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LA MESURE DE L'EXCELLENCE : LES PETITS MAITRES DE LA MODE
Blog: www.lamesure.org Site : www.lamesure.fr Modes : www.lebonton.com
Ce dictionnaire des petits maîtres de la mode française s’enrichit au fur et à mesure des articles publiés dans ce blog. Il
se divise en deux parties. La première répertorie les petits maîtres : J’y inclus les dames et hommes de qualité, les petit(e)s-maîtres(ses) proprement dits, les intellectuels et les artistes,
les professionnels de la mode, les faux élégants, et quelques autres. La seconde partie concerne l’environnement des petits maîtres : les lieux où on les trouve, leurs postures, les vêtements
qu’ils portent, leur toilette, les danses, la mode, le bon ton, la galanterie, la courtoisie etc. • PREMIERE PARTIE : LES PETITS MAITRES DE LA MODE • AMAZONE • ANCIEN • ANGLOMANE • ARTHUR • BCBG • BARBIER • BAS-BLEU • BEAU • BEAU-FILS • BECARRE • BICHE • BICHEUSE • BON CHIC BON
GENRE • BON TON (PERSONNE DU) • BOLIVAR • BOULE ROUGE • BOULEVARDIER • BOURGEOIS(E) • BRANCHE • CALICOT • CASCADEUSE • CASINETTE • CHIC (FEMME, HOMME) • CHICARD • COCO • COCODETTE • COCOTTE • COIFFEUR • COPURCHIC • COQ • COUSETTE • CREVE • CREVETTE • DADOUDADOUDA • DAIM • DAME DE
QUALITE • DANDY • DECADENT(E) • DECATI • DECAVE • DEMI-MONSIEUR • EFFEMINE • ENDIMANCHE • ESSUYEUSE DE PLATRES • EX-BEAU • EXISTENTIALISTE • FASHIONABLE • FAUCHEUR • FAUVE • FAUX ANGLAIS • FAUX
ELEGANT • FEMME DE LETTRES • FEMME DU QUARTIER • FILLE DE MARBRE • FRELUQUET • GALANT(E) • GANDIN • GANT JAUNE • GARCONNE • GENREUSE • GENREUX • GENTLEMAN • GENTLEMAN DU SPORT • GENTILHOMME • GENTILHOMME DU SPORT • GIGOLETTE • GOMMEUX • GRISETTE • INTELLECTUEL • INVISIBLE • JEUNE-FRANCE • JOURNALISTE DE MODE • KOKSNOFF • LIBERTIN(E) • LIONCEAU • LORETTE • MAQUILLEE • MARCHANDE DE MODE • MARIE-CHANTAL • MASHER • MENIN(E) • MERVEILLEUSE • MIDINETTE • MIGNON(NE) • MIMI-PINSON • MUSARD • MUSARDE
• MUSARDINE • MUSCADIN • MUSEUR • MUSEUSE • NOCEUSE • NOUVELLE FRANCE • ORIGINAL • PANTHERE • PARISIEN • PECHE A QUINZE SOUS • PEDANT • PERFECT GENTLEMAN • PETIT CHOSE • PETIT CREVE • PETIT MONSIEUR • POETE • PRE-CATELANIERE • PRECIEUSE • PSCHUTTEUX • RASTAQUOUERE • ROMANTIQUE • ROUE
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SYLPHIDE • TAILLEUR • TAILLEUR DE CORPS • TALON
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Wikipédia offre une claire définition du « bas bleu » et du Bas-bleuisme : « L'expression bas-bleu
apparaît au XIXe siècle pour désigner une femme de lettres. Le terme a rapidement pris une connotation péjorative, comme celui de femmes savantes chez Molière. - Histoire - Le mot est traduit de
l'anglais blue stocking et désignait au départ les habitués d'un salon littéraire présidé par une femme, Elizabeth Montagu (1720-1800), qui réunissait chez elle, une fois par semaine, des amies
qui partageaient ses goûts littéraires. Les hommes étaient admis à leurs réunions, et parmi eux, paraît-il, un certain Benjamin Stillingfleet, qui se présenta un jour en bas bleus après que son
hôtesse lui eut assuré que son salon était ouvert aux gens d'esprit, et non aux élégants. Le petit club s'appela par plaisanterie « le cercle des bas bleus », sans connotation vraiment péjorative
puisque le poème d'Hannah More, Bas-bleu, est un hommage à ces hôtesses cultivées du XVIIIe siècle, Madame Vesey ou Elizabeth Montagu. Cependant l'habitude prise dans ces salons de s'ouvrir au
mérite sans distinction d'origine sociale souleva des critiques et vers la fin du XVIIIe siècle cette mixité sociale évoqua une liberté de ton fâcheusement proche des idées nouvelles venues du
continent, idées qui avaient en Angleterre des sympathisants comme les premiers romantiques, William Wordsworth, Robert Southey, ou des philosophes comme Thomas Paine. En France le terme connut
