Vendredi 27 juin 2008
Photo 1 : page de titre du catalogue : Les Embellissements du High Life Tailor, Printemps-été 1923.
Avant de vous proposer un prochain article sur les petites mains de la mode française (grisettes, cousettes, midinettes, mimi-pinsons …), en voici un sur la haute-fashion parisienne : le high-life des lions et autres lionnes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

La haute bicherie de l’époque se retrouve dans les grands magasins du Louvre, au Bon Marché ou au High-Life Tailor, dans les promenades au bois de Boulogne, les courses à Chantilly, les fêtes organisées par l’aristocratie, les grands restaurants, les orgies … Au début du XXe siècle, Paris est toujours lumineux … une ville de lumières ! La mode se libère là avec Paul Poiret puis Coco Chanel. Elle se mélange aux avant-gardes : constructivisme, futurisme, fauvisme, cubisme … venant de Russie, Italie, France … et d’influences orientales, russes ... C’est encore le copurchic (le pur chic) du XIXe, mais une fashion libérée. La femme s’affranchit du corset, des coiffures élaborées, porte des robes qui semblent prêtes à glisser sur les mollets au moindre coup de vent, impose le féminisme et occupe les mêmes places que les hommes (petit à petit). On danse le charleston sur du hot jazz. C’est le début du swing ! La folie est partout. C’est l’époque du dadaïsme, du surréalisme, du cinéma expressionnisme allemand avec ses clairs-obscurs, ses escaliers interminables ... En même temps, la high-life continue de parader sur les terrains de courses, les promenades des boulevards, dans des cercles (clubs) et autres réunions mondaines, dans des fêtes somptueuses … et voyage : croisières, stations balnéaires … Pendant ce temps, New-York élève ses tours à en perdre haleine. On ne pense pas encore à conquérir la lune … mais bientôt ! Au XIXe siècle on cherche à prendre de la hauteur : haute fashion, haute bicherie, high-life, grandes dames ... et au XXe on se libère et commence à s’envoler dans des avions, en attendant les jets privés, puis les voyages dans l’espace.
Le terme de high-life désigne donc la ‘haute vie’, celle des ‘grands’ de ce monde, s’inspirant comme son nom l’indique du modèle anglo-saxon. L’expression high-life est particulièrement attachée à deux choses :
- Un magasin se nommant le High-Life Tailor dont nous reproduisons ci-dessous des passages du catalogue de 1923.
- Un annuaire ultra mondain, dans le style du Gotha, qui paraît pour la première fois en 1883 sous le nom de La Société et le High-Life et contenant les noms des personnalités françaises. Photo 2 : L’édition que nous présentons (page de titre) est la quatrième (1903).
Photo 3 : Première page du catalogue : Les Embellissements du High Life Tailor. Printemps-été 1923 : « Au coin du Boulevard et de la rue Richelieu, au point précis où s’élèvent aujourd’hui les somptueux Magasins du HIGH LIFE TAILOR, existait autrefois un pavillon fameux appelé Frascati, du nom d’une petite ville d’Italie, célèbre par la beauté de son site. / On était en 1796, sous le Directoire, au lendemain de Thermidor ; le fondateur de Frascati, grâce à son habileté commerciale, avait acquis en peu de temps une très grande prospérité. Sa maison était devenue pour les Parisiens un séjour de prédilection ; toute la jeunesse dorée s’y donnait rendez-vous. / Vêtus d’habits à longues basques, engoncés dans de hautes cravates et armés de lourdes cannes, les Incroyables – on prononçait Incoyables, suivant leur bizarre manie de supprimer les r – s’y rencontraient, chaque jour, avec tout un essaim de jolies Merveilleuses, - les Méveilleuses – aux riches joyaux, aux toilettes vaporeuses, à la vertu peu farouche. On causait, on entendait de la musique, on dégustait des glaces savoureuses, on dansait, on dinait, on soupait et parfois l’on jouait un jeu d’enfer, non sans conspirer bruyamment contre l’ordre établi ; - c’était la mode. / Le soir venu, tout Paris d’alors accourait contempler les superbes feux d’artifice que le maître de céans, pour la distraction de son élégante clientèle, tirait dans ses jardins – des jardins en plein boulevard, ô prodige du passé. / […] Ce furent les beaux jours de Frascati. Aucun établissement de la Capitale ne jouissait d’une vogue comparable à la sienne. Ses salons luxueusement décorés, étincelants de dorures et resplendissants de lumière rappelaient, jusque dans les moindres détails, la bonne tenue, la distinction et le tact des grandes maisons d’avant la tourmente. / Une nuée de valets corrects y assuraient un service irréprochable ; musique joyeuse, danses enivrantes, divertissements sans cesse renouvelés excitaient la curiosité et attiraient la foule. C’était la fête perpétuelle, agrémentée la nuit, par des milliers de lampions de couleurs, accrochés aux branches des arbres, disséminés dans les bosquets et sur les pelouses. / […] Elégantes et gens du monde, hommes de finances et riches étrangers y venaient achever la soirée et, tout en devisant des nouvelles du jour, absorber délicatement du bout des lèvres, thé, chocolat, fruits des tropiques, bonbons, glaces exquises et gâteaux parfumés. / […] Plus de glaces aux parfums du jour, ni de valses tourbillonnantes ; plus de jeux de hasard, plus de lampions bariolés ni de feux d’artifice multicolores. Mais de beaux Messieurs encore, des belles Dames toujours, comme aux grands jours du Directoire. […] Le Temple de la Beauté, suivant l’expression d’autrefois, s’est transformé ; il est devenu aujourd’hui le Temple de l’Elégance et du Bon Goût. Son nom n’est plus Frascati ; il s’appelle HIGH LIFE TAILOR. »
Photo 4 : Une des doubles pages du catalogue : Les Embellissements du High Life Tailor. Printemps-été 1923. Texte : DANS TOUTES LES REUNIONS MONDAINES OU SE FAIT ASSAUT D’ELEGANCES LE H L T [HIGH LIFE TAILOR] SE DISTINGUE PAR LA GRACE DE SES CREATIONS. On remarque le style ‘art-déco’ du dessin, le chic des modèles avec en particulier la tenue des hommes qui reste d’une élégance d’actualité, l’arrière plan avec les joueurs de polo etc.
Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Vendredi 20 juin 2008

