Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 21:51

Les vases anciens des apothicaires sont des objets particulièrement intéressants. Ils sont fabriqués pour conserver les préparations médicinales qui guérissent et entretiennent la vie mais aussi pour être montrés dans les officines. Ils contiennent des extraits de la nature et du savoir des hommes. Ils témoignent de la connaissance de la terre, des êtes humains et d'une pratique altruiste. Les potions qu'ils gardent ont pour but de rétablir l'harmonie en l'homme et de celui-ci avec son environnement ; et de l'établir dans la joie. Ce sont des objets précieux. Ceux faits en faïence d'autant plus qu'ils sont constitués d'argile : ainsi le contenant et son contenu résultent de la connaissance de la terre et de son utilisation à des fins harmonieuses.

Pot de montre, albarello, chevrette, pot-canon, pilulier, bouteille, pot à onguent ... sont quelques genres de ces pots de pharmacie. Les onguents, les cérats (onguents qui unissent huile et cire), les baumes, les remèdes à base de miel, les poudres, les sirops, les électuaires (médicaments d’usage interne à consistance de pâte molle d’aspect hétérogène, résultant du mélange de poudres fines avec du sirop, du miel ou des résines liquides ...) et les opiats (compositions molles, semblables aux électuaires, dans lesquelles entre l’opium), sont mis à l’abri dans les pots canons ou autres albarelli. Les chevrettes renferment les sirops ou des préparations liquides comme les eaux distillées, liqueurs, vins cuits … pouvant être aussi gardées dans des bouteilles. D’autres pots plus ou moins grands et cylindriques contiennent diverses matières, onguents, pommades … Les jarres et les cruches conservent les réserves d’eaux distillées, des huiles douces et sirops souvent utilisés. Il y a aussi les vases couverts. Dans les pots à thériaque se trouve la panacée appelée thériaque. Ces pots font partie des grands vases dits de « monstre » ou de « montre », car leurs formes et décorations sont particulièrement soignées et leurs tailles imposantes. Ils sont donc faits pour être montrés. Dans les apothicaireries, les objets en céramique sont installés dans des étagères en bois de chêne, de noyer ou de frêne. La partie inférieure de ces ensembles de meubles est appelée le droguier et sert au stockage des produits les plus volumineux et d'usage fréquent. La partie supérieure est le poudrier. Aux ustensiles s’ajoutent les tasses à malade ou les crachoirs. Les mortiers, parfois en céramique et pouvant être de très grande taille, sont un élément important des apothicaireries où on croise d’autres objets comme les coquemars (pots munis d’une anse placés près du feu afin de maintenir un liquide au chaud), les godets de mesure … Toutes ces formes ont peu changé depuis la Renaissance jusqu’au XIX e siècle. Au Moyen-âge, les récipients qui renferment ces drogues sont appelés 'layes' ou encore 'silènes'. Ils sont fréquemment décorés de figures allégoriques, de fleurs ou d'animaux fantastiques. Ce sont surtout des boîtes en bois sur lesquelles sont souvent peintes des figures frivoles ou joyeuses. On continue à en utiliser bien après le Moyen-âge. Il semble qu'elles soient en sapin, en chêne ou en châtaignier, mais ce n'est pas sûr. Rabelais écrit à leur sujet :

« Les silènes étaient jadis des petites boîtes, peintes à l'extérieur de figures joyeuses et frivoles, tels des harpies, satyres, oisons harnachés, lièvres cornus, canes bâtées [dispositif que l'on attache sur le dos de certains animaux pour leur faire porter une charge], boucs volant, cerfs limonniers [attelés], et autres peintures semblables faites à plaisir pour exciter le monde à rire. Tel fut Silène, maître du bon Bacchus. Mais au-dedans, on réservait les fines drogues, comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les minéraux et autres choses précieuses. »

« Silènes estoyent iadis petites boytes, painctes au-dessus de figures ioyeuses et frivoles, comme de harpyes, satyres, oysons bridez, lieuvres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limouniers, et aultres telles painctures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire; tel feut Silène, maistre du bon Bacchus; mais au-dedans, l'on réservait les fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, zinette, pierreries et aultres choses précieuses . »

