Vendredi 23 avril 2010
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Il est
souvent question dans ce blog des mouvements de mode français : ce que j'appelle la petite maîtrise de l'élégance. Jusqu'à présent je me suis arrêté aux existentialistes des années cinquante. Il
est vrai que l'après guerre change énormément la donne : et le débarquement américain est aussi celui d'une culture de masse. Finis les tailleurs et les couturiers pour les profits du
prêt-à-porter. Les années soixante qui prônent un retour à la liberté avec les hippies sont rattrapées par les débuts d'une crise qui n'est toujours pas finie en Occident aujourd'hui et qui
s'exprime dans la jeunesse par le no-future punk dans les années soixante-dix. Durant les années quatre-vingt l'inspiration continue à venir d'Angleterre avec quelques esthètes libertaires
anglais comme Malcolm McLaren et d'Amérique avec le hip-hop. En France cela se passe un peu dans la Haute couture, dans les boîtes de nuit /concerts parisiennes de Les Bains-douches et du Palace
(ajouter le Gibus plus rock-and-roll et moins 'bourgeois'), dans le mouvement « sono mondiale » avec Jean-François Bizot à Bastille, la musique latino du Balajo rue de Lappe, les
sapeurs (SAPE = Société des ambianceurs et des personnes élégantes) au nord de Paris (surtout dans les 2ème, 10ème, 11 ème et 18ème arrondissements), les rappeurs chantant en français en banlieue
etc. Le président de la République de l'époque (François Mitterrand) utilise le mot de « branché » à la télévision afin de montrer qu'il est dans le coup et Jacques Lang lance le
concept de la soupe culturelle néo baba subventionnée qui sonne la fin des branchés. Mais qu'est-ce qu'en fait un branché ? C'est un new-wave à la française, qui exprime son no-future post-punk
non pas seulement en jouant sur le second degré en s'habillant en col-blanc et en dansant comme une machine, mais surtout en étant toujours au fait des dernières nouveautés afin de s'y délecter
et de jouir de ce sentiment de liberté que suscitent les avant-gardes. Les branchés peuvent donc être classés dans cette lignée des petits maîtres telle qu'elle est établie dans ce blog et
résumée ici.
Photographie : Première de couverture de la bande-dessinée intitulée La Fin des Branchés de Jean Rouzaud (1983) présentant la pérégrination d'un
branché dans la première moitié des années quatre-vingt.
Durant les années quatre-vingt les sapeurs occupent une place importante dans la petite-maîtrise de la vie parisienne. Si certains se fondent dans la 'sono
mondiale', la plupart restent en parallèle de celle-ci avec leurs soirées, concours, lieux … En ce moment à Paris, jusqu'au 11 juillet 2010 au Musée Dapper (35 bis, rue Paul Valéry ; 75016
Paris), tout un pan de l'exposition 'L'Art d'être un homme' fait la part belle à 'L'Univers de la Sape' : www.dapper.com.fr. « Des photos d'artistes mises en espace témoignent de la vitalité de la Société des
ambianceurs et des personnes élégantes, dont l'acronyme « Sape » désigne un art de se vêtir à l'occidentale initié par des Africains fort inventifs. Une célébration visuelle qui
documente en finesse ce mouvement vestimentaire né dans les métropoles congolaises, notamment Brazzaville et Kinshasa. » Je ne suis pas encore allé voir cette exposition mais les deux
photographies libres de droit du musée sont intéressantes.
Photographies :
Visuels sur l'exposition "L'univers de la SAPE" toutes deux prises à Brazzaville au Congo. La première (quartier de Bacongo) est l'oeuvre d'Héctor Mediavilla et date du 18 décembre 2005. La
seconde s'intitule 'La Sape' ; est de Baudouin Mouanda, et semble de 2008. © Héctor Mediavilla / Pandora / Picturetank. © Photo Baudouin Mouanda, 2008. A noter en particulier les couleurs,
les cravates : et la façon particulièrement originale dont est nouée la violette … dans un pur style créatif ! Pour les sapeurs, Paris est la capitale de la SAPE. Il est indubitable qu'ils font
partie de la lignée des petits maîtres de l'élégance française telle que redécouverte dans ce blog.
