Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /Mars /2009 08:33

Dès le début du XXe siècle, une grande partie de l'avant-garde mondiale se retrouve à Paris, en particulier dans le quartier Montparnasse. La capitale de la France est depuis toujours, semble-t-il, un refuge pour la pensée et l'art. Au XXe siècle, cela débute entre autres avec les fauves (1905-1910) dont le nom continue par la suite à désigner un type d'artiste. Rapidement de nouveaux courants voient le jour. L'avant garde se réunit alors à Montparnasse dont les cafés et les restaurants chics accueillent volontiers la jeunesse artistique bohème qui y passe beaucoup de temps sans vraiment consommer, payant parfois avec des toiles, des desseins ... d'où les nombreuses oeuvres d'art modernes qui couvrent les murs de ces endroits. Certains restaurateurs deviennent mécènes ! L'ambiance festive et intellectuelle qu'elle apporte attire les gens riches qui cherchent à se distraire, en particulier les américains (États-Unis). Les caves et autres lieux pour danser et s'amuser s'ouvrent. C'est le temps des années folles, du surréalisme, de l'existentialisme. Peintres, photographes y ont des ateliers et se réunissent en cénacles improvisés. Dans Wikipedia on peut lire : « Les cafés, bars et bistrots, notamment ceux du carrefour Vavin, l'actuelle place Pablo-Picasso, étaient des lieux de rencontre où les artistes venaient à la fois rencontrer leurs homologues et négocier. Les cafés le Dôme, la Closerie des Lilas, La Rotonde, le Sélect, et la Coupole, ainsi que Le Bœuf sur le toit (toujours ouverts) acceptaient que des artistes affamés puissent occuper une table pour toute la soirée pour un prix dérisoire. S'ils s'endormaient, les serveurs avaient comme instruction de ne pas les déranger. Les disputes étaient courantes, certaines nées de polémiques, d'autres de l'alcool, et la coutume voulait que même lorsque l'affrontement tournait aux coups, la police n'était pas appelée. Si les artistes ne pouvaient payer leur facture, le propriétaire de La Rotonde, Victor Libion, acceptait souvent un croquis. Aussi les murs des cafés étaient couverts d'une collection d'œuvres d'art, galeries improvisées. La vie nocturne est également passée dans la légende, comme les nuits chaudes du Bar Dingo ... » Dans un article intitulé 'Bars et cabarets de Paris' de L'Illustration de Noël 1929 (première photographie), Sem écrit : « Un verre à Montparnasse ? Ça va : voyez terrasses ! ... Terrasses désormais historiques de ces cafés-musées, de ces cafés-chapelles aux murs couverts d'une croûte de tableaux barbares et naïfs, accrochés comme des ex-voto, terrasses débordantes de ces brasseries géantes, cathédrales de l'art nouveau et du cocktail, violemment éclairées, où se superposent, depuis les sous-sols jusqu'aux toits, quatre étages de consommateurs et danseurs. Dans le vertige tournoyant des alcools, le cliquetis des clartés ivres répercutées par les glaces, ces façades rutilantes et enfiévrées semblent virer, entraînées par l'élan des orchestres de danse, comme de hauts manèges de foire. C'est bien la foire mondiale de la jeune peinture. C'est là que, la journée faite, vient s'abattre et camper la horde effarante des fauves. Sur dix rangs de chaises et de tables pressées, une étrange bohème exotique, de tout poil et de toute couleur, boit, s'exalte, discute d'art, avec des mimiques de sauvages, dans tous les dialectes du globe. C'est une mêlée de croyants et de roublards, de snobs, Montparnos à la flan, jouant au rapin, d'artistes sincères travaillant dur, de ratés blêmes d'envie et de misère, dévorant des yeux les arrivés, les illustres, les génies consacrés à gros traités. Voici des femmes-peintres, cheveux collés, cigare au bec, des peintres-femmes rasés de près, poudrerizés et les yeux faits, en complet lilas avec des boucles aux oreilles ... d'étranges Nordiques chargés d'une énorme chevelure annelée qui leur couvre les épaules, comme des Louis XIV albinos, des Canaques crépus barbouilleurs de choses immondes, des Raspoutines aux yeux de thaumaturges, des Chinois sans regards, des Japonais à lunettes : mascarade pathétique ou épopée de l'art nouveau ? » Nous sommes encore là dans la caricature ; mais comme nous l'avons déjà vu, c'est souvent le cas lorsqu'on cherche des documents d'époque qui traitent de la véritable modernité.

Montparnasse est aussi le quartier des surréalistes. De vers 1917 jusqu’à la seconde guerre mondiale, le surréalisme investit ce lieu de l'avant-garde de l’époque, où les artistes viennent habiter et sortir dans les nombreux cafés, restaurants, théâtres et clubs à la mode où on joue du jazz. C’est le temps des années folles. Une véritable communauté artistique et intellectuelle venue du monde entier se met en place avec pour la peinture ce qu’on appelle l’École de Paris. Le quartier lui-même joue le jeu de cette vie artistique ; et cette communauté internationale, trépidante et bohème attire quelques mécènes : amateurs d’art fortunés souvent américains. L’élégance ne s’exprime pas obligatoirement là dans un style vestimentaire, mais dans ce goût prononcé pour la création, la nouveauté, l’avant-garde. Le quartier Montparnasse accueille dans la première moitié du XXe siècle cette énergie venue du monde entier avec ses artistes, ses intellectuels, ses gandins, ses fêtards, ses lieux à la mode qui un peu avant et surtout après la guerre glissent vers Saint-Germain puis quittent Paris pour s’exiler aux États-Unis. Le terme ‘avant-garde’ apparaît semble-t-il au XIXe siècle. Son personnage s’inscrit dans une démarche artistique expérimentale, nouvelle. Les avant-gardes existent déjà au XIXe siècle. L'intelligence, la réflexion, la littérature ... sont très à la mode en France durant ce siècle. Les cafés sont un de leurs lieux privilégiés de rassemblement et même au XVIIIe siècle ; les Lumières s'y retrouvant. Parmi les autres endroits qui accueillent les intellectuels il y a : les cercles, les salons, les ruelles. Au temps des existentialistes, des romantiques, des incroyables, des cacouacs (Lumières), des précieuses ... le discours, l'esprit, l'imagination, la poésie, les sciences, la créativité ... sont des auxiliaires de la modernité et de la mode ; ils ajoutent de la saveur à celle-ci.

Dernière photographie : Détail d'une gravure avec une caricature d'incroyable d'époque directoire. Le port d'accessoires de vue sont un des éléments de la panoplie de l'incroyable qui est parfois représenté avec un style 'intellectuel', le front assez large et dégarni et portant de grosses lunettes.

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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