Le céladon

Le céladon est un vieillard amateur de l’ancienne mode et des écrits de type L'Astrée d’Honoré d’Urfé (époque des précieuses : voir articles 1 et 2). Ce terme est employé de manière péjorative au XVIIIe siècle alors que ce roman est très moderne au XVIIe. Voilà ce qu’écrit Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757 : cent années), dans ses Poésies pastorales : « Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / […] / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les coeurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / […] / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. … » Il est intéressant de noter que Fontenelle lui-même déprécie ce qui précède cette oeuvre : les romans de chevalerie qui sont alors passés de mode au XVIIe siècle, comme L'Astrée l'est par la suite.

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