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Lundi 19 avril 2010
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Trois premières
photographies : Avec de gauche à droite des gravures de la première moitié du XIXe siècle : - « Le Bon Genre, N° 97. Les Montagnes Russes de la Barrière du Roule. » Elle se situe à
l'actuelle Place des Ternes. - « Le Bon Genre, N° 99. La Ramasse. » - « Le Bon Genre, N°105. Montagne artificielle de Belleville. » L'emplacement de la barrière de Belleville
est sur le boulevard du même nom au niveau de la rue du Faubourg-du-Temple à Paris. Elle est réputée aussi pour ses guinguettes particulièrement durant la période du Carnaval. Il est émouvant de
voir les collines champêtres de ce lieu aujourd'hui recouvert d'immeubles, de goudron et de béton. Ceci dit, depuis un certain temps Belleville renoue avec la fête et s'engage dans l'Art
avec de plus en plus de galeries.
Photographies suivantes : Détails des gravures.
Théâtres, concerts, bals, guinguettes, parcs d'attractions, fêtes, spectacles variés, cafés, jardins … les lieux de délassement ne manquent pas à Paris au début du
XIXe siècle. Durant cette période, de
nouvelles distractions font leur apparition comme les montagnes russes ; ainsi appelées car le concept est emprunté aux constructions enneigées
construites en
Russie pour y faire de la luge. Celles-ci étant très populaires, on en érige ailleurs mais en utilisant des voitures roulant sur des rails. À Paris, 'La montagne de Belleville' semble être la
première en France. Elle ouvre vers 1812-1816 et est vite suivie de nombreuses autres comme les « montagnes françaises » aussi appelées « promenades aériennes » du parc
d'attractions de la Folie Beaujon (voir article Wikipedia). Les barrières de Paris, qui sont des bâtiments ouvrant sur la campagne autour de la capitale, proposent de l'espace
pour de telles constructions. Elles sont situées aux portes de la ville et ont pour fonction de récupérer le droit de douane (octroi) de certaines marchandises rentrant dans la cité. Il en existe
dans la capitale au moins depuis le XIIe siècle ; et sous Louis XVI on en compterait 57. On donne par extension le nom de 'barrière' à la campagne entourant celles-ci. Ces terres environnantes
sont souvent dédiées à la fête avec de nombreuses guinguettes ou d'autres attractions comme ces 'montagnes' qui sont les nouveaux lieux à la mode pour les jeunes élégants du temps des
calicots comme le montre le titre du vaudeville en un acte de Scribe et Dupin intitulé : Le Combat des Montagnes ou la folie Beaujon datant de 1817 (voir article intitulé
: Le calicot)
Photographies en liens : Voici des images glanées sur Internet
représentant les Montagnes françaises du Jardin Beaujon : 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6.
Enfin en cliquant ici, vous trouverez un article intéressant sur les montagne parisiennes : russes, françaises, suisses, égyptiennes
…
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Lundi 22 mars 2010
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Photographies : Gravure du XIXe siècle, de 34,6 x 25,7 cm, de la série Ces Petites Dames, feuillet 11, de « CH
Vernier » avec pour texte : « Hé bien ! Après, qu'est-ce qu'il y a d'étonnant que j'aie des Cors-de-chasse aux oreilles, vous portez bien au milieu du visage un nez en trompette !
... »
Au XIXe siècle, on donne le nom de 'petites dames' à plusieurs genres de jeunes femmes. Celles qui nous intéressent ici sont les continuatrices des
petites-maîtresses. Leur période est sous le second Empire (règne de Napoléon III de 1852 à 1870). L'estampe de la première photographie les présente jeunes, coquettes, originales et espiègles,
aux tenues extravagantes. La dernière photographie dépeint un genre plus bourgeois d'actrice (elle lit un journal intitulé 'Faust') à succès, entretenue, courtisée, empruntant certains plaisirs
et codes aux 'grandes dames' qui, comme nous avons vu précédemment, accordent beaucoup d'importance à la toilette (voir l'article intitulé La Toilette d'apparat des XVIIe et XVIIIe siècles) et à ce qui tourne autour de leur lit (Les Précieuses et les femmes de lettres).