Ici, l'auteur explique l'origine des motifs qui sont encore pendant les siècles qui suivent le Moyen-âge peints sur les pots d'apothicaire. Il dévoile tout un concept esthétique médiéval qui utilise à foison les grotesques. Ceux-ci ont une fonction de catharsis (en grec κάθαρσις ce qui signifie purification), retenant la laideur dans la grossièreté de leurs traits ou l'imagination débridée, pour guider vers l'essentiel : ce qui est bon. L'exemple de Silène est caractéristique. Précepteur du demi-dieu grec du vin appelé Dionysos (Bacchus en latin), il est toujours représenté laid et saoul ou dormant, dans des situations d'inconscience ou d'amusement alors qu'il est au contraire reconnu pour sa sagesse. Il est le chef des satyres qui le soutiennent quand il est ivre et qui suivent Dionysos. Certains rites dédiés à ce dernier sont à l'origine du théâtre (Comédie, Tragédie, Satyre), dont Aristote explique la fonction de catharsis dans ce qu'on appelle sa Poétique. Les cathédrales gothiques entourées de gargouilles en leur extérieur ont une esthétique similaire. De nombreux objets médiévaux sont agrémentés de grotesques, sans doute dans ce même but amusant et purificateur.

Photographies

Coll. C.Perlès : « Chevrette en faïence de Montpellier, décor polychrome dit "a quartieri" de palmes feuillagées sur des fonds bleus et ocres alternés. Haut. 27cm. Début XVII° siècle. »

Coll. C.Perlès : « Paire de piluliers en faïence de Nevers décorés en camaïeu bleu de branchages fleuris dans le goût oriental. Haut. 13,5cm. Circa 1700. »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : Les Céramiques
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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 21:01

Le carnet de bal est un accessoire de poche indispensable de l'élégante des XVIIIe et XIXe siècles. Elle y inscrit sur un support en ivoire ou autre l'ordre des cavaliers qui lui ont demandé de leur faire l'honneur d'une danse, ceci sans doute afin d'é viter les méprises. Le site de la galerie Le Curieux propose plusieurs de ces carnets dont un en ivoire monté en or datant de vers 1780. L'inscription "Souvenir d'Amitié" orne de part et d'autre le couvercle. Sur un côté du corps de l'étui, une fine miniature représente une jeune femme en buste, un ruban de roses dans les cheveux. Au revers, la sentence "Voilà mon bien" surplombe un coeur, le tout embrassé d'un collier de fleurs et perles argentées. L'intérieur comprend des tablettes en ivoire et un crayon. Le second objet du même antiquaire est un petit (5,2 cm x 3,5 cm ) carnet de bal (de gousset) et son crayon. Le tout est protégé par deux plaquettes de nacre. Celle du plat est gravée de motifs floraux et repercée d'étoiles. A l'intérieur, deux pages sont destinées aux contredanses, deux autres à la valse, et une dernière au galop : trois danses à la mode vers 1860, date vers laquelle cet objet se situe. Dans un prochain article je parlerai de la danse et notamment de la contredanse et de la valse.

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Jeudi 18 décembre 2008 4 18 /12 /Déc /2008 20:37

Photographie : C’est la deuxième fois que je publie dans ce blog cette gravure. C’est qu’elle est admirable. En dehors du texte qu’elle illustre, elle trouve une résonance encore plus grande. Deux générations y sont représentées : un enfant nu, beau et petit, et une grand-mère habillée, grande et laide. L’enfant dépeint dans sa fragilité est assis et accompagné de lion(ne)s signes de pouvoir et de force. Le décor est champêtre et même troglodyte. Cette estampe est tirée d’un des volumes du merveilleux ensemble du XVIIIe siècle : Le Cabinet des Fées, qui rassemble une « collection choisie » d’écrits de ce genre.

