Manières ampoulées : le concettiste, le marinisme, le maniérisme, le maniéré, l'euphuïste, l'euphuisme, le gongorisme, le cultisme, le conceptisme ...

Les précieuses ne sont pas les premières à avoir mis au goût du jour le style affecté. La fin du XVIe siècle et le début du XVIIe est témoin de cela dans toute l'Europe. Nous sommes en pleine époque Baroque. Le style raffiné, parfois exagérément recherché est à la mode. En France ce sont les précieuses qui particulièrement inspirent chez d'autres cette simulation d'esthétisme ; en Italie le poète Jean-Baptiste Marini (1569-1625) ; en Angleterre l'écrivain et dramaturge John Lyly (v. 1553-1606) ; en Espagne les écrivains Luis de Góngora y Argote (1561-1627), Alonso de Ledesma (1552-1623) et Francisco de Quevedo (1580-1645), etc.

Le ou la concettiste, est une personne qui utilise dans ses écrits et la conversation des concetti : des tournures affectées, des traits d'esprit souvent d'un goût douteux. Ce mot en usage au XVIIIe siècle est le pluriel de l'italien concetto que l'on rencontre au moins depuis le XIVe siècle dans la péninsule au sens de 'concept' et qui prend au XVIe celui de figure de rhétorique adroite et subtile. Dans la France des Lumières il désigne une telle figure mais placée inopportunément dans le contexte, un peu ridicule.

Au XVIIe siècle on use du mot 'marinisme' pour un style affecté et précieux à la manière du poète italien Jean-Baptiste Marini qui a beaucoup de succès en Europe.

Le mot maniérisme vient aussi de l'italien et désigne tout à la fois un courant artistique de la Renaissance (allant de 1520 à 1580) et un comportement tout en afféterie, maniéré, avec une élégance gâchées par un manque d'authenticité, vaniteuse.

Le maniéré se fait remarquer par ses manières affectées.

Le terme 'euphuiste' vient du grec ευϕυης qui signifie élégant, de bon goût. C'est le nom qu'à la fin du XVIe siècle en Angleterre on donne à un style précieux et à un bel esprit, suivant le goût raffiné à la mode dans toute l'Europe, ou qui le mime. Nous sommes là dans une exubérance. Il suffit de contempler certains portraits de la reine d'Angleterre Élisabeth Première (1533-1603) pour comprendre de quoi il s'agit. C'est assez impressionnant. Voir ici : 1, 2, 3, 4. L'euphuiste pratique l'euphuisme.

En Espagne, au même moment, se développe le gongorisme : un style littéraire inventé par le poète espagnol Luis de Góngora y Argote, d'un acabit semblable mais abusant en particulier de métaphores précieuses, d'un vocabulaire opulent, d'un ordre syntactique complexe, tout cela pour un contenu peu original voir très conventionnel. On parle aussi de cultisme ou cultéranisme.

À cela s'ajoute le conceptisme qui s'oppose au cultisme en étant concis et sentencieux, manquant tout autant semble-t-il de consistance.

Ces effets de style sont connus en France à cette époque baroque, notamment à travers certains des mouvements que je viens de citer et qui se retrouvent dans le vocabulaire français.

© Article et photographies LM