Lundi 3 décembre 2007

La valeur d’un livre est fonction de très nombreux critères. Il y a tout d’abord l’aspect sentimental ou intellectuel : l’ouvrage qu’on amènerait dans une île déserte. Ensuite, cela dépend de ce que l’on recherche. Enfin il y a des valeurs communes : ancienneté, qualité de la fabrication, rareté … S’agit-il d’une première édition, d’une édition du temps de l’auteur, ou d’une édition ressaissurlatitre.JPGare et appréciée ? Les gravures sont-elles des premières éditions, de l’époque du graveur ; quelle est leur qualité ; de qui sont-elles … ? Certains amateurs accordent une importance toute particulière à la reliure ; surtout lorsqu’elle provient d’ateliers réputés, ou si elle est riche et travaillée (maroquin, dorures …). La provenance de l’objet a son importance. Elle peut se lire dans l’ex-libris à l’intérieur (vignette du possesseur collée sur une page de garde ou nom écrit sur la page de titre) ou sur les armoiries (le chiffre) se trouvant sur la reliure. Un livre provenant de la bibliothèque d’un personnage célèbre voit sa valeur décuplée. Le livre conserve une âme, intangible par nature et bien vivante qui nous semble encore plus là quand on tient dans ses mains une édition du temps de l’auteur. Les matériaux eux-mêmes qui le constituent à cette époque (papier chiffon, cuir…) ont une vie et ont besoin de respirer. Ils ont surtout la nécessité d’être lus et aimer …  Le livre nous invite à contempler cette âme, ce morceau de savoir, directement, tel le doigt qui désigne et sur lequel il ne faut pas s’arrêter si on souhaite voir ce qu’il montre. C’est pour cela peut-être que contrairement à la plupart des autres arts du 18e siècle ceux liés aux livres ont gardé une certaine sobriété. Les reliures les plus sophistiquées sont souvent plutôt simples se caractérisant avant tout par la qualité du cuir, du travail et les fines dorures qui peuvent agrémenter l’ouvrage. Les gravures en pleine page ou les vignettes et autres culs-de-lampe des corps d’ouvrages sont généralement délicats et assez discrets.  Il s’agit là d’une autre facette de la beauté des arts du 18e siècle, celle d’un temps emprunt de connaissance et de sensibilité. Le livre est aussi un objet sensible qui doit être abordé avec intelligence, le support de cette finesse nécessaire à tout savoir car nous permettant de comprendre l’autre. Cette lumineuse sensibilité profondément inscrite dans la culture courtoise (fin’amor en ancien français) se retrouve dans toutes les facettes de la vie sociale d’alors : la politesse, l’élégance, l’amour, la culture, les sciences … autant d’éléments chers à cette époque férue de clarté, de discernement, en ce siècle des Lumières. On retrouve cette sensibilité s’exprimant de façon toute autre, en offrant différentes facettes de cette beauté, dans la Porcelaine, l’Orfèvrerie, la Peinture et tous les Beaux-arts d’alors. Le livre est un objet de savoir dans lequel l’esprit peut se ressourcer, trouver les fondations solides de sa matière, puiser dans la limpidité lumineuse de la connaissance.  Il y a beaucoup d’autres aspects qui font la valeur d’un livre ancien. Evidemment le contenu est d’une grande importance. Certains ouvrages n’ont pas été réédités, ou pas depuis longtemps. Et même s’ils l’ont été régulièrement, des changements ont été faits pour en faciliter la lecture. Ainsi plus on remonte dans le temps, plus l’orthographe change, la typographie ... Les signifiants et les signifiés se bousculent, et on entre dans de la pure poésie … la Littérature … qui a fabriqué notre monde et essaissurlanecessitedeplairereliure.jpgle façonne toujours à travers les mots (et les chiffres). Cependant, le Verbe reste une invention humaine et par là garde sa liberté. C’est aussi un héritage commun, un outil de rassemblement, de communication et d’amour. Les Précieuses du XVIIe siècle, dont nous parlerons dans un prochain article, sont parmi les inventeurs de notre français moderne. Elles discouraient pendant des heures sur le bon emploi de certains mots, en créaient d’autres, avec pour thème récurrent : l’Amour. Leurs salons et académies donnèrent au cardinal de Richelieu l’idée de créer l’Académie française et son dictionnaire. Pour connaître la valeur d’un livre, une certaine culture est donc nécessaire. Quant à la valeur proprement marchande, elle prend en compte tout cela, mais aussi le nombre de collectionneurs s’y intéressant en fonction de la rareté et d’autres données uniquement pécuniaires. Nous verrons dans un prochain article les différents éléments qui constituent un livre du XVIIIe siècle et qui permettent de le décrire.