La coiffure a une importance toute particulière dans la mode du XVIIIe siècle. La figure gravée de la dame de buste avec le nom de sa coiffure est très fréquente dans les almanachs, les estampes … Certaines dénominations sont particulièrement charmantes. Voici un ensemble de détails de gravures originales toutes du XVIIIe siècle.

Chapeau à la Bostonienne - Chapeau à la Voltaire - Nouveau Casque à la Minerve ou la Pucelle d'Orléans - Bonnet à la Chérubin, vu sur le côté.


Coiffure au Consiteor - Chapeau au Figaro parvenu - Bonnet à la Chérubin, vu par devant - Chapeau à la Saint Domingue – Le même chapeau vu sur le côté – Chapeau à la Minerve Bretonne.


Coiffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie Italienne – Coiffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de Musique – Coiffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéra – Nouveau Chapeau à la Figaro – Nouveau Chapeau à la Charlottembourg


Coiffure à la nouvelle Charlotte - Coiffure de la Beauté de St James – Coiffure à l’Insurgente - Bonnet à la candeur.


Chapeau à la Theodore - Chapeau de velours noir - Chapeau à la Provençale - Chapeau/bonnet mis sur une baigneuse - Pouf à la Tarare - Coiffure simple - Chapeau/bonnet à créneaux - Bouffant et frisure en crochets - Chapeau à la Théodore - Chapeau avec aigrette esprit de plumes - Autre Chapeau à la Tarare - Bonnet à gueule de Loup - Bonnet à grande gueule de Loup - Chapeau à la Tarare - Autre Chapeau bonnette - Simple chapeau à la Tarare.


Baigneuse d’un nouveau goût - Le Parterre galant - Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère - Toque à l’Espagnolette.


Toque lisse avec trois boucles détachées - Coiffure en crochets avec une échelle de boucles - Pouf d’un nouveau goût - Coiffure en rouleaux avec une boucle - Bonnet au Levant


Chapeau d’un nouveau goût - Chapeau tigré - Chapeau des Champs Elysées - Chapeau à la Colonie - Coiffure en porc-épic.  


Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Vendredi 13 juin 2008

Photographie : Sur de l'Eau de Fleur d'Orange, titre d’un des chapitres du livre d'Antoine Torche (1631-1675) : Cassette des bijoux (1668).

Dans l'article du 16 mai 2007 Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIIIe siècle, j’ai donné quelques noms de préparations de parfums. Pour en savoir un peu plus, il existe quelques ouvrages d’époque sur ce sujet. Simon Barbe écrit à la fin du XVIIe siècle : le Parfumeur Royal, ou l’art de parfumer avec les fleurs & composer toutes sortes de parfums, tant pour l’Odeur que pour le Goût. L’ouvrage est divisé en neuf traités avec 1. Les gants parfumés, 2. Les poudres de violettes, 3. Les eaux de senteurs, 4. Le tabac, 5. Les essences, 6. Les pommades, 7. Les poudres pour les cheveux, 8. Les savonnettes, 9. Les liqueurs & parfums bons à la bouche. Si ce livre ouvre le XVIIIe siècle sur ce sujet, celui de Jean-Louis Fargeon le referme, puisqu’il date de 1801 : L’Art du parfumeur, ou traité complet de la préparation des parfums, cosmétiques, pommades, pastilles, odeurs, huiles antiques, essences, bains aromatiques, et des gants de senteur, etc. L’ouvrage en deux parties de Joseph-Pierre Buc’hoz (1731-1807) est quant à lui dans le siècle (première publication en 1771) : Toilette et laboratoire de Flore, Réunis en faveur du beau Sexe, ou Essai sur les Plantes qui peuvent servir d’ornement aux Dames, & qui sont utiles dans la distillation, contenant les différentes manières de préparer les Essences, Pommades, Rouges, poudres, Fards, Eaux de senteur, Liqueurs, Ratafias, Huiles, Eaux Cosmétiques & Officinales, & c. On y remarque que, malgré la mauvaise réputation de certains procédés cosmétiques de cette époque, ceux proposés ici, et dans tous les livres de cette période que j'ai lus sur ce sujet, usent d’ingrédients naturels, de formules souvent très simples et bonnes pour le corps et la santé en général. On y rencontre des plantes anodines de nos campagnes et des essences rares venant de loin. Si les recettes concernent avant tout les soins du physique, elles regardent aussi tout le métabolisme. C’est ainsi qu’on trouve de très nombreuses recettes de parfums dans des livres de pharmacie (terme qui comprend aussi l'art du confiseur et celui de la préparation des eaux de senteur & liqueurs de table). C’est le cas dans l’ouvrage d’Antoine Baumé datant de 1762 et intitulé : Eléments de pharmacie théorique et pratique contenant les principes fondamentaux de plusieurs arts tels que ceux du confiseur, distillateur et parfumeur. Il contient de très nombreuses formules : de baumes (du commandeur, tranquille, de la Mecque, hypnotique ... ), du cachou à la violette, des eaux (de chaux d'écailles d'huître, de saturne, de jasmin ...), d’élixirs (antiathmatique, aurisique, de vitriol …), de pommades (en crème, en fleurs de lavande, pour le teint, ....), de poudres (dentifrices, d'or des chartreux ... ), de sirops (de berberis, d'absinthe, de cannelle, de choux rouges ...) … avec quelques principes de distillation. L’art de la distillation est du reste particulièrement développé au XVIIIe siècle. Antoine Dejean (pseudonyme de Hornot) écrit en 1753 un Traité de la distillation avec un traité des odeurs, suivi en 1764 du Traité des odeurs. Suite du Traité de la distillation et Jacques-François Demachy en 1773 L’Art du distillateur liquoriste.  Enfin citons l’ouvrage de Polycarpe Poncelet : Chimie du goût et de l'odorat, ou Principes pour composer facilement, et à peu de frais, les liqueurs à boire et les eaux de senteurs..., datant de 1755.

On le voit, les parfums au XVIIIe siècle ont de très nombreuses formes. Différentes essences, eaux de senteurs, huiles, vinaigres, font office de fragrances. Au sujet des eaux spiritueuses, voir l’article du 16 mai 2007 précité. Mais les senteurs liquides ne sont pas les seules. Certaines pâtes odorantes sont encore utilisées, mais surtout avant le XVIIe siècle quand « l’esprit-de-vin » (l’alcool) ne sert pas encore de véhicule aux odeurs agréables. Ajoutons à cela les poudres parfumées et de nombreuses autres formules. Et puis il y a ce qu’on brûle et qui fleure dans les pièces des demeures (voir article : Les vases à parfums du XVIII ème siècle).

Photographie : Ouvrage d’Antoine Baumé (1728-1804), Eléments de pharmacie théorique et pratique… dans l’édition de 1769 largement augmentée par rapport à la première version de 1766. 

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Toilette
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Mercredi 4 juin 2008

Dans plusieurs traditions, les œuvres poétiques sont appelées des ‘fleurs’. Voici plusieurs fleurs mélangées et fermentées assemblées en un pot-pourri qui espérons-le offrira à votre âme une agréable odeur. 