Les contes de fées éclosent dans la littérature française d'une manière mystérieuse … avec Charles Perrault (1628-1703) et Marie-Catherine Le Jumel de Barneville baronne d'Aulnoy (1650-1705). Plusieurs auteurs s'essaient à ce style. Leurs ouvrages trouvent une résonance sans cesse croissante mais jamais égalée. Ce genre littéraire s'inspire sans doute d'une transmission orale dont on trouve des traces dans les écrits de l'Antiquité, les traditions d'Orient et d'Extrême Orient, certains textes de la Renaissance italienne, et la littérature médiévale chevaleresque et courtoise profondément encrée dans l’imaginaire de la terre de France. A une époque où le Roi Louis XIV (1638-1715) ordonne la destruction des grands châteaux forts, et tient sous sa main toute la noblesse et ses régions aux immenses richesses, une fée, sans doute chassée de son royaume de féérie, vient animer la main de Charles Perrault et lui dicter un temps jadis, le : « Il était une fois » … Cette écriture, dont de nombreux auteurs vont s’inspirer par la suite, est quelque chose d’autre que de la littérature. Il n’est pas étonnant que ce soit Charles Perrault qui la mette au goût du jour, lui qui croit à une certaine immuabilité de la beauté et de la sagesse (voir son poème retranscrit dans Wikipedia), qui s’est toujours comporté de façon libre, se débarrassant des contraintes collégiales pour apprendre par lui-même, s’émancipant des classiques antiques pour affirmer la primauté du temps présent, tout en participant à la création de nouvelles académies et en incorporant certaines. Les contes de fées s’affranchissent de toutes les règles classiques comme celle de la vraisemblance. Ils s’adressent à tous ; même à ceux qui ne savent pas lire ou qui ne sont pas en âge de le faire … C’est dans le cœur des enfants qu’elle se reflète le mieux ; avec toute la brillance, l’éclat qui la caractérise. Elle élève ses fabuleux châteaux aussi bien dans le merveilleux enfantin que sur le sol, le patrimoine d’une réalité et d’un imaginaire communs.

Cet imaginaire est immense. En découvrant les éditions originales, la plupart des personnes sont étonnées des petits formats des premiers livres de contes ou de ceux publiés par la suite au XVIIIe siècle. Beaucoup s’attendent à de grands ouvrages in-folio, ressemblant à des grimoires, illustrés de gravures fantastiques. Il n’en est rien ; c’est même le contraire. La mode des grands livres de contes date des XIXe et XXe siècles avec certains ouvrages illustrés comme ceux de l’Imprimerie d’Épinal. Le premier conte de Charles Perrault est intitulé La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis. Il est publié en 1691 par l’imprimeur J.-B. Coignard dans un petit format (in-12). Il semblerait qu’il soit l'imitation d'une nouvelle de Boccace et de Pétrarque (tous deux des écrivains de la Renaissance italienne du XIVe siècle) comme cela est paraît-il écrit dès la page de titre ou en introduction (je n’ai pas encore retrouvé de trace visuelle de ce livre). En novembre 1693, le conte Les Souhaits ridicules est édité dans la petite revue des Modernes : le Mercure galant. En 1694, ces deux contes sont rassemblés avec Peau d’Âne dans un in-12 du premier éditeur. Il s’agit de la deuxième édition de Peau d’Âne, la première étant semble-t-il introuvable (?!). Deux années plus tard, le Mercure galant (mois de février) publie La Belle au bois dormant. En 1697 sort chez Claude Barbin Histoires ou Contes du temps passé avec des moralités dans un in-12 illustré (privilège du 28 octobre 1696) contenant : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maître chat ou le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet. Toutes ces éditions sont dans des formats ‘de poche’. Et pourtant, elles nous ouvrent à des univers immenses, transcendant les âges (les générations et les temps). Si c’est Charles Perrault qui lance véritablement ce nouveau genre, la baronne Marie-Catherine d'Aulnoy publie pour la première fois ce style de conte de fée dans son roman Histoire d’Hypolite, Comte de Duglas, édité par Louis Sevestre en 1690 en in-12. Les autres contes qu’elle écrit ensuite sont aussi des éditions de cette taille : Les Contes de Fées (1696/7), les Contes Nouveaux ou les Fées à la Mode (1698). A cette même période, de nombreux autres auteurs publient (presque exclusivement dans ce format) des contes de fées, parmi lesquels de très nombreuses femmes : Henriette-Julie de Castelnau comtesse de Murat (1670-1716), Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon (1664 -1734 : Précieuse, nièce de Charles Perrault, amie de Madeleine de Scudéry qui lui lègue son salon, de la comtesse d'Aulnoy et d’Henriette-Julie de Murat.), Catherine Durand (1670-1736), Mademoiselle Charlotte-Rose de Caumont de La Force (1654-1724) …