Le livre présenté en photos est : Moncrif, François Auguste Paradis de (1687-1770), Essais sur la nécessité et sur les moyens de plaire, seconde édition, Paris, Prault fils, 1738 (année de la première édition). Wikipedia : « Dans cet ouvrage, Moncrif soutient que rien n'est plus important que plaire et que chacun a les moyens d'y parvenir à condition de savoir utiliser les passions et les travers de son interlocuteur. Les Essais sur la nécessité et sur les moyens de plaire ont été publiés par François-Augustin Paradis de Moncrif en 1738. D'Alembert insista, dans l'éloge qu'il fit de lui à l'Académie, sur le fait qu'avant d'être un théoricien, Moncrif était un excellent praticien de la conversation. Secrétaire du joyeux comte de Clermont, censeur royal, lecteur de la pieuse reine Maria Leczinska et de la dauphine, Moncrif parvint à plaire dans des milieux très différents. Il réussit à mener une vie de plaisir sans déplaire à la reine, pourtant très vertueuse. Dans l'épitaphe que La Place écrivit pour lui, on peut lire qu'il fut "digne des moeurs de l'âge d'or", tant il savait plaire par son esprit et sa conversation. »

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Livres anciens
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Lundi 26 novembre 2007

 

 

Retrouvez ces objets sur www.lebonton.com
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par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Jeudi 22 novembre 2007
L'histoire du livre occupe une longue part de l’Histoire avec un grand ‘H’ que l'on fait commencer à l'avènement de l'écriture. Certains font remonter les premiers livres à la haute Antiquité avec les tablettes d’argile ou de pierre ; d’autres à la fin de l’Antiquité avec l’abandon progressif du volumen (rouleau en papyrus ou parchemin) pour le codex (ensemble de feuillets reliés au dos) que le Moyen-âge utilise presque exclusivement en joignant entre elles des feuilles de parchemin. Les peaux de dizaines de moutons sont nécessaires à la réalisation d’un seul livre. Ce sont des ouvrages de luxe entièrement écrits à la main, parfois enluminés d’ornements et illustrés de miniatures, et dont les reliures peuvent être serties de joyaux ou d’autres éléments affirmant leur valeur. Le papier apparaît au XIIe siècle. Il se généralise peu à peu, surtout avec l’avènement de l’imprimerie grâce à Gutenberg dès 1450. Les premiers livres imprimés (jusqu'à février 1501) sont appelés des "incunables" (du latin incunabulum : berceau) ; ceux qui suivent des ouvrages modernes. Les incunables n'ont souvent ni page de titre, ni date ; ce qui rend leur identification difficile. Par contre dater un livre ancien est relativement aisé ; car cette datation est confortée par de très nombreux éléments. Le premier aspect à prendre en compte est la date de publication indiquée généralement au bas de la page de titre, ou bien au "colophon" (à la fin) pour les livres de la fin du XVe siècle et du début du XVIe. Le second élément, qui est souvent le premier car constituant l’approche initiale d’un livre, est la reliure. Aux XVe et XVIe siècles elle est souvent en parchemin ou vélin. Une reliure du XVIIIe siècle se différencie très nettement d’une du XIXe. Il suffit d’en comparer une dizaine des deux périodes pour s’en rendre compte. Sous l'ancien Régime, la plupart des reliures sont en pleine peau. Avec la Révolution et la pénurie de cuir, se généralisent les demi-reliures (dos en cuir, mais carton et papier marbré pour les plats). Le travail du relieur des XVIIe et XVIIIe siècles est très spécifique et le plus souvent particulièrement abouti. Parfois les plats, et presque toujours le dos des ouvrages en cuir, sont ornés de décors dorés, mélanges d'encadrement, de dentelles ou de fers à motif particuliers. Le contenu est de toute première importance : le texte, les gravures, le papier aussi. Ce dernier a ses caractéristiques suivant les périodes de sa confection. Jusqu’au début du XIXe siècle, il est produit à partir de chiffons de lin ou de chanvre. Sa préparation donne un aspect vergé caractéristique et facilement décelable à la lumière. En transparence, on peut sur certaines feuilles identifier un filigrane qui est un motif (dessin, texte …) distinctif du lieu de fabrication. Enfin, la qualité de la pâte, son épaisseur … ont leur importance. Tous ces éléments viennent confirmer la datation d’un livre. Ensuite d’autres aspects s’ajoutent pour en évaluer sa valeur. Mais nous verrons cela dans un autre article. 