Certaines lapalissades contiennent des vérités : comme dire que ce qui est petit n'est pas obligatoirement le moins grand, ou que ce qui est peu impressionnant n'est pas toujours le moins influent ... Il existe un enseignement tibétain très élaboré (avec de nombreux développements et commentaires) constitué à partir de quelques lignes de poésie. On ne mesure pas toujours le côté ‘anecdotique’ de certains faits influençant durablement la culture. Même le terme de ‘lapilassade’ vient d’une erreur de lecture (voir Wikipedia). Dans un prochain article, nous donnerons l’exemple des contes de fées d’abord publiés d’une façon très discrète et toujours dans des petits formats. Pourtant ils influencent tout un imaginaire occidental. Mais tout cela arrive-t-il vraiment par hasard ? Derrière ‘l’anecdote’ se cache souvent un contexte qui n’attend qu’à s’exprimer. Les choses simples recèlent parfois de grandes vérités. Il suffit de regarder autour de soi. Le Mystère est partout … Il est nécessaire parfois de garder sur le monde une vision douce : re-garder, d’avoir conscience que nous n’appréhendons qu’une toute petite partie de la réalité. Il y a de la relativité dans ce que nous disons ou faisons, ce que nous sommes ; mais aussi de la magie qui nous accompagne tout le temps. Dans l’iconographie des beaux-arts, le putto représente un peu cela. On met en scène cet enfant en train de faire doctement des activités sérieuses d’adulte. Son origine est antique et nous a été transmise par l’Italie. Dès le XVe siècle, ce pays est le modèle de l’Europe et en particulier de la France. Artistes et artisans italiens sont appelés et accueillis, puis imités. Ils apportent avec eux l’usage d’inclure dans nombre de leurs productions des iconographies d’enfants batifolant en se consacrant à différentes occupations qui gardent le nom italien de ‘putti’ (‘putto’ au singulier). Le XVIIIe siècle français en inclut partout. Ils sont plus ou moins indirectement associés à cupidon (Eros) bien que ne portant pas d’ailes.  On les représente parfois appliqués à des tâches humaines « sérieuses », mettant celles-ci en perspective et rappelant peut-être que même si les adultes semblent graves, ils sont avant tout préoccupés par le jeu, le divertissement et l’amour, et qu’au-delà des contingences vitales, c’est cela souvent qu’ils recherchent. 

L’estampe ci-dessus est du XVIIIe siècle. Elle met en scène des putti architectes prenant des mesures. Jean-Michel Mathonière a gentiment écrit pour nous au sujet de cette gravure ce qui suit. Nous l’en remercions vivement. Cela dévoile, si c’est nécessaire, combien certaines choses, plus ou moins anodines d’apparence, peuvent cacher de grandes significations. Avant de le citer je dois dire que c’est vraiment par hasard  que je l’ai rencontré (j’ai été plus prompt que lui à me procurer cette estampe), et que si je suis un passionné de mesures, d’architectures, de banquets, de Platon, de Pythagore et des orphiques, je ne me suis jamais intéressé à la franc-maçonnerie, contrairement à Jean-Michel Mathonière (www.compagnonnage.info) qui est historien des compagnonnages de métier ; comme tel, il s'est penché aussi sur la symbolique de la franc-maçonnerie ancienne et est également collectionneur d'objets d'époque sur ces sujets souvent confondus, au demeurant à tort. « On trouve de nombreux putti tailleurs de pierre et/ou architectes sur certains frontispices des "Rôles" des Compagnons Passants tailleurs de pierre du XVIIIe siècle. Les Rôles sont tout à la fois l'emblème sacré de la société compagnonnique (ils ne sont présentés qu'exceptionnellement à la vue des Compagnons, notamment durant leur initiation), son règlement administratif et le support de la recension des passages des Compagnons dans la ville (chaque ville-siège détient son Rôle). Les quelques Rôles qui nous sont connus pour le XVIIIe siècle possèdent généralement des frontispices illustrés, plus ou moins symboliques. C'est le cas pour les Rôles de Paris de 1726 et 1769 (il s'agit d'archives privées, compagnonniques, et encore "secrètes" car toujours plus ou moins en usage rituel). Sur celui de 1769 notamment, les Compagnons tailleurs de pierre se sont représentés sous les traits de putti. Faute de suffisamment d'archives sur les Compagnons, il est difficile de savoir si cette iconographie est un simple emprunt ou non à l'iconographie architecturale du XVIIe siècle, où l'on trouve très souvent des putti architectes et/ou artisans. On trouve plusieurs beaux exemples dans les gravures des frontispices de traités d'architecture des XVIIe-XVIIIe siècles, et aussi dans l'oeuvre gravée de Sébastien Le Clerc. Il est cependant à noter que cette iconographie architecturale d'origine savante ou artistique, comporte de nombreux clins d'oeil à la symbolique compagnonnique (on pourrait souvent croire qu'il s'agit de symbolique maçonnique... sauf que la franc-maçonnerie spéculative ne naît qu'au début du XVIIIe) : équerre, compas, sphère armiliaire ou globe terrestre (la gnomonique fait partie des connaissances très prisées par les Compagnons tailleurs de pierre), tracés géométriques, Minerve, etc. La gravure reproduite ici est intéressante quant aux éléments géométriques mis en évidence : le théorème de Pythagore (avec les trois carrés de progression 3-4-5) et un des corps platoniciens, le dodécaèdre. »

