Les Mesures

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 22:14

Harpe Photographie : Harpe Erard (détails) © J.-M. Anglès - Cité de la musique.
La musique est un thème que j'affectionne tout particulièrement, puisqu'elle est aux fondements du rythme qui est le sujet de nombreux articles de ce blog.
Si le musée de la Cité de la Musique se trouve dans un lieu peu imprégné d'histoire contrairement à nombre d'autres musées parisiens, il n'en reste pas moins magistral de par le corpus qu'il rassemble : faisant se côtoyer, dans une mise en scène gracieuse et riche, de nombreux instruments de musique d'exception et quelques oeuvres d'art. Parcourir ce chemin d'objets dont les formes jouent un mouvement dans notre regard c'est  voyager à travers quatre siècles en suivant un air qui malgré les multiplicités d'instruments garde un fondement semblable : l'héritage fabuleux de la musique occidentale. Ce parcours chronologique nous fait voyager du XVIIe siècle au XXe en Occident et traverser les principales cultures musicales du monde. Quatre espaces témoignent chacun d'un siècle de l’histoire musicale occidentale et une double salle est dédiée aux musiques du monde.
Clavecin Photographies : Clavecin de Ioannes Couchet (Anvers, 1652) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « D’une grande qualité d’exécution, cet instrument confirme l’attrait des clavecins flamands en France au début du XVIIIe siècle. Ravalé en 1701, il reçoit à cette occasion un nouveau décor de grotesques sur fond doré, appelé « à la Bérain » du nom du célèbre ornemaniste. Le piétement avec cariatides est un des rares originaux de l’époque de Louis XIV. L’ensemble compose un mobilier homogène élégant. »
Clavecin La première étape du musée est consacrée au XVIIe siècle, depuis L'Orfeo de Monteverdi, premier opéra à nous être parvenu, jusqu'à la musique à la cour de Louis XIV. Un ensemble d’instruments reflète cette époque : un régale-bible, une contrebasse de viole, des cornets à bouquin, des cistres et luths, une remarquable collection d’instruments des célèbres luthiers Sellas, des claviers italiens, des guitares baroques, des violes de gambe et clavecins flamands et français, une flûte traversière en cristal, une flûte à bec , une contrebasse de 2 m de haut. Le tableau de Nattier La Leçon de musique apporte une illustration raffinée à ces objets d'art qui ne le sont pas moins, et qui nous emportent littéralement sur les notes qu'ils gardent en sommeil, comme c'est le cas pour les trois autres parties.

