Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 09:53

masquesetmascarades700.jpg Le théâtre occupe une place très importante dans la société antique gréco-romaine. Il suffit de constater l’espace qu'occupent les odéons et théâtres dans les villes exhumées pour s'en rendre compte. Ces édifices sont toujours présents dans la moindre petite cité et sont parmi les plus grands. C’est que le théâtre est un élément fort de cette communauté, non seulement parce qu'il apporte la distraction indispensable ; mais aussi parce qu'il permet avec habileté d'enseigner la langue, la philosophie etc. et d'inculquer un esprit civil aux plus rustres d'entre les citoyens. D'abord il est un lieu de libertés et de plaisirs où s'opère la catharsis, c'est-à-dire la purgation des émotions (des passions) et des travers de chacun qu’ils soient comiques ou tragiques. Ensuite il rassemble autour de rythmes communs qui deviennent des supports d’éducation et de comportements. Le maître d’école et le tuteur instruisent sur la langue grecque ou latine à travers des textes de théâtre ; l’homme politique s’entraine à la rhétorique en apprenant des pièces, en mimant les acteurs, en écrivant et déclamant en public de nouvelles compositions dramatiques. Cet enseignement, tous peuvent y avoir accès à travers la simple distraction qu’est le théâtre, qui tout en étant didactique, civilise et apporte le plaisir : une des principales clés du rythme (comme nous le verrons dans un autre article, ce sont avant tout les rythmes qui sont à la base de la Culture). L’auteur romain Térence qui s’inspire de la comédie grecque a servi ainsi non seulement durant l’Antiquité mais aussi pendant tout le Moyen-âge jusqu’au 19e siècle comme source d’apprentissage du latin et parfois même de la rhétorique. Il est particulièrement réputé pour la finesse de sa langue et de ses textes.

La représentation des rôles comiques, telle qu’on la trouve dans la gravure du 18e siècle de la photographie de cet article, suit une tradition qui remonte à l’époque même de Térence et qui s’est transmise fidèlement pendant toute l’Antiquité et à travers les manuscrits médiévaux illustrés de l’auteur comique comme le manuscrit latin 3868 de la Bibliothèque du Vatican (IXe s.), le manuscrit latin 7899 de la Bibliothèque nationale de France (IXe s.),  le ms. 7900 (IXe s.), et tous ceux qui sont copiés par la suite dans les principaux centres culturels (souvent monastiques) médiévaux. L’estampe de la photo copie ces images ou une de leurs transmissions, avec les positions typiques (le gestus du comédien et de l’orateur), les habits et les masques qui se confondent avec le temps aux visages. Dans la Comédie antique, tous les masques sont caricaturaux sauf ceux des jeunes gens qui le sont à peine et souvent très fins (alors que les autres sont très grossiers), mais dont les personnages sont pourtant la cible de tous les autres ! Dans un prochain article nous parlerons plus particulièrement de l’importance du masque et de certaines de ses significations.

Comme le théâtre qui met en scène des règles admises, la Culture est un système de conventions. L’Antiquité en a conscience, de même que le Moyen-âge lettré. Malgré ce que l’on peut dire, le théâtre ne quitte pas cette période d’une immense richesse culturelle. Au contraire, il retrouve son origine même, avec ses chœurs et son autel qui au demeurant n’abandonnent jamais le théâtre antique. Au risque de peut-être choquer certains et en ayant conscience que toute vision des choses est parcellaire et erronée, on peut se risquer à dire que le théâtre s’installe dans le temple même : l’église. On y joue la passion du Christ, aussi celle des hommes, et en particulier à travers le simulacre d’anthropophagie la catharsis nécessaire à la résurrection des âmes pécheresses. C’est ainsi que le théâtre antique banni par la chrétienté, renaît dans l’église, s’organise en elle avec des jeux mettant en scène des personnages dont certains sont masqués, pour sortir ensuite de l’édifice religieux et être joués sur son parvis, puis dans des théâtres en cercle, mettant en scène toute la cosmographie chrétienne avec son enfer, son paradis … et ses mystères : tel celui de la ‘passion’ du christ ainsi dénommée dès l’origine.

Mais si le Moyen-âge conserve des pratiques religieuses héritées de l’Antiquité et même rejoue l’origine du théâtre, les représentations du théâtre antique disparaissent totalement. C’est à la Renaissance (XVe-XVIe s. en France, dès le XIVe en Italie), qu’on le redécouvre et le joue. Le théâtre du XVIIe siècle instaure une série de règles inspirées de la dramaturgie antique. L’Abbé d’Aubignac (1604-1676) les formule pour la première fois par écrit : la vraisemblance, la bienséance, les trois unités de temps, de lieu et d’action. Ces conventions sont à la base du théâtre classique français avec Molière, Racine, Corneille … Mais cette dramaturgie dont la langue est particulièrement belle et les représentations raffinées n’est pas si rigide que cela. Au contraire, ces règles ont pour but de mieux capter la réceptivité des spectateurs et leur faire apprécier la représentation. Les alexandrins laissent une immense liberté car finalement peu contraignants tout en apportant la musique, le rythme nécessaire à ces spectacles. La vraisemblance et la bienséance vont de soi à une époque éprise de délicatesses et de justesse. Et les trois unités sont plus pratiques que contraignantes. Avant toute autre chose, à cette époque, le théâtre est une distraction et un plaisir, une subtile alchimie qui sait s’insinuer dans les conversations les plus doctes comme dans les plaisirs les plus frivoles. C’est ainsi qu’il l’est surtout durant l’Antiquité ; et c’est ce charme là qu’on retrouve au XVIIe siècle, dans un temps où Paris s’institue comme la nouvelle Athènes, et le français comme la nouvelle langue des arts et des sciences.

Les conventions régissent une grande partie de notre vie et en particulier la Culture. La Langue en est une dans laquelle on donne historiquement à chaque chose un ou plusieurs mots et à chaque mot une signification. L’Art en général a les siennes. Comme nous le verrons dans un prochain article, elles s’imposent par la constatation de l’entourage, l’imitation et l’évidence du rythme. La Liberté n’est pas dans leur destruction mais peut-être dans la reconnaissance qu’il ne s’agit là que de conventions et par le plaisir que l’on peut trouver grâce à elles, comme dans la communion qui s’instaure et la recherche d’une plus grande finesse.

Photo : Gravure intitulée : Masques et mascarades en usage chez les anciens. Elle est tirée d’un livre du XVIIIe siècle (Tom VI, N° 27). Signature : B. Bernaerts Sculp., 1743. B. Bernaerts est un graveur du XVIIIe siècle, sans doute hollandais. Cette estampe représente des rôles de la Comédie antique, s’inspirant de la tradition des iconographies des éditions (en particulier médiévales) de Térence. Elle fait 45 x 26,5 cm et  41 x 17 cm sans les marges.

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