Photographie de droite : Première page du journal L'Eclipse n°59 du 18 mars 1869. L'illustration a pour titre : « Le lever d'une petite
dame, par F. Régamey ».
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Jeudi 18 mars 2010
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Photographie : Illustration de
La mode, datant de 1837, représentant un homme dans un intérieur inspiré du Moyen-âge.
« Un excellent homme a dit que la mémoire était comme une Imprimerie : Un Imprimeur qui n'a que des caractères Gothiques n'imprime rien qu'en caractères
Gothiques, quelque bel ouvrage qu'il mette sous la Presse : on peut dire de même, que ceux qui n'ont la mémoire pleine que de mauvais mots, n'ayant dans l'esprit que des moules Gothiques, leurs
pensées en se revêtant d'expressions, prennent toujours un air Gothique. » Ce passage de l'ouvrage intitulé De l'Art de Parler datant de 1676 utilise ici la métaphore de la
calligraphie gothique d'une façon qui n'est pas anodine. Jusqu'au début du XIXe siècle, le terme 'gothique' a une connotation péjorative. Il est inventé à la Renaissance pour désigner un style,
né au XIIe siècle en Île-de-France, considéré comme barbare (des Goths) par les 'redécouvreurs' du classicisme antique vers les XVe-XVIe siècles. C'est à cette époque que l'on appelle 'Moyen-âge'
la période de mille ans qui succède à l'Empire romain et qui se termine à la Renaissance qui annonce les 'temps modernes'. Avant eux, on désigne par francigenum opus ('Art français') ce
mouvement artistique qui se déploie dans toute l'Europe jusqu'au XVe siècle et dont l'architecture est encore très présente dans nos villes (ce n'est qu'avec la tour Eiffel en 1889 que Paris
détient un monument plus haut que la cathédrale Notre Dame du XIIIe siècle). Il est question de ce mouvement artistique (et scientifique) dans l'article du 19 mai 2008, intitulé :
Le bas Moyen-âge : Fin amor et Art français ou francigenum opus.
En France, jusqu'à peu près la période romantique, une personne qui n'est pas moderne et se complet dans la mode de la génération précédente est appelée 'gothique'. C'est en particulier vrai au
temps des Merveilleuses à la fin du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Dans la comédie de P.-Charles Gaugiran-Nanteuil intitulée La Mode ancienne et la mode nouvelle (1803) dont il
est question dans l'article du 28 octobre intitulé Anglomanie, partie 1 : dans la seconde moitié du XVIIIe siècle
et dans les premières années du XIXe, la petite maîtresse emploie le mot de 'gothique' dans cette acceptation du terme en parlant d'une autre personne : « Un dragon de
vertu, dont l'esprit mal placé / Ne trouve rien de beau que dans le siècle passé [on est en 1803]. [...] Tenant, depuis mille ans, à sa mode gothique. » L'édition de 1762 du Dictionnaire
de L'Académie française, explique cet usage : « GOTHIQUE se dit aussi par une sorte de mépris, De ce qui paraît trop ancien & hors de mode. Cela est gothique. Un habillement
gothique. Il a les manières gothiques. » Le Dictionnaire critique de la Langue française de l'Abbé Jean-François Féraud de 1787 confirme cette définition : « Au figuré, il
se dit par mépris de ce qui est hors de mode. « Cela est gothique. » Habillement gothique, manières gothiques. » Dans Oeuvres en vers et en
prose (Paul Desforges-Maillard, 1759) on peut lire : « Certain Richard, superbe & magnifique, / Apercevant un Campagnard paré / D'un justaucorps à la mode gothique, / Trop court
pour lui, d'or crasseux chamarré ; / Ton trisaïeul t'a, dit-il, par degré / Transmis l'honneur de cet habit antique. / Oui, répond l'autre, & toi maître insolent, / Si tu portais celui
de ton feu père, / Nous te verrions encore à la légère, / Enharnaché comme un moulin à vent.»