Photographie : Clavecin Clavecin d'Antoine Vater (Paris, 1732) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « La rareté et l’état de conservation de ce clavecin sont exceptionnels. Cinq instruments seulement de ce facteur, d’origine allemande et membre de la corporation des facteurs de Paris, sont répertoriés. L’instrument nous est parvenu dans un état proche de celui d’origine avec une table d’harmonie aux couleurs préservées. »
La seconde section est dédiée au XVIIIe siècle. Comme on peut le lire sur le site : « Une sélection d’instruments originaux évoque le salon de La Pouplinière, mécène de Rameau pendant 20 ans : une délicate harpe ornée de chinoiseries, une cithare sur table appelée tympanon, une paire de cymbales frappées aux armes du Duc de Richelieu... Époque également marquée par un discours esthétique sur une nature idéalisée, dont Rousseau se fait le chantre, le XVIIIe siècle connaît une vogue éphémère pour les musiques pastorales, et ses musettes et vielles à roue jouées par d’aristocrates bergères. En parallèle, la pratique des concerts publics se répand et permet la diffusion de répertoires de compositeurs italiens, viennois et allemands. En 1778, le Concert spirituel accueille Mozart pour sa Symphonie en ré majeur dite « parisienne » au Palais des Tuileries, salle dont le Musée présente la maquette.  »
Piano Pleyel de Chopin Photographie : Piano à queue de Chopin d'Ignace Pleyel (Paris, 1839) © J.-M. Anglès - Cité de la musique. « Au XIXe siècle, le piano symbolise l’aisance matérielle et la bonne éducation, témoignant de l’avènement de la bourgeoisie. La sonorité riche et puissante du piano, résultat d’innovations successives, offre des effets de nuances très contrastés répondant aux exigences de la musique romantique et plus particulièrement à une nouvelle forme de concert, le récital. Le public est fasciné par le musicien soliste : compositeurs et interprètes virtuoses, Franz Liszt, Sigismund Thalberg et Frédéric Chopin élaborent de nouvelles techniques de jeu sur lesquelles repose l’enseignement moderne du piano. Sensible à la douceur et l’intimité du son des pianos Pleyel, Chopin apprécie tout particulièrement la mécanique à simple échappement, à laquelle la firme restera fidèle jusqu’à la fin du siècle. »
Le « ... XIXe siècle est présenté dans le Musée sous ses multiples facettes. En réaction au classicisme et au règne de la raison du siècle précédent, le langage musical du XIXe siècle, influencé par les mouvements littéraires germaniques, témoigne d’un goût marqué pour l’expression des sentiments, Harpe le mysticisme et le surnaturel. […] Une vitrine consacrée aux cinq violons du célèbre Stradivari [Antonio Giacomo Stradivari dit Stradivarius, né en 1644 à Crémone] que comptent les collections, et une dévolue à la symphonie Eroica de Beethoven, illustrent les deux formations dominantes au XIXe : le jeu soliste et la musique symphonique. Liszt et Chopin, dont le Musée possède des pianos sur lesquels ils ont joué, incarnent la figure du musicien romantique, virtuose et passionné, pour lequel les facteurs d’instruments rivalisent d’ingéniosité. Motivés par les besoins croissants de timbres et de puissance de l’orchestre, notamment celui de Berlioz, qui atteint des dimensions démesurées, de nouveaux instruments voient le jour. Si le plus spectaculaire du Musée est sans conteste l’octobasse de Vuillaume, immense contrebasse de 3m50, le plus célèbre reste le saxophone dont le Musée possède plusieurs pièces de l’atelier même de Sax.  »
Je ne vais pas trop m'étendre sur les autres pièces de ce musée mais plutôt présenter un antiquaire. Les antiquaires sont parfois des défricheurs qui retrouvent des objets à qui ils redonnent leur lustre, et dont certains parcourent les ventes aux enchères internationales. Le site de William Petit propose de nombreux instruments de qualité.