le même sort que celui de précieuse au XVIIe siècle pour devenir une critique. Il fut adopté par les conservateurs et les réactionnaires pour stigmatiser des femmes comme Sophie Gay, George Sand,
Delphine de Girardin, et en général toutes les femmes qui affichaient des prétentions littéraires ou intellectuelles ... »
Photographie : LES BAS BLEUS. Lithographie d'Honoré Daumier (1808-1879) du journal Le
Charivari (publié 1832 à 1837) de 36 cm x 24 cm : « Les bas bleus - 1255 - Ah! ma chère, quelle singulière éducation vous donnez à votre fille?. mais à douze ans, moi, j'avais déjà
écrit un roman en deux volumes... et même une fois terminé, ma mère m'avait défendu de le lire, tellement elle le trouvait avancé pour mon âge. »
« Moi, je devins une mondaine,
une femme futile, coquette, aimant le plaisir, la vie extérieure, ce qu'alors on appelait une "cocodette" » écrit Irène de Chauffailles de Gengoux marquise de Taisey-Chatenoy dans A la Cour
de Napoléon III (Paris, 1891). Elle emploie même l'expression de femme « dans le mouvement ».
La cocodette est la compagne du cocodès. Leur période de prédilection est vers 1860, sous le second
Empire (règne de Napoléon III de 1852 à 1870). Tous deux sont jeunes, élégants et mondains, avec les 'tics' des petits maîtres d'alors. Si leur quête de raffinement et de liberté n'atteint pas
ceux des grandes dames et des grands hommes d'alors et suscitent souvent les moqueries, notamment dans la littérature, ils n'en restent pas moins de véritables élégants dont les « allures
grêles et mourantes » (voir article sur les Gommeux)
en disent long sur parfois 'la lourdeur des choses' … peu supportable pour des esprits tournés vers la légèreté et la joie. Dans Ohé ! La Grande Vie !!!, Gyp met en
scène une cocodette et un cocodès d'une manière croustillante (voir article Longchamp(s)). Ce sont les
derniers courtisans de la dernière Cour Française : celle de Napoléon III ; les derniers représentants d'un temps : « LE COCODES. – Pratique ! voilà bien les femmes d’aujourd’hui
!... mais il ne faut pas qu’une femme soit "pratique" ! c’est sa perte !... c’est sa fin !... c’est affreux, une femme pratique !... affreux !... » (Gyp, Ohé ! La Grande
Vie !!!). Évidemment il y a une certaine suffisance chez ces personnages, comme c'est le cas généralement chez les élégants à qui on donne des noms dérivés du 'coq' que l'on aime
cependant beaucoup en France ; ce dont il est question dans l'article intitulé Coquetterie. Déjà au Moyen-âge « faire le coc en pelu » signifie « faire le suffisant, l'avantageux, le plaisant ». Voir aussi l'article La cocotte.
Photographie 1 : « La cocodette, par Pépin, Étude phrénologique d'après le système de
Gall. » Illustration de la première page du journal satyrique L'Éclipse du 22 novembre 1868 représentant la tête d'une cocodette de profil. La phrénologie est le nom donné à une
théorie du neurologue allemand Franz Joseph Gall (1757-1828) sur la localisation des fonctions cérébrales dans le cerveau. Des humoristes l'ont détournée pour montrer ce que peuvent avoir dans la
tête certaines personnes à la mode. Ici le cerveau de la cocodette contient diverses parties dédiées à : la poésie, l'ingratitude, la folie, les plaisirs, la paresse, la moralité, la malice,
l'envie, la pudeur, la friandise, la méchanceté, la colère, la finesse, la jalousie, la douceur, l'astuce, le jeu, l'amour, la friponnerie, l'amour de la forme, l'impuissance, l'orgueil, la
danse, la luxure, la religion, l'attachement. On distingue dans ses cheveux deux pièces dont un rouble (de riches étrangers aiment alors venir se divertir à Paris) et une autre de 20 francs de
1868 en guise de boucle d'oreille. Des feuilles de vigne, symbole dionysiaque et de la jouissance l'ornent.