Pour ce qui est du Pythagorisme, certaines des ‘théories’ de cette secte (durant l’Antiquité on appelle ‘sectes’ les mouvements philosophiques et parfois religieux comme les orphiques, les stoïciens, les épicuriens …) me sont particulièrement chères, comme celles liées à l’harmonie, à la musique et aux rythmes, dont j’ai fait plusieurs fois des allusions. Rappelons encore que les chiffres liés à l’Harmonie n’ont rien de secret. Il faut cependant avoir une certaine réceptivité à l’Intelligence, la Beauté, l’Amour, pour les comprendre et surtout les vivre.

Cochin fils (Charles Nicolas Cochin – 1715-1790) est le dessinateur et graveur de cette estampe anciennement découpée du livre Traité d’Architecture. Au sujet du dessinateur, on peut lire une courte biographie le concernant sur www.artheque.com : « La notice sur Cochin le fils est forte, en effet l’oeuvre dessinée et gravée est considérable, ne relève de la gravure de moeurs et de genre que pendant les premières années de sa longue, brillante et féconde carrière ; ce sont les portraits et surtout les illustrations qui remplissent tout le reste. Encore faut-il, pour représenter ici Cochin le fils, oublier qu’il est le plus souvent son propre graveur (voir, par exemple, l’un de ses types de Paris, le Tailleur pour femme), et que c’est par exception, et surtout dans la période de ses débuts, qu’on le voit travailler d’après les autres (témoin sa planche de la Foire de campagne de Boucher). Né à Paris le 22 février 1715, il avait de qui tenir et taillait le cuivre dès l’âge de 12 ans ; il acheva sa formation chez Le Bas, et l’observateur né, l’excellent dessinateur qu’il était se doubla ainsi d’un graveur possédant à fond toutes les ressources du métier. Remarqué de bonne heure, du reste fort adroit à profiter des occasions et servi par une chance exceptionnelle, Cochin fut nommé, à 24 ans, dessinateur et graveur des Menus Plaisirs (1739), à point nommé pour assister à une série de fêtes qui devaient 1ui fournir l’occasion de plusieurs chef-d'œuvres : il s’agit des vastes et magnifiques compositions commémorant les réjouissances données à Versailles lors des deux mariages du Dauphin, fils de Louis XV, en 1745 et 1747, gravées les unes par son père : les autres par lui-même (Cérémonie du mariage de 1745 dans la chapelle de Versailles. Décoration de la salle de spectacle ; le Jeu du Roi,), et aussi des planches, guère moins importantes, qui conservent le souvenir des pompes funèbres célébrées à la même époque. Désigné par Mme de Pompadour pour être l’un des compagnons de son frère, M. de Vandières (le futur Marquis de Marigny) lors du voyage d’œuvres de 1749-1751, Cochin se révèle, au retour, comme critique et comme apôtre du grand art ; il abandonne l’observation et l’étude de mœurs, il vise au style et ne voit dans ses compositions que matière à d’inépuisables allégories ; en même temps, sans cesser de produire, il conseille, il dirige, et tant par sa place de secrétaire et historiographe de l’Académie que par ses relations d’amitié avec Marigny, il exerce une influence marquée dans le monde de l’art. Agréé à l’Académie le 29 avril 1741, académicien le 4 décembre 1751, secrétaire et historiographe en 1755, conseiller en 1774, Cochin le fils mourut le 29 avril 1790, ayant joué un rôle et tenu une place remarquables dans sa production. «On trouve dans ses ouvrages, écrit l’abbé de Fontenay (Dictionnaire des artistes, 1776), cet esprit, cette pâte, cette harmonie et cette exactitude qui constituent l’excellence de la gravure.»

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : Les Mesures
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