Photographie : Harpe de Sebastian Erard à la galerie William Petit.
A noter aussi le Musée des instruments de musique de Bruxelles.

© Article LM

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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 22:47

Un astéroïde prénommé TK7 a été découvert récemment. Sa circonvolution semble montrer qu'il est en orbite autour de quelque chose d'invisible. Comme on peut le lire dans Le Petit prince d'Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)  : « l'essentiel est invisible pour les yeux ».


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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 18:15

Montredepocheapendulumvers1700300 Photographie 1 : « François Dentand, Genève. Montre de poche à pendulum, vers 1700. Écaille cloutée d'or, émail peint, laiton doré. © MAH, photo : M. Aeschimann . Inv. H 2008-137. » Exposition  L'horlogerie à Genève : Magie des métiers, trésor d'or et d'émail.
Pendant des siècles l'Europe excelle dans de nombreux arts ; comme celui de l'horlogerie dont les fabrications les plus fines sont des témoignages émouvants et précieux alliant les beaux arts, les nouvelles technologies issues des sciences et la philosophie dans une harmonie émouvante de beauté. Les arts de l'orfèvrerie, de la bijouterie, de l'horlogerie, des émaux, de la miniature, se mêlent avec bonheur dans ces petites pièces, véritables 'bijoux de poche'.
Montredepochedoublefacevers1770300 J'ai déjà écrit un long article traitant d'un aspect de l'horlogerie au XVIIIe siècle intitulé Les mécanismes du temps, où je présente des cartels et un régulateur.
Voici quelques exemples de montres conservées au musée du Louvre : XVIe siècle : 1, 2, 3 (musée national de la Renaissance d'Ecouen) ; XVIIe siècle : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 ; XVIIIe siècle : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11.
L'exposition L'horlogerie à Genève : Magie des métiers, trésors d’or et d’émail qui se déroule du 15 décembre 2011 au 29 avril 2012 au musée Rath de Genève, présente plus de mille œuvres du XVIe siècle à nos jours avec des pièces que le public peut admirer pour la première fois et des chefs-d'oeuvre où « la beauté s’allie à la haute précision et à la technicité ». Les montres, pendules, bijoux, émaux, miniatures, proviennent tous des collections d’horlogerie, d’émaillerie et de bijouterie du Musée d’art et d’histoire de Genève. Sont exposées des œuvres monumentales comme des pièces minuscules de quelques millimètres. « La constitution des collections étant intimement liée à l’activité industrielle et à la culture artistique genevoise, cette exposition entend également souligner le lien qui existe entre les œuvres et les métiers d’art. Elle évoque le rôle des ateliers comme lieux de création et souligne l’actualité d’une tradition horlogère, ininterrompue à Genève depuis cinq siècles. À ce titre, de prestigieuses maisons seront ponctuellement présentes durant l’exposition avec leurs propres collections historiques et des démonstrations dans les domaines de l’horlogerie, de l’émaillerie et de la bijouterie. » « Le Musée d’art et d’histoire conserve 20 000 pièces liées au savoir-faire local et international de l’horlogerie, de la bijouterie, de l’émaillerie et de la miniature. »
Photographie 2 : « Louis Duchêne & Cie, Genève. Montre de poche double-face, vers 1770. Or, diamants. © MAH, photo : M. Aeschimann. Inv. H 2008-136. »
Photographie 3 : « Christ Moricand, Genève. Étui avec montre, vers 1790. Serpentine, or repoussé et ciselé. © MAH, photo : M. Aeschimann. Inv. H 2008-135. »

