LA MESURE DE L'EXCELLENCE : LES PETITS MAITRES DE LA MODE
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Ce dictionnaire des petits maîtres de la mode française s’enrichit au fur et à mesure des articles publiés dans ce blog. Il
se divise en deux parties. La première répertorie les petits maîtres : J’y inclus les dames et hommes de qualité, les petit(e)s-maîtres(ses) proprement dits, les intellectuels et les artistes,
les professionnels de la mode, les faux élégants, et quelques autres. La seconde partie concerne l’environnement des petits maîtres : les lieux où on les trouve, leurs postures, les vêtements
qu’ils portent, leur toilette, les danses, la mode, le bon ton, la galanterie, la courtoisie etc. • PREMIERE PARTIE : LES PETITS MAITRES DE LA MODE • AMAZONE • ANCIEN • ANGLOMANE • ARTHUR • BCBG • BARBIER • BAS-BLEU • BEAU • BEAU-FILS • BECARRE • BICHE • BICHEUSE • BON CHIC BON
GENRE • BON TON (PERSONNE DU) • BOLIVAR • BOULE ROUGE • BOULEVARDIER • BOURGEOIS(E) • BRANCHE • CALICOT • CASCADEUSE • CASINETTE • CHIC (FEMME, HOMME) • CHICARD • COCO • COCODETTE • COCOTTE • COIFFEUR • COPURCHIC • COQ • COUSETTE • CREVE • CREVETTE • DADOUDADOUDA • DAIM • DAME DE
QUALITE • DANDY • DECADENT(E) • DECATI • DECAVE • DEMI-MONSIEUR • EFFEMINE • ENDIMANCHE • ESSUYEUSE DE PLATRES • EX-BEAU • EXISTENTIALISTE • FASHIONABLE • FAUCHEUR • FAUVE • FAUX ANGLAIS • FAUX
ELEGANT • FEMME DE LETTRES • FEMME DU QUARTIER • FILLE DE MARBRE • FRELUQUET • GALANT(E) • GANDIN • GANT JAUNE • GARCONNE • GENREUSE • GENREUX • GENTLEMAN • GENTLEMAN DU SPORT • GENTILHOMME • GENTILHOMME DU SPORT • GIGOLETTE • GOMMEUX • GRISETTE • INTELLECTUEL • INVISIBLE • JEUNE-FRANCE • JOURNALISTE DE MODE • KOKSNOFF • LIBERTIN(E) • LIONCEAU • LORETTE • MAQUILLEE • MARCHANDE DE MODE • MARIE-CHANTAL • MASHER • MENIN(E) • MERVEILLEUSE • MIDINETTE • MIGNON(NE) • MIMI-PINSON • MUSARD • MUSARDE
• MUSARDINE • MUSCADIN • MUSEUR • MUSEUSE • NOCEUSE • NOUVELLE FRANCE • ORIGINAL • PANTHERE • PARISIEN • PECHE A QUINZE SOUS • PEDANT • PERFECT GENTLEMAN • PETIT CHOSE • PETIT CREVE • PETIT MONSIEUR • POETE • PRE-CATELANIERE • PRECIEUSE • PSCHUTTEUX • RASTAQUOUERE • ROMANTIQUE • ROUE
• SAPEUR • SNOB • SNOBOYE • SPORTSMAN • SPORTSWOMAN • SURREALISTE • SWING • SYLPHE •
SYLPHIDE • TAILLEUR • TAILLEUR DE CORPS • TALON
ROUGE • TRAVIATA • TROTTIN • TROUVERE • YEYE • ZAZOU • DEUXIEME PARTIE : ENVIRONNEMENT DU PETIT-MAITRE • 1803 • 1817 • 1903 • ACADEMIE • AIR BOUDEUR • ALMANACHS DE MODE • AMITIE • ANNEES FOLLES • ARMOIRE • ART FRANÇAIS • BAIN • BAISER • BARBIERE • BAROQUE • BELLE EPOQUE • BOIS DE BOULOGNE •
BOITE A MOUCHES • BOLERO • BON GENRE • BON GOUT • BON
TON • BONHEUR DU JOUR • BOUDOIR •
BOUCLES, MACARONS ET PAPILLOTES • BOUDOIR • BOULEVARD DU TEMPLE • BOULEVARDS (DES ITALIENS, DES CAPUCINES ET DE MONTMARTRE) • BRODERIE DE SOIE •
CAFE DES INCROYABLES • CAFE FRASCATI • CANNES ET BATONS DES INCROYABLES ET MUSCADINS • CARNAVAL DE PARIS • CARNET DE BAL • CARREAUX • CHAPEAU DE PAILLE • CHAPEAUX D’INCROYABLES • CHAUSSURES
CIREES • CHENILLE • CHERCHEUSE D’ESPRIT • CHEVELURES GAULOISES • CHEVEUX COURTS •
CHIFFRE • COCARDE • COFFRE, COFFRET, BOITE DE TOILETTE • COIFFEUSE • COIFFURE A LA FONTANGES • COMMODES DE RANGEMENT POUR LE LINGE • CONTREDANSE • CONVERSATION • COQUETTERIE • CORPS A BALEINES • COSTUMES HABILLES, D’ETIQUETTE et D’APPARAT • COURS • CRAVATE • CRINOLINE • DANDYSMES ROMANTIQUES • DENTELLE • DOS • DRAPE A L’ANTIQUE • EDITS • ENVIRONNEMENT • ESPRIT • ESTAMPES A LA MODE •
FAUTEUIL A COIFFER • FLEURS • FOUILLY LE SEC • FOX-TROTT • GALANTERIE • GANTS • GENS A LA MODE • GOUT • GRANDS COUTURIERS DU DEBUT DU XXE SIECLE • GRAVURES DE MODE AU XVIIIE SIECLE • GUINGUETTES • HAUT-DE-FORME • HAUTE
