Lundi 17 mars 2008

undefinedAux XVIIe et XVIIIe siècles, le masque est un élément de l'habillement comme un autre bien que peu utilisé. Il permet de protéger le teint des agressions du soleil, et offre à celui qui le porte la possibilité de ne pas être reconnu et de jouir ainsi d'une liberté qui n'offense personne. Sur les tréteaux, on ne le porte plus guère que dans la Comédie italienne. Le Théâtre français l’oublie, et c’est à peine qu’on se souvient que les acteurs comiques et tragiques antiques jouent avec. Pourtant l’écrivain comique romain Térence et les illustrations de ses pièces représentant des comédiens masqués sont à l’honneur pendant toute l’ère chrétienne (jusqu’au XIXe siècle). Nous avons commencé à parler de cela dans l’article du 17 décembre 2007 intitulé Le théâtre antique et les conventions … classiques … Le Moyen-âge transmet ces pièces avec diligence dans des manuscrits nombreux dont les illustrations, bien que copiant fidèlement leur modèle et suivant une tradition remontant à l’époque même de leur auteur, font fondre petit à petit le masque dans le visage même des acteurs représentés. undefinedDans les iconographies des livres de Térence des XVIIe et XVIIIe siècles qui copient celles des manuscrits, on ne reconnait souvent plus le masque qu’on ne met plus que dans les mains de Melpomène la muse de la Tragédie ou de celle de la Comédie : Thalie, dont il est un attribut. Pourtant durant l’Antiquité celui-ci a une importance toute particulière. Il fait le lien, marque le passage, entre divers univers : la vie et la mort, le réel et la fantaisie, le soi et sa distanciation ... Les familles romaines font fabriquer un masque en cire (imago) de leurs défunts qu’elles exposent dans leurs maisons dans une niche de l’atrium, dans des meubles avec étagères fabriqués pour cet usage et disposés à l’entrée. Ces armoires à masques ressemblent à celles où les masques de théâtre sont exposés et qui se retrouvent parfois au début des pièces illustrées de Térence, dans les manuscrits du Moyen-âge, les incunables ou même dans certaines éditions plus récentes (voir photographies). Durant l’Antiquité, on sort les masques des ancêtres aux funérailles pour les faire porter par des acteurs qui suivent le convoi. Lorsqu’il assiste à une pièce de théâtre comique (qui met en scène des personnages de la vie courante), le citoyen romain a donc une vision de sa propre vie ; ce qui implique obligatoirement une certaine distanciation face à celle-ci. Quant à Térence, il est étudié dès l’enfance pour la finesse de sa langue. On apprend le latin et même la rhétorique par son intermédiaire. Et la dureté de cet apprentissage est adoucie par le plaisir qu’offrent les pièces de cet auteur et la subtilité de son humour. Par la suite, le recueil de ses textes est resté jusqu’au XIXe siècle l’ouvrage sans doute le plus édité après la Bible.

Photographie : Les œuvres de Térence traduites et commentées par Madame Dacier (1654-1720) sont célèbres. Les illustrations qui accompagnent cette édition sont dessinées et gravées par Bernard Picart (1673-1733). Il s’agit de copies de celles des manuscrits médiévaux comme le manuscrit latin 7899, du IXe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui eux-mêmes suivent fidèlement une tradition antique (dont il reste seulement quelques fragments de papyrus connus mais sûrement beaucoup plus dans quelques recoins de réserves), avec l’image de l’auteur de buste présentée par deux acteurs dans un médaillon, les armoires à masques qui introduisent les rôles et les illustrations des scènes avec les personnages dans des positions caractéristiques qui ont valeur de langage rhétorique.

undefinedLes Comédies de Térence, Rotterdam, Gaspard fritsch, 1717,  traduction et remarques de Madame Dacier (1654-1720). Complet en 3 volumes in-12°, 10 x 15 cm. Tome 1 : LXXXVIII pp ('Préface', 'Vie de Térence'), 511 pp., 18 planches hors-texte + un frontispice. Tome 2 : 485 pp.,  17 planches. Tome 3 : 431 pp.,  11 planches. Un frontispice et 46 illustrations au trait dessinées et gravées par Bernard Picart (1673-1733). Dans le Grand dictionnaire des femmes de l'ancienne France, Fortunée Briquet écrit à propos de cette édition : « Anne Dacier : les Six Comédies de Térence, On en a fait, en Hollande, deux éditions, dont la meilleure, pour la beauté des caractères, du papier et des figures, est celle de 1717 ; Rotterdam, Gaspard Fritsch, 3 vol. In-12° ».