Etuiavecmontrevers1790a300 © Article LM

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Jeudi 18 août 2011 4 18 /08 /Août /2011 12:07

dame recevant ds sa chambredetail442 Photographies dame recevant ds sa chambredetail300 1 et 2 : 'Dame recevant depuis sa chambre'. Illustration de Histoire de Renaut de Montauban, Flandre, XVe s. Paris, © Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit n° 5072 Res., folio 202 verso.
Jusqu'au XVIIIe siècle le lit est un lieu de 'sociabilité' important. Durant l'Antiquité on y dort, se repose, banquette, mange, boit, discute … D'importants dialogues de Platon se font sur des lits. On continue de recevoir couché jusqu'au XVIIe siècle. J'en parle dans mon article sur Les Précieuses et les femmes de lettres. La ruelle, c'est à dire la petit rue qui longe le lit, est un lieu d'apprentissage du dialogue antique que la philosophie courtoise poursuit. C'est là que les fondements du 'savoir vivre' sont initiés. De la ruelle on passe au XVIIIe siècle à la table de toilette et de celle-ci au monde … au 'grand monde' comme on le dit entre autres au XIXe. Entre l'Antiquité et le siècle des Lumières il y a le Moyen âge où le lit occupe une place tout aussi importante. La première photographie semble accréditer le fait que les dames reçoivent dans leur chambre : dans la ruelle, bien avant le XVIIe siècle. Du reste le lit (en particulier le lit de jour) se prête tout à fait à cela. Il s'agit d'une pratique issue de l'Antiquité qui n'est pas propre à l'Occident mais aussi à l'Extrême Orient (voir les représentations du Bouddha Shakyamuni couché). Dans la photographie suivante c'est le roi qui réceptionne dans sa ruelle dans un lit qui est sans doute un meuble d'apparat et l'ancêtre du 'lit de jour'.
lit charlesVI300 Photographie 3 : Illustration de Dialogues de Pierre Salmon et Charles VI. France, début du XVe s. Paris, © BnF, manuscrit français n° 23279, folio 19. Ici le roi Charles VI reçoit couché. A noter les poulaines (chaussures à bouts pointus) de celui-ci (les protagonistes de la première photographie en portent aussi mais un peu moins longues et pas décorées comme ici), son habit noir brodé aux fils d'or de textes et figures, ainsi que les chapeaux 'en turban' qui sont à la mode à cette époque.
L'exposition Au lit au Moyen Âge, qui se déroule jusqu'au13 novembre 2011 à Paris dans la Tour médiévale de Jean sans Peur, nous offre à l'aide d'un parcours photographique quelques informations sur sa fonction. On peut ainsi y lire : « Au XVe siècle, les grands procès sont jugés par le roi dans un lit de justice, espace surélevé à l’intérieur d’une clôture. Son trône est surmonté d’un dais et entouré de tentures, à l’image d’un lit, d’où le terme de lit de justice. C’est également allongés sur un lit que les grands donnent audience à leurs proches et alliés, astreints à demeurer debout. Paradoxalement, être couché est le signe d’un statut supérieur. Dans la chambre de parement, pièce destinée aux fonctions officielles, un lit d’apparat est dressé. Ce meuble de prestige est exposé aux yeux des visiteurs, sans qu’il en soit fait usage. Dans les cours royales et princières, il est de dimensions extravagantes, comme en témoigne la description d’une couverture de fourrure appartenant au roi Charles V (1364-1380) et dépassant les 38 m2 ! » Souvent on naît et on meurt dans le même lit. « Les défunts sont inhumés cousus dans leur linceul, à savoir le drap de leur lit, puis couchés dans la terre jusqu’à la consommation des temps. Le christianisme médiéval veut que les chrétiens soient enterrés ApparitionDameNature300a couchés sur le dos, face tournée vers le ciel. L’assimilation entre le sommeil et la mort est profonde : la tête du défunt est posée sur un oreiller.  » Le lit est donc un lieu de passage à la vie, à la mort, au rêve, au réveil, à l'autre. C'est un endroit particulièrement propice à la féérie, au plaisir, à la convalescence et au repos, ainsi qu'un endroit protecteur dans lequel on est au chaud ...  C'est donc tout un monde.
Photographie 4 : 'Un beau rêve : Dame Nature et ses oiseaux'. Livre des échecs amoureux, France, fin du XVe siècle, Paris, © BnF, manuscrit français n° 9197, folio 13. Voici ce que dit la Bibliothèque nationale de France au sujet de cet ouvrage : « Composé en prose par Évrart de Conty vers 1400, le Livre des échecs amoureux se présente comme le commentaire d'un poème allégorique inspiré du Roman de la Rose. Utilisant la symbolique des dieux antiques et du jeu d'échecs, Évrart de Conty relate le parcours initiatique d'un jeune prince, "l'Acteur", et traite ainsi "des mœurs et du gouvernement de la vie humaine". Au terme de sa quête, l'Acteur rencontre une jeune demoiselle avec laquelle il prend place autour de l'échiquier symbolique. À chacun des partenaires sont attribuées des pièces représentant autant de qualités ou de comportements relatifs à l'amour courtois. Chef-d'œuvre de l'enluminure flamande du XVe siècle, ce manuscrit comprend vingt-quatre peintures, œuvre du Maître d'Antoine Rollin. » Douze sont visibles ici et les autres ici.
Quelques lits : grecs 1, 2 et 3 ;  d'amour charnel durant l'antiquité ; au XVe siècle 1, 2, 3 (à noter la coiffure) et 4 ; de naissance ; d'une chambre de Louis XIV ; d'une chambre ou d'un boudoir du XVIIIe siècle ; de plaisir au XVIIIe siècle ; à l'antique en 1800 ; du XIXe siècle. Pour les différents modèles de lits voir proantic.com.
Photographie 5 : 'Un lit de parade géant'. Vie et miracles de monseigneur Saint Louis, France,  1480, Paris, BnF, ms. français 2829, folio 3 représentant l’auteur remettant son ouvrage au cardinal de Bourbon.