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : Les Contes et les Fables
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Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 21:32

Photographie : "Modes de Paris." Planche 466 du "Petit Courrier des Dames. Boulevard des Italiens N°2 près le passage de l'Opéra. Costume de Long-Champs. Habit de cheval de forme carrée garni de boutons façonnés. Gilet de Piqué à revers, Culotte de Daim, Bottes Anglaises en Castor gris de Gérard." La ligne du dessous a été coupée sans doute originellement. Gravure en couleur, détachée d’une revue d’époque. Cette image originale est triplement intéressante car nous y retrouvons des références au boulevard des Italiens, à la mode anglaise et Longchamps. Les trois modes de promenades y sont dessinés : à pied, à cheval et en voiture. De nombreux autres éléments sur la mode d'alors y sont présents. Le Petit Courrier des Dames est publié de 1822 à 1868. C’est en juillet 1821 qu’est créé par Donatine Thierry le Nouveau Journal des Dames ou Petit courrier des Modes, des théâtres, de la littérature et des arts, publié par « une société de femmes de lettres et d’artistes ». Son titre change l’année suivante pour devenir le Petit Courrier des dames ou Nouveau journal des Modes. Il a une périodicité bidécadaire et contient 8 pages de textes et 7 gravures. Le format est en moyenne de 12,5 x 20 cm. Il continue jusqu’en 1868, après avoir publié plus de 3600 planches. Les modèles y sont présentés de face et de dos. Le Journal des Dames fait de même à la fin de 1825.