Reliures-L-Intersigne-.jpglogolintersigne155.gifLivres en vente à la librairie d’Alain Marchiset L’Intersigne : www.livresanciens.eu
De gauche à droite :
- Arnauld de Villeneuve, Libellus de regimine senû et seniorum, Paris, F. Baligault, sans date (incunable de vers 1500) ;
- Vesling, Syntagma anatomicum, 1647 (reliure en parchemin) ;
- Torquemada,  Hexameron, 1610 (reliure aux armes) ;
- Du Verney, Traité de l'organe de l'ouie, 1683 (reliure du 17e s.) ;
- Newton, Arithmétique universelle, 1802 (demi-reliure) ;
- Nynauld, De la lycanthropie, 1623 (reliure de luxe du 19e s.).

Sur la place du livre ancien dans le monde contemporain, notons les intéressants articles d’Alain Marchiset (Président d'honneur du SLAM : Syndicat de la librairie ancienne et moderne)
comme celui intitulé :
Quel avenir pour le livre ancien ? 

Et puis LM publie régulièrement des articles sur les livres anciens sur le Net dans son autre blog :
Actualité du Marché de l’Art sur Internet : http://marchedelart.blogspot.com. 
par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Livres anciens
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Lundi 19 novembre 2007

lessaisons400.jpg

Saint-Lambert, Jean-François de (1716-1803), Les Saisons, Poëme, Troisième édition corrigée & augmentée, Amsterdam, 1771. La première partie contient un long poème sur les saisons et est illustrée de belles estampes dont une gravure et une vignette pour chaque saison. Le frontispice est sculpté par Augustin de Saint-Aubin (1736-1807) d’après Jean Baptiste le Prince (1734-1781). Les cinq vignettes sont de Pierre Philippe Choffard (1730-1809). Les quatre planches hors texte sont gravées par Jean Baptiste le Prince (1767), Benoît Louis Prévost (1735-1808), Jean François Rousseau (1740-?) et Nicolas de Launay (1739-1792), d’après Jean Baptiste le Prince et Hubert François Bourguignon dit Gravelot (1699-1773).

lessaisons900.jpgAujourd hui le terme 'environnement' est particulièrement utilisé pour parler de l'action de l'homme sur la nature. Son signifié est cependant plus large que cela et met en relation une multitude d’interconnections. Ce mot englobe tout ce qui nous entoure : la nature, les relations entre les êtres humains, le social, le familial, l'histoire, l'art …, ce qu'on appréhende ou pas. Envisager l’environnement c’est le faire à notre mesure, c'est-à-dire d’une manière réductrice. On ne peut donc imposer une vision qui nous est propre. C’est apprendre à chaque instant. Il en est ainsi avec les objets d’art. Une véritable communication s’établit avec le passé obligatoirement fragmentaire car le résultat de choix personnels.  Il est possible de partager cette vue avec ceux qui le désirent, en cherchant dans notre patrimoine ce qui nous semble le plus proche de notre cœur, le plus en harmonie avec nous-mêmes et les autres. Le travail d’antiquaire demande une certaine érudition et beaucoup de sensibilité. On découvre parfois une grande finesse dans certaines œuvres anciennes, une beauté souvent absente de l’art contemporain. Dans la mesure de nos moyens, nous essayons de trouver dans ce que le passé nous a transmis ce qu’il y a de meilleur et qui pourrait servir d’inspiration pour notre présent et le futur. Nous envisageons de nous ouvrir de plus en plus à d’autres antiquaires ayant une conscience pas seulement marchande mais aussi esthétique et philosophique des objets d’art qu’ils proposent, et aux conservateurs du fond public des musées, bibliothèques …, aux étudiants faisant des recherches diverses, aux collectionneurs, aux artisans et cetera desunt. Par l’intermédiaire des objets que nous présentons, nous espérons dévoiler quelques idées esthétiques. Celles-ci ont besoin d’être confrontées à la réalité ; et pour passer de l’une à l’autre (de l’idée à la réalité), l’art est la plus belle des transitions. Les objets d’art sont un patrimoine commun. Autour d’eux, nous pouvons dialoguer avec discernement, partager, trouver équilibre et harmonie. Comme on l’a écrit dans l’article du 28 août 2007 intitulé LM, la mesure de l’excellence c’est avant tout celle de soi-même. Le « Connais-toi toi-même » (gnôthi séauton en grec ou nosce te ipsum en latin) qui était  inscrit sur le temple d'Apollon à Delphes dans la Grèce antique est toujours d’actualité. 

