre noir, bordé d’un plumet blanc, à pointes roses détachées, ceint, jusqu’au-dessus de la calotte, de larges rubans, à raies blanches & à dessins violets. Ces rubans se passent dans une longue & large boucle d’acier, & y forment un gros nœud sur le côté droit. De dessus ce nœud, s’élèvent trois grosses plumes, verte, violette, & verte & rose, & une aigrette de plumes de coq couleur de feu. Sur le col, un ample fichu, attaché avec une épingle d’or, à large tête en croissant. Aux oreilles des boucles d’or à la Plaquette. Elle est frisée tout en tapet, d’où se détachent, de chaque côté, trois grosses boucles, dont deux lui tombent sur le sein. Par-derrière, ses cheveux sont relevés en chignon plat. »

Merveilleuses et merveilleuxLa gravure de droite est une autre copie du XVIIIe siècle, de Liège. Le personnage est ici aussi inversé, et l’estampe n’est pas signée. Elle reproduit la planche I du Magasin des modes… du 10 février 1787. On est frappé par la relative simplicité de la tenue, par rapport à ce qui se fait avant, et de son peu d’ornementation, tout ceci annonçant les merveilleuses.

La personne représentée est « vêtue d’un caraco de satin vert pomme, coupé vers le milieu de la taille ; comme l’étaient, il y a deux ans, les habits d’homme, de manière à laisser voir le bas de la pièce d’estomac, ou du gilet fait de satin blanc. Six rosettes blanches de ruban-satin garnissent les devants du caraco. Les manches de ce caraco sont de gaze blanche, plissée, laissant apercevoir un transparent rose. Au bout sont des manchettes de gaze blanche découpées, à deux rangs. La Femme est aussi vêtue d’un jupon de satin rose, garni d’un très-long falbalas de gaze blanche, orné d’une guirlande de roses artificielles. Elle est coiffée tout en cheveux [sans chapeau ou bonnet…], à petites boucles détachées, n’ayant sur la tête qu’un bouquet de roses artificielles, tombant sur la droite, qu’un nœud de ruban-satin gros vert, & qu’une aigrette de plumes de coq noires, à pointes couleur de feu. Deux grosses boucles, de chaque côté, lui tombent sur le sein. Ses cheveux, par-derrière, sont liés en très-gros catogan, à boucle renversée. […] Qu’on ne craigne pas d’être trop peu paré avec cette simple coiffure. Une jeune personne que nous adorons, a paru, il y a quelques jours, dans cet accoutrement ; elle nous a paru superbe. Sur son col, un fichu-jabot d’homme, & à deux collets. Cette nouvelle forme de fichu, qui découvre un peu le sein des femmes, remplace, & fait disparaître les fichus-chemises, qui ont duré si longtemps. À ses pieds, des souliers de satin vert pomme, falbalassés d’un ruban-satin blanc. »

Pour conclure cet article, et afin de faire le lien avec le précédent, voici deux miniatures représentant une femme des années 1780 en buste.

La première, ci-dessous, est une peinture, peut-être sur ivoire ou autre support naturel, qui me semble d’époque (vers 1787), même s’il est difficile de l’affirmer. Le cadre ne l’est pas et la plaquette est collée sur un support récent. Cette jeune femme a les cheveux coiffés en échelles de boucles, poudrés et surmontés d’un bonnet embelli d’une couronne végétale. Un nœud jaune tendre est posé sur sa poitrine décolletée avec un collet qui semble de mousseline. Sa robe est d’un rouge orangé. Le costume est donc assez simple, mais raffiné.

Merveilleuses et merveilleux
Sur l’autre miniature, ci-dessous, avec et sans cadre, la jeune femme est de profil. Son costume est encore plus simple et de vers 1786 – 1790, avec une chevelure (perruque ?) poudrée et frisée en tapet, à laquelle est ajoutée une sorte de catogan en cheveux, ce qui se fait beaucoup alors. Son chapeau est agrémenté de trois plumes d’autruche. Elle porte un ample fichu de gaze et ce qui est peut-être une robe en chemise ou un manteau là aussi très ample.
Merveilleuses et merveilleux
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Nélie Jacquemart-André, une grande collectionneuse et un grand mécène.

L'École nationale des chartes organise à Paris, le mardi 17 mars à 17h, une conférence de Jean-Pierre Babelon intitulée Nélie Jacquemart-André, une grande collectionneuse et un grand mécène.

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La mesure du sur-mesure

J’ai récemment relu Shambhala La voie sacrée du guerrier (Éditions du Seuil, 1990, traduit de l’américain par Richard Gravel, titre original : Shambhala – The Sacred Path of the Warrior, Shambhala Publications Inc., 1984) de Chögyam Trungpa (1939 – 1987). Je ne sais pas ce que vaut ce lama (rimpoché) tibétain, car il est difficile de reconnaître l'honnêteté, mais il y donne des préceptes d’élégances très pertinents. L’art du guerrier, dont il est question ici, est étranger à toute violence. Il est celui de la maîtrise et de la connaissance de soi, du courage d’avancer en pleine lumière. Cette énergie est en elle-même élégance.