Photographie 2 : Détail de la double page centrale du journal La
Caricature du « 10 Décembre 1881 » (n° 102) intitulée « La Genèse du gommeux » avec une représentation d'un cocodès.
Je suis content de pouvoir faire un article sur la mode contemporaine, sur la coiffure et un de ses fiers
représentants : Raffel Pages (www.raffelpages.com). Son
travail est intéressant car il lie la tradition (ou plutôt l'histoire de la coiffure) à la modernité, et fait vivre ce plaisir de la mode avec finesse.
D'une famille dans le métier depuis trois générations, il a fondé, à partir de
la création d'un premier salon à Barcelone, un groupe constitué aujourd'hui de 115 salons en Espagne, en France (Paris) et en Italie (Ferrara) et de quatre académies de formation. Il a récemment
conçu un Musée de la coiffure (www.museehistoiredelacoiffureraffelpages.fr) à partir de sa seule
collection d'objets d'art anciens sur ce sujet. Créateur, entrepreneur et collectionneur : qui peut mieux parler de ce métier que lui ?
Photographie 1 : Dédicace de Raffel Pages de son livre/catalogue du musée de la coiffure lui appartenant.
Photographie 2 : Barbière, France, 1804-1815.
Photographies 3 et 4 : Modèles de la collection Raffel Pages automne/hiver.
Photographie 5 : Détail d'une gravure de 1770-1779 : 'Le Nouveau Jeu du Costume et des Coiffures des Dames'. Dimensions : 55 x
80 cm.
Nous avons vu qu'au
début du XIXe siècle les chapeaux masculins sont immenses (par exemple dans l'article Incroyables chapeaux) ; comme ils ne l'ont sans doute jamais
été par la suite ; le seul grand couvre-chef survivant de cette époque étant le haut-de-forme. Cette mode a en partie une origine militaire et vis-et-versa. A cette époque, il est de bon ton
de s'habiller de façon guerrière. Des pièces de théâtre parodient cette tendance. Le calicot en est un exemple (voir article Le calicot) avec la comédie Le Combat des montagnes ou La Folie Beaujon (1817), créant le personnage du calicot imité par les
petits-maîtres.
Un autre exemple est la pièce Les Bolivars et les Morillos ou Les Amour de
Belleville, de MM. Gabriel et Armand, représentée pour la première fois à Paris au Théâtre des Variétés, le 11 septembre 1819. Bolivar et Morillo, sont deux célèbres militaires. Simón
Bolívar (1783-1830), de son vrai nom Simón José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar y Palacios, surnommé le Libertador, est un général et homme politique sud-américain. Pablo Morillo y
Morillo (1775-1837),
comte de Carthagène et marquis de La
Puerta, surnommé le Pacificador, est un homme de guerre espagnol. La mode martiale de l'époque donne à deux sortes de chapeaux et à ceux qui les portent leur nom : le bolivar et le morillo.
Je ne sais pas si c'est la pièce qui lance la mode ou le contraire, mais cette comédie en un acte offre diverses caricatures des modes du jour : « … Les boulevards tout du long / A
présent sont un salon / Où, sans même avoir posé, / Chacun se trouve exposé. / On tapisse les murailles / De soldats et de hauts faits ; / On ne voit que des batailles / Depuis qu'on a fait la
paix. / Sur les assiettes, les plats, / On dessine des combats ; / Jusqu'au fond des compotiers / On va placer des guerriers. / Sur nos indiennes nouvelles / On voit prendre des remparts, / Et
sur les fichus des belles / On voit charger des hussards. / Les paravents, les écrans / Sont ornés de combattants ; / Mille canons en travail / Font feu sur un éventail. / Là, des villes
assiégées / Sur les foulards les plus beaux, / Ou des batailles rangées / Sur des shalls [châles? de mérinos. / Nos mouchoirs de poche aussi / Ont leurs combats, Dieu merci ! / Grâce à cette
nouveauté, / Une sensible beauté / Peut, quand la douleur l'attaque, / Essuyer ses yeux très-bien / Avec le bras d'un Cosaque / Ou la jambe d'un Prussien. »
Photographies : Petite gravure (11,4 x 14,7 cm) d'époque, du début du XIXe
siècle, avec pour légende : « Théâtre des Variétés. Messieurs Léonard, Ocry, Cazot et Lepeintre, dans les Bolivars et les Morillos. »
Cet article fait suite à celui intitulé Le corps à baleines, le corset et le tailleur de corps. Lorsque
l'on évoque le corset, on pense avant tout à un élément vestimentaire féminin. Pourtant les hommes aussi le portent. Il est même possible que son origine soit militaire et donc masculine. Il est
très courant au début du XIXe siècle.
