Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 11:09

lafoliedujourdetail12300aaclair.jpg lafoliedujour.jpg Photographies du haut et de droite : Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815), artiste sicilien né à Palerme et établi à Paris. En 1788 il grave « divers sujets à la manière pointillée anglaise » (Histoire de l'art pendant la Révolution 1789-1804 par Jules Renouvier et Anatole de Montaiglon, 1863). Il est à l'origine de plusieurs estampes caricaturant des incroyables, la plupart signées « Tresca sculp. » : Les Croyables au Perron, Les Croyables au tripot, Point de convention, et La Folie du jour. Les trois premières estampes représentent de vrais et faux incroyables : des agioteurs, des joueurs de carte, une merveilleuse qui refuse une avance malhonnête d'un incroyable. Dans la quatrième qui est celle présentée ici : « un jeune homme, en culotte collante, et une jeune femme, en robe diaphane, dansent un pas de boléro devant un ménétrier. On ne saurait imaginer une mise en scène plus piquante des travers et des grimaces des habitués des bals de l'hôtel Mercy et de l'hôtel Thélesson. » (ibid.). La signature laisse à penser que Salvatore Tresca s'inspire de l'oeuvre d'un artiste. On a ainsi attribué certains des dessins à l'origine de ces gravures à Louis-Léopold Boilly (1761-1845). Les deux protagonistes de l'image dansent donc soit le boléro soit une valse. La merveilleuse porte une des toilettes du Directoire que la baronne de Vandey appelle  dans son ouvrage intitulé Souvenirs du Directoire et de l'Empire (1848) « simples et élégantes », très transparente comme celle qu'elle décrit : « Sa robe en tulle n'avait en dessous qu'une mousseline tellement claire, qu'on pouvait distinguer la couleur de ses jarretières. » Ici on aperçoit sous la longue robe une véritable mini-jupe. Cela accentue le caractère lascif de cette chorégraphie suggéré aussi par le mouvement où les corps et les regards se croisent aux rythmes du violon. La caricature du musicien en alcoolique, assis au milieu de bouteilles de vin, avec la pièce de monnaie dans sa bouche donnée pour sa prestation, insiste sur l'aspect assez 'licencieux' de cette danse ; que le titre de l'estampe rend encore plus flagrant : 'La Folie du jour'.
Photographie de gauche : costumepaerisien1802clair300 Gravure datée de 1802, ayant pour légende : « Costume de Bal », et représentant une merveilleuse et un incroyable dansant.

Le boléro comme la valse sont des danses importées à Paris à la fin du XVIIIe siècle. Dans son livre déjà cité, la baronne de Vandey relate un épisode où, après un dîner chez M. de Talleyrand, on demande à un des frères Garat (soit le tribun, soit le chanteur à la mode) tout juste revenu d'Espagne de danser un boléro avec Mme Talien. C'est une nouvelle manière à la mode au temps du Directoire et par la suite ; mais peut-être moins que la valse qui supplante après la Révolution les danses de cour comme le menuet. Elle est d'abord pratiquée par les jeunes merveilleuses et incroyables. Elle se s'adonne en couple fermé, et s'associe parfaitement avec les nouveaux vêtements légers et donnant beaucoup de liberté aux mouvements ainsi que les chaussures sans talon permettant de passer facilement de pas sautés à des pas glissés.
Photographies : Danses d'avant la Révolution. Gravures provenant d'un almanach allemand de 1779 : Zachenbuch zum Nuken und Bergnugen, Goetingen, J. C. Dieterich, avec de nombreuses gravures liées à la mode et pratiques civiles de cette époque et ayant des légendes en allemand et français. La première est intitulée 'Habillements de Danse' et la seconde 'La Danse'. almanachallemand1779danses531

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Lundi 13 décembre 2010 1 13 /12 /Déc /2010 10:18