Dans www.lamesure.fr, nous proposons une rubrique consacrée aux pastorales avec des livres et des gravures du XVIIIe siècle qui nous permettent d’égrener avec amour les saisons, les mois, les heures … de partager un environnement dont le rythme est toujours présent comme le sont les battements de nos cœurs.

les4partiesdujour400.gifZachariae, Friedrich Wilhelm, Les quatre parties du jour, Poëme traduit de l’allemand de M. Zacharie, Paris, J. B. G. Musier Fils, 1769. Peut-être la première édition de cette traduction. Une gravure et une vignette introduisent chaque partie du jour : le matin, le midi, le soir et la nuit. Elles sont sculptées par Jean Charles Baquoy (1721-1777) d’après Charles Eisen (1700-1777). Le frontispice représente l’auteur puisant son inspiration chez sa Muse et dans la fontaine Hippocrène. 

les4partiesdujour900.gif

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Présentation de LM
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Vendredi 16 novembre 2007

levertgalant400a.jpgLe vert est une couleur douce pour le regard. Les dentellières utilisaient comme support un parchemin de cette teinte pour ne pas fatiguer leurs yeux lors de la confection de leur ouvrage. C’est aussi la couleur de la nature, des monts du Forez et des rubans du berger Céladon qui a donné son nom au coloris si spécial d’une certaine porcelaine chinoise que la Compagnie des Indes importait en quantité. Ce ton était celui des Muscadins et des Incroyables, en particulier le vert  « caca dauphin ». Il en existe de nombreuses nuances. Avec le vert tout est permis ; on peut passer ! Et pourtant le théâtre qui était de vert vêtu est passé au rouge. S’il n’était pas recommandé aux comédiens de porter cette couleur, c’était parce qu’ils se seraient confondus avec le décor ! L’usage de ne pas porter de vert sur les planches est resté. Dans la pièce de théâtre Le Vert galant du début du XVIIIe siècle, un teinturier apprend qu’un de ses amis veut le tromper avec sa femme. Pour se venger il lui propose de ne pas aller chez le baigneur prendre un bain mais de le faire dans une de ses cuves. Le galant se retrouve entièrement teint en vert ! De ce fait, on y apprend qu’il y avait à cette époque des baigneurs-étuvistes qui étaient souvent des perruquiers et des barbiers. La propreté était une affaire importante au XVIIIe siècle comme nous le verrons dans un autre article.

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Lundi 12 novembre 2007

muscadincostume350.jpgLa fin du XVIIIe siècle marque un changement radical dans la Mode. Le périodique qui témoigne le mieux de cette modification est le Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797, dont Pierre de La Mésangère devient rapidement le directeur. Toutes les gravures que nous présentons dans cet article sont d'époque et proviennent de ce journal. La première (planche 288 de l’an IX pour 1800) représente un Muscadin semblable aux Incroyables de la gravure de l’article du 24 septembre 2007 intitulé : Café des Incroyables. Ma parole d'honneur ils le plaisante. 1797. Cette estampe est particulièrement belle et la posture du modèle très élégante. Son port est gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre aux Incroyables et Merveilleuses. 