lit apparat300 © Article LM

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 08:54

lachercheusedespritacteur300l lachercheusedesprittitre300ll Il a déjà été fait mention dans des articles de ce blog aux notions de goût et d'esprit :
Académies - Avoir de l'esprit ; Le bon goût ; Sur Le bon ton & le bon genre . Ce sont des éléments majeurs de la vie sociale et culturelle française des XVII et XVIIIe siècles.
Photographies : La Chercheuse d'Esprit, Opéra Comique. " De Monsieur Favart. Représenté pour la première fois, le [?] Février 1741. Avec le Compliment prononcé à la clôture du Théâtre, & les Airs notés. Le prix est de vingt-quatre sols. A Paris, Chez la Veuve Allouel, au milieu du Quay de Gêvres, à la Croix Blanche. 1741. Avec Approbation & Privilège du Roi. - Paris. Veuve Allouel. 1741. " On peut lire la pièce ici.
Dans cette oeuvre de Charles-Simon Favart (1710-1792), Monsieur Subtil veut se marier avec Nicette une jeune fille que sa mère (Mme Madré) dit être sans esprit. Nicette part donc en quête d'esprit. Elle trouve M. Narquois qui se vente d'avoir été obligé de quitter Paris parce qu'en ayant trop. Il lui demande : « … mais de quel espèce d'esprit voulez-vous, car il y en a de plusieurs sortes ? - NICETTE. Dame, je veux du meilleur. - M. NARQUOIS. De cet esprit, chef d'oeuvre de l'art, brillanté par l'imagination, et rectifié par le bon sens ? » M. Narquois ne pouvant rien pour elle, elle rencontre M. L'Éveillé qui se sert de son esprit pour duper. Il commence par lui faire des avances mais sa future femme arrive. Elle suggère à Nicette d'aller chercher de l'esprit ailleurs : auprès d'Alain, le fils de M. Narquois, aussi benêt qu'elle, et que la mère de Nicette souhaite épouser. Les deux jeunes personnes trouvent ainsi l'amour en cherchant à avoir de  l'esprit. Les parents ayant peur qu'ils en aient davantage décident de les marier.
lachercheusedespritpartition3decoupe400l « FINETTE.
Chaque esprit a bien son usage ;
L'esprit fin est un séducteur
L'esprit savant a pour partage
Souvent moins de bien que d'honneur,
L'esprit brillant fait grand tapage ;
Mais l'esprit doux va droit au coeur. »
Dans son ouvrage intitulé Le Temple du Goût, M. de Voltaire (1694-1778) dépeint une promenade avec des amis vers l'édifice où se trouve le dieu du Goût. Sur un ton badin il y décrit les rencontres qu'il y fait ou pas de tous les prétendants à y être. Sa critique touche aussi bien certains de ses contemporains que des auteurs et artistes plus anciens, en particulier du siècle qui le précède : le XVIIe français qui définit le goût avec passion notamment à travers sa langue, son art et sa littérature. Voltaire décrit ce temple :
« Simple en était la noble architecture;
Chaque ornement, à sa place arrêté,
Y semblait mis par la nécessité:
L'art s'y cachait sous l'air de la nature
L'oeil satisfait embrassait sa structure,
Jamais surpris, et toujours enchanté. »
En son temps, M. de Voltaire est un des représentants de ce goût du XVIIIe siècle français. La vision qu'il en a est donc intéressante. Elle se démarque de celle de Jean-Jacques Rousseau ou d'autres auteurs qui, au XVIIe siècle, donnent pourtant à l'art et à la langue de France toute leur virtuosité … Cet ouvrage se termine par ces mots du dieu du Goût :
« Adieu, mes plus chers favoris:
Comblés des faveurs du Parnasse,
Ne souffrez pas que dans Paris
Mon rival usurpe ma place.
Je sais qu'à vos yeux éclairés
Le faux goût tremble de paraître;
Si jamais vous le rencontrez,
Il est aisé de le connaître:
Toujours accablé d'ornements,
Composant sa voix, son visage,
Affecté dans ses agréments,
Et précieux dans son langage,
Il prend mon nom, mon étendard;
Mais on voit assez l'imposture,
Car il n'est que le fils de l'art;
Moi, je le suis de la nature. »
letempledugouttitretransparent300l Cette idée du goût développée par M. Voltaire s'inscrit dans celle des Lumières qui trouve sa science dans la nature même et non pas dans l'artifice de l'art. Cette nouvelle optique du parti philosophique, dont les encyclopédistes sont des représentants, basée sur la connaissance concrète, façonne jusqu'à aujourd'hui le 'goût' qui s'appuie essentiellement sur les sciences et la logique : de l'observation de la nature, laissant peu de place à la rêverie et à la fantaisie, annonçant une aire 'pragmatique' et bourgeoise qui en refusant l'ignorance n'a fait que mettre en valeur la sienne propre.
Le texte de Voltaire est visible ici ou ici.  Il a donné lieu à des comédies ayant le même titre jouées dès la même année, comme celle-ci.
Dernière photographie : Le Temple du Goût, Comédie. " A La Haye, par la Compagnie. 1733. " Il s'agit d'une parodie de l'ouvrage de Voltaire du même nom, où le protagoniste se rend au temple du goût. Avant d'y arriver il est confronté aux faux goûts. Dans le temple sont représentés les écrivains, peintres musiciens et autres artistes étant dignes selon l'auteur d'être placés dans cet édifice. Dans l'avertissement de l'édition de Beuchot, on peut lire au sujet de cette comédie : « Voltaire, dans sa lettre à Thieriot, du 9 février 1736, attribue cette comédie à Delaunay; mais elle est de l'abbé d'Allainval. Quoique portant l'adresse de la Haye, elle avait été imprimée à Mantes, chez Tellier, qui, quelques années auparavant, avait été condamné au carcan par coutumace, pour avoir imprimé les Nouvelles ecclésiastiques. Lorsqu'il eut obtenu sa grâce, les jésuites lui firent imprimer la comédie antijanséniste intitulée la Femme docteur, afin, lui dirent-ils, de réparer le mal qu'il avait fait par l'impression des Nouvelles ecclésiastiques. Dans la comédie de d'Allainval, Voltaire figure sous le nom de Momus; un personnage appelé Kafener est évidemment Falkener, à qui est dédiée Zaïre; voyez tome Ier, du Théâtre. Beaucoup d'épigrammes furent lancées contre le Temple du Goût. Boindin, qui se reconnut dans Bardus ou Bardou, avait aussi fait une comédie qu'il intitula Polichinelle sur le Parnasse, et qu'il lut en plein café …. »