Térence (Publius Terentius Afer, IIe siècle av. J.-C.a vraiment marqué de son sceau la langue latine et la conception même de la latinité. De grands noms ont régulièrement redécouvert son œuvre constituée de seulement six pièces, et ont apposé leurs commentaires, parmi lesquels le célèbre grammairien Donat (Aelius Donatus, IVe siècle ap. J.-C., précepteur de Saint Jérôme) ou Calliopius (fin du VIIIe siècle ap. J.-C) qui est un des principaux promulgateurs de Térence. Madame Dacier s’inscrit dans cette continuation. La finesse du latin de l’auteur romain en a fait sa caractéristique. Sa popularité dans une chrétienté opposée au théâtre laisse songeur et dévoile comment ce qu’on appelle aujourd’hui l’Humanisme au-delà de toutes les vicissitudes du changement n’a cessé d’être à la source de l’histoire occidentale, une sagesse d’une douceur et d’une finesse extrêmes à l’origine même de toutes les grandes civilisations.

Citation : « Homo sum ; humani nil a me alienum puto » : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, ne m’est inconnu » (Térence, Héautontimorouménos, v. 77).

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Livres anciens
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Vendredi 28 décembre 2007

undefinedAu 18ème siècle, on imprimundefinede des livres dans toutes les grandeurs : du volumineux in-folio à l'ouvrage miniature. Dans la préface de l'Almanach des gens d’esprit de l'année 1762, l'auteur écrit que : « Tout est aujourd'hui réduit en Dictionnaires, en Journaux & en almanachs. ». Le mot « réduit » est très approprié, car il s'agit de petits ouvrages très en vogue alors et qui ne se résument pas à ces trois types.

LES ALMANACHS sont des exemples de livres de poche publiés à cette époque. Leurs formats varient du in-18° à l’in-64°. Certains ne feraient que 1,5 cm de haut. Ils sont fabriqués pour être portés sur soi. Ils s’adressent à tous les publics et peuvent être tirés jusqu’à 50 000 exemplaires. Les reliures sont parfois admirablement ouvragées ou très simples, mais toujours charmantes : avec de jolies et élégantes couleurs ou très fines comme sur l’exemple exposé dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du 18ème siècle. Certains de ces ouvrages ont des dorures historiées sur les plats en cuir ou de fines broderies etc. Parfois ils sont vendus avec un étui pour les contenir.

undefinedLES CAZIN. Les in-12° et in-16° sont des formats très fréquents. Ils sont plus petits que ceux des livres de poche actuels. Hubert-Martin Cazin (1724-1795) est l’éditeur qui représente le mieux alors l’épanouissement des publications ‘de poche’. Son nom est associé à ces formats dont il est l’un des propagateurs. Si les Cazin sont petits c’est aussi parce qu’ils sont souvent vendus en catimini car leur contenu est parfois prohibé. En 1754, l’éditeur est interdit de pratiquer son métier de marchand libraire. Il continue cependant, puis de Reims s’installe à Paris à diverses adresses successives. Les lieux d’édition ne sont pas indiqués (photo 1) dans ses ouvrages ou bien le plus souvent à l’étranger comme Londres (photo 4) ou Genève (photos 2 et 3) bien qu’ils soient produits en France, ceci afin d’éviter les saisies, amendes et emprisonnements dont l’éditeur est parfois la victime. Son travail d’édition ne se résume pas à des écrits licencieux ou légèrement érotiques comme dans les quatre exemples que nous proposons. Il publie une collection conséquente et fine d’auteurs dans des livres variant du petit in-12° au in-18° donnant ainsi son nom à ce genre de petits formats du 18ème siècle.

 

La démocratisation du livre de poche ne date donc pas du 20ème siècle. Elle est sans doute au 18ème un des facteurs favorisant la divulgation des idées des Lumières puis de la propagande révolutionnaire.