Le Journal des Dames et des Modes représente donc les modes de son temps. Les jeunes femmes portent alors de longues tuniques, des drapés … La silhouette change du tout au tout. La modernité s’affiche épurée. Elle s’inspire de l’Antiquité comme sur l’estampe 320 de l’an IX (1800) où la coiffure est décrite comme étant « Antique ». Des Amazones se promènent dans Paris les seins nus ou à peine voilés comme sur la gravure n°322 de l’an IX (1800). Certaines portent même les cheveux courts. Sur la gravure 25 de 1798, « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines », la jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic ». Cette mode aurait été instituée en solidarité avec des condamnés à l’échafaud de la Révolution, la coupe (au ras de la nuque) imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». Dans l’article du 26 octobre 2007 intitulé Les Oubliés, nous faisons référence à ces bals des victimes. Ceux-ci généralisent la mode des robes gréco-romaines et de ces cheveux. Les découvertes archéologiques du XVIIIe siècle mettent au goût du jour d'autres coupes de cheveux courts appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il porte aussi en ville (sur cet acteur consulter Wikipédia). Nous verrons dans un autre article combien le théâtre influence, répand et créé les modes alors. Cette coiffure est portée aussi bien par les femmes que par les hommes.

3merveilleuses350.jpg

Le Journal des Dames et des Modes est sans doute la dernière grande revue de mode du XVIIIe siècle. Elle marque la transition avec le XIXe. A travers elle on voit la mode changer. Le Premier Empire est encore plein de fantaisies, les hommes portent de très hauts chapeaux et même les soldats s’inspirent des Muscadins et Incroyables pour se vêtir. Mais ensuite les habits des hommes deviennent plus sombres et surtout beaucoup plus sobres. Le Romantisme prend la relève avec quelques ‘Jeunes Frances’ et le dandysme fait son apparition dans l'hexagone. Les femmes portent à nouveau le corset, des robes amples et de nombreuses fioritures, mais d’un style tout à fait différent. 
par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Lundi 5 novembre 2007

mercuregalantmode700f.jpg

D'après Raymond Gaudriault (La Gravure de mode féminine en France, Paris, Les éditions de l'amateur, 1983), les gravures ci-dessus font partie des « premières véritables gravures de mode françaises » (p.19).  « A la demande de Donneau de Visé, directeur du Mercure galant, il [le célèbre Bérain (1640-1711)] dessine pour la gazette les costumes que va graver le Pautre. » (p.18). Il s’ensuit dix planches (125 x 100 mm) dont cinq suivant les habits des saisons avec pour l’hiver deux planches publiées dans le Mercure galant d’octobre 1678. La date de 1678 marquerait donc les premières gravures de mode présentées dans une publication périodique (p.34). Ici, la mode du temps est décrite des pages 237 à 253, avec deux gravures l’une avec un cavalier, et une autre avec une dame, tous deux en « Habit d’Hiver » avec l’inscription de l’année en toutes lettres. Ces estampes illustrent le texte qui comme d’habitude est sous la forme d’une lettre adressée à une dame. On y parle de la mode qui sera le prochain hiver 1678. On en profite pour faire de la publicité pour les fabricants et marchands : « Monsieur Gaultier de la Couronne Rue des Bourdonnois » ou « le Sieur Charlier » qui a « son Magazin à Paris Rue de la Coutellerie, au Cerceau d’or ». On décrit ensuite les images. Il s’agit là d’un document de premier ordre dans l’histoire des gravures et revues de mode. De plus, le Mercure galant (dont la première parution date de 1672) est le périodique des Modernes de la fin du XVIIe siècle (Charles Perrault, Fontenelle …). En 1724, il change son titre en Mercure de France jusqu’en 1825. Voilà ce que l’on peut en lire dans : http://revel.unice.fr : « Le Mercure galant fut « moderne » avec passion. Contre les « Anciens » […] « l’auteur du Mercure » alla sentir le vent de la modernité à Versailles dans l’entourage de Colbert où l’actif et fort politique Charles Perrault distribuait pensions et conseils avisés. De Visé publia un jeune Normand de talent, Fontenelle, de surcroît neveu des Corneille, les porte-drapeaux du bon théâtre contre l’auteur de Phèdre et ses trop galantes rapsodies. Plus tard, il imprima dans son journal les premiers contes de Perrault, et donna à Thomas Corneille une espèce de droit de succession à ce que l’auteur des Caractères appelait l’Hermès galant en le qualifiant d’« immédiatement au-dessous de rien ». Les anciennes gloires féminines de la préciosité ralliées au monarque triomphant, Mlle de Scudéry puis Mme et Mlle Deshoulières, annonçaient d’autres gloires féminines comme Mlle L’Héritier, nièce des Perrault ou Catherine Bernard, protégée de Fontenelle. Le Mercure accueillait volontiers leurs vers et se faisait une réputation d’ami des dames contre des Anciens, tout juste capables de vaticiner de vieilles rengaines et des « satires contre les femmes ». »  