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Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 11:36

DessinStJeanBaptiste300 Le 26 novembre prochain, la maison Tajan présente des dessins anciens à la vente à Paris (catalogue ici).
Photographie 1 : « Ecole française du XVIIIe siècle. Saint Jean-Baptiste. Gouache sur vélin. 11 x 16 cm ».
Photographie 2 : « Charles Nicolas COCHIN (Paris 1715 – 1790). Allégorie de l'astronomie. Crayon noir. 6,5 x 12 cm. Signé et daté en bas à droite de " 1740 ". Dessin préparatoire à la vignette " La Géométrie assise à une table de travail, avec trois amours lisant ", du livre de l'Abbé Deider, « Le calcul différentiel et le calcul intégral » (voir l'Abbé Deider, " Le calcul différentiel et le calcul intégral " Paris, Jombert, 1740, in-4°, Livre I, p.I) ». CochinGeometrie400

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Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 10:50

delamitie300 De l'Amitié, chez Claude Barbin, 1692.

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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 06:59

wuiet Photographie 1 : Gravure de la fin du XVIIIe siècle : « Mlle Caroline Wuïet Pensionnaire de la Reine, et Membre décoré de l’Académie des Arcades. » Composé par Muncian d’après le portrait de Mr. de Romany [sans doute François Antoine Romany - vers 1756 - 1839]. Gravé par Vangelisty (graveur de la fin du XVIIIe siècle et début XIXe). Dimensions : 26,2 x 21,9 cm. Caroline Wuiet baronne d'Auffdiener (I766-I835) est née en France. Romancière et compositeur elle a écrit par exemple : Esope au bal de l’opéra ou Tout Paris en miniature (1802). L'Académie des arcades ou plutôt des arcadiens, est une société littéraire fondée à Rome par Christine de Suède en 1690. Chaque membre y prend le nom d'un berger d'Arcadie, comme Mme Duplessy qui est agréée en qualité de pastourelle, sous le vocable de Bérénice, et reçoit à titre d'apanage la province d'Argolide.
'Avoir de l'esprit' est une notion primordiale de la courtoisie et de la galanterie française. Enfin surtout avant le XXe siècle. On trouve encore des traces de cela dans l'humour anglais dénué cependant de toute sensualité si ce n'est celle du plaisir qu'il procure. Avant de devenir tel qu'il est aujourd'hui, c'est à dire la plupart du temps très gras, l'humour français est tout aussi fin bien que différent. Avant le XIXe siècle, en France, avoir de l'esprit est une chose primordiale pour toute personne de qualité. Il existe un véritable 'esprit français' teinté de galanterie, de plaisir et de finesse présent particulièrement dans les cercles et autres ruelles du XVIIIe et des siècles précédents, mais aussi ailleurs. Cet 'esprit' s'exprime aussi à travers les académies. Les écrits de Platon qui est à l'origine de la première académie, sont pleins de celui-ci. Nombreux sont les subtils et plaisants traits d'humour qu'on peut y lire …
Depuis l’Académie de Platon, fondée à Athènes en 387 avant J.-C., de nombreuses autres académies se sont formées, en particulier à l’époque moderne à partir de la Renaissance.