Dans un passage de cet ouvrage, il est évoqué l’importance de porter des habits bien ajustés. Voici cette partie :

« Parfois, quand nous portons des vêtements à notre taille, nous nous sentons un peu à l’étroit. Quand nous nous mettons en grande toilette, il se peut que nous soyons incommodés par le fait de porter un complet et une cravate, ou bien d’enfiler une jupe ou une robe trop justes. L’idée […] est de ne pas tomber dans le piège de la désinvolture. Le serrement que nous éprouvons de temps en temps au niveau du cou, de l’entrejambe ou de la ceinture sont, en règle générale, bon signe : il nous indique que les vêtements nous vont bien, mais que notre névrose n’est pas bien à l’aise dans ceux-ci. L’approche moderne est souvent libre et désinvolte, ce qui explique l’attrait des vêtements en fibres synthétiques. La tenue de ville nous donne une sensation de raideur et nous sommes tentés d’enlever cravate, veston ou chaussures afin de pouvoir nous laisser aller, mettre les pieds sur la table et agir librement, avec l’espoir qu’en même temps notre esprit se mettra lui aussi à agir librement. Au contraire : voilà qu’il se met à baver, il suinte et laisse s’échapper toutes sortes de détritus. Cette forme de détente ne nous offre aucune liberté réelle. […] Notre façon de nous habiller peut réellement invoquer un sentiment d’élévation et de grâce. » Pour ceux qui veulent en savoir davantage sur Chögyam Trungpa, voir l’addendum en fin d’article.

Sans parfaite mesure, il ne peut y avoir de détente véritable, de même que sans détente véritable il ne peut y avoir de parfaite mesure, car l’un ne peut s’apprécier sans l’autre. L’expression latine neglegentia diligens exprime cela : Diligens c’est l’attention, le soin, et neglegentia le laisser-aller. Avant de poursuivre, je dois dire que si, dans la suite de cet article, je continue d’employer d’autres citations latines et grecques, c’est parce que les vérités qui y sont dites sont sans âge, au-delà des époques car éprouvées par le temps.

On est dans l’harmonie des contraires, le yin et le yang. Dans l’Ancien Régime, on allie souvent une tenue cousue et très ajustée, presque comme une armure, à des éléments ‘lâches’, comme un manteau drapé, un châle, une écharpe, des rubans, une perruque aux longs cheveux bouclés, etc. C’est le cas particulièrement au XVIIe siècle. L’art des contraires est aussi important que celui des concordances, des congruences comme on dit dans l’Ancien Régime, ou de la gamme, comme disent les sapeurs.

Harmoniser consiste d’abord dans le choix, puis dans la mesure, de manières pratique et esthétique, et enfin dans l’ordonnance. Pour un habit, on commence par choisir les éléments le composant, notamment le ou les tissus. Ensuite on prend les mesures afin que le vêtement soit ajusté pour ne pas entraver outre-mesure et être agréable à regarder. On combine enfin chaque élément de l’apparence pour que l’ensemble soit accordé. Le « coordonné » est un terme emprunté à la mode. Il désigne cet assemblage cohérent. C’est un art qui nécessite une inclination esthétique et certaines connaissances. Il fait peut-être plus que le costume lui-même. Une personne portant des vêtements de peu de valeur peut se donner un véritable style et être appelé « petit-maître » ou « élégant » par sa simple intelligence du coordonné.

Si les supports en jeu sont multiples, chaque mode suit aussi son ordre nouveau basé sur ses rythmes. Ces derniers forment une trame reconnaissable. Il y a un art, une musique, une littérature, une philosophie, une attitude… propres à chaque mouvement. Cette ordonnance lie les différentes manifestations qui la composent. Elle se retrouve de même dans la personne qui suit cette mode et pense, parle, agit, bouge, danse, s’habille… selon. Cette unité de ton est une des bases de l’élégance, cette dernière et la mode étant encore une fois en étroits rapports quand elles ne sont pas confondues. L’élégant est comme un peintre, un cinéaste, un décorateur… un artiste qui place chaque chose avec goût, dans son âme, sur lui et chez lui. L’ordonnance est la marque du soin, de l’aptitude à manifester la mesure et l’harmonie. C’est un art que de connaître comment composer un bouquet de fleurs, de savoir où le placer, de créer des harmonies, un dialogue entre les objets, d’exprimer la beauté à travers toutes choses, depuis les plus petits détails jusqu’aux plus grands projets. L’agencement est créateur de beauté et de joie. Prenons une saveur, pour la percevoir pleinement on prépare ce qui précède et ce qui la suit, avec le temps nécessaire entre chacun des éléments. On cherche de cette manière à la prolonger, et plus que cela : à placer chaque chose à sa meilleure place afin de former un chapelet de délices. L’ordonnance amène de la clarté, une ossature sur laquelle l’élégant ou le gandin peut broder en toute spontanéité. Il a ainsi une trame grâce à laquelle son art peut s’exprimer d’autant plus librement et avec d’autant plus d’audace qu’il est harmonieux grâce à celle-ci. La préparation est importante pour tout. Un discours dispensé avec méthode est bien plus agréable que sans. On n’est pas obligé de suivre cette ordonnance, si en fonction du moment il semble que cela ne soit pas nécessaire ou préjudiciable à l’expression. Mais la spontanéité n’est souvent possible que si derrière il y a de la préparation, ou du moins un support. Là aussi on retrouve l’idée de neglentia diligens ! La mode a cette fonction de proposer une base nouvelle à partir de laquelle on compose avec d’autant plus de liberté qu’elle est naissante… toute neuve.