BICHERIE • HOTELS PARTICULIERS • HYGIENE
• INDIGENCE • JAZZ-BAND • JOURNAL DES DAMES ET DES MODES • L’ORANGE • LIT • LIVRES DE POCHE • LONGCHAMP(S) • LORGNER • MAISONS DE PARFUM • MAQUILLAGE • MIROIR • MODERNITE • MODES
AMERICAINES • MONTAGNES RUSSES • MOUCHES • MOUCHOIR • OBJETS DE PARFUMS QUE L’ON PORTE SUR SOI AU XVIIIE SIECLE • ŒILLADES • PALAIS ROYAL • PARFUM • PERIODIQUES DE MODE • PIED MIGNON • POIS • POLKA • PYXIS • RASAGE • RAYURES • RENCONTRE DES INCROYABLES • ROCOCO • RYTHME •
SALONS • SENAT • SPORT • SWING • TANGO •
TEMPLE DU GOUT • TICS • TOILETTE (SECONDE TOILETTE) • TUILERIES • VASES A PARFUMS • VERT •
Le concept de Modernité a parcouru toute l'histoire de l'Occident, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. De nos jours, il tourne
autour des nouvelles technologies et de la mondialisation des marques que ce soit dans le refus de cet état de fait ou le contraire. Autrefois, les grands changements se faisaient lors de
renaissances qui se caractérisaient souvent par une redécouverte de l'Antique. Ce fut le cas au XIIe siècle avec l'Art Gothique, à la Renaissance, à la Révolution … La querelle des Anciens et des
Modernes est un spectacle que l’Occident a joué depuis l’Antiquité. De tous temps, le théâtre les a mis en scène de façon magistrale, le spectacle principal ne se déroulant pas sur la scène
mais dans les gradins et bien au delà de l’édifice théâtral. L’origine en est lointaine, peut-être a-t-elle commencé en Grèce au début du théâtre. Le système même des concours théâtraux athéniens
amenait un esprit de compétition entre les différents poètes. C’est ainsi qu’à partir de Thespis (VIe siècle av. J.-C.), jusqu’à Euripide (Ve siècle av. J.-C.), en passant par Eschyle et
Sophocle, les auteurs tragiques rivalisaient de nouveautés. L’évolution de la Comédie grecque ancienne vers la Moyenne et la Nouvelle a marqué de grands changements. Les poètes romains qui
copiaient cette dernière s’exposaient à de virulentes critiques de leurs homologues. Térence (IIe siècle av. J.-C.) en a fait les frais. Dans ses prologues, il répondait aux critiques en
expliquant comment il dépensait sa peine, lui le nouveau poète, à écrire des prologues, non pour exposer le sujet comme c’est leur fonction principale, mais pour répondre aux attaques d’un vieux
poète malveillant. A l’opposé, il nous reste un fragment d’une pièce du VII e siècle après J.-C. intitulée Dialogue de Térence et du moqueur, où Térence est confronté à un jeune auteur,
représentant de la nouvelle génération se moquant du vieil écrivain. Au-delà des mots, il s’agissait de nouvelles façons de représenter et de se représenter qui étaient exposées. La Renaissance
des XVe-XVIe siècles a fait surgir de nouveaux débats. Au XVIIe siècle, on assista à des démêlés sur les Lettres de Guez de Balzac (1624-1629), sur le Cid (1637) et sur d’autres
questions littéraires. A la fin de ce siècle et au début du XVIIIe une autre controverse fit s’affronter les Anciens (les auteurs Classiques tels Boileau, Racine, La Fontaine, La Bruyère …) qui
défendaient une littérature imitant l’Antique, aux Modernes (la nouvelle génération d’écrivains comme Fontenelle, Perrault, Houdar de la Motte …) qui affirmaient la prééminence des auteurs
contemporains. Elle continua au XVIIIe siècle lorsqu’en 1714, Houdar de la Motte publia une traduction de l’Iliade où il corrigeait et raccourcit celle d’Anne Dacier de 1699 en y
ajoutant une préface contenant un Discours sur Homère où il prenait la défense des Modernes. Anne Dacier répliqua dans son livre Des causes de la corruption du goût. Cette
« Querelle d’Homère » s’acheva en 1716 avec une réconciliation des deux parties. Au XVIIIe siècle, la tradition antique (en particulier chez Térence) qui voulait qu’un auteur de théâtre
expliqua sa démarche d’écriture par rapport à ce qui le précédait se retrouva dans les prologues de pièces, comme chez Diderot (1713-1784) où celui-ci défendait son « drame
bourgeois » ; ou encore au XIXe siècle chez Victor Hugo (1802-1885) dans la Préface de Cromwell qui annonça la « bataille d’Hernani » entre les défenseurs
d’un théâtre classique et ceux d’un théâtre romantique. Cela illustra d’une manière alors toujours très vivante la querelle entre les Anciens et les Modernes.
Cette modernité littéraire de nouvelles générations d’écrivains qui s’affirmaient en opposition aux anciennes a son pendant dans la
jeunesse qui imposait de nouvelles modes. En France, la littérature et la Mode ont toujours été très liées ; et elles ont fait évoluer la langue comme nous le constaterons dans un prochain
article consacré aux Précieuses.
Photo 1 : Fontenelle, fut un des acteurs de ce qu'on appela la querelle entre les Anciens et les Modernes. Ce livre, datant de l'époque de l'auteur en est un exemple. Fontenelle, Bernard Le Bouyer de (1657-1757 : presque centenaire !), Poésies pastorales, avec un Traité sur la nature de l'églogue, et une digression sur les anciens et les modernes, Paris, M. Brunet, 1708. 3e éd., in-12°. La partie appelée Digression sur les Anciens & les Modernes fait explicitement référence à la ‘querelle’ dont Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut un des acteurs et qui trouva son apogée à la suite de la lecture par Charles Perrault vers 1688 de son poème Le Siècle de Louis XIV dans lequel il proclamait la primauté de la littérature du temps. La première édition de Digression sur les Anciens & les Modernes date justement de cette année là et suit directement ce poème. Les partisans de la suprématie antique se recrutaient surtout à la Cour et dans la génération classique. Leurs adversaires étaient plutôt des auteurs jeunes, des mondains et des amateurs de genres nouveaux (opéra, contes, romans).
Pour finir cet article et commencer les suivants, voici quelques passages du livre de Bernard Le Bouyer de Fontenelle proposé en photo 1, dont le dernier est consacré à Honoré d’Urfé dont le roman pastoral L’Astrée influença beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle dont nous parlerons.
« […] je ne goûte point trop que d'une idée galante, on me rappelle à une autre qui est basse, et sans agrément. »
« On ne prend pas moins de plaisir à voir un sentiment exprimé d'une manière simple, que d'une manière plus pensée, pourvu qu'il soit toujours également fin. Au contraire, la manière simple de l'exprimer doit plaire davantage, parce qu'elle cause une espèce de surprise douce, et une petite admiration. On est étonné de voir quelque chose de fin et de délicat sous des termes communs, et qui n'ont point été affectés, et sur ce pied-là, plus la chose est fine, sans cesser d'être naturelle, et les termes communs sans être bas, plus on doit être touché. »
« Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / --- / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les cœurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / --- / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. […] » Poésies pastorales. Alcandre. Premier églogue. A Monsieur…
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