À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, la mode est à l'anglomanie, à
l'anticomanie, aux mirliflors ... et le gothique n'est pas de mise ... du tout ! Les grands
cafés qui s'ouvrent alors s'inspirent de ces tendances en déployant un luxe et un chic nouveaux très anglais mélangés à une inspiration pompéienne (café Frascati ...). Cependant, rapidement le
Style troubadour remet au goût du jour l'époque médiévale. Désormais tout un pan des arts décoratifs du XIXe siècle, la mode même ainsi que les nouveaux cafés, s'inspirent de ce nouveau courant.
Le « gothique » devient à la mode. Les intérieurs prennent un style médiéval ...
Malgré son caractère considéré comme 'ringard' du XV siècle au XIXe, le gothique, ou plutôt le francigenum opus, n'en demeure pas moins un mouvement artistique phénoménal qui se caractérise notamment par des prouesses architecturales associant espace
et lumière, gigantisme et finesse de composition, dont on ne trouve pas d'équivalent dans tous les monuments faits de pierres aux autres époques. Ce savoir est transmis et propagé par des
compagnons dans toute l'Europe. Il témoigne d'une prospérité et d'une Renaissance tout à fait originale qui au XIIe siècle se caractérise par une activité scolastique éblouissante et un
épanouissement des occupations marchandes et scientifiques à l'origine d'une ouverture extraordinaire au monde. Paris s'inscrit alors définitivement comme la capitale de la France mais aussi
commence à être celle de l'Europe.
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Lundi 15 mars 2010
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09:16
Depuis que ce blog a été créé, j'ai montré des aspects plutôt oubliés de la mode française. Celle-ci existe depuis très
longtemps. Le terme même de 'mode' se rencontre déjà au Moyen-âge ; et s'emploie à peu près dans la même acceptation qu'aujourd'hui : «manière collective de vivre, de penser propre à un pays, à
une époque». Le mot latin beaucoup plus ancien est lui aussi très proche du français. Mon blog s'appelant 'La Mesure de l'Excellence', il est intéressant de noter que modus (modus, i, m) signifie aussi : mesure, proportion, rythme, cadence (musicale, oratoire),
mélodie, chant, mode musical, musique, règle, loi, juste mesure, manière, façon, procédé, méthode, genre …
La mode naît dans cette « manière collective de vivre », cette harmonie sans cesse en mouvement, ce rythme toujours changeant constituant une véritable danse sociale, cette mesure de
ces notes telles qu'elles sont et s'inventent et qui constituent le bon ton. En France, mieux que nulle part ailleurs, on en connaît les gammes. Tous les supports utilisables pour transmettre la
mode sont employés ; en particulier au XVIIIe siècle, où écrivains et artistes s'ingénient à dévoiler ce que nous appellerions aujourd'hui les nouvelles tendances. Les almanachs et autres revues
dédiés à la mode contiennent des articles illustrés ou pas, et des images le plus souvent commentées sur la mode de la semaine, de la quinzaine ou du mois …
enfin ce qui se fait … avec parfois des
publicités pour telle maison ou telle autre. Plusieurs exemples sont présentés sur la page dédiée aux périodiques de modes de mon site www.lebonton.com, mais aussi dans plusieurs passages de ce blog. Au XVIIIe siècle
certains écrivains se font journalistes de mode publiant des articles et des chroniques ; et des artistes deviennent reporters : croquant sur le vif les dernières tendances. Il en résulte
un volume d'oeuvres très intéressantes et très nombreuses, témoignages de vie à travers la mode française qui rayonne alors dans tout l'Occident.