On lit dans Les Merveilles du nouveau Paris datant de 1867 "L’allée de Longchamps est célèbre par la promenade qui s’y fait le mercredi et le jeudi de la semaine sainte, et qui a pour but d’étaler les modes nouvelles du printemps …" Longchamp fait partie du bois de Boulogne. Il s’agit préalablement d’une abbaye de religieuses fondée au XIIIe siècle par Isabelle de France, une soeur de Saint-Louis. Plusieurs princesses françaises prennent des voeux dans ce monastère et les rois viennent y séjourner. Les moeurs n’y sont pas austères et certaines soeurs y font monstre d’élégance et de galanterie. L’abbaye devient donc une maison de retraite religieuse pour femmes fortunées qui peuvent y recevoir des visites. On y donne de grands concerts où on se rend en foule. Interdits, la promenade de Longchamp perdure. On s’y montre et se tient au courant des dernières tendances tout en pouvant y voir le high-life s’exhiber. C’est le cas durant les offices de la Semaine Sainte auxquels la haute société vient assister en grand appareil en déployant les modes nouvelles dans la plus grande parade de l’année où le peuple se plaît à mirer les nouvelles toilettes, les voitures somptueuses et les gens les plus en vue (prince(sse)s …). Déjà très populaire au XVIIe siècle, ‘la promenade de Longchamps’ est interdite à la Révolution. Elle reprend durant le Consulat mais n’allant plus jusqu’au monastère détruit par les révolutionnaires. Les professionnels de la mode préparent pour la promenade les tenues qui donneront le ton à la mode à venir. Il s’agit d’un véritable défilé du bon ton où s'insinue petit à petit la publicité. Dans ses Mémoires, Paul Charles François Adrien Henri Dieudonné Thiébault (1769-1846) décrit des promenades de Longchamp avant et après la Révolution en y dépeignant le faste de certains équipages et l’engouement du peuple de Paris pour ce divertissement. En voici un passage : "Au milieu d’une innombrable quantité de voitures remarquables, brillaient chaque année une cinquantaine d’équipages éblouissants, dans le nombre desquels une dizaine paraissaient plutôt les chars des déesses que ceux de simples mortels. Le monde semblait entrer en liesse durant ces trois journées […] Si l’on admirait les calèches des princes et de la Reine, les équipages de quelques grands personnages français et étrangers, il n’en reste pas moins vrai que tout cela le cédait à l’extravagante recherche de quelques Phrynés. Je me rappelle à ce sujet, mais sans plus rien savoir des détails, si ce n’est que les jantes des roues étaient en flèches, une calèche bleu de ciel, sur laquelle et à travers de légers nuages voltigeaient des Amours ; calèche montée par deux femmes éblouissantes de parure et de beauté, et traînée par quatre chevaux isabelle, queue et crinières blanches, tout harnachés en argent ciselé ou en broderies d’argent, les rênes y comprises. En fait d’élégance, je n’ai jamais rien vu de comparable à cet équipage, qui fixait tous les regards, arrachait à chaque pas des bouffées d’applaudissements. Je le vis passer de mes fenêtres, au moment où, débouchant de la rue Royale, il continuait sa marche triomphale vers les Champs-Elysées, et je guettais son retour pour lui payer un dernier tribut d’admiration." Au XIXe siècle, la promenade se fait sur l’allée de Longchamp (allée des Acacias) du bois de Boulogne (décrit dans Les Merveilles du nouveau Paris comme "l’orgueil et le lieu de prédilection de tout véritable Parisien"). Le défilé passe par les Champs-Elysées, puis l’avenue du bois de Boulogne (l’actuelle Avenue Foch) avant d’arriver dans le bois. Mais cette promenade perd petit à petit au XIXe de son faste comme le montre ce passage d'Ohé ! La Grande Vie !!! de Gyp (nom de plume de Sibylle Aimée Marie Antoinette Gabrielle Riquetti de Mirabeau, par son mariage comtesse de Martel : 1849-1932), intitulé ‘FEU LONGCHAMP’, datant de 1891, qui marque avec élégance et ironie l’ambiance de la promenade de Longchamp de 1888. L’intérêt de ce passage se situe aussi dans la description de certains types d’élégants comme la cocodette, le cocodès, la petite femme moderne ou le gommeux ; et la description de cette passion française pour la mode et le style. "Dans l’allée des Acacias à cinq heures. / UN GOMMEUX, épaules et vêtements étroits ; col très haut ; bottines à pointes aiguës et relevées ; parapluie roulé dans son étui ; pantalon retroussé ; chapeau à bords plats ; marche en fauchant, les bras écartés du corps avec affectation. / […] UN COCODES DE L’EMPIRE, épaules et vêtements larges ; cravate bleue à pois blancs ; redingote très bien faite ; pas de pardessus ; bottines à bouts arrondis ; guêtres blanches ; chapeau à bords gondolés. / UNE PETITE FEMME MODERNE, l’air vigoureux ; cheveux courts frisés au petit fer ; jupe de drap vert bouteille ; jaquette mastic ; col droit ; rose à la boutonnière ; chapeau de feutre gris sans aucun ornement ; souliers vernis à bouts pointus et talons absolument plats ; marche à grands pas. / UNE COCODETTE DE L’EMPIRE, encore jolie ; toilette de pékin gris perle ; capote de dentelle noire couronnée de violettes ; bottines de chevreau à talons Louis XV ; marche à petits pas en se berçant légèrement. / […] Sont descendus de voiture et se promènent en causant dans l’allée des piétons. / LE GRINCHEUX, montrant le maigre défilé de voitures. – Quel joli Longchamp !!! quelle élégance !... Ah !... je m’en souviendrai, du Longchamp de 1888 !... / LE GOMMEUX. – C’est infect !... (Il fait une grimace de