Photographie 1 : Détail de la gravure intitulée 'Le Boulevard de Gand à Paris' ('Le
Suprême Bon-Ton N°27.') datant du début du XIXe siècle, avec un gandin portant indubitablement un corset.
Photographie 2 : Estampe d'une revue d'Amérique du sud semble-t-il, datée de 1845, avec
pour texte : « El Corréo de Ultramar » [pouvant se traduire par 'Le Courrier d'Outre-mer'] « En Paris rue du Faubourg Montmartre 10 ». Les trois fashionables sont à la mode parisienne de
cette époque. On remarque leur taille très fine au niveau du ventre, ce qui est sans doute l'effet d'un corset. Cette silhouette est celle des hommes élégants de la première moitié du XIXe siècle
: pantalon clair très serré (certains élégants se font aider d'un domestique pour pouvoir rentrer dedans !), manteau ou veste plus sombre tombant au dessus du genou avec une taille étroite,
corset, canne fine, gilet clair, chemise blanche, cravate haute blanche ou colorée de différentes formes et nouée de multiples manières, chapeau haut-de-forme, les cheveux courts le plus souvent
frisés (les papillotes sont très utilisées par les hommes car une belle chevelure est une marque particulièrement virile) … Cette image est intéressante aussi par sa provenance. L'Amérique du sud
va devenir de plus en plus à la mode à Paris qui voit arriver tous les riches touristes du monde entier, en particulier des Amériques, de Russie et de toute l'Europe. Le riche sud-américain est
parfois appelé 'rastaquouère' lorsqu'il est particulièrement 'bling-bling' et dépensier (voir article : Les
faux élégants). Progressivement, et en particulier au début du XXe siècle, des modes d'outre-Atlantique arrivent dans la capitale française (article : La mode des amériques d'avant et après la guerre de 14-18 : le tango, les jazz-band, le swing, le fox-trott, les années folles
... ).
Photographie : Gravure
d'un macaroni et de son coiffeur ayant pour titre : « Now Sir You'r a compleat Macaroni. » ce qui peut être traduit par « Maintenant Monseigneur vous êtes un véritable
macaroni. » Cette estampe d'époque est de James Caldwall (1739-1822) d'après Michel Vincent Brandoin (1733 - 1807). Ces deux artistes sont associés à plusieurs exemples de vers 1770
comme The charming millener of – Street et A modern demirep on the look-out. Dimensions :18,5 x 13,3 cm.
La jeunesse n'a point de frontières, et l'élégance non plus. Il est acquis que depuis deux siècles,
l'Angleterre nous a offert de véritables bijoux de goût, d'extravagance et de création en matière de mode. Il a été largement question dans ce blog de l'engouement des Français pour la mode
anglo-saxonne, en particulier au début du XIXe siècle, dans les articles : Anglomanie, partie 1 : dans la
seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe ; Anglomanie, partie 2 :
Fashionables et dandys ; et Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen. Cet intérêt est réciproque.
J'ai écrit en janvier 2008 un article sur Les Macaronis. L'acquisition d'une nouvelle gravure me pousse derechef à parler de ces petit-maîtres anglais.