voiture300 Photographie 2 : « Vincent Voiture de l'Académie française né à Amiens et mort à Paris dans un âge fort avancé. Gravé par E. Desrochers [Etienne-Jehandier Desrochers (1668-1741)] à Paris chez Daumont rue St. Martin. En prose ainsi qu'en Poésie D'un Style délicat et fin ; Dans ses écrits Voiture allie Le tendre et le galant, le Simple et le badin. » Il est intéressant de noter que celui-ci n'a rien publié de son vivant alors que sa notoriété de poète auprès de ses contemporains est considérable. Il est un fait que l'esprit est une chose bien vivante qui peut très bien se passer de l'écrit ; même si celui-ci permet une transmission partielle à travers les âges.
Lorsque le cardinal de Richelieu fonde l'Académie française en 1635, c'est en s'inspirant des cercles des précieuses qui discutent sur les termes de la langue française. Mais  les femmes n'y sont pas admises (ce qui est injuste lorsque l'on sait leur travail pour en faire ce qu'elle est aujourd'hui) ; et ce sont de nombreux habitués de leurs lumières qui sont parmi les premiers représentants de l'Académie française, comme Vincent Voiture (1597-1648), Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654), Jean Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676), Jean Ogier de Gombauld (1576-1666), Claude Malleville(1597-1647), Antoine Godeau (1605-1672), Philippe Habert (1605-1637), François Maynard (1582-1646), François de Cauvigny sieur de Colomby (1588-1648), Marc-Antoine Girard sieur de Saint-Amant (1594-1661), Claude Favre de Vaugelas (1585-1650), et sans doute d'autres.
Gilles Ménage (1613-1692), plus jeune que Vincent Voiture, est aussi un habitué des précieuses. Molière s'est inspiré de lui pour écrire le personnage de  Vadius de sa pièce Les Précieuses ridicules. Malgré ses entrées dans ce monde galant et des écrits comme son Dictionnaire étymologique ou Origines de la langue française,  il n'est jamais élu membre de l'Académie française.
menage300 Photographie 3 : « Gilles Menage Poète et grammairien français de l'académie de Crusca établie à Florence né à Angers l'an 1613 mort à Paris l'an 1692 âgé de 79 ans. E. Desrochers fecit et excudit rue du foin près de la rue St-. Jacques à Paris. Soit injustice soit envie Menage dans l'académie Ne put jamais être reçu Mais ses ouvrages font connaître Que jamais homme n'a mieux su Ce qu'il faut Savoir pour en être. »
Pour finir voici un extrait du chapitre intitulé 'De la Mode' des Caractères de Jean de La Bruyère (1645-1696) élu à l'Académie française en 1693, dans lequel il est question de l'esprit fin de Vincent Voiture et de Jean-François Sarrasin (1614-1654) ami de Gilles Ménage : « Voiture et Sarrazin étaient nés pour leur siècle, et ils ont paru dans un temps où il semble qu'ils étaient attendus. S'ils s'étaient moins pressés de venir, ils arrivaient trop tard ; et j'ose douter qu'ils fussent tels aujourd'hui qu'ils ont été alors. Les conversations légères, les cercles, la fine plaisanterie, les lettres enjouées et familières, les petites parties où l'on était admis seulement avec de l'esprit, tout a disparu. Et qu'on ne dise point qu'ils les feraient revivre : ce que je puis faire en faveur de leur esprit est de convenir que peut-être ils excelleraient dans un autre genre ; mais les femmes sont, de nos jours, ou dévotes, ou coquettes, ou joueuses ou ambitieuses, quelques-unes même tout cela à la fois : le goût de la faveur, le jeu, les galants, les directeurs, ont pris la place, et la défendent contre les gens d'esprit. »

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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 08:28

suitedelacivilitefrancaise elementsdepolitesse C'est le deuxième article que j'écris sur la civilité (voir le précédent ici). De nombreux livres sont édités sur ce sujet en particulier du XVIIe siècle au XIXe. Les 24 et 25 septembre 2010, à Nantes, le commissaire priseur Philippe Kaczorowski propose à la vente quelques ouvrages sur ce sujet (voir catalogue ici) ; avec en particulier : le Nouveau Traité de la Civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens (que je décris dans l'article précité), suivi de Suite de la civilité française, ou traité du Point d’Honneur, et des règles pour converser & se conduire sagement avec les Incivils & les Fâcheux (photographie de gauche), d'Antoine de Courtin, dont les deux volumes in-12 datent de 1679 et 1680 ; et celui intitulé Éléments de Politesse et de Bienséance, ou la Civilité qui se pratique parmi les honnêtes gens. Avec un nouveau traité sur l’Art de plaire dans la Conversation, de Mr Prévost, datant de 1784 (photographie de droite).

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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 19:54

educationau18esieclejeunefille240.jpg almanachallemeandXVIIIelareverencerecadre300 Photographie 1 : Détail d'une estampe intitulée « L'instruction » [texte en allemand et en français] d'un almanach allemand de l'année 1779. Photographie 3 : feuille complète. Photographie 2 : Gravure avec pour titre 'La révérence', du même almanach, présentant un homme dans une posture ressemblant tout à fait à la figure du Petit-maître en Chenille décrite dans l'article du 16 mars 2009. Il est donc fort probable que cette attitude découle de la révérence.

Comme je l'ai dit dans un précédent article, Charles Duclos (1704-1772) écrit que le français est le plus sociable des hommes. De là vient son goût pour la mode, le bon ton, la politesse, l’éducation, le savoir-vivre … Antoine de Courtin (1622-1685) publie en 1671 un Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens. Il écrit que la civilité « n’est que la modestie et l’honnêteté que chacun doit garder dans ses paroles & ses actions. » almanachallemandeducationau18esieclecalendrier300-copie-1 Il commence par expliquer qu’elle doit venir de l’intérieur, puis formule différentes règles de langage, de maintien, de propreté, de politesse, d’usages (à table, au bal …), d’hospitalité, d’écriture, de bienséance … Le but est de ne pas déplaire et de plaire non seulement aux yeux du corps mais aussi à ceux de l’âme ; d’être naturel, modeste, faire des présents, avoir de l’hospitalité, de la contenance, de l’humilité et de la bienséance, d’être propre et à la mode, d’estimer les autres plus que soi-même, d’être mesuré, respectueux, d’avoir du discernement, de la bonne humeur. Le livre finit par ces mots : « Il est donc certain que l’usage pourra polir, abolir & changer peut-être une partie des règles que nous donnons ; mais néanmoins comme la civilité vient essentiellement de la modestie, & la modestie de l’humilité, qui est le souverain degré de la charité, & qui comme les autres est appuyée sur des principes inébranlables : c’est une vérité constante, que quand même l’usage changerait, la civilité ne changerait pas dans le fond ; & que l’on sera toujours civil, turcaretdujour3000.jpg quand on sera modeste, quand on sera humble ; & toujours humble, quand on aura la charité chrétienne, qui nous porte à obliger tous ceux que nous pouvons, même contre nos propres intérêts. » Pour finir voici une définition de la civilité que j'apprécie tout particulièrement et qui est tirée du même ouvrage : « d’après les anciens », la civilité est « une science qui enseigne à placer en son véritable lieu ce que nous avons à faire ou à dire ».

Photographie 4 : Gravure n°2 tirée de Manières et Modes, avec pour légende : « Turcaret du Jour prenant une leçon de tournure. » C'est en 1709 qu'Alain-René Lesage (1668-1747) publie la pièce de théâtre intitulée Turcaret. Cette satire des milieux financiers fait scandale à sa parution. Elle dépeint notamment le personnage de 'Turcaret', financier parvenu dépourvu d'éducation. L'image ici date de la toute fin du XVIIIe siècle ou du début du XIXe, et présente un de ces financiers cherchant à acquérir du style. Les deux personnages représentés sont à la mode à cette époque, mais la tenue d'incroyable du petit Turcaret accentue son ridicule.

Photographie 5 : Dans La Comédie de notre temps (1874-1876), Bertall (1820-1882) occupe tout un chapitre à « La civilité » qui commence par cette vignette. civilitel300.jpg

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