les promenades de paris 300

LES PROMENADES DE PARIS. C'est le titre d'une « Comédie en Trois Actes, Mise au Théâtre par Monsieur Mongin & représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens du Roy dans leur Hôtel de Bourgogne, le sixième jour de Juin 1695. » La pièce se déroule dans deux importantes promenades parisiennes que sont le bois de Boulogne et les Tuileries. Elle met en scène une « fille de qualité », Elise, ayant trois amants : un « capitaine de dragons », un « jeune homme de famille » et un « homme de robe ». Ce dernier vieux mais riche, pour la séduire s'habille en petit-maître et lui offre un somptueux repas au bois de Boulogne, des spectacles et concerts aux Tuileries. Colombine, la suivante d'Elise, a comme amants les trois valets des prétendants de sa maitresse. Cette oeuvre donne quelques informations sur cette gigantesque promenade qui part des Tuileries, puis à partir du tout début du XVIIIe siècle aussi des Boulevards, et se prolonge par le Cours (parallèle aux Champs-Elysées) et se poursuit jusqu'au bois de Boulogne.  
LE BOIS DE BOULOGNE. La pièce commence au bois de Boulogne qui est décrit comme un lieu de promenade, d'enivrement, de gastronomie et de plaisirs : « C'est dans ce lieu délectable, / C'est dans ce charmant séjour, / Que les plaisirs de la table / Font venir ceux de l'amour. » Endroit   « … Où l'on sait la contraindre à flirter la linotte ! / Dans ces lieux la Coquette à la bisque se rend ; / Et pour la bisque aussi la Prude / Permet dans cette Solitude / Ce que partout elle défend. » Je ne sais ce que signifie exactement 'flirter la linotte', mais la linotte est un oiseau particulièrement joli (voir Wikipedia). 'Se rendre à la bisque' peut sans doute se traduire par : 'en profiter', 'profiter de la circonstance heureuse'.
lespromenadesdeparisfrontispicedetaila300 LES TUILERIES. Ces promenades sont véritablement un lieu de réjouissance et de spectacle où les acteurs sont aussi les spectateurs, c'est à dire les promeneurs. On y va au persil. Je parle longuement de ce phénomène, typiquement parisien et au fondement de la mode actuelle, dans l'article sur le Cours. Voici une manière d'aller au persil : « ELISE. Mais comment donc faut-il se promener ici, Colombine ? - COLOMBINE. Comme tout votre sexe, Mademoiselle. Il faut comme toutes les belles, ne pas hasarder ici une démarche naturelle. Êtes-vous avec moi dans la grande Allée, par exemple ; il faut me parler toujours sans rien dire, pour sembler spirituelle ; rire sans sujet, pour paraître enjouée ; se redresser à tous moments, pour étaler sa gorge ; ouvrir les yeux, pour les agrandir, se mordre les lèvres pour les rougir, parler de la tête à l'un, de l'éventail à l'autre, donner une louange à celle-ci, un lardon à celle-là. Enfin, radoucissez-vous, badinez, gesticulez, minaudez, & soutenez tout cela d'un air penché ; vous voilà à peindre aux Tuileries. Entrez en lice. » C'est une des manières de faucher le persil. Il y en a d'autres. On retrouve un petit peu de cela aujourd'hui chez les mannequins, lorsqu'ils sont sur le podium ou en séance.
Un autre passage décrit la promenade des Tuileries et celle du Cours. La première est présentée avec de petits châteaux, des terrasses et des jets d'eau et surtout quatre principales allées. Il y a la grande allée où le beau monde s'étale, et trois allées plus discrètes avec une comprenant des bancs pour parler à loisir, une autre « sombre » et « touffue » où se donnent les rendez-vous galants, et une quatrième pour les solitaires. On apprend aussi que certains s'y laissent enfermer la nuit pour s'y adonner aux plaisir de l'amour. A côté des Tuileries, le Cours est décrit comme la grande allée des équipages où on parade avec chevaux et carrosses. Voici ce passage : « Comment s'appelle ce château, / Ces terrasses & ces jets d'eau ? / Ces allées surtout ? / Qu'est-ce que ces allées ? / ARLEQUIN. / Voici comme vulgairement / La chose est appelée. / Tiens, devant nous premièrement / Voila la grande allée. / PIERROT. /  La grande allée ? / ARLEQUIN. / C'est la carrière du beau monde. / C'est là qu'avec grand appareil, / Au petit couché du soleil, / Viennent se mettre en montre & la brune & la blonde. / C'est là qu'on met à l'étalage / Dentelles, étoffes, & rubans ; / C'est-là que tous les ambulants / Viennent mettre à l'encan leur taille & leur visage. / C'est là que l'on se donne un public rendez-vous ; / Que tous les beaux objets se trouvent, / Et que tous ils se désapprouvent, / Parce qu'ils se ressemblent tous. / Voilà en peu de mots ce que c'est que la grande allée. Pour ces petites d'à-côté, l'une est l'allée de la fronde ou du contrôle. / lespromenadesdeparispartitions1300clair PIERROT. / Ces allées où sont ces bancs ? / ARLEQUIN. / Oui, c'est là qu'on s'assit pour médire à son-aise. / Que l'on parle du beau, du mauvais, & du bon ; / Enfin c'est là que tout se pèse, / Et qu'à chaque passant on taille le lardon. / PIERROT. / Et cette allée-ci si sombre & si touffue ? / ARLEQUIN. C'est l'allée des rendez-vous. / Ce qu'on dit, ce qu'on fait en semblable retraite, / Se devine assez entre nous. / Mais cette allée est fort discrète ; / Et dont bien en prend aux jaloux. / PIERROT. / Et cette autre allée où l'on ne se promène que seul à seul ? / C'est le séjour de la Misanthropie, / C'est là qu'un noir chagrin, que la mélancolie, / Se promènent matin & soir ; / Et là bien des humains se plaisant seuls, font voir / Qu'on peut se plaire, quoi qu'on dise, / En fort mauvaise compagnie. / PIERROT. Mais qu'est-ce que je vois là-bas ? Tatidié ! Quel bagage ! Qu'est-ce donc que cette allée-là ? / ARLEQUIN. / Où donc ? / PIERROT. Hé, là où se promènent tous ces chevaux & ces carrosses. / MEZZETIN. / Hé , c'est le Cours. / PIERROT. / Allons, faisons une descente dans ce Cours. / Je n'ai jamais vu tant de beau monde. Allons donc.  / ARLEQUIN. / Tout doux ; fantassin ni piéton / Ne vont jamais en ce canton. / L'on n'étale aux Tuileries / Qu'habits, rubans, modes, & broderies ; / Ici pour briller, tout mortel / Prend un mérite personnel ;  / Mais au Cours près duquel nous sommes, / Là ce sont les chevaux qui font valoir les hommes ; / Et parmi ces humains, & parmi ces chevaux, / Qui vont de mon côté, qui reviennent du vôtre, / On pourrait prendre l'un pour l'autre, / Sans faire de grands quiproquos. / Ces ballots, par exemple, & ces larges visages / Qui remplissent eux seuls de si grands équipages, / Ces gens, d'esprit comme de corps épais, / De leurs coureurs sont- ils pas les images ? / Mais, Cours, à tant de sots favorable carrière, / Parmi tous ces beaux chars, tous ces beaux étalons, / Que penses-tu de voir en carrosse à deux fonds, / Ceux que jadis tu vis derrière ? / C'est ici qu'un vrai spectre, un remède d'amour, / Est un Soleil en Carrosse à trois glaces ; / Six Chevaux bien croupés au Cours, / Entraînent après eux les cœurs, les ris, les grâces. / Un mérite roulant est une flèche, un dard, / Auquel il n'est point de rempart, / Et l'on ne trouve point de belle, / A qui les roues d'un beau Char, / Ne fassent tourner la cervelle. / Mais arrête, vois-tu ce petit animal, / Ce jeune Phaeton, qui pour frapper la vue, / Par une route trop battue, / Court en Carrosse à l'Hôpital ? / D'autres ambitieux, qui pour fuir cet outrage, / Aux dépens de leur ventre étalent un beau train ? / Vous autres bourgeois de village, / De cette ville aimeriez-vous l'usage, / Et vous réduiriez-vous à n'avoir pas du pain, / Pour avoir un bel équipage ? / Des chevaux bien nourris courent sous ce feuillage, / Dont les Maîtres meurent de faim. / Et ces chevaux de bonne mine, / Qui font si bien aller un Carrosse en ces lieux, / Font bien mal aller la cuisine. / Enfin dans ce grand Cours chacun à qui mieux mieux / Vient jeter de la poudre aux yeux. / Mais voici l'heure de mon concert, la nuit approche ; serviteur, Monsieur le Manan. / A nous revoir ici ce soir au clair de lune. / PIERROT. / Comment ? est-ce qu'on vient ici la nuit ? / lespromenadesdepariscarrosse300 ARLEQU1N. Sans doute ; & minuit c'est la plus belle heure des Tuileries. (Arlequin chante :) / Ce beau jardin que l'on admire / Est ordinairement, le jour, / Le théâtre de la Satyre, / Et la nuit celui de l'amour. / Dans le jour, la Blonde & la Brune / Y font étaler leurs attraits ; / Mais au demi clair de la Lune, / On y voit leurs charmes secrets. / PIERROT. Ah ! je souhaite donc que la nuit vienne au grand galop. Voilà qui est admirable, qu'on voit de si belles choses aux Tuileries, quand on n'y voit goutte ! (Pierrot s'en va.) »
Photographies : Les Promenades de Paris. Cette pièce, entière avec son frontispice et ses partitions des chansons, provient sans doute de la première édition ou d'une autre du tout début du XVIIIe siècle de : Le Théâtre Italien de Gherardi ou Le Recueil Général de toutes les comédies & scènes Françaises jouées par les comédiens Italiens du Roi pendant tout le temps qu'ils ont été au service. Enrichi d'estampes en taille douce à la tête de chaque comédie, à la fin de laquelle, tous les airs qu'on y a chantés se trouvent gravés-notés avec leur basse-continue chiffrée. Tome VI, de la page 87 à 160 avec 4 pages de musique in fine. Format : In-12 (15.5  x 9 cm). Le frontispice représente Arlequin en « fiacre » (cocher)  avec son carrosse en arrière plan, dans le bois de Boulogne, se versant à boire, entouré d'Elise (ici prénommée Isabella personnage de la commedia dell'arte et d'après Wikipédia nom de « la première femme à monter sur scène dans la capitale française ») et de Colombine. Même si la gravure est assez grossière d'exécution, elle n'en reste pas moins touchante et un véritable document sur les promenades parisiennes de la fin du XVIIe siècle.