Chaque mode a donc sa trame. L’équilibre est primordial. Sans lui, on ne peut se tenir debout. S’il est physiquement indispensable, il l’est tout autant mentalement, ainsi que dans tous les aspects de la vie de tous les jours. Une personne peut se vanter d’avoir certaines grandes vertus d’élégance, s’il lui manque la stabilité, une certaine solidité, il ressemblera à un sot. Cela n’est pas le fruit de la seule volonté. Le mouvement peut amener au déséquilibre. L’équilibre n’existe pas non plus sans le mouvement. Il y a une balance à prendre. Il s’agit d’une sorte de danse comprenant une connaissance ou intuition des rythmes. L’élégance ne se force pas, car cela conduit à toutes les bassesses. Une personne pauvre cherchant à paraître riche, une autre vieille se faisant accroire jeune, une autre parlant intelligemment au milieu de sots… tout cela conduit ou au ridicule ou à l’abomination. Mieux vaut donner l’impression d’inélégance que de se forcer à l’être. Cela doit venir naturellement, être en situation. Chaque chose doit être à sa place. Si une personne fait mieux quelque chose que soi, on s’efface pour mieux jouir de ses qualités. Il est toujours préférable d’éclairer la beauté que la laideur, et d’accepter qu’une chose soit meilleure qu’une autre pour que la plénitude s’installe. L’équilibre ne s’obtient pas par la force, il est la force. Il est aussi à la source de l’égalité entre les êtres, de la justice. Si nous sommes tous égaux, nous sommes aussi tous différents. L’équilibre permet de lier ces deux états. La tenue et le maintien sont des corollaires de celui-ci.

Cette mesure n’est pas un repli sur soi. Au contraire, elle est distinction, dans la mesure où elle distingue tout. Elle est donc toujours dans l’à-propos : μέτρα φυλάσσεσθαι, καιρός δ'ἐπὶ πᾶσιν ἄριστος. « Observe la mesure : l’à-propos est en tout la qualité suprême. » Elle est vigilante (Hoc age. « Sois à ce que tu fais. »), en étant constamment ouverte, notamment à la fantaisie et à la démesure aussi. D’une certaine manière, rien ne lui est étranger. Lorsqu’elle joue avec la démesure, elle ne le fait jamais avec sérieux, toujours avec délectation, et ne se laisse jamais emporter par elle. Ne quid nimis. Μηδὲν ἄγαν en grec. « Rien de trop ». Et puis Abusus non tollit usum. « L’abus n’exclut pas l’usage ». L’élégance est à la fois en elle-même et hors d’elle-même, actrice et spectatrice. Cette complétude fait sa jouissance, sa volupté contentée.

Surtout, la bonne mesure est de se connaître soi-même, d’avoir conscience de nos limites et possibilités, de ce qui constitue notre personne et notre environnement. Gnỗthi seautón, Γνῶθι σεαυτόν, Nosce te ipsum en latin. « Connais-toi toi-même. »

Avec l’époque moderne, la mesure change. On passe du calcul harmonieux de l’anatomie, avec le canon antique où l’habit a surtout pour fonction de protéger et mettre en valeur le corps, à celle du vêtement qui façonne ce dernier et lui donne une nouvelle silhouette, tout en étant plus utilitaire. Si, dans les deux cas la mesure est présente, les rapports au corps et au costume sont quelque peu différents. Pourrions-nous imaginer aujourd’hui des Jeux olympiques où les athlètes seraient nus ? Avec la modernité, la mesure est technologique. La confection même des vêtements devient très ‘technique’ et de moins en moins un art du drapé ou du pli.