Si le Mercure galant est peut-être le premier périodique à s’intéresser à la Mode, d’après Raymond Gaudriault (op. cit. p. 34) « Pour Pierre de La Mésangère, qui écrit en 1818, le plus ancien journal de modes date de 1728. C’est Le Cabinet des nouvellistes ou les nouvelles du temps mises en figures. ». Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les publications périodiques de mode se multiplient. La plus connue est peut-être la Gallerie des Modes et Costumes français éditée par Jacques Esnauts et Michel Rapilly qui sont aussi les éditeurs de la première estampe présentée dans l’article du mercredi 10 octobre 2007 intitulé Des gravures de mode au XVIIIe siècle. Ces périodiques sont appelés, semble-t-il,  des cahiers ou journaux. Ils sont généralement constitués de gravures de mode contenant des descriptions. Ces cahiers sont parfois rassemblés et reliés en livres. L’estampe ci-dessous est tirée d’une de ces revues comme l’indique le texte : « 30e Cahier – Pl. 2 – 2e Année » et d’une façon plus précise du Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. Le dessinateur est Defraine et le graveur Duhamel (1736 - après 1800). Elle représente deux jeunes filles de profil avec coiffures et habits, le tout rehaussé de délicates couleurs peintes à l’époque. Cette estampe originale peut être datée de 1786, date de la « Seconde Année » du Magasin des modes nouvelles françaises et anglaises. Créée tout d’abord sous le nom de Cabinet des Modes et éditée par le libraire Buisson, cette revue devient après une année le Magasin des modes nouvelles françoises et angloises. 132 numéros sont parus entre le 17 novembre 1785 et le 21 décembre 1789. Le Cabinet des Modes, serait la première revue de mode française à périodicité régulière. Le titre complet, retranscrit ci-après avec son orthographe, indique quels genres de textes et gravures on y trouve : « Cabinet des modes, ou les Modes nouvelles, décrites d’une manière claire & précise, & représentées par des planches en taille-douce enluminées. Ouvrage qui donne une connoissance exacte & prompte, tant des habillemens & parures nouvelles des personnes de l’un & de l’autre sexe, que des nouveaux meubles de toute espèce, des nouvelles décorations, embellissemens d’appartemens, nouvelles formes de voitures, bijoux, ouvrages d’orfèvrerie, & généralement de tout ce que la mode offre de singulier, d’agréable ou d’intéressant dans tous les genres. » Les estampes présentent donc des modèles en pied ou en buste, des meubles, des voitures … toutes sortes de choses à la mode. La gravure ci-dessous a une largeur de 10,5 cm et une hauteur de 19,4 cm. 

duhamel400.jpg

A la fin du XVIIIe siècle, le Journal des Dames et des Modes est sans aucun doute la plus connues des revues de mode. Elle marque le passage à un style plus sobre d’habillements et de coiffures très influencé par « l’Antique ». Nous en proposons aussi à la vente. Mais ceci sera le sujet d’un prochain article …

Vous pouvez dorénavant accéder directement à la collection des objets d’époque témoins des modes du XVIIe siècle au début du XIXe à l’adresse : http://www.lebonton.com

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Vendredi 26 octobre 2007

lesoublies400.jpg

Les oublies seraient des petites gaufrettes, ayant la forme d'un cône, vendues par d'anciens soldats avec sur leur tambour un système de loterie. L'estampe représente peut-être un fils de soldat, ayant l'allure d'un Muscadin face à des Merveilleuses. Elle a pour titre : « Les Oublies ». Les Merveilleuses sont habillées à la mode du tout début du XIXe, c'est-à-dire dans des tuniques et drapés à l’antique. Le soldat quant à lui porte le chapeau caractéristique, la coupe de cheveux tombant sur les côtés du visage et une natte au dos (longue tresse appelée ‘cadenette’ et souvent attachée derrière la tête par un peigne). Son costume est assez rustique bien que typique, et ses chaussures ont la forme de sabots. Le dessinateur est le baron François-Joseph Bosio (1768 -1845) dont on peut voir d’autres gravures sur le site de la Réunion des Musées Nationaux  avec cette même signature : ‘D. Bosio’ (cliquez ici). Le graveur est Nicolas Schenker (1760 – 1848). Cette image est de la première moitié du XIXe siècle.