L'Angleterre a en effet une longue tradition de l'élégance, particulièrement connue à partir du milieu du XVIIIe siècle, époque des macaronis. Mais je pense que l'on peut sans doute retrouver une
filiation comme je l'ai fait pour les petits-maîtres (voir ici),
au moins depuis les troubadours et Richard Coeur de lion. Le milieu du XVIIIe siècle donc, est le moment où en France la mode
s'intéresse de plus en plus à l'Angleterre. Cette curiosité prononcée va conduire progressivement le monde anglo-saxon à prendre le devant de la scène. Au début du XIXe siècle, l'Angleterre
s'enorgueillit de nombreux styles élégants avec de 1800-1813 les fashionables, fops, beaux, bucks, exquisites, ruffians, et à peu près à partir de 1813 avec les dandys qui sont les plus
connus de ce côté de la Manche des petits maîtres anglais du XIXe siècle. Les dandys anglais copiés en France sont véritablement dans la continuation des muscadins, incroyables et mirliflores
français. Dans le Continent, le mot 'dandy' côtoie vers 1830 les noms de beau, jeune-France, romantique, gandin, mirliflore … ou fashionable : terme lui aussi emprunté. Mais c'est au XXe
siècle que les deux guerres marquent définitivement cette suprématie … avec en particulier la musique noire américaine qui influence les années folles et les mouvements zazou et
existentialiste ; puis le rock and roll, les hippies et en Angleterre la pop, les mods, le punk, la new-wave, la techno etc. Si l'invention et le rythme sont au rendez-vous, l'élégance de
moins en moins. Par contre comme eux, le macaroni (aussi écrit maccaroni) a le goût de l'exubérance. Les illustrations de l'article de Wikipedia le montrent assez. On les représente généralement avec une très haute perruque poudrée tombant
jusqu'au milieu voire au bas du dos en une sorte d'immense chignon. D'autres images de macaronis sont visibles sur : Digitalcollections.library.yale.edu et Britishmuseum.org ; et de dandys sur :
Digitalcollections.library.yale.edu.
Il faudrait sans doute disposer
le freluquet parmi les faux élégants. Cependant il semblerait que son nom vienne de freluque (mèche de cheveux) ou freluche (petite chose ou ornement de peu de valeur), d'où est issu aussi le mot
fanfreluche ; autant de termes désignant des objets qui occupent parfois un rôle important dans la mode française où les détails comptent, comme les rubans. Mis à part la connotation de
prétention que ce mot porte ; les évocations d’une apparence frêle, d'une mise soignée, de légèreté et de frivolité, aident à placer le freluquet parmi les petits-maîtres. Évidemment, le
fait que le Dictionnaire de l'Académie française de 1762 définisse le freluquet comme étant « Un homme léger, frivole & sans mérite », l'éloigne d'un véritable petit maître
(tel un incroyable pour qui l'honneur est très important) et le place parmi les faux petits-maîtres et les pédants comme le laisse aussi à penser la citation qui suit … quoique ... :
" C’est adorable ! Phrase exclamative que les freluquets, les pédan[t]s, les petits maîtres de Paris ont continuellement à la bouche ; ils croient avoir tout dit quand ils ont
prononcé, avec une affectation ridicule : C’est adoable ! " Dictionnaire du bas-langage …, 1808. Il semblerait qu'au XVIe siècle le mot 'freluquet' désigne une
pièce de monnaie de peu de valeur, ce qui peut être une origine du mot définissant un jeune homme d'apparence assez riche mais ayant 'peu de valeur'.
Photographie : Détail d'une carte postale du début du XXe siècle représentant un paysan et
un jeune homme, avec pour légendes : « 34. Gauloiseries françaises - Freluquet de la ville – Dis donc, freluquet de mon cul …, c'est il parce que tu es étudiant de grande ville que tu
voudrais m'couper l'herbe sous le pied ? »
Photographie 1 : Cette estampe signée Gaston
Angeli et datant de 1885 met en scène un couple à la mode d'alors avec un garçon habillé dans un style qui commence à cette époque et dure jusqu'à la seconde guerre mondiale. Il porte un
canotier justement créé, d'après Wikipédia, dans les années 1880. Il s'agit d'un chapeau de paille ovale, à fond et bords plats, avec un ruban sur son pourtour. Le reste de son habit est tout
aussi caractéristique avec son col haut, son costume serré à carreaux. La jeune fille porte une capote (voir article La petite
maîtresse invisible) semble-t-il aussi en paille. De très beaux chapeaux
pour femmes sont fabriqués dans cette matière tout au long du XIXe siècle et avant ; en particulier au temps des merveilleuses (fin XVIIIe – début XIXe). Les habits de la femme représentée
sur cette image sont à la mode à cette époque avec notamment une tournure formant un faux-cul.
Ce couple est très koksnoff comme on le dit à l'époque, ce qui s'écrit et se prononce de différentes
façons : chocnoso, chocnosogue, chocnosoff, kox-noff, chocnosophe. C'est à dire qu'il est copurchic (ultra-chic), snoboye (très bien), chicardo (très chic). Dans Les Excentricités du
langage (1865), Etienne Lorédan Larchey donne quelques mots d'argot employés au XIXe siècle comme synonymes de 'bon' et 'beau : « chic, chicard, chicandard, chouette, bath, rup,
chocnosof, snoboye … ».
Photographie 2 : Cette carte postale, dont le tampon semble être
daté de 1904, représente un jeune gommeux et une midinette portant tous deux un chapeau de paille. La jeune fille, habillée très à la mode, fait ses emplettes ou est marchande de mode, car elle a
un carton de magasin. Elle vient de se faire arroser par un jardinier qui est sermonné par un gommeux : « Un jeune gommeux, Peut-être amoureux, S'approcha pour blâmer le jardinier
honteux. ».
Photographie 3 : Capote de paille fine, de vers 1810 du site de Brigitte Campagne Ancienne
mode, dont la boutique est spécialisée en vêtements du XIXe siècle. Ce chapeau est en bon état, mais le ruban d'époque a été coupé, car normalement on devrait avoir un noeud
pouvant ressembler à celui de la photographie de Gyp, comtesse de Martel, présentée par Wikipedia.
Photographie 4 : Intérieur de la boutique Casablanca qui se trouve juste à côté de celle
de Brigitte Campagne ; et qui propose des vêtements de la première moitié du XX e siècle … avec comme on le voit sur la photographie plusieurs chapeaux d'époque en
paille.
Photographies 1 et 2. Voici deux
gravures de la fin du XVIIIe siècle se faisant écho. La première représente « Le Méprisant des vieilles modes » et la seconde « Le méprisant du moderne » La critique n'est pas vraiment
vestimentaire ; car si le second a vraiment une tenue 'passée' pour la fin du XVIIIe siècle, le premier n'est pas si 'moderne'. Nous sommes plus là dans le 'conflit' entre les anciens et les
modernes, récurrent dans l'histoire littéraire et artistique de l'Occident. D'un côté nous avons la perspective large (que symbolise le jardin à l'anglaise à cette époque) ; et de l'autre
celle plus cloisonnée du jardin à la française avec des ruines antiques. L'un pratique le cheval et la taverne, l'autre préfère la noblesse d'épée et l'étude des artistes passés comme les détails
de ces gravures le montrent.
Au sujet de la querelle des anciens et des modernes on peut relire les articles : La Modernité : les Anciens et les Modernes et Les romantiques 'jeune France' et 'nouvelle France'.
Photographie 3 : Les deux précédentes gravures rappellent celle intitulée « La
réponse incroyable. » de la toute fin du XVIIIe siècle que j'ai présentée lors de mon exposition au Palais-royal (voir : Récapitulatif de l’exposition Modes anciennes - suite -). Deux personnages se rencontrent : un Anglais et un
Incroyable qui est sans doute un émigré de la Révolution revenu à Paris. Le premier est tout à l'ancienne mode, alors que le second (à gauche) est absolument moderne, même dans sa réponse
incongrue face à un simple salut ; ce qui donne le dialogue suivant : « [l'Anglais (à droite)] Bon jour Mylord ! Je suis charmé de vous voir à Paris, comment vous
portez-vous ? 2. [l'Incroyable] Je vous suis obligé de votre gracieuse demande, mais ne pouvant répondre de moi-même, je vais dépêcher un courrier à Londres ; et à son retour, je saurai
la réponse que je dois vous faire. » Ici le dialogue semble impossible entre ces deux personnages si différents : l'un représentant de l'incroyable modernité, l'autre suivant des
coutumes anciennes (comme saluer) et habillé à la manière d'un XVIIIe siècle finissant. Dans l'article intitulé Le baroque et le rococo : les styles et les personnes j'explique
que l'on a l'habitude d'appeler alors les modes passées 'gothiques', 'rococos' et parfois 'baroques'.
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