dégoût.) / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841, relevant précipitamment sa robe. – Où donc !... fi !... (Elle regarde à terre et marche avec précaution.) / LE GRINCHEUX. – Non, non !... ce n’est pas ce que vous croyez !... cette exclamation moderne signifie tout bonnement que ce Longchamp n’est pas réussi !... LA COCODETTE. – Vous rappelez-vous en 1867 ?... quel défilé !... la princesse de Metternich dans sa calèche jaune !... et l’impératrice !... si jolie sous son ombrelle vert pomme !... c’était toujours à Longchamp qu’elle l’arborait, sa fameuse ombrelle vert pomme !... / LE GRINCHEUX. – Comment voulez-vous que je me rappelle ça !... / LE MONSIEUR AIMABLE. – Vous étiez encore au collège ?... / LA PETITE FEMME MODERNE, protestant. Au collège ?... Ah !... voyons ! (Elle rit ; tête du grincheux.) / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – C’est le Longchamp de 1842 qu’il fallait voir !... Palmyre lançait cette année-là les robes à la captive !... la taille très basse… marquée de soie négligemment nouée… […] / LE COCODES – Ici… le défilé sera toujours affreux !... autrefois on allait au lac… c’était gai, riant !... à la bonne heure !... tandis que, dans cette bête d’allée !... / LE GOMMEUX. – C’t’infect !!! / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841, suivant toujours son idée. - … Avec la robe à la captive, on portait le bibi blanc ou rose de Chine… surmonté d’un pouf de plumes… dessous, une guirlande de roses du Bengale… les élégantes ajoutaient une ferronnière en diamants… on portait aussi le turban à la juive, orné d’un oiseau de paradis… / LE GRINCHEUX. – Ca devait être d’un goût exquis !... / LE MONSIEUR QUI A SIEGE A LA CHAMBRE DES PAIRS. – N’est-ce pas, monsieur ?... c’était autrement gracieux que les modes d’aujourd’hui ?... voyez les portraits qui reproduisent les femmes de cette époque… […] LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. - … Ce fut cette année là que le duc d’Orléans parut à Longchamp en Jaunting-car… LE GRINCHEUX. – Hein ? LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – En Jaunting-car… c’était une voiture… / LE GOMMEUX, interrompant. – Infecte !... / LA COCODETTE. – Les toilettes de cette année sont inélégantes !... du drap… du drap… et toujours du drap… / LA PETITE FEMME MODERNE. – Dame ! il n’y a guère que ça de pratique !... / LE COCODES. – Pratique ! voilà bien les femmes d’aujourd’hui !... mais il ne faut pas qu’une femme soit "pratique" ! c’est sa perte !... c’est sa fin !... c’est affreux, une femme pratique !... affreux !... / LA PETITE FEMME MODERNE, riant. – Merci !... LE COCODES. – Parlez-moi des femmes qui avaient des notes de quatre-vingt mille francs chez leur lingère !... voilà des femmes !... des vraies !... mais il n’y en a plus comme ça !... ou, quand il y en a, les maris divorcent !... ils n’en veulent plus, des notes de quatre-vingt mille francs !... […] / LA PETITE FEMME MODERNE, au grincheux. – Qu’est-ce que vous regardez donc si attentivement ?... / LE GRINCHEUX. – Quatre-vingt-seize.. quatre-vingt-dix-sept… je compte quelque chose !... Quatre-vingt-dix-huit… quatre-vingt-dix-neuf… / LA PETITE FEMME MODERNE. – Vous comptez … quoi ?... / LE GRINCHEUX. – cent … Et allons donc !... j’ai les cent !... en sept minutes et demie … / LA COCODETTE. – Les cent quoi ?... / LE GRINCHEUX. – Boa !... c’était les boas que je comptais !...Oui !... on en est littéralement inondé !... cette mode jolie au début, commence à devenir … / LE GOMMEUX - … fecte !!! / LE COCODES. – La mode est aux choses qui engoncent !... autrefois … / LA PETITE FEMME MODERNE, riant. – sous l’Empire !... c’était bien mieux ! / LE COCODES. – Eh bien, oui, là !... Sous l’Empire, les femmes avaient un cou !... à présent elles n’en ont plus !... ou du moins elles nous le cachent … boas, cols officier, cols carcan … / L’HOMME AIMABLE. – Si elles nous cachent leur cou, elles nous montrent tant d’autres jolies choses !... / LA COCODETTE. – Il n’y a pas une seule jolie voiture !... des fiacres, des voitures de cercles, des Victorias mal attelées … / LE COCODES. – Et pas un cavalier présentable !... vous souvenez-vous du persil d’autrefois ?... quand nous étions tous alignés près du mélèze pour regarder tourner les voitures au bout du lac ?... / LA COCODETTE. – Ah !... oui !... je m’en souviens ! […] / LA PETITE FEMME MODERNE. – C’est passé de mode, voilà tout !... aujourd’hui on ne fait plus ça !... on fait autre chose !... / LE COCODES. – Quoi ?... / LA PETITE FEMME MODERNE. – Eh bien, je ne sais pas, moi !... on fait de la musique !... on va aux petits cinq heures !... aux expositions !... on va voir les manifestations … / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – Nous aussi, nous portions le boa !... cela accompagnait à ravir le Vitchoura et le manchon chancelière … / LE GRINCHEUX. – Et quand vous portiez tout ça … est-ce que vous pouviez encore remuer ?... / LA DAME QUI ETAIT JOLIE EN 1841. – Nous ne marchions jamais !... une femme comme il faut ne sortait pas à pied… ainsi, moi… je n’ai appris à marcher qu’après la révolution de Février !... / LE GRINCHEUX, à part. – Pauv’vieille !... elle a commencé trop tard, c’est pour ça qu’elle marche si mal !..." L’Hippodrome de Longchamp ouvert en 1857 attire toujours une certaine élégance qui n’a évidemment rien à voir avec les fastes d’antan. Dans Les Merveilles du nouveau Paris (1867) on lit : "les courses de Longchamps sont toutes modernes et datent de l’importation en France de la mode anglaise de faire courir les chevaux."