Dans l'article intitulé Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le
plaisante. 1797., je présente une gravure d'époque (deux premières photographies), de 1797, où le dessinateur, qui
s'est représenté lui-même sur la droite, nous dévoile un instantané presque photographique de l'ambiance d'un café où se réunissent des jeunes à la mode de la fin du XVIIIe siècle. L'artiste qui
nous transmet cette scène, le fait tel un reporter photographe de mode ; ce qui ajoute beaucoup à la préciosité de cette image et à son caractère émouvant.
Dans la dernière photographie je présente une double page de La Matinée, la Soirée, et la Nuit des Boulevards de 1776 qui met en scène un de ces journalistes de mode :
« DESBROUTILLES. Quel est votre ouvrage ? FILASSE. Un Journal Encyclopédique de toutes les modes nouvelles. Il paraîtra quatre fois le mois. DESBROUTILLES. Pourquoi pas quatre la semaine ?
La mode du jour n'est pas celle du lendemain. FILASSE. Il est vrai ; la matière ne manquera pas. 1°. Les étoffes & leurs garnitures : les plaintes indiscrètes, la grande réputation, le
désir marqué, l'agitation, le doux sourire, la composition honnête, la … DESBROUTILLES. Et cetera, & cetera. FILASSE. 2°. Rubans & couleurs : puce, demi-puce, soupirs de Vénus, soupirs
étouffés, vive bergère, cuisse de nymphe émue. DESBROUTILLES. Eh ! oui, oui. FILASSE. 3°. Ajustements : collet monté, le chat, le venez-y-voir. DESBROUTILLES. C'en est assez. FILASSE. Et les
coiffures : toupet de physionomie, boucles d'attention, tempéraments, & plus bas sentiments. DESBROUTILLES. A merveille ! Suivez votre projet ... »
Au XVIIIe siècle les revues de mode sont très nombreuses … mais j'en reparlerai.
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Mardi 9 mars 2010
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Entre autres choses, je me suis amusé dans
ce blog à vous faire découvrir au fur et à mesure de mes trouvailles les petits maîtres de la mode hexagonale. Je vais essayer de continuer à établir cette filiation de la petite maîtrise de
l'élégance française sur cette page : http://www.lamesure.fr/rubriques/chronologie.html. Celle-ci est encore
très incomplète car toutes les images proviennent de documents originaux m'appartenant. Bien sûr il existe des témoignages iconographiques beaucoup plus intéressants et très nombreux ; mais
n'ayant pas les droits de reproduction je ne me permets pas de les divulguer. N'hésitez pas à apporter vos connaissances et vos témoignages.
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Mardi 23 février 2010
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Photographies : Gravure intitulée
'Le Boulevard de Gand à Paris' ('Le Suprême Bon-Ton N°27.').
Le gandin est un petit-maître de l'époque des fashionables et des dandys. Il se distingue de
ceux-ci notamment par son nom qui n'a pas de connotation anglo-saxonne. Alfred Delvau le date du milieu du XIXe siècle ; ce qui ne semble pas exact si l'on considère l'estampe de la photographie
qui représente une scène de l'époque de la Seconde Restauration (1815-1830). Dans son Dictionnaire de la langue verte de 1867, Alfred Delvau écrit : "Le mot n’a qu’une dizaine
d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens)
sur lequel ils promènent leur oisiveté." Le terme de 'gant' s'écrit parfois 'gand' ; et il est vrai qu'un des côtés (ou une partie) du boulevard des Italiens est appelé boulevard de Gand sous la
Seconde Restauration en souvenir de l'exil à Gand du roi Louis XVIII pendant les Cent-Jours (en 1815) ... Et comme ce quartier de Paris est très fashionnable, on y rencontre des flopées
d'élégants. Une gandinerie est une action à la manière de gandin : gandiner. "Le gamin a une chaîne de montre, des habits très chers, un chapeau de soie de 22 francs. Et tout le petit homme
est dans cette toilette. Rien de l'enfant, ni l'abandon ni la gaîté ni les pensées de jeu ; mais déjà des idées de relations, le flair des convenances sociales, l'arrangement de la vie dans tel
monde réputé pour bon, l'appétit de tel cercle, d'une voiture ainsi attelée. Le gandin en herbe : voilà l'enfant moderne. Une génération s'élève à l'heure qu'il est, qui ne sera que cela
: une génération de gandins." Goncourt, Journal (1861). Il y aurait donc de la prétention dans le gandin ; enfin dans celui que l'on désigne ainsi dans la seconde partie du XIXe siècle.
Peut-être est-il ainsi vu parcequ'il naît avec le retour de la royauté (Louis XVIII) et se donne des airs militaires. Comme on le constate sur l'estampe, il lui arrive de porter un corset comme
beaucoup d'élégants à cette époque.
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Jeudi 11 février 2010
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Photographie : Gravure d'époque 1802, représentant le comédien Talma dans Cinna, pièce de Pierre Corneille (ici marquée de Racine).
J'ai à plusieurs reprises dans ce blog fait des allusions aux cheveux courts de
la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe qui marquent une rupture abrupte avec la coutume précédente des perruques, cheveux longs et hautes compositions formant de véritables monuments
au-dessus des têtes féminines. 'Chevelures en porc-épic', 'coiffures à la victime', 'coiffures à la Titus' … sont alors adoptées par la jeunesse des deux sexes. C'est, paraît-il, l’acteur
François-Joseph Talma (1763 - 1826) qui met à la mode cette coupe pour les hommes ; dans un élan qui demeure jusqu'à aujourd'hui, avec des exceptions aux époques romantique, hippie et par la
suite. Les femmes l'adoptent aussi, mais seulement pour quelques années ; avec des retours dans les années folles et ensuite. Les cheveux courts ne sont pas la seule mode du début du XIXe siècle
qui influence toute la mode masculine jusqu'à nos jours. La silhouette reste aussi semblable et bien différente de celles des XVIIe et XVIIIe siècles et même avant.
Photographie : Planche 487 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes avec comme inscriptions au-dessus : 'Costume Parisien' et en dessous : 'Tunique Juive en
Guinée.' Dans le chapitre consacré au Consulat et à l'Empire de son Histoire de la mode en France de 1858 (ce livre est consultable sur : books.google.com), Émile de La Bédollière écrit au sujet de ce genre de tunique : « Au commencement du Consulat subsistait encore
l'usage des robes transparentes, qu'un écrivain compare à l'onde qui voile les baigneuses. En l'an XI (1802), on mettait par-dessus les robes des tuniques
juives d'organdi ou de soie, bleu de ciel, gros bleu, rayé ou couleur de chair. » Plus loin, dans ce même chapitre, l'auteur fait référence à la coiffure 'à la Titus' : « La
titus avait fait de tels ravages, qu'on ne voyait point dix femmes sur mille qui eussent conservé leurs cheveux ; elles avaient recours aux tours ou cache-folies, aux
postiches en tortillons, et aux perruques à raies de chair, inventées à propos par Tellier, coiffeur, rue ci-devant Richelieu, en face le théâtre de la
République. »
Photographie : 'Chevelure en
porc-épic' et 'cheveux à la Titus' (voir : Récapitulatif de l’exposition Modes
anciennes - suite -) à la mode à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe.
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Lundi 8 février 2010
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Au
début du XIXe siècle, après le premier Empire, il est de bon ton pour les hommes d'avoir l'air militaire. Tenues de cheval, bottes et éperons, ne sont plus de mauvais goût même en société. On se
donne des airs anglais, de soldat russe etc. Cette mode est caricaturée dans un vaudeville intitulé : Le Combat des montagnes ou La Folie Beaujon, représenté pour la première fois en
juillet 1817 au théâtre des Variétés. Le texte est visible ici : books.google.com. Voilà ce qu’écrit le Mercure de France d’août 1817 au sujet de cette pièce : « On demandait à un étranger qui revenait de Paris, ce qu’il y
avait remarqué pendant son séjour : " J’y ai vu, répondit-il, tous les militaires en bourgeois, et tous les bourgeois en militaires ". Nous avons une foule de
gens qui se sont passionnés pour le métier des armes depuis que la paix est faite. Chacun veut avoir l’air d’avoir fait campagne ; et tel qui n’a jamais été à la barrière lorsqu’il aurait pu
y rencontrer l’ennemi, porte aujourd’hui des moustaches et des éperons comme un officier de hussards ; c’est un travers du jour, et il était difficile qu’il échappât aux auteurs du
Combat des montagnes, dans la revue piquante qu’ils ont faite de toutes les folies à la mode. Pour rendre ce ridicule plus saillant, ils nous l’ont montré dans
la personne d’un certain M. Calicot,
marchand de la rue Vivienne ; son belliqueux accoutrement n’en contraste que mieux avec sa paisible profession … » P. Avenel écrit en 1866 dans Les Calicots : " Le
costume que les Calicots affectaient de porter en 1817, et que Brunet avait reproduit sur la scène, était ainsi composé : bottes ornées d’éperons, pantalon blanc tombant sur la botte, gilet
piqué jaune, habit chicorée la crème (expression du tailleur d’alors), c’est vert mélangé de blanc. "
Photographie : Détail de la gravure de 'Le Goût du Jour, N° 30'
intitulée : 'La Russomania'. Cette tenue est celle que prend le calicot, et tel qu'il est représenté sur de nombreuses autres gravures comme dans une estampe conservée à la Bibliothèque de France
(voir ici) datée de 1817 où
trois hommes sont nommés d'après un tissu (casimir, calicot, pékin) avec pour texte principal : « Prenez y garde !! Il existe une vraie différence entre le Casimir Français, le Calicot de
Paris et le vrai Pekin anglais ! ».
Il semblerait que par la suite on appelle ‘calicot’ un jeune ouvrier travaillant
dans le luxe et la mode dont il prend certaines manières.
Photographie : " Le déjeuner d’un calicot ". Carte
postale du début du XXe siècle.
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Vendredi 5 février 2010
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Les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré sont autrefois les hauts lieux du chic de la
capitale française. Les nobles et les parisiens les plus riches y ont leurs hôtels particuliers jusqu'à la Révolution, car ces quartiers sont situés près du palais du Roi. Quand on contemple une
carte, on s'aperçoit qu'ils embrassent le palais du Louvre et le jardin des Tuileries. Ils occupent en partie les actuels 7e et 8e arrondissements, et sont seulement séparés par la Seine et le
grand axe constitué : des Champs-Élysées, de l'actuelle place de la Concorde et des Tuileries. Après la Révolution, ils continuent à être les lieux du pouvoir. Dans l'un se trouve le palais de
l'Élysée, dans l'autre l'Assemblée nationale et l'Hôtel Matignon. Ils logent de très nombreux ministères, ambassades ... Dans le faubourg Saint-Honoré : les boulevards commencent à la place de la
Madeleine, et beaucoup d'enseignes de luxe s'y trouvent. Cet axe est high-life. Autrefois des chevaux magnifiques, des carrosses en grand équipage y glissent ; et les petits-maîtres les plus
élégants s'y faufilent.
Le faubourg Saint-Germain est appelé dans La Clef du Grand Dictionnaire
des Précieuses (XVIIe siècle) : « La petite Athènes » alors que Paris tout entier est nommé « La Ville d'Athènes » et la France « la Grèce ». Cela montre
l'importance qu'a déjà au temps des précieuses ce faubourg. Le quartier Saint-Honoré est « La Normandie ».
Photographie : Pages 8 et 9 de La Clef du Grand Dictionnaire
des Précieuses d'Antoine Baudeau sieur de Somaize (1630?-16.. ), sans doute d'une édition du XVIIe siècle et peut-être de l'originale de 1661.
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