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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 21:46

armoirebressane300 Photographies 1 à 4 : « Exceptionnelle armoire bressane à chapeau de gendarme », datée de 1849, proposée sur le site de la galerie Antiquités Rigot spécialisée dans le mobilier de qualité et les objets d'art du XVIIIème siècle et du début XIXème.
armoirebressanedetail300 Les armoires ont une place toute particulière dans le mobilier ancien. Chaque maison française, même la plus modeste, possède une ou plusieurs armoires. On y range et protège de la poussière des vêtements et du linge. Elles apparaissent au XVIe siècle, et remplacent souvent dans cet usage les coffres, comme le feront aussi à partir de la fin du XVIIe les commodes. Chaque région donne son style à ce meuble courant et apporte un charme particulier accentué par la dextérité  et l'intelligence du menuisier qui le réalise. Le mobilier provenant de la Bresse, ancienne province française, principalement rurale, située dans les régions Rhône-Alpes, Bourgogne et Franche-Comté, affiche ainsi son propre style. Celui-ci est très recherché pour ses caractéristiques, et en particulier l'armoire qui en est la pièce la plus emblématique. Les antiquaires de la famille Rigot, installés à Lyon, sont bien placés pour proposer des exemples de qualité. Celui exposé ici a toutes les caractéristiques de l'armoire bressane avec la beauté de son bois (cette région possède de nombreuses variétés d'arbres notamment fruitiers) et la juxtaposition armoirebressane2detail300 de deux essences offrant du relief et une harmonie supplémentaire accentuée par les différences de couleurs, sa corbeille fleurie striée comme une coquille Saint-Jacques, ses cordons moulurés s'enroulant en spirales, ses glands de passementerie accompagnés de draperie, son mélange de style Louis XV avec ses courbes rocailles et ses formes arrondies, et des styles Louis XVI et du début du XIXe siècle avec ses décors de palmettes ... Ce qui ajoute au charme de cette pièce c'est, outre la qualité du travail, l'harmonie des formes inspirées de la nature (pampres, fleurs stylisées, palmettes, rocaille …) faisant penser au style Art nouveau de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Pourtant elle est caractéristique de la production bressane. Selon la tradition, dès la naissance d'une fille dans une ferme, un arbre est planté. Lorsque celle-ci devient nubile, son père le coupe pour faire fabriquer une telle armoire afin de l'offrir en dot à la futur mariée. Les initiales de la jeune fille peuvent y être gravées ainsi qu'une date, généralement celle de la création du nouveau foyer : ici 1849.

armoireprovence300

Photographies 5 à 13 : Armoire provençale en noyer mouluré et sculpté de 2,73 mètres de hauteur, 1,53 m. de large et 63 cm de profondeur.
armoireprovence3300.gif armoireprovencelyre.gif armoireprovencesaisons La armoireprovencedetails galerie Rigot Antiquaires m'a transmis les photographies et une description d'une autre armoire sans doute aujourd'hui vendue. Ce meuble, dans sa patine d'origine, est de la fin du XVIIIe siècle et provient de Provence (Nîmes). La corniche contient une sculpture en ronde-bosse figurant une allégorie familiale de l'Amour avec un nid garni d'oeufs et deux colombes se becquetant. En dessous le carquois et les flèches d'Eros croisent une torche enflammée. Ils sont réunis par une couronne de laurier enrubannée emblème de l'hyménée et de la victoire (le laurier). La symbolique est donc empruntée au mariage et à un amour durable et fort induit par les branches de chêne dans lesquelles la scène baigne. Les thèmes du bonheur, du plaisir, de la longévité et de l'abondance se lisent aussi dans les représentations d'instruments de musique, de corbeilles garnies et des quatre saisons. Plus qu'un simple meuble, il s'agit d'un véritable autel dédié à l'harmonie dans la famille à qui il appartient. C'est aussi le miroir de cette vie qui se transmet à travers les générations et que l'on vient puiser dans le linge quotidien, notamment le blanc que l'on porte tout près de soi et qui rassure de sa douceur et de son odeur ... sans doute de lavande. Cette jolie symphonie qui se joue tout au long des années et au rythme du temps et des saisons, danse sur les courbes de ce meuble dans une musique du bonheur. Comme le dit une description de Rigot Antiquités : « Malgré la force du décor et ses dimensions imposantes, le rythme des surfaces et l'articulation du rocaille et du répertoire Louis XVI complété par les ajouts de la traverse, donnent à notre armoire l'apparence d'une étonnante légèreté. »

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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 07:14

thales300 Photographie : Vignette provenant d'un livre des fables de La Fontaine du tout début du XIXe siècle (indication 1802 à la main) gravée par Girardet (1764-1823) d'après Percier. Fable de l'astrologue qui tombe dans un puits. Dimensions : 6,8 x 15,5 cm. Il est à noter le mélange des styles Renaissance et Antique.

Je trouve rassurant de savoir qu'il existe l'immensité … et parmi elle des choses merveilleuses … A présent on peut voyager hors de la terre, contempler des univers à l'infini … Un aller-retour vers la lune ne dure que quelques jours. Les nouveaux télescopes nous dévoilent des petits points du ciel remplis d'étoiles (voir vidéo ci-après). Tout cela est véritablement magique ! Mais pourquoi, alors qu'aujourd'hui nous avons la possibilité d'envoyer des hommes sur Mars, nous n'arrivons pas à vivre sur la terre en bonne intelligence ? Cela rappelle cet épisode de la vie de Thalès de Milet (625-547 av. J.-C.), l'un des sept sages de la Grèce antique qui, comme le racontent Diogène Laërce et Platon, alors qu'il contemple les étoiles, tombe dans un puits. Une femme qui assiste à la scène lui fait remarquer que c'est une belle chose d'admirer le ciel, mais qu'il est aussi nécessaire de regarder près de soi. Jean de La Fontaine (1621-1695) reprend une anecdote semblable dans une de ses fables.


 

Photographies : Les Fables de La Fontaine : Avec des dessins de Gustave Doré, Paris, Hachette, 1868. Format : 37,7 x 28 cm. Reliure, frontispice avec page de titre, double page « Fable XIII. L'astrologue qui se laisse tomber dans un puits. »

fablesdelafontainedore537Astronomie Photographie prise dans le métro avant le vélib. Seuls dans l'univers ? seulsdansluniversflous300aaa

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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 14:40

mouchoirXVIIIe300 Photographie 1 : Mouchoir d'époque XVIIIe siècle en dentelle d'à peu près 34 x 42,5 cm.

Dans le vocabulaire de l'élégance d'autrefois, il y a des détails qui ont leur importance. Le mouchoir en est un. Il est une marque du raffinement de celle ou celui qui l'utilise. La finesse de ce linge, la beauté de sa dentelle, le parfum qu'il exhale, la subtilité de ses motifs et l'originalité de leur arrangement, sont autant de signes de la qualité d'un individu. La personne qui n'a pas de quoi s'offrir un bel habit, peut révéler sa distinction avec ce tissu, la délicatesse de son âme. Un homme peut apprendre de la sensibilité d'une femme qu'il ne connaît pas, par la simple vue de son mouchoir et la manière dont cette délicatesse lui est révélée : par quels gestes, quels jeux. Il s'instruit de jusqu'où l'aventure peut aller. Une dame qui fait choir son mouchoir dans le but qu'il soit ramassé donne le gage capotedemousselinebrodéedetaila300 d'un premier abandon et la promesse d'un effeuillage plus poussé si l'amant potentiel en est digne. Si elle laisse toucher et sentir son mouchoir, c'est qu'elle se donne. L'expression 'jeter le mouchoir' sert du reste à exprimer un choix galant. D'après le Dictionnaire de L'Académie française de 1798, cela « Se dit figurément et proverbialement, pour, Choisir à son gré entre plusieurs belles femmes celle dont on préférera de jouir, comme on prétend qu'en use chez les Turcs le maître d'un Sérail, qui déclare la favorite en lui jetant le mouchoir. On eût dit en le voyant parmi ces femmes, qu'il n'avoit qu'à jeter le mouchoir, qu'il étoit dans son sérail. Il est familier. » Les dames françaises du XVIIIe siècle sont les premières à utiliser ce stratagème galant, mais avec beaucoup plus de subtilité et de discrétion …

Dans la première moitié du XIXe siècle, il est de bon ton pour les hommes de laisser leur mouchoir sortir d'une poche : voir article intitulé 'Les originales élégances de 1803'. De toutes les façons, il n'y a rien dans la panoplie de l'élégance qui ne soit pas au profit du rythme du jeu et du plaisir de celui-ci.

Photographie 2 : Femme de 1807 avec un mouchoir. Détail de la planche 809 du Journal des dames et des modes,  « Capote de Mousseline Brodée. ». Dimensions : 19,8 x 11,5 cm.

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Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 11:40

bouclesXVIIIe500a Photographies du dessus : Détails de gravures du dernier tiers du XVIIIe siècle.
Photographies du dessous : - La première planche date de 1830 et provient du Journal des Dames et des Modes : « Coiffure ornée de rubans de gaze par Mr. Hulot, Rue de la Michaudière, N°29 ... » - La seconde est issue de la même revue et date de 1831 : « Coiffure exécutée par Mr. Victor Plaisir ... » Dans le premier exemple les cheveux forment un chignon au sommet du crâne avec sur le haut des tresses, le tout agrémenté de rubans, et de deux macarons sur les tempes. Dans le second les cheveux sont tous ramenés en chignon au dessus de la tête et sur le derrière, avec une partie lisse et une autre tressée, le tout agrémenté de perles et de fleurs. Coiffures18301831500
bouclesXIXe200 Photographies de gauche : Exemples de coiffures de 1817 à 1845.
Les cheveux bouclés sont très à la mode en France, en particulier aux XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux exemples sont exposés sur mon site www.lebonton.com en particulier à la page consacrée aux périodiques de mode et à celle traitant de la coiffure. Une chevelure dense et bouclée exprime la virilité d'un homme dans toutes les couches de la société et la beauté d'une femme. D'où l'usage de perruques parfois immenses et presque toujours frisées, de fers à friser et de papillotes.
Dans les années 1815-1845 à peu près, en pleine époque romantique où les Nouvelle-France se laissent pousser les cheveux longs, il est de bon ton d'avoir une coiffure dépassant en boucles des chapeaux au niveau des tempes. Cela donne, chez les dames comme chez les hommes, d'étonnants exemples, avec des cheveux frisés sur les côtés, gonflés parfois comme des chignons. Chez les femmes il s'agit de ce qu'on appelle 'les macarons', ce qui consiste à séparer les cheveux au milieu du haut du crâne en deux parties égales pour les réunir en une forme arrondie sur chaque oreille. Ces macarons sont sans doute parfois factices car lorsque les dames n'ont pas de chapeau, l'équilibre est obtenu par un haut chignon (lui aussi certainement parfois faux) souvent de plusieurs dizaines de centimètres. Les hommes eux se contentent de boucler leurs cheveux au niveau des oreilles. Au XIXe siècle, les hommes qui ne portent plus beaucoup de perruques utilisent, comme les femmes, les papillotes et un fer à friser. Il y a tout un art des papillotes. La mythologie du héros gaulois chevelu, créée au siècle de Victor Hugo, trouve sans doute son origine dans le soin que le sexe masculin apporte, comme le féminin, à sa chevelure. Cependant les exemples de l'histoire de la coiffure masculine française nous dévoilent une plus grande finesse que celle des représentations des Gaulois exécutées au XIXe siècle. Il suffit de se rappeler les perruques poudrées du temps de Louis XIV !
Photographies ci-après : 1 - Lithographie du XIXe siècle (années 1830) de Daumier tirée de la revue Le Charivari, de la série 'Types parisiens' (planche 35), avec pour légende « Un coup de feu ! ». Format : 22 x 26 cm. « Imp. D'Aubert & Cie. ». L'image représente l'intérieur d'un salon de coiffeur parisien qui fait un thermobrossage à un client justement pour que la coiffure de celui-ci ait du volume au niveau des oreilles. 2 - Estampe en pleine page provenant d'un journal avec un texte au dos. Elle fait partie de la collection « Petites misères » et a pour légende : « Bon ! V'là mon fer qu'est trop chaud à s t'heure (dit le Merlan) ah ! Bé Dam ! Tant pire ! » Il est marqué au crayon 1840. On lit dans le Dictionaire critique de la langue française (Marseille, Mossy 1787-1788) que l' « On appelle populairement Merlans, les garçons perruquiers. » 3 - Estampe en pleine page, sans doute tirée d'un livre ou d'un journal avec un texte au dos que l'image illustre. Elle fait partie de la collection « Musée Pour Rire » et a pour légende : « J'ai ta lettre chérie, O mon Ernest, je la presse sur mon coeur et la couvre de mes baisers … Qu'il m'est doux de penser que tu en fais autant de la mienne ! Comme l'amour sait poétiser les choses les plus vulgaires ! Ton Elise. Ernest s'en fait des Papillotes. » papillottesXIXea500 Photographie : Détail d'une illustration pleine page de la revue La Mode, datant de 1837. triodetail300

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Vendredi 26 novembre 2010 5 26 /11 /Nov /2010 09:31

tara Le mercredi 1er déc. 2010, à 14h00, à Paris (Drouot - Richelieu) la maison Libert Damien  présente à la vente un ensemble de dessins et tableaux anciens et modernes, ainsi que des objets d’art et du bel ameublement. J'ai choisi de vous présenter cette « Statuette de SITATARA assise en padmasana sur le lotus en bronze doré, tenant les tiges des lotus. Tibet XIXe siècle. HAUT. : 15,5 cm. » Les photographies ont été faites à partir de celle du catalogue. Sitatara est aussi appelée Tara blanche. Ce nom provient du sanscrit. 'Sita' veut dire 'belle' : 'belle Tara'. Elle symbolise dans la mythologie tantrique tibétaine l'activité de pacification, et accorde plus particulièrement la longévité et la santé tout en étant une manifestation de la compassion. Voici d'autres exemples de ses représentations : XIVe siècle, détail, XVIIe siècle.
L'iconographie tibétaine est très codifiée. Chaque mesure, chaque attribut a une signification. Parmi les oeuvres d'art tibétaines recherchées sont celles qui au-delà de cette codification ajoutent une finesse, un savoir (non palpable) exprimant une réelle connaissance méditative, une liberté pouvant se dévoiler de différentes manières, par exemple par l'étonnement que son traitement suscite, par l'utilisation de l'or ou des couleurs, dans l'expression d'un mouvement, parfois presque imperceptible, un drapé, une finesse d'exécution, le visage et surtout les yeux généralement 'ouverts' (c'est à dire dessinés) par une personne accomplie. Tous ces objets, ayant un but méditatif, ont une fonction de transcendance. Ils sont aussi 'chargés', non seulement par des personnalités qui placent dans les statues des prières ou autres 'grigris' et bénissent les peintures, mais aussi par les méditants qui les ont sur leur autel, par la lignée de transmission à l'origine de cette représentation, et d'autres éléments qui font que certains de ces objets sont ou ont été de véritables révélateurs. taradetailaa300 Des personnages tibétains sont connus pour avoir cachés de ces objets ou textes afin qu'ils révèlent à celui qui les voit une sagesse en adéquation avec l'époque, ou afin que des lignées ou des enseignements qu'ils savaient perdus puissent revivre dans des moments plus propices par l'intermédiaire du découvreur attitré de ce ou ces trésors. On appelle ceux-ci des tertöns (voir Wikipedia). La seule vue d'une statue cachée, d'une peinture, d'un texte … peut ramener la mémoire à celui (ou celle ou ceux) à qui cet objet est destiné. Certains de ces trésors peuvent même être cachés dans le rêve d'une personne future ou éloignée, dans son esprit etc.
Iconographies :
Yeux 'ouverts' : Anonyme - Lozang Gyatso - Lobsang Gyatso.
Apparition : Apparition de Tsong-kha-pa (1357-1409) à son disciple mKhas-grub dge-legs dpal-bzang (1385-1438).
Postures : Manjushri, boddhisattva de la Connaissance - Musée Guimet. XIIIème siècle. Cuivre doré et incrusté
Anonyme. Laiton doré.
Bodhisattva Avalokitésvara. XVIème siècle. Laiton doré. Musée Guimet.
Anonyme. XVIIème siècle Cuivre doré.  Musée Guimet.
Pour conclure cet article voici Vaiçravana (le dieu des richesses).

Par La Mesure de l'Excellence
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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 21:23

cerfceramique Le jeudi 2 décembre 2010 de 17h à 23h, les antiquaires et galeries d’art du Carré Rive Gauche fêtent la Saint-Nicolas en proposant aux amateurs d’art des objets sélectionnés : « Archéologie, céramiques, tableaux, dessins, textiles, sculptures, mobilier XVIIIe, XIXe ou XXe siècle : les marchands du Carré Rive Gauche ont choisi des œuvres à la fois originales et répondant aux critères d’exigence des collectionneurs. Partenaires de l’association, la maison diptyque parfumera les galeries avec ses senteurs d’hiver pomander et feu de bois et la maison Ruinart sera toujours présente comme dans toutes les grandes occasions du Carré Rive Gauche. »
Photographie : « Saint-Cloud, important cerf en porcelaine de pâte tendre blanche assis sur une terrasse rocheuse. Vers 1725-1730, XVIIIe siècle. Hauteur : 27 cm; Longueur : 24 cm. Provenance : Collection privée française. JM Béalu & Fils, 3 rue du Bac. »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : Les Céramiques
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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 11:42

meublelaque Photographie 1 : « Exceptionnelle large commode galbée en laque de Chine rouge et or sur des fonds cuir à décor en plein sur la façade de paysages montagneux traversés par des cours d'eau à ponts et pagodes. Sur l es côtés, des chiens de Fô. Montants et pieds cambrés. Très riche ornementation de bronzes ciselés et redorés à encadrements de rinceaux, poignées, culs de lampe, chutes à feuillages, astragales et sabots. Estampille de C.I DUFOUR et poinçons de jurande. Epoque Louis XV. Plateau de marbre brèche rouge à bec de corbin. 88 x 139 x 63 cm ... »

table La maison Aguttes propose à Lyon Brotteaux ce 25 novembre une vente entièrement consacrée au XVIIIe siècle avec des exemples de dessins, tableaux, mobilier et orfèvrerie pendule (voir le catalogue ici). J'ai choisi quelques objets de style rocaille. Les descriptions et les photographies (certaines retravaillées) proviennent du catalogue.
Photographie 2 : « Belle table cabaret à plateau cuvette, rectangulaire. Elle est en bois richement sculpté sur toutes ses faces et rechampi brun à décor d'encadrements dorés. Les traverses chantournées, présentent des agrafes, cartouches, rinceaux et feuillages. Pieds cambrés à légers enroulements. Le plateau gravé de lambrequins (usures). Début du XVIIIe siècle. H : 73 - L : 91,5 - P : 54. »
Photographie 3 : Afin de continuer dans le rocaille : « Cartel d'alcove en bronze ciselé et doré Estampille de Jean Joseph de SAINT-GERMAIN Mouvement signé de Jean Fol à Paris Epoque Louis XV. H: 46, 5 - L: 22 cm. »
Photographie 4 : « Paire d'appliques à deux lumières en bronze ciselé et doré à décor feuillagé. Les bras sont à larges rinceaux. Epoque Louis XV ... »
appliques.gif

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Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 11:36

DessinStJeanBaptiste300 Le 26 novembre prochain, la maison Tajan présente des dessins anciens à la vente à Paris (catalogue ici).
Photographie 1 : « Ecole française du XVIIIe siècle. Saint Jean-Baptiste. Gouache sur vélin. 11 x 16 cm ».
Photographie 2 : « Charles Nicolas COCHIN (Paris 1715 – 1790). Allégorie de l'astronomie. Crayon noir. 6,5 x 12 cm. Signé et daté en bas à droite de " 1740 ". Dessin préparatoire à la vignette " La Géométrie assise à une table de travail, avec trois amours lisant ", du livre de l'Abbé Deider, « Le calcul différentiel et le calcul intégral » (voir l'Abbé Deider, " Le calcul différentiel et le calcul intégral " Paris, Jombert, 1740, in-4°, Livre I, p.I) ». CochinGeometrie400

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