Avec cet important changement qui marque la modernité, on observe beaucoup d’autres bouleversements dans l’histoire de la mode… Presque à chaque génération, les usages se modifient, souvent emportés par une donnée neuve. Il suffit qu’un élément nouveau apparaisse, ou qu’une transformation se produise, pour que cela conduise à un changement d’équilibre. Par exemple, la notion de commodité dans le vêtement s’accroît en même temps que les voyages à longue distance se développent, que les moyens de transport se modernisent et que les distinctions sociales se démocratisent. Ces modifications en entraînent d’autres afin de conserver l’équilibre. L’être humain a besoin d’harmonie. C’est là où la mode intervient.

Si le mot « mode » vient du latin modus qui a aussi la définition de « mesure », le terme romain a une origine grecque, μέδω (médo), qui signifie contenir dans la juste mesure, régler, protéger, prendre soin de, s’occuper de, se préoccuper de… Il est toujours question de mesure, mais aussi de protection et de réflexion. La mode est réflexion, soin et mesure. Cette dernière apporte l’ordonnance, la beauté dans les proportions et les rythmes. Elle est une source de distinction : de connaissance. L’élégant la recherche tout particulièrement afin d’approcher la perfection, l’excellence. Elle donne du maintien.

La mesure est fondée sur les rythmes. Elle a un rapport étroit avec la musique, et est à la base de toutes les bonnes choses : la musique, la cuisine, l’amour, la spiritualité, l’étude, le jeu, la conversation, etc. Elle rend bon. Elle accorde des éléments antagonistes, qui semblent ne pas être faits pour se mélanger. Pour être appréciée, celle-ci doit prendre tout en compte ; en premier lieu celui qui la goûte. L’un préfère la musique classique, un autre une moins sophistiquée, etc. Tout est question de mesure. De celle-ci naît l’harmonie, et de son manque la maladie. Elle est une protection. En médecine on pourrait dire que tout est médicament, tout est maladie, seule compte la mesure. Paracelse (1493 – 1541) écrit : « Tout est poison et rien n'est sans poison ; seule la dose fait que quelque chose n’est pas un poison » (citation originale en allemand : Alle Dinge sind Gift, und nichts ist ohne Gift; allein die Dosis machts, daß ein Ding kein Gift sei.).

De la mesure naissent l’harmonie et le plaisir, la joie et le contentement… toutes les qualités. Elle fait apprécier les rythmes de la vie. Elle consiste en une association heureuse d’éléments divers. Avoir ‘l’œil’, ‘l’oreille’, ‘du goût’, ‘le sens’ (commun…), etc., c’est posséder cette science, de manière innée ou par la pratique. Elle peut être aussi bien intuitive que recherchée. Reprenons comme exemple la musique, on l’apprécie tout autant de manière spontanée, sans connaître les fondements de ce plaisir, qu’à partir de connaissances plus ou moins approfondies dans cette matière. La mesure se goûte et s’apprend. Dans le domaine des vêtements, c’est une évidence, comme pour tout ce qui concerne les arts décoratifs : harmonies de tons, de couleurs, de formes, de matières… peuvent être ajustées spontanément, mais les connaissances des spécialistes ou des amateurs aident. L’harmonie c’est l’union et l’accord, deux notions ayant un rapport étroit avec la paix et le bien-être. La concorde est une expression de la beauté. Si l’harmonie est aux fondements de l’élégance et de l’élégant, la paix l’est donc aussi. Elle peut être un simple rapport de convenance offrant satisfaction et agrément. On dit d’une personne, d’une voix, d’un instrument, qu’ils sont harmonieux. Il est question de l’harmonie dans mes écrits consacrés à la grâce et aux Grâces qui la symbolisent depuis des siècles. C’est une musique, une danse agréable. La mode, comme l’élégance sont une interprétation musicale.

La mesure permet d’être dans la note juste, dans le bon ton, d’être alerte, réfléchi, équilibré, accort… D’une certaine manière, l’élégance et la mode sont une prière et une méditation. Ce dernier mot aurait la même origine que celui de « mode » : le radical indo-européen commun med-. On peut atteindre la grâce par elle et en elle… sans jamais qu’il y ait un rejet, une coupure entre soi et le monde, un reniement de qui ou de quoi que ce soit. La fusion est totale.

Comme l’écrit Jean de La Bruyère (1645 – 1696) dans Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle (1688) : « tout se règle par la mode ». J’ajouterais : « même la démesure ! » Oui la mode est aussi démesure. C’est en particulier vrai pour le costume à partir du dernier quart du Moyen Âge, jusqu’à la fin du Second Empire pour les femmes, et jusqu’au Premier Empire pour les hommes (voir mon article sur Le grand renoncement). Pour le Moyen Âge, poulaines (chaussures aux bouts exagérément pointus), chaperons (capuches) à la ‘queue’ de plus de deux mètres, manches tombantes en forme d’ailes d’oiseaux, habits mi-parti (avec des côtés de différents motifs, couleurs, tissus, tailles, grandeurs…), cols hauts, chapeaux de toutes les formes et grandeurs, jaques (pourpoints) rembourrés… sont quelques-uns des habits portés par les hommes aux XIVe et XVe siècles, avec pour les femmes des robes à longue traîne, de très hautes ou larges coiffures en forme de cornes, de cônes, etc. Le XVIe siècle en rajoute dans les rembourrages, et prend en largeur, en particulier dans les robes féminines qui, jusqu’à la fin du XIXe siècle se retrouvent régulièrement affublées d’éléments leur donnant toutes sortes d’ampleurs. Ajoutons les hautes perruques des hommes de la fin du XVIIe siècle ou les incroyables chapeaux du Premier Empire, pour donner quelques-unes des démesures vestimentaires. La mode est aussi démesurée dans d’autres matières, comme la langue avec les précieuses, la danse avec le cancan, etc.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la démesure n’est pas l’apanage des classes les plus riches, elle l’est aussi des plus pauvres. Pour ces dernières, elle leur permet de s’affirmer. C’est le cas notamment à travers certains costumes traditionnels, dont il est question par exemple ici. Dans l’histoire du costume, on rencontre une multitude d’exemples, de jeunes ou minorités souhaitant se signaler en usant de ce procédé. C’est le cas, dans les années 1930 – 1940 aux États-Unis, des zoot suiters d’origine hispanique, reprenant l’habit nord-américain en l’exagérant : créant ainsi un véritable genre ayant une élégance indéniable. En France, les zazous font de même pendant la seconde guerre mondiale, en pleine période de restrictions. Toujours aux États-Unis, aux débuts du rap, en particulier dans le quartier de Harlem semble-t-il, des jeunes portent des habits ayant des tailles largement au-dessus de leurs mensurations. Cette mode s’internationalise et perdure encore aujourd’hui. Dans les années soixante-dix, des ‘afro-américains’, particulièrement ceux écoutant de la soul, au contraire, ont des tenues étriquées, très colorées, avec des pantalons à pattes-d’éléphant, qui les font ressembler à des silhouettes du maniérisme italien du XVIe siècle… toutes proportions gardées… il va de soi. Dans les années 1970 – 1980, les Anglais sont les maîtres des extravagances, avec des mouvements comme le punk ou le gothique, dont on ne peut pas dire qu’ils soient d’origine ‘bourgeoise’. Même les modes vestimentaires françaises de l’Ancien Régime les plus exubérantes ne naissent pas toutes dans les classes aristocratiques… au contraire … le surenchérissement permettant de se manifester au-dessus de sa condition. C’est tellement vrai, que de nombreuses règles sont édictées, afin d’interdire ou réduire les velléités de grandeurs de certaines et de certains : longueurs des poulaines, des traînes… largeur des robes à panier… hauteurs de certains chapeaux et coiffes, etc.

La démesure nécessite cependant toujours un rééquilibrage afin de donner à ces nouvelles tournures une harmonie d’ensemble. Quand un élément de l’habit s’agrandit, d’autres le font en même temps, ou au contraire se rétrécissent, etc. Des règles s’établissent ainsi, parfois inconscientes, parfois définies… « Tout se règle par la mode ! »

Addendum : Ci-après, un film en anglais sur Chögyam Trungpa, dans lequel on y voit notamment Allen Ginsberg (1926 – 1997), un des créateurs de la Beat Generation et inspirateur du mouvement hippie, lui demander ce qu’il pense du rock’n’roll. De toute évidence, il n’en pensait pas grand-chose ; pourtant il était aussi vraiment dans ce mouvement, notamment en plein dans la vogue hippie. Son originalité a été par exemple de faire habiller ces hippies en costume sur-mesure ! Il y a de nombreuses années de cela, j’ai lu le livre biographique de Chögyam Trungpa. Un moment de cette histoire m’a particulièrement intéressé, lorsqu’il raconte comment il a complètement changé sa manière de vivre après un accident en voiture dans un magasin de farces et attrapes. Il s’agit d’une vraie anecdote ! À partir de ce moment, très violent (il est resté en partie paralysé pendant un certain temps), il a complètement laissé de côté les doctrines figées pour être dans l’authenticité pure, sans faux-semblants.

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L'étudiant et le quartier latin

tableaudeparisTexierBosquet300lmPhotographie de gauche : « Un bosquet de la Closerie des Lilas ». Illustration de Tableau de Paris d'Edmond Texier (Paris, Paulin et Le Chevalier, 1853).

Photographie de droite : « REÇU AVOCAT. - Dis donc, Phémie, ce qui m'amuse, c'est quand je pense que ce pierrot-là sera notaire ! ». Illustration de La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque, de Bertall (P. Plon, 1874, 2° édition).

Plusieurs livres du XIXe siècle dépeignent l'étudiant, ses manières, ses compagnes (les hautes études sont suivies avant tout par la gent masculine) … Il est souvent croqué par des caricaturistes le représentant dans des positions lascives, lisant les romans à la mode, vivant en parfaite liberté et harmonie avec sa compagne ... Celle-ci change souvent au fur et à mesure des études. Comme l’écrit Edmond Texier dans son Tableau de Paris (1853) : Il commence généralement son apprentissage de la vie parisienne amoureuse avec une « grisette du pays Latin » dans un romantisme échevelé s’il a de la chance, sinon avec une lorette ou une « demoiselle au numéro » qui est un genre de grisette ambitieuse qui traque l’étudiant comme un ascenseur social ou comme moyen de subsistance. La première année de l’étudiant est donc un moment de déniaisement : « Cette première année de stage comprend les filles que l’on appelle demoiselle au numéro, et qui se rencontrent principalement au Prado, chez Bullier, ou encore au bal des Acacias. Les demoiselles au numéro sont LaComediedenotreTempsRecuAvocatclair300lmcelles qui s’attachent à un hôtel meublé, […] où vient s’entasser la jeunesse studieuse de toute la France, et qui partagent à l’amiable les divers appartements dont elles se composent. Celle-ci est attitrée aux numéros impairs, celle-là aux numéros pairs : l’une ne quitte pas le premier étage, l’autre ne s’élève jamais au dessus du second ou du troisième. Il y aurait entre elles des luttes acharnées et terribles … ». L’étudiant cherche toutes les occasions de fête (réussite aux examens …) : ce qui s’appelle alors faire la noce, c'est-à-dire une fête arrosée de punch etc. A cela s’ajoute « Le bal champêtre, la promenade, les longues stations au café et le cours complet d’éducation morale. […] L’étudiant de troisième année renonce entièrement au pays Latin et à ses pompes ; déjà expert dans la vie de Paris, il poursuit de ses déclarations passionnées les jeunes modistes, les demoiselles de comptoir, les ouvrières qui sortent de leurs ateliers, et même il s’aventure jusqu’à offrir un aperçu de l’état de son coeur à mesdames les actrices de Bobino. Bobino est le théâtre de prédilection de troisième année […] Jadis, dans les jours d’opulence, il pénétrait dans les solitudes de l’Odéon … »

Louis-Sébastien Mercier occupe un chapitre consacré au ‘pays latin’ dans un tome de Tableau de Paris (1781) : « On nomme pays latin le quartier de la rue Saint-Jacques, de la montagne Sainte-Geneviève et de la rue de la harpe. » Le quartier autour de la Sorbonne est déjà celui des étudiants au Moyen-âge. Au XXe siècle, il continue de l'être, et s’étend du jardin des plantes jusqu’à Saint-Germain en passant par le Panthéon et la Sorbonne. Les étudiantes et les étudiants y étudient (oui oui aussi !), passent, se divertissent, boivent aux terrasses des cafés, sortent. Ils y savourent une vie libre, intellectuelle et studieuse. Aujourd'hui cet endroit est beaucoup moins « latin » et les universités plus dispersées, certaines étant en banlieue.

© Article et photographies LM

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La vie de château

Voilà une personne qui met le patrimoine à l'honneur. Jean-Louis Remilleux vend une grande partie de sa très belle collection d'art en grande majorité français afin de sauvegarder son château bourguignon du XVIIIe siècle.

Cette vente intitulée La vie de château est organisée à Paris par Christies les 28 et 29 septembre. Le catalogue est visible ici.

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Grandeur d'âme

LaVeritableGrandeurdAme300lmPhotographies : La Véritable grandeur d'âme … (Paris, Delusseux, 1725) est un petit livre (18 x 11 cm) sur un grand sujet.

LaVeritableGrandeurdAmeHonneur531lm© Article et photographies LM

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Salon du Livre Rare, de l'Autographe, de l'Estampe et du Dessin.

Du 24 au 26 avril a lieu, comme chaque année au Grand Palais, le Salon du Livre Rare, de l'Autographe, de l'Estampe et du Dessin. Les deux dernières années où j'y suis allé furent pour moi de grands moments de solitude au milieu de gens inconnus, de vendeurs casés dans de grandes boîtes (voir la photographie) et de livres et estampes inabordables. J'en parle cependant ici pour ceux qui y trouvent leur compte.

Photographie provenant du site www.salondulivreancienparis.fr.

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Le grand goût

L'expression 'grand goût' vient peut-être de la peinture (comme celui de 'chic' : voir l'article intitulé Bon chic bon genre). « On dit qu'un tableau est de bon goût, lorsque les objets qui y sont représentés sont bien choisis & et bien imités, conformément à l'idée que les connaisseurs ont de leur perfection. […] Le bon goût se forme par l'étude de la belle nature […] grand goût, en Peinture est un goût idéal qui suppose un grand, un extraordinaire, un merveilleux, un sublime même tenant de l'inspiration, bien supérieur aux effets de la belle nature ... » Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers … par MM. Diderot et D'Alembert, 1780, pp. 353-354.

Le 'grand goût' est en particulier lié aux XVIIe et XVIIIe siècles, depuis les précieuses, le classicisme qui suit, et un retour à la grandeur sous Louis XV. Il exprime un appétit pour le beau (voire l'extraordinaire) et le sublime. Il fait appel à la magnificence, et se matérialise par la voix et sur la voie de la perfection. Le 'grand goût' c'est la recherche de cette perfection, à travers une langue (le français), des exemples (le plus souvent puisés dans l'Antiquité), et la maîtrise de techniques (les sciences des Lumières ...).

© Article LM

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Le Pérugin, maître de Raphaël.

LePerugin300Du 12 septembre 2014 au 19 janvier 2015 le Musée Jacquemart-André présente une exposition intitulée Le Pérugin, maître de Raphaël. Elle réunit une  cinquantaine d’œuvres de l'artiste présentant les grandes étapes de sa carrière. Le Pérugin (1450-1523) est « considéré par ses contemporains comme l’un des plus grands peintres d’Italie ... »

Je ne suis pas encore allé voir cette exhibition. Mais généralement on peut se rendre aux manifestations organisées par ce musée les yeux fermés … ou du moins non : ouvrez-les … au moins une fois rentrés dans la salle d'exposition !

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Bon Boullogne (1649-1717). Un chef d'école au Grand Siècle.

LaNaissanceDeVenusBonBoullogne.jpgLe Musée Magnin de Dijon entreprend une rétrospective du peintre Bon Boullogne (1649-1717). Un chef d'école au Grand Siècle du 5 décembre 2014 au 5 mars 2015.

Cette exposition « a pour vocation de faire redécouvrir l’œuvre de Bon Boullogne qui, avec Charles de La Fosse, Jean Jouvenet, Antoine Coypel et Louis de Boullogne, fut l’un des cinq plus célèbres peintres d’histoire de la fin du règne de Louis XIV. Lors des expositions Les Peintres du Roi-Soleil (1968), Les Amours des Dieux (1990), La Peinture française au Grand Siècle (1994), aucune peinture de Bon Boullogne n’était présentée. »

Photographie de gauche : « Bon Boullogne, La Naissance de Vénus (détail), huile sur toile, 65 x 81 cm, Dijon, Musée Magnin. © RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Stéphane Maréchalle. »

Photographies ci-dessous : À gauche - « Bon Boullogne. L’Enlèvement d’Hélène. Huile sur toile, 136 x 95 cm. Bayonne, Musée Bonnat. © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda. »

À droite - « Bon Boullogne. Les Adieux d’Hector et Andromaque. Huile sur toile, 250 x 283 cm. Troyes, Musée des Beaux-Arts. © Musée des Beaux-Arts de Troyes / photo Jean-Marie Protte. »

Bon-Boullogne---L-Enlevement-d-Helene---avant-restaurati.jpgBon-Boullogne---Les-adieux-d-Hector-et-Andromaque300.jpg

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Sur la piste des grands singes

La Grande Galerie de l'Évolution du Jardin des Plantes (Muséum national d'histoire naturelle) à Paris présente, du 11 février 2015 au 21 mars 2016, l'exposition Sur la piste des grands singes.

Celle-ci nous immerge dans l'univers des grands singes (deux espèces de chimpanzés, deux espèces de gorilles et les orangs-outans), d'une façon qui intéressera grands et petits, nombre d'éléments éducatifs étant placés à la hauteur des plus jeunes.

Elle est en cinq parties. La première présente les six espèces de grands singes sous l’angle de leurs caractéristiques morphologiques, avec de nombreux animaux naturalisés (on disait autrefois empaillés), ce qui est tout de même morbide. On s'aperçoit que nombre de ceux-ci sont en danger d'extinction. On découvre le Microcèbe mignon, le Galago élégant, le Gibbon à favoris blancs, le Tamarin empereur (qui est tout petit avec de magnifiques moustaches), le Maki vari roux

La seconde partie se consacre à l'évolution des hominidés, famille de primates dans laquelle se trouve en particulier les grands singes et les humains … sans doute aussi le yéti … Les confrontations des squelettes, notamment des hommes et des singes, permettent de se faire une idée de cette mutation, ou plutôt de la source qui nous est commune.

La troisième section de l'exposition retrace l’histoire des connaissances sur les grands singes depuis le XVIe siècle, soulignant « le rôle majeur que le Muséum a joué dans cette aventure scientifique à travers des pièces remarquables issues de ses collections ». Quelques témoignages anciens sont ici exposés (aussi bien scientifiques que populaires), mais surtout des reproductions. On peut déplorer que beaucoup de ces dernières remplacent les estampes originales, alors que cela aurait été une bonne occasion d'éduquer le regard des enfants à notre patrimoine. Mais l'exposition Singeries au Cabinet d’Histoire permet de découvrir, du 11 février au 11 mai 2015, « les précieuses collections documentaires (vélins, gravures) du Muséum sur les singes. » Je n'ai pas pu la voir encore. D'autres manifestations sont organisées comme une exposition de photographies en accès libre sur les grilles de l’École de Botanique du Jardin des Plantes, du 11 février au 10 mai 2015.