A la parade de Longchamp, la distraction est dans la promenade, la galanterie (les oeillades...), le sport, l'élégance, les rencontres et le défilé.

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 20:05
De rapides descriptions du gommeux sont proposées dans l’article du 10 mars 2008 intitulé Définitions de gens à la mode en France : Beaux, Copurchics, Fashionables, Gandins, Gants jaunes, Gommeux, Jeune France, Lionnes, Lions, Petits crevés, Pommadins, Raffinés … ainsi que dans celui  du 30 mai 2008 : Gandineries. Je vais maintenant les compléter.

Le gommeux est un élégant du XIXe siècle. Il est habituellement représenté coiffé avec la raie sur le milieu ou avec un haut-de-forme aux bords plats, souvent avec les cheveux blonds du blondin quelquefois un peu ondulés sur le dessus. Son visage ressemble à celui d’un poupon ou d’une femme. Il est maquillé, avec une petite moustache et le col très haut. Il porte des vêtements assez serrés aux épaules étroites et un pantalon retroussé ou à pattes d’éléphant. Son costume est sombre ou à carreaux. Il se chausse de bottines effilées parfois relevées (réminiscences de modes médiévales comme nous le verrons une prochaine fois) ou de petits souliers pointus à la manière des muscadins. Il tient un parapluie qu’il n'ouvre pas, une fine canne, une badine, un stick (canne mince et flexible à l’usage des cavaliers) ou une canne-mascotte au bec recourbé.

Voici la retranscription entière du chapitre intitulé ‘Le Gommeux’ du livre de Bertall (1820-1882) : La Comédie de notre temps (vol. 1, 1874, pp. 111-115). L’intérêt de ce passage réside non seulement dans le fait qu’il parle du gommeux mais aussi qu’il y est fait mention de nombreux autres genres de français copurchics. Dans un autre article, j'essaierai de faire un premier résumé de cette lignée dont j'ai décelé des ancêtres au Moