Lundi 15 octobre 2007

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Grande gravure de l'époque révolutionnaire dessinée par Jean-Frédéric Schall (1752 – 1825) et sculptée par Augustin Claude Simon Legrand (1765 - 1815). Elle est intitulée : « L'Elisée » et illustre la 'Lettre XI De St Preux à Milord Edouard' de la Nouvelle Héloise de Jean Jacques Rousseau : [orthographe de l'époque] « La petite famille menée par Fauchon entra comme nous sortions. Ces trois aimables enfans se jetterent au cou de Mr et Mde de Wolmard … Nous rentrâmes Julie et moi dans l’Elisée en faisant quelques pas avec eux … J’ai pensé, me dit-elle, à l’amusement de mes enfans, et à leur santé quand ils seront plus âgés … j’en veux faire un jour mes petits jardiniers : ils auront autant d’exercice qu’il leur en faut pour renforcer leur tempérement, et pas assez pour le fatiguer. » Il y a tout en bas de cette estampe l’indication : « Se vend à Paris chez Depeuille, Rue Franciade, Section de Bon Conseil. » La Section de Bon-Conseil est une section révolutionnaire de Paris qui représente à partir de 1792 un quartier de la Commune de Paris de 13 800 habitants comprenant le nord des Halles centrales et les rues Montorgueil et Tiquetonne. Comme d’autres indications en témoignent, cette gravure est donc de l'époque révolutionnaire (toute fin du XVIIIe siècle). Elle est particulièrement intéressante pour son thème et l’harmonie qui s’en dégage, impressionnante quand on connaît l’époque troublée de sa confection. Le texte même qu’elle illustre est surprenant. Il y est question d’un jardin non pas géométrique « à la française » ni ‘pittoresque’ « à l’anglaise » mais sauvage, où la nature est aidée et non pas maitrisée, constitué surtout de plantes autochtones et où l’industrieuse main de l’homme n’y trouve que du plaisir non pas en la domptant mais en la caressant doucement… Y a-t-il là une nouvelle idée d’un jardin faisant la part belle aux plantes régionales dont certaines sont rares, et qui écoute la nature et l’aime plus qu’il la dompte ? Il est possible de retrouver cette lettre sur http://gallica.bnf.fr (Nouvelle Héloise, 'Lettre XI à Milord Edouard').

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Gravures anciennes
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Mercredi 10 octobre 2007

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Grande estampe du XVIIIème siècle représentant la planche n°1 de la 13ème suite de douze différentes coiffures (chapeaux, bonnets, charlottes) à la mode en 1785. Gravure sur cuivre sur papier vergé de l'époque gravée par Dupin d'après Desrais et publiée chez Esnaults et Rapilly à la ville de Coutances, à Paris, avec Privilège du Roi. Dimensions 43 x 28 cm et 23 x 28 cm sans les marges. Texte de la gravure : 13e Suite de Coeffures à la mode, en 1786. N°1Bonnet à la Chérubin, vû sur le côtéBonnet à la Chérubin, vû par devantChapeau à la Saint DomingueLe même chapeau vû sur le côtéChapeau à la Minerve BretonneCoëffure de Mme Dugason dans le rôle de Babet, à la Comédie ItalienneCoeffure de Mlle S. Huberti de l’Académie Royale de MusiqueCoeffure de Mlle Maillard dans le rôle d’Ariane, opéraNouveau Chapeau à la FigaroNouveau Chapeau à la CharlottembourgCoeffure à la nouvelle CharlotteCoeffure de la Beauté de St JamesDesrais del. Dupin sculp. – A Paris chez Esnauts et Rapilly, rue S. Jacques, à la Ville de Coutances. Avec Privil du Roi. 