 
 

undefinedPhoto 1 : Léonard, Nicolas Germain (1744-1793), Idylles et Poëmes champêtres, sans date ni mention d'imprimeur, mais de la fin du XVIIIe siècle. Format Cazin. 7 x 12,5 cm. Reliure de l’époque. Jolie page de titre/frontispice. Ce livre contient de nombreuses Idylles et d’autres poèmes de M. Léonard comme Le temple de Gnyde. Le temple de Gnide est celui de la volupté.

 

Photo 2 : Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, in-18° (12 x 7 cm). Frontispice de C. P. Marillier (1740-1808) gravé par N. de Launay (1739-1792) représentant dans un décor champêtre une jeune fille couronnant un poète de roses, avec le texte : « Il faut des Couronnes de roses A qui peignit l’Amour et chanta les baisers. 20 ème Baiser ». Vignettes, fleurons, culs-de-lampe illustrent le corps de l’ouvrage. La première édition de Les Baisers est un in-8° de 1770, chez Lambert et Delalain.

 

Photo 3 : Autre édition Cazin de la même oeuvre mais avec un frontispice différent. Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, de 7 x 12 cm. Frontispice : « Sans vous, à quoi sert le bel âge ? » représentant des putti formant des couples s’embrassant dans un décor rococo. Cette édition contient aussi Joannis secundi hagiensis Basia et Imitations de plusieurs poètes latins (poésies érotiques).166 pages. 

 

Photo 4 : Piis, Pierre-Antoine-Augustin chevalier de (1755-1832), Contes Nouveaux en Vers et Poésies fugitives, édition Cazin indiquée Londres pour Paris, 1781, complet en deux parties. Dimensions : 7,5 x 13 cm. Il s’agit sans doute de la première édition. Cette édition originale est particulièrement jolie du fait de deux fines gravures, l’une servant de page de titre du recueil en deux parties, et l’autre de suite de celui-ci. La première représente une jeune femme prenant la place d’un rémouleur allongé sur le sol. Elle aiguise des ciseaux sur une meule rafraîchie par de l’eau ; et au dessous le texte indique : « L’eau tombe goutte à goutte, et les Ciseaux de Lise Rasant la meule en feu s’aiguisent à sa guise. » Le thème est éminemment érotique puisque c’est du jeune homme qu’elle s’occupe en vérité. Il est amusant de noter qu’ici celui-ci est représenté languissant, foudroyé par l’Amour avec qui la jeune fille gambade gaiement sur l’autre gravure. Les contes et les poésies présentées dans cet ouvrage sont plus espiègles que licencieuses. Notons le dialogue légèrement érotique ‘d’une petite maîtresse et d’un abbé’ (pp. 285-288) où celui-ci essaie de soudoyer une élégante qui se laisse convaincre mais devant sa maladresse le renvoie au jour où il aura acquis plus d’expérience. Un conte met en scène une perruque : ’La perruque perdue’ (pp. 31-33). Un autre intitulé ‘La délicatesse à la mode’ (p.27) montre un jeune homme qui voyant que la jeune fille qu’il convoite acquiesce, devient grossier au grand dame de sa promise qui rechigne. L’indélicat invoque l’amour et peut faire alors ce qu’il ne peut dire. Ainsi au XVIIIe siècle, la mode est à la délicatesse tout en étant à la liberté voir au libertinage.

 

undefinedLivre/almanach (format in-12) contenant un calendrier (6 pages), un conte érotique (36 pages), 12 pages pour noter les pertes et les gains de son propriétaire, illustré de 4 jolies gravures à pleine page offrant différentes nudités. L'Asile des Grâces, Etrennes aux jolies femmes de Paris. Par un Parisien de quelques Académies, Paris, chez les Marchands de Nouveautés, sans date (la Bibliothèque nationale possède un exemplaire du conte, daté de 1785, édité par Jean-François Royez vers 1757-1823 : « A Cythère, et se trouve à Paris, chez Royez. M.DCC.LXXXV »). Ouvrage rare, inconnu à Grand-Carteret et à Cohen. Reliure plein maroquin rouge du XIXe siècle, dos à nerfs, dentelle intérieure et tranches dorées. Retrouvez ce livre à la LIBRAIRIE STANISLAS FOURQUIER, au 40 rue Gay Lussac à Paris dans le 5ème arrondissement près du Jardin du Luxembourg, et bien d’autres ouvrages sur les sites www.photolivre.com et http://stores.ebay.fr/0-livres-photos