Des questions récurrentes sont posées concernant les Merveilleuses, Incroyables et Muscadins. Une d’entre elle est de demander quelle est la différence entre un Petit-maître, un Incroyable et un Muscadin. Tous trois sont des jeunes gens aux manières précieuses, habillés avec soin et originalité, usant d’un langage et d’un style recherchés parfois affectés. On les retrouve dans toute la seconde moitié du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe. Leurs habits et leurs tournures ne sont donc pas toujours les mêmes. Ce qui les définit comme étant l’un ou l’autre, c’est avant tout le regard que les autres portent sur eux. Un Sans-culotte les traitera de ‘Muscadins’, terme souvent usité de façon péjorative pour accentuer leur côté « cocotte » (se parfumant exagérément au musc). ‘Petit-maître’ est plus employé de façon affectueuse, et le nom d’’Incroyable’ marque l’étonnement, voir l’enchantement.  On désigne ces jeunes par d’autres mots comme ‘Inconcevables’ etc. Dans l’article du 11 septembre 2007 intitulé Les Merveilleuses, Incroyables, Muscadins … leurs cannes et leurs bâtons, une gravure présente un Inconcevable au bras d’une Merveilleuse avec une commerçante à la criée qui s’exclame : « C’EST INCONCEVABLE, tu n’es pas reconnaissable ! » Si la marchande avait utilisé le mot ‘Incroyable’ cela aurait eu le même effet. L’habit du garçon pourrait tout aussi bien être celui d’un des trois autres ‘types’ de jeunes gens. Cette gravure montre aussi que cette jeunesse là n’est pas coupée du populaire, n’est pas obligatoirement « dorée » comme on le dit souvent, mais qu’elle possède sans conteste une richesse qui lui est propre : celle que seul son âge peut offrir.

Une autre question que l’on pose souvent regarde les convictions politiques de ceux-ci. Là cela concerne en particulier les Muscadins pendant la Révolution qui étaient appelés ainsi surtout de façon péjorative par certains révolutionnaires. De plus, cette jeunesse là (avec ses Incroyables …) rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert, et leurs collets portant ces teintes sont l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Avec la fin des Sans-culottes, l’ordre est représenté par les Muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’empire, Napoléon lui-même porte des habits d’Incroyable, ainsi que certains de ses officiers et de son armée.  Leurs immenses chapeaux « bicornes » en sont un exemple, de même que les cravates hautes, les manteaux caractéristiques etc. La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font très pâle figure en comparaison. En résumé, avant 1789, les Incroyables et autres Muscadins n’affichent pas de couleurs politiques précises mais simplement leur différence. A la Révolution, acculés dans un monde violent et politisé ils cherchent soit à s’y soustraire, soit prennent une cause. Le fait est que beaucoup perdent des gens de leur famille dans cette tuerie. Leur collet noir est en signe de deuil et il leur est impossible de prendre partie pour ceux qui sont à l’origine de ces meurtres ou qui les soutiennent. Mais cela ne les empêchera pas de savourer pleinement leur jeunesse et de s’amuser. A la fin de la Révolution, on organise des ‘Bals des victimes’ ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Comme toujours en France, la Joie reprend le dessus avec des fêtes organisées jusque dans l’ancienne résidence parisienne de la marquise de Pompadour (l’actuel Palais de l’Elysée), achetée par Louise-Marie-Thérèse d'Orléans duchesse de Bourbon qui en 1797 loue le rez-de-chaussée au négociant Nicolas Hovyn, qui dès le mois de juin et pour à peu près une année (jusqu’à l’exil de la duchesse) le consacre à la danse et aux jeux. C’est à cette époque semble-t-il que l'hôtel prend le nom d'"Elysée" du fait du lieu de promenade voisin.