Nous avons vu dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du XVIIIe siècle, l’importance de ces petits livres dans la divulgation de la mode dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les gravures sont un autre moyen. Elles offrent des exemples de coiffures ou d’habits à la mode du jour ou des années précédentes. Elles sont envoyées en province et dans le monde entier pour servir de références aux marchandes de mode, coiffeurs et dames. Elles sont vendues sous la forme de suites (parfois reliées entre elles) ou au détail. Elles sont un témoignage capital de la divulgation des modes au XVIIIe siècle. Fréquentes à l’époque, ces estampes sont très rares aujourd’hui. Certaines recensent des modes vieilles de plusieurs siècles et prouvent qu’il y avait alors une véritable culture de la Mode et de son histoire qui n’est pas si éloignée de la notre avec ses nouveautés portées par les fabricants (dont certains sont de véritables ateliers de haute-couture) et autres artisans coiffeurs … ayant eux aussi leurs figures de proue. Dans la gravure présentée ici, la date de 1785 est très proche de celle de l’édition (fin du XVIIIe siècle) comme le montrent divers éléments tels : les dates des auteurs Desrais et Dupin, la période où la maison d’édition indiquée sévit, le type de papier utilisé et son filigrane, le Privilège Du Roi (APDR) antérieur à 1794 ... Nicolas Dupin est un graveur actif à la fin du XVIIIe siècle et Claude-Louis Desrais (1746-1816) est un peintre à l’origine de nombreuses gravures de mode comme : Mode du jour, Le Serail en Boutique, Promenade du Boulevard des Italiens… de même que de diverses estampes répertoriant les modes de l’époque comme celles de la revue : Cahiers de Costume Français. Esnaults et Rapilly sont des vendeurs/éditeurs de la fin du XVIIIe siècle qui ont publié de nombreuses gravures récapitulant les modes de leur siècle, dont plusieurs sont d’après Desrais et gravées par Dupin. On peut en voir quelques-unes sur le site de la Réunion des Musées Nationaux (http://www.photo.rmn.fr) en faisant une recherche par Desrais Claude-Louis (1746-1816). Sur ce même site il y a une gravure semblable à la notre (cliquez ici) mais coloriée. La seconde gravure présentée ci-dessous est aussi d’époque et coloriée. On peut du reste observer le raffinement des tons chatoyants ou pastel.

chapeaux400aaaa.jpg

Gravure de la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec 4 vignettes représentant des dames en buste coiffées de chapeaux : Chapeau à la Bostonienne, Chapeau à la Voltaire, Nouveau Casque à la Minerve ou la Pucelle d'Orléans, et Chapeau à la Colonnie (orthographe de l’époque). La gravure avec ses marges fait 23,5 x 35 cm et sans 21,1 x 27,4 cm. 

Les almanachs et les gravures ne sont pas les seuls à permettre aux modes parisiennes de se répandre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. On publie aussi des périodiques comme nous le verrons dans un autre article. Et puis il y a les poupées de mode qu’on habille au goût du jour et qui portent la mode loin.

Retrouvez la collection LM des Modes en France du XVIIe siècle au début du XIXe en vente sur : http://richard.lemenn.free.fr/rubriques/modes.html

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Lundi 8 octobre 2007

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Dans l'article : La Toilette d'apparat des XVIIe et XVIIIe siècles, du mercredi 23 mai 2007, nous expliquons l'origine du mot « toilette » et son utilisation. Nous exposons ici une table de toilette d’époque Louis XV en acajou et placage d’acajou de Cuba de forme mouvementée proposée à la vente sur le site de la Galerie Delvaille (15, rue de Beaune à Paris).

Cette table de toilette s’ouvre en façade par quatre tiroirs dont trois simulés et une tablette centrale. La partie supérieure présente un miroir rabattable et deux vantaux latéraux dissimulant des rangements dans lesquels on disposait les objets de toilette (boîtes, pots, flacons …). L’ensemble repose sur quatre pieds galbés à cinq pans coupés. L’Ornementation de bronzes ciselés et dorés est discrète tel que sur les entrées de serrure et les sabots. L’acajou a été importé en France dès le milieu du XVIIIème siècle par les ports d’importation de Nantes, la Rochelle et Bordeaux. Les plus beaux acajous venaient de l’île de Cuba, et avaient dès cette époque une valeur marchande considérable. Depuis plus d’un siècle, l’exportation d’acajou de cuba est interdite. Dimensions : 75cm x 90cm x 50cm.

 

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Toilette
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Mardi 2 octobre 2007