 

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Mercredi 5 décembre 2007

descriptiondunlivrereliure700.jpgLe livre a été fabriqué pour être lu, mais aussi tenu dans les mains, conservé, aimé, offert ... Cet objet est toute une histoire. Pour connaître le FORMAT d'un livre, il faut savoir celui de la feuille qui a été pliée : en deux : in-folio ; en quatre : in-quarto = in-4° ; in-octavo = in-8° ; en douze : in-duodecimo = in-12°, in-16°… La RELIURE (couvrure) peut être en papier, toile, soie, peau (pleine reliure ou demi-reliure); le cuir du veau brun ou blond, du maroquin (peau de chèvre), du parchemin ou de la basane (cuir très souple obtenu à partir d’une peau de mouton tannée). La reliure peut être décorée (fers, fleurons…). Elle est composée d’un plat et d’un contreplat, d’un dos et d’un intérieur reliure. Le CORPS D’OUVRAGE est emboité dans la couvrure et ne tient à elle que par ses gardes (feuilles de garde) collées aux plats. Le livre fermé, la partie visible du corps d’ouvrage est appelée la tranche. Elle peut être dorée, jaspée, marbrée, peinte… Dans les livres anciens, le tout est cousu à des nerfs simples ou doubles. A l’intérieur, le texte a sa propre typographie, et parfois des images telles des gravures (frontispice, gravures à pleine page ou dépliantes, bandeaux, vignettes, fleurons, culs-de-lampe…). Le livre du 18e siècle est un objet qui vit, qui respire, parce qu’il est fait de matériaux naturels : cuir, fibres végétales ... On ressent la main de l’homme, son travail à travers l’objet, et son esprit à travers les mots, les gravures … Tout s’entremêle comme les parties d’un corps ; le visible et l’invisible communiquent et ouvrent de nouvelles portes de l’âme. Les livres reflètent des facettes, parmi une infinité, du diamant de notre esprit, et ceux du 18e siècle des aspects de celui-ci qui méritent d’être redécouverts : où la main est aimée par la pensée, et la pensée par la main, celles (la main et la pensée) qui ouvrent le livre, et celles qui le créent, l’écrivent et le façonnent. 
descriptiondunlivreancien700.jpgdescriptiondunlivreancieninterieur700.jpg

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Lundi 3 décembre 2007

La valeur d’un livre est fonction de très nombreux critères. Il y a tout d’abord l’aspect sentimental ou intellectuel : l’ouvrage qu’on amènerait dans une île déserte. Ensuite, cela dépend de ce que l’on recherche. Enfin il y a des valeurs communes : ancienneté, qualité de la fabrication, rareté … S’agit-il d’une première édition, d’une édition du temps de l’auteur, ou d’une édition ressaissurlatitre.JPGare et appréciée ? Les gravures sont-elles des premières éditions, de l’époque du graveur ; quelle est leur qualité ; de qui sont-elles … ? Certains amateurs accordent une importance toute particulière à la reliure ; surtout lorsqu’elle provient d’ateliers réputés, ou si elle est riche et travaillée (maroquin, dorures …). La provenance de l’objet a son importance. Elle peut se lire dans l’ex-libris à l’intérieur (vignette du possesseur collée sur une page de garde ou nom écrit sur la page de titre) ou sur les armoiries (le chiffre) se trouvant sur la reliure. Un livre provenant de la bibliothèque d’un personnage célèbre voit sa valeur décuplée. Le livre conserve une âme, intangible par nature et bien vivante qui nous semble encore plus là quand on tient dans ses mains une édition du temps de l’auteur. Les matériaux eux-mêmes qui le constituent à cette époque (papier chiffon, cuir…) ont une vie et ont besoin de respirer. Ils ont surtout la nécessité d’être lus et aimer …  Le livre nous invite à contempler cette âme, ce morceau de savoir, directement, tel le doigt qui désigne et sur lequel il ne faut pas s’arrêter si on souhaite voir ce qu’il montre. C’est pour cela peut-être que contrairement à la plupart des autres arts du 18e siècle ceux liés aux livres ont gardé une certaine sobriété. Les reliures les plus sophistiquées sont souvent plutôt simples se caractérisant avant tout par la qualité du cuir, du travail et les fines dorures qui peuvent agrémenter l’ouvrage. Les gravures en pleine page ou les vignettes et autres culs-de-lampe des corps d’ouvrages sont généralement délicats et assez discrets.  Il s’agit là d’une autre facette de la beauté des arts du 18e siècle, celle d’un temps emprunt de connaissance et de sensibilité. Le livre est aussi un objet sensible qui doit être abordé avec intelligence, le support de cette finesse nécessaire à tout savoir car nous permettant de comprendre l’autre. Cette lumineuse sensibilité profondément inscrite dans la culture courtoise (fin’amor en ancien français) se retrouve dans toutes les facettes de la vie sociale d’alors : la politesse, l’élégance, l’amour, la culture, les sciences … autant d’éléments chers à cette époque férue de clarté, de discernement, en ce siècle des Lumières. On retrouve cette sensibilité s’exprimant de façon toute autre, en offrant différentes facettes de cette beauté, dans la Porcelaine, l’Orfèvrerie, la Peinture et tous les Beaux-arts d’alors. Le livre est un objet de savoir dans lequel l’esprit peut se ressourcer, trouver les fondations solides de sa matière, puiser dans la limpidité lumineuse de la connaissance.  Il y a beaucoup d’autres aspects qui font la valeur d’un livre ancien. Evidemment le contenu est d’une grande importance. Certains ouvrages n’ont pas été réédités, ou pas depuis longtemps. Et même s’ils l’ont été régulièrement, des changements ont été faits pour en faciliter la lecture. Ainsi plus on remonte dans le temps, plus l’orthographe change, la typographie ... Les signifiants et les signifiés se bousculent, et on entre dans de la pure poésie … la Littérature … qui a fabriqué notre monde et essaissurlanecessitedeplairereliure.jpgle façonne toujours à travers les mots (et les chiffres). Cependant, le Verbe reste une invention humaine et par là garde sa liberté. C’est aussi un héritage commun, un outil de rassemblement, de communication et d’amour. Les Précieuses du XVIIe siècle, dont nous parlerons dans un prochain article, sont parmi les inventeurs de notre français moderne. Elles discouraient pendant des heures sur le bon emploi de certains mots, en créaient d’autres, avec pour thème récurrent : l’Amour. Leurs salons et académies donnèrent au cardinal de Richelieu l’idée de créer l’Académie française et son dictionnaire. Pour connaître la valeur d’un livre, une certaine culture est donc nécessaire. Quant à la valeur proprement marchande, elle prend en compte tout cela, mais aussi le nombre de collectionneurs s’y intéressant en fonction de la rareté et d’autres données uniquement pécuniaires. Nous verrons dans un prochain article les différents éléments qui constituent un livre du XVIIIe siècle et qui permettent de le décrire.

Le livre présenté en photos est : Moncrif, François Auguste Paradis de (1687-1770), Essais sur la nécessité et sur les moyens de plaire, seconde édition, Paris, Prault fils, 1738 (année de la première édition). Wikipedia : « Dans cet ouvrage, Moncrif soutient que rien n'est plus important que plaire et que chacun a les moyens d'y parvenir à condition de savoir utiliser les passions et les travers de son interlocuteur. Les Essais sur la nécessité et sur les moyens de plaire ont été publiés par François-Augustin Paradis de Moncrif en 1738. D'Alembert insista, dans l'éloge qu'il fit de lui à l'Académie, sur le fait qu'avant d'être un théoricien, Moncrif était un excellent praticien de la conversation. Secrétaire du joyeux comte de Clermont, censeur royal, lecteur de la pieuse reine Maria Leczinska et de la dauphine, Moncrif parvint à plaire dans des milieux très différents. Il réussit à mener une vie de plaisir sans déplaire à la reine, pourtant très vertueuse. Dans l'épitaphe que La Place écrivit pour lui, on peut lire qu'il fut "digne des moeurs de l'âge d'or", tant il savait plaire par son esprit et sa conversation. »