Dans la quatrième portion c'est le plongeon dans la forêt au milieu de singes naturalisés, d'écrans ou 'volent' ces primates majestueusement d'arbre en arbre etc., en suivant le parcours d'explorateurs de cette faune majoritairement pacifique et végétarienne. Ces explorateurs sont les deux commissaires principaux : la primatologue Sabrina Krief et l’ethnologue Serge Bahuchet du Muséum national d’Histoire naturelle où les grands singes font l’objet d’une recherche très active et d’une approche pluridisciplinaire. L’exposition présente leurs toutes dernières découvertes et travaux scientifiques.

L'ambiance chaude et tropicale est subitement abandonnée dans la cinquième partie beaucoup plus froide physiquement, montrant une apocalypse où des hommes polluent, pollution s'étendant toujours, empiétant largement sur la forêt.

On finit en montant un escalier placé sous le squelette immense d'une baleine de la Grande Galerie de l'Évolution. On a l'impression de nager en dessous, ce qui est assez impressionnant.

Je crois que cette exhibition réussit dans ses objectifs principalement didactiques, scientifiques, ludiques et moralisateurs.

Quand j'étais enfant, j'avais une peluche que j'appelais Chita, comme l'amie (sœur de lait) de Tarzan. Plus tard j'ai appris que 'Chita' en sanscrit signifie 'compassion'.

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Avoir du nez

Autrefois le nez devait être un signe de pouvoir. Les portraits de profil des monarques français affublés d'un grand nez le laissent supposer. C'est aussi à cet appendice que certains révolutionnaires, submergés par le nombre d'oeuvres de l'ancien régime à saccager, en particulier religieuses, s'en prirent aux nez.

Photographie : Chapiteau d'une petite colonne dans l'église Saint-Germain à Paris. © LM.

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Les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré

laclefdugranddictionnairedesprecieusespages8et9350Les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré sont autrefois les hauts lieux du chic de la capitale française. Les nobles et les parisiens les plus riches y ont leurs hôtels particuliers jusqu'à la Révolution, car ces quartiers sont situés près du palais du Roi. Quand on contemple une carte, on s'aperçoit qu'ils embrassent le palais du Louvre et le jardin des Tuileries. Ils occupent en partie les actuels 7e et 8e arrondissements, et sont seulement séparés par la Seine et le grand axe constitué : des Champs-Élysées, de l'actuelle place de la Concorde et des Tuileries. Après la Révolution, ils continuent à être les lieux du pouvoir. Dans l'un se trouve le palais de l'Élysée, dans l'autre l'Assemblée nationale et l'Hôtel Matignon. Ils logent de très nombreux ministères, ambassades ... Dans le faubourg Saint-Honoré : les boulevards commencent à la place de la Madeleine, et beaucoup d'enseignes de luxe s'y trouvent. Cet axe est high-life. Autrefois des chevaux magnifiques, des carrosses en grand équipage y glissent ; et les petits-maîtres les plus élégants s'y faufilent.

Le faubourg Saint-Germain est appelé dans La Clef du Grand Dictionnaire des Précieuses (XVIIe siècle) : « La petite Athènes » alors que Paris tout entier est nommé « La Ville d'Athènes » et la France « la Grèce ». Cela montre l'importance qu'a déjà au temps des précieuses ce faubourg. Le quartier Saint-Honoré est « La Normandie ».

Photographie : Pages 8 et 9 de La Clef du Grand Dictionnaire des Précieuses d'Antoine Baudeau sieur de Somaize (1630?-16.. ), sans doute d'une édition du XVIIe siècle et peut-être de l'originale de 1661.

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Paul Poiret

PaulPoiretDecembre1919a-500lm.jpgCet article fait suite à celui intitulé Les premiers grands couturiers du XXe siècle : une révolution vestimentaire en douceur. Il présente un portrait de M. Paul Poiret (1879-1944) en « Abdul-Hamode ou Le Sultan Rose ». « Dessin de Barrère » provenant de la revue Fantasio du 1er décembre 1919. Le texte est visible ici.

© Article et photographie LM

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Habits du XVIIIe siècle

Si le XVIIIe siècle m'était conté : Grâce à cette vidéo du musée des Tissus de Lyon, revenons sur cette exposition, et savourons une partie de la magnifique collection de ce musée. Rappelons aussi l'article du blog consacré à cela : Le goût du XVIIIe siècle : une très grande finesse.

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Merveilleuses & merveilleux