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Nous allons reprendre dans plusieurs articles les différentes manières de répandre les modes nouvelles au XVIIIe siècle. Une d’entre elles est la publication d'almanachs qui prennent la forme sous Louis XV de petits livres dont les formats varient de l'in-18 à l'in-64. Ceux-ci sont des calendriers auxquels sont ajoutés de multiples informations dont certaines concernant la Mode. Les nombreuses variétés de coiffures fournissent les sujets les plus récurrents des gravures de ces ouvrages. C’est le cas dans cette composition de l’éditeur parisien Desnos qui publie dès 1777 divers almanachs contenant des gravures de Mode et des textes sur cesouveniralahollandaisedetail.jpg thème comme :  Almanach de la toilette et la coëffure des dames françaises et romaines présentant des coiffures en médaillons coloriées dans un in-24, dès 1781 le Bijou des Dames (in-18) et le Recueil général des costumes et des modes (in-18), en 1782 Les jolies Françaises, leurs coiffures et habillements (in-24). Tout cela est suivi en 1783 par l’almanach que nous présentons ici et qui, comme il est écrit dans le titre, vient compléter les deux premiers. Il s’agit d’un in-18 (7 x 11 cm) : Souvenir à la Hollandoise, enrichi de nouvelles coëffures les plus galantes, où se trouve celle de l’Insurgente, faisant suite à Almanach de Toilette, et au Bijou dédié aux Dames de bon gout, qui se vend séparément avec tablettes économiques, perte et gain, Paris, Desnos, 1783. Ce titre est complété par : Les Fleurs de toutes saisons, Etrennes à la Mode, Petit nécessaire indispensable aux Dames qui ont le bon goût de la Toilette, Souvenir à l’Anglaise & Hollandaise. Avec Figures, Chansons, Perte & Gain. Chaque coiffure est présentée par son nom, suivi d’une chanson, puis sur une autre page d’un commentaire sur son appellation et d’une gravure très fine coloriée la présentant sur une femme de buste, dans un médaillon au dessous duquel est indiqué le nom : Bonnet à la candeur, Bonnet dans le Costume Asiatique dit au mystère, Baigneuse d’un nouveau goût, Le Parterre galant, Toque lisse avec trois boucles détachées, Coeffure en crochets avec une échelle de boucles, Bonnet au Levant, Pouf d’un nouveau goût, Coeffure en rouleaux avec une boucle, Toque à l’Espagnolette, Chapeau d’un nouveau goût, Chapeau tigré… Cela est suivi de pages servant « pour écrire à chaque jour de la Semaine, ses Pensées, rendez-vous, Souvenirs, Etc. » et d’autres « pour écrire dans les intervalles de chaque jour du mois la Recette & Dépense de la Maison, la Perte & Gain, & à la fin se trouve une Table de Récapitulation pour chaque mois, & autres feuillets blancs pour écrire ses affaires particulières, & ce que l’on désirera, avec le Stylet adapté au Livret, qui en fait la fermeture. » Les dernières pages contiennent le calendrier de l’année 1783. La reliure possède un emplacement en trois parties pour un stylet permettant de fermer le livre. Elle est d’époque, en maroquin rouge, avec triple filet, dos orné, pièce de titre de maroquin vert et tranches dorées. Après cet Almanach, l’éditeur Desnos continue à en publier de nouveaux. Le genre dédié à la mode disparaît peu à peu à la Révolution.

souveniralahollandaise4gravures.jpg

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Lundi 1 octobre 2007

La France a une figure d'hexagone régulier particulièrement harmonieuse. Cette forme, telle qu’on la connaît aujourd'hui, est déjà plus ou moins établie au XVIIIe siècle. Pour une grande partie, ses frontières (mers, montagnes …) sont naturelles. Paris, sa capitale, est située en plein milieu de son horizontale et au quart nord de sa verticale. L’équilibre est parfait ! Voilà une mesure d’excellence !

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La carte dépliante présentée ici est celle d’un almanach de 1756 de très petites dimensions : mesurant 6 x 9,5 cm, au joli titre d’Étrennes Mignonnes … Dans le prochain article un autre almanach sera exposé mais de mode !

 

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Lundi 24 septembre 2007

Gravure présentant un café où se réunissent des Incroyables en 1797. Le titre reprend une de leurs expressions récurrentes : « Ma parole d’honneur » (prononcer « ma paole d’honneu ») ; et la suite est volontairement humoristique puisque le « ils le plaisante » est dans une orthographe sens dessus dessous faisant justement référence à leur façon de prononcer. Tous les Incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien', c'est-à-dire, comme on le voit, les cheveux coupés sur le dessus, tombant sur les côtés, longs au dos et tressés pour être remontés derrière la tête. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles différents. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-main ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet.

Cette gravure fait 37 x 27 cm. Elle est d’époque (1797). Elle a été peinte. C’est un témoignage remarquable. Il ne s’agit pas là d’une caricature d’Incroyables comme on a l’habitude d’en voir à cette époque ; mais la scène choisie montre ceux-ci s'amusant à se reluquer les uns les autres ou lorgner d’autres personnes extérieures à leur cercle. Leurs manières semblent élégantes et amusées, et leur façon de regarder d’une manière ostentatoire les autres est très française, en opposition aux Anglais qui ne se permettraient pas cela. Ici, ceci est particulièrement accentué, presque caricaturé, par les postures et tous les objets qui leur servent à observer et avec lesquels ils jouent (voir aussi l’article du mardi 11 septembre 2007 intitulé : « Les Merveilleuses, Incroyables, Muscadins … leurs cannes et leurs bâtons. » où est expliqué une des origines de ces « lunettes »). Il s’agit d’un document d’exception et rare sur les Incroyables, même si les Merveilleuses manquent au tableau.

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Mardi 18 septembre 2007

Dans le règne animal, le mâle est généralement plus élégant que la femelle. C'est le cas du lion, du paon, des papillons … et les oiseaux de paradis (paradisiers) que l’on retrouve abondamment dans l’iconographie du XVIIIe siècle et en particulier dans la céramique sont sans doute les exemples les plus probants. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, si les habits des femmes et des hommes sont distincts, ils peuvent être aussi sophistiqués dans les deux cas. L’homme se pare de rubans, et des dentelles occupent élégamment diverses parties de son habillement : cols, collerettes, jabots, chemises, poignets, canons (ornements placés à hauteur du genou entre les hauts-de-chausses et les bas) …

De magnifiques exemples de dentelles sont exposés et à vendre sur le site en anglais de Maria Niforos : http://www.marianiforos.com

sir--ne300.jpgTrès belle Sirène faite en dentelle que l’on retrouve sur le site de Maria Niforos.

Dans la mythologie gréco-romaine, la Sirène est un être fantastique avec un corps d’oiseau et une tête de femme. Sous la chrétienté, les Anges ressemblent parfois à des Sirènes, et comme elles, ils sont associés à diverses strates du Ciel. Si les Sirènes les plus connues sont celles de l’Odyssée habitant les environs de l’actuelle Naples en Italie, la plus belle description est sans doute celle de Platon dans le Timée où celui-ci expose l’Harmonie de l’Univers en expliquant que celui-ci est constitué de sphères célestes toutes accomplissant des révolutions. Sur le haut de chaque cercle se tient une Sirène qui évolue avec lui en faisant entendre un seul son, une seule note, les huit notes formant ensemble une Harmonie. Dans la Mythologie elles sont progressivement remplacées par les Muses qui les provoquent dans un concours musical qu’elles gagnent. C’est alors ces dernières qui représentent l’Harmonie, qui inspirent les rythmes des hommes et prennent une fonction sociale s’opposant aux « débordements » que les Sirènes peuvent symboliser en provoquant le naufrage des âmes ou des bateaux (Homère, Odyssée, chant XII). Certains donnent les Sirènes comme étant au nombre de deux ou de trois, filles du dieu-fleuve Achéloos et de la Muse Terpsichore ou bien de la Muse Melpomène et du Dieu marin Phorcy. On les dit aussi demeurer à l’ouest de l’île d’Empédocle (la Sicile).

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Vendredi 14 septembre 2007

La Mode et son jeu entre l'individu et la société était mis en scène durant la seconde toilette du XVIIIe siècle face à un miroir qui ne reflétait qu’une seule chose : soi-même. Ce moment était celui de l’expérimentation (de nouvelles toilettes, coiffures, amours, amitiés, poèmes …), de l’échafaudage de la journée, des messages secrets pas seulement dissimulés dans des billets-doux mais aussi dans le choix de fleurs, de parures, de couleurs, de nombres, dans l’emplacement de ses mouches… C’était l’instant où l’on donnait des rendez-vous en catimini… ; la période intermédiaire située entre soi et le monde. Ces minutes (voir ces heures) étaient peut-être les plus libres de la journée ; aussi celles où l’on mettait en scène cette liberté en se montrant sous son meilleur jour, le plus sociable et parfait. De nombreux textes du XVIIIe siècle relatent que ce qui caractérisait le mieux le Français de cette époque c’était sa sociabilité, sa disposition naturelle à être agréable, courtois et charmant. Il ne s’agissait pas en cela de suivre aveuglément des conventions, mais d’exercer son style et son plaisir. Le bon ton n’était pas une affectation, une obligation, mais l’expression de cette harmonie, de ce « je ne sais quoi » qui comme le suggère l’expression est indéfinissable et ne peut donc être emprisonné dans des conventions, des contraintes que le Français exécrait. Ce goût pour cette liberté s’est exercé dans tout le XVIIIe siècle, du début jusqu’à la fin avec la Révolution. Il s’est manifesté en particulier dans le Beau, et cela dans les Beaux-arts, la Littérature, la Philosophie, la Mode…

surlesgensalamode500.jpg

« Sur les gens à la mode. De tous les peuples, le Français est celui dont le caractère a dans tous les temps éprouvé le moins d’altération […] Cette nation a toujours été vive, gaie, généreuse, brave, sincère, présomptueuse, inconstante, avantageuse et inconsidérée. Ses vertus partent du cœur, ses vices ne tiennent qu’à l’esprit, et ses bonnes qualités corrigeant ou balançant les mauvaises, toutes concourent peut-être également à rendre le Français de tous les hommes le plus sociable. C’est-là son caractère propre, et c’en est un très-estimable ; mais je crains que depuis quelque tems on n’en ait abusé ; on ne s’est pas contenté d’être sociable, on a voulu être aimable, et je crois qu’on a pris l’abus pour la perfection. Ceci a besoin de preuves, c’est-à-dire d’explication. Les qualités propres à la société, sont la politesse sans fausseté, la franchise sans rudesse, la prévenance sans bassesse, la complaisance sans flatterie, les égards sans contrainte, et surtout le cœur porté à la bienfaisance ; ainsi l’homme sociable est le citoyen par excellence… Le bon ton dans ceux qui ont le plus d'esprit consiste à dire agréablement des riens, à ne se pas permettre le moindre propos sensé, si l' on ne le fait excuser par les grâces du discours, à voiler enfin la raison quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois, quand il s' agissait d' exprimer quelque idée libre […] Soyons donc ce que nous sommes, n' ajoutons rien à notre caractère ; tâchons seulement d'en retrancher ce qui peut être incommode pour les autres, et dangereux pour nous-mêmes. Ayons le courage de nous soustraire à la servitude de la mode, sans passer les bornes de la raison. » Duclos, Charles (1704-1772), Considérations sur les moeurs de ce siècle, 1751.

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Mardi 11 septembre 2007

badineetbatons200.jpgBadine et bâtons d'Inconcevables
Retrouvez-les sur : http://www.lamesure.fr/rubriques/modeselegants.html

Les cannes sont un accessoire de l’élégance. Elles ont des usages multiples. Elles permettent de se frayer un chemin, de souligner le maintien, de rythmer l’harmonie de la démarche en une danse invisible de l’âme. Eléments de l’élégance féminine et masculine, elles peuvent receler des objets dans le bâton et au niveau du pommeau : un tirebouchon de bottine, des flacons de parfum, une boîte à pilules… Celles appelées aujourd’hui cannes de beauté, ont des compartiments contenant des flacons à parfum, des ustensiles de manucure ou d’autres articles qui en font de véritables nécessaires à toilette, à parfums ... Les Muscadins et les Incroyables disposaient quelquefois sur le pommeau de leurs cannes des lorgnettes ou des lunettes. A la Révolution, les faces-à-main (lunettes que l’on tient à la main) se sont avérés être des accessoires indispensables de la panoplie de ces plaisants ; car ne voulant pas se faire enrôler par les révolutionnaires, ils se faisaient passer pour myopes. Ceux-ci étaient aussi disposés au bout de bâtons qui moins longs que les cannes, ne touchaient pas le sol, mais pouvaient exercer le maintien à la façon des badines qui sont un autre accessoire de l’élégance (elles ont la forme d’un rameau fin et assez long qui se tient sous le bras ou le prolonge pour cingler l’air vicié et les objets autour de soi). Chez les Muscadins et les Incroyables, les deux genres (cannes et bâtons) avaient souvent des formes tourmentées. Leur originalité en faisait aussi leur caractéristique.

segas200.jpghttp://www.canesegas.com

M. G. W. Segas propose dans son site une exposition virtuelle consacrée aux Incroyables et Merveilleuses : Du renouveau de la Canne. Il y est question des cannes d’Incroyables, de Muscadins et même de Merveilleuses, avec la canne : lorgnette, gourdin, torsadée, « fourrée » … Et puis, la galerie M. G. W. Segas, du 34 passage Jouffroy à Paris dans le 9ème arrondissement, présente à la vente et en exposition de magnifiques cannes de collection. Pour la petite histoire, le passage couvert où la galerie est installée a été édifié au XIXe siècle. Le café-concert l’Estaminet Lyrique s’y trouvait ainsi que des cafés et boutiques de qualité : coiffeurs, lingerie, magasin de gants, modistes, tailleurs … En 1852 l’Hôtel des ventes de Drouot s’installa tout près. Aujourd’hui, le quartier est dédié aux marchands d’art, aux boutiques (toujours de qualité) et aux sorties (boîtes de nuit, cafés, restaurants, théâtres …).

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Mardi 4 septembre 2007

BosseDame300.jpg BosseCourtisan300.jpg

Dans le livre Modèles de conversations pour les personnes polies de l'Abbé de Bellegarde (1648-1734), un des protagonistes du dialogue fait remarquer que : « Quoique les Français aiment je ne sais quoi d'aisé & de galant dans leurs habits, ils aiment encore mieux ce qui est commode. Ils se sont défaits de tout cet embarras de rubans, dont leurs habits étaient couverts depuis le haut jusqu’en bas, & qui étaient d’un grand ornement pour la jeunesse : ils se sont si bien trouvés des chausses étroites & serrées, qu’ils ont renoncé pour jamais à ces grands Canons, où leurs jambes étaient comme des entraves, & à ces hauts de chausses plus larges que des cotillons. Nous voulons que nos habits se ressentent de l’air aisé, que nous avons dans nos manières. » (ce livre est disponible à la vente sur : http://richard.lemenn.free.fr/rubriques/modes.html). Cependant les Français n’abandonnèrent pas ces fioritures vestimentaires par simple souci de confort mais par véritable obligation. Louis XIII publia plusieurs édits tentant d’imposer plus de sobriété dans les vêtements ; comme celui de 1633 qui défendait aux sujets "de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume". Sans doute ces prescriptions n'étaient-elles guère respectées puisqu'il fallait les répéter régulièrement. Abraham Bosse (Tours 1604 – Paris 1676) a illustré ce thème par une suite de trois estampes, dont deux d’entre elles (celles exposées ici) présentent une femme et un homme à leur toilette. On peut voir la troisième sur http://expositions.bnf.fr/bosse/grand/087.htm.
Dans la première la Dame dit : « Quoique j’ai assez de beauté pour assurer sans vanité qu’il n’est point de femme plus belle ; il semble pourtant à mes yeux qu’avec l’or et la dentelle je m’ajuste encore bien mieux. J’aime à porter tous les jours, ou le satin, ou le velours ; et ne connais point l’estime ; car je sais véritablement que l’on a toujours meilleure mine, quand on s’habille richement. Il me faut tourner néanmoins mon esprit à de nouveaux soins, en quittant la galanterie ; et désormais ne porter ni ‘poinct’ coupé ni broderie, ni tels ouvrages superflus. » Il est intéressant de voir l’agencement de la table de toilette ; avec la toilette elle-même en dentelle sur laquelle sont posés un miroir et un sachet de senteur (voir article du 16 mai 2007 : Les Objets de parfums que l'on porte sur soi au XVIIIe siècle) sur lequel la Dame pose sa main gauche.
Quant au courtisan qui abandonne ses anciens vêtements, il constate en se regardant dans la glace : « Que ce m’est une chose étrange de remarquer combien me change cet habillement réformé ! Que j’ai de mal à m’en défendre, et qu’il me fâche de le prendre pour ne l’avoir accoutumé ! Je violente ma nature, me voyant en cette posture, et demeure tout interdit. Mais à quoi me sert cette plainte, si par raison ou par contrainte il faut obéir à l’édit ! Il est juste qu’on s’accommode au temps, au pays, à la mode, suivant le saint décret des lois, sans chercher de preuve plus ample que celle qui luit dans l’exemple de Louis le plus grand des Rois. »
En résumé, disons que le ‘Français’ des XVII-XVIIIe siècles aime ce qui lui procure de l’agrément, que ce soit dans la simplicité, ou le raffinement qu’il apprécie tout particulièrement. Toutes les fioritures de ses costumes recouvrent toujours un linge propre et blanc, très confortable, changé parfois plusieurs fois par jour, au-dessus duquel il exerce son goût en s’ajustant selon la félicité du moment. Il faut que dans toutes choses il y trouve sa joie. Il exècre la contrainte. Et la mode n’est pour lui qu’un moyen d’exercer son plaisir.
Nous vous rappelons que tous les objets photographiés présentés dans ce blog sont à vendre ; et qu’il suffit de cliquer sur la photographie pour accéder à une description détaillée comprenant le prix. N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations.

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Toilette
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