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Jeudi 22 novembre 2007
L'histoire du livre occupe une longue part de l’Histoire avec un grand ‘H’ que l'on fait commencer à l'avènement de l'écriture. Certains font remonter les premiers livres à la haute Antiquité avec les tablettes d’argile ou de pierre ; d’autres à la fin de l’Antiquité avec l’abandon progressif du volumen (rouleau en papyrus ou parchemin) pour le codex (ensemble de feuillets reliés au dos) que le Moyen-âge utilise presque exclusivement en joignant entre elles des feuilles de parchemin. Les peaux de dizaines de moutons sont nécessaires à la réalisation d’un seul livre. Ce sont des ouvrages de luxe entièrement écrits à la main, parfois enluminés d’ornements et illustrés de miniatures, et dont les reliures peuvent être serties de joyaux ou d’autres éléments affirmant leur valeur. Le papier apparaît au XIIe siècle. Il se généralise peu à peu, surtout avec l’avènement de l’imprimerie grâce à Gutenberg dès 1450. Les premiers livres imprimés (jusqu'à février 1501) sont appelés des "incunables" (du latin incunabulum : berceau) ; ceux qui suivent des ouvrages modernes. Les incunables n'ont souvent ni page de titre, ni date ; ce qui rend leur identification difficile. Par contre dater un livre ancien est relativement aisé ; car cette datation est confortée par de très nombreux éléments. Le premier aspect à prendre en compte est la date de publication indiquée généralement au bas de la page de titre, ou bien au "colophon" (à la fin) pour les livres de la fin du XVe siècle et du début du XVIe. Le second élément, qui est souvent le premier car constituant l’approche initiale d’un livre, est la reliure. Aux XVe et XVIe siècles elle est souvent en parchemin ou vélin. Une reliure du XVIIIe siècle se différencie très nettement d’une du XIXe. Il suffit d’en comparer une dizaine des deux périodes pour s’en rendre compte. Sous l'ancien Régime, la plupart des reliures sont en pleine peau. Avec la Révolution et la pénurie de cuir, se généralisent les demi-reliures (dos en cuir, mais carton et papier marbré pour les plats). Le travail du relieur des XVIIe et XVIIIe siècles est très spécifique et le plus souvent particulièrement abouti. Parfois les plats, et presque toujours le dos des ouvrages en cuir, sont ornés de décors dorés, mélanges d'encadrement, de dentelles ou de fers à motif particuliers. Le contenu est de toute première importance : le texte, les gravures, le papier aussi. Ce dernier a ses caractéristiques suivant les périodes de sa confection. Jusqu’au début du XIXe siècle, il est produit à partir de chiffons de lin ou de chanvre. Sa préparation donne un aspect vergé caractéristique et facilement décelable à la lumière. En transparence, on peut sur certaines feuilles identifier un filigrane qui est un motif (dessin, texte …) distinctif du lieu de fabrication. Enfin, la qualité de la pâte, son épaisseur … ont leur importance. Tous ces éléments viennent confirmer la datation d’un livre. Ensuite d’autres aspects s’ajoutent pour en évaluer sa valeur. Mais nous verrons cela dans un autre article. 

Reliures-L-Intersigne-.jpglogolintersigne155.gifLivres en vente à la librairie d’Alain Marchiset L’Intersigne : www.livresanciens.eu
De gauche à droite :
- Arnauld de Villeneuve, Libellus de regimine senû et seniorum, Paris, F. Baligault, sans date (incunable de vers 1500) ;
- Vesling, Syntagma anatomicum, 1647 (reliure en parchemin) ;
- Torquemada,  Hexameron, 1610 (reliure aux armes) ;
- Du Verney, Traité de l'organe de l'ouie, 1683 (reliure du 17e s.) ;
- Newton, Arithmétique universelle, 1802 (demi-reliure) ;
- Nynauld, De la lycanthropie, 1623 (reliure de luxe du 19e s.).

Sur la place du livre ancien dans le monde contemporain, notons les intéressants articles d’Alain Marchiset (Président d'honneur du SLAM : Syndicat de la librairie ancienne et moderne)
comme celui intitulé :
Quel avenir pour le livre ancien ? 

Et puis LM publie régulièrement des articles sur les livres anciens sur le Net dans son autre blog :
Actualité du Marché de l’Art sur Internet : http://marchedelart.blogspot.com. 
par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Livres anciens
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