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Jeudi 18 octobre 2007

CrachoirCiedesIndes175030085.jpg

Crachoir en porcelaine de Chine, dite de la Compagnie des Indes, décoré dans les émaux de la famille rose (diamètre: 11,3 cm) et en vente sur le site de l'antiquaire Antoine Lebel spécialiste des porcelaines de la Compagnie des Indes. De forme légèrement inhabituelle, cet objet est richement décoré d'un coq parmi des fleurs. Il est de la Période Qianlong : vers 1740. Le crachoir est un ustensile dont on se sert pour la toilette, après s’être lavé les dents avec une eau (de Madame de la Vrillière, Vulnéraire, Spiritueuse ou d’autres propres à nettoyer et fortifier les dents et les gencives), des éponges préparées ou bien encore des racines comme celles de la guimauve dont une recette consiste à les faire bouillir dans du vin et du miel blanc.

L’invention de la véritable porcelaine (dite dure) est considérée comme étant chinoise. C’est dans l’actuelle Chine qu’au moins à partir de la dynastie des Tang (619-906) elle se développe. Les occidentaux qui l’admirent et essaient de l’imiter sans réussir à trouver l’arcane (mélange de kaolin, quartz et feldspath), la font massivement importer dans d’immenses vaisseaux ; et cela dès le début du commerce avec l’Asie. A partir de 1498, les Portugais achètent les porcelaines de Jingdezhen mondialement connues. Les Hollandais établissent en 1602 l’East India Company qui s'occupe du transport et de l'écoulement de ces marchandises. Outre les poteries de Jingdezhen, la dynastie des Ming (1368-1644) exporte de grandes quantités de céladons longquan. La Compagnie française des Indes est fondée par Colbert en 1664. Jusqu’au XVIIIe siècle et la découverte de la formule de la porcelaine dure par J.-F.Böttger (Meissen), l’Occident ne connaît que la porcelaine dure chinoise. Elle est donc très réputée et synonyme d’un grand raffinement. La Chine est même souvent idéalisée dans ce qu’on appelle aujourd’hui ‘les chinoiseries’ qui se répandent dans les Beaux-arts du XVIIIe siècle.

Logoprint80.jpghttp://www.antoinelebel.com

On fait fabriquer en Asie des services entiers avec des formes et motifs occidentaux dont certains commandés avec les chiffres (blasons) familiaux, comme sur le bassin octogonal présenté ci-dessous, décoré en polychromie et or (Largeur: 36,8 cm), de la période Qianlong (vers 1740) où sont peintes sur l’aile les armes de Pierre-Benoit Dumas (1696 - 1746) au service de la Cie des Indes à Pondichéry, ayant reçu du Grand Moghol le titre de Nabab et la concession de Karikal en faveur de la France, et nommé Chevalier de St Michel en 1737.

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Pour plus d’informations sur la porcelaine lire l’article du Mercredi 9 mai 2007 : La Porcelaine française du XVIIIe siècle.

 

 

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Céramiques
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Mercredi 17 octobre 2007

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lesdouceursdelafraternitemains200.jpg« Les Douceurs de la fraternité. » « Français, unissons-nous… qu’une saine harmonie fixe la liberté, sous le règne des Lois ! Les hommes sont égaux : tous ont les mêmes droits ; périsse l’égoïsme ; et vive la Patrie ! » « A Paris chez Bance rue St Severin N°115 [ou 25]. » Par Gautier (peut-être Jean-Rodolphe Gautier : 1764-1820) d’après un dessin de Vangorp (Henri Nicolas Van Gorp : vers 1756 - après 1819). Une femme se tenant sur le parvis du « Temple de la Liberté » tend  les « Droits de l’Homme et du Citoyen » à un groupe de femmes et d’hommes. Le drapeau de la « Constitution Française », surmonté d’un bonnet phrygien, flotte derrière. Au dessous, dans une couronne de branches de laurier et de chêne, la République se repose sur la « Loi constitutionnelle » elle-même posée sur un autel. Des putti tendent les mains vers elle. La gravure est d’époque, dans un cadre du XIXe siècle. Voir le site : http://richard.lemenn.free.fr

 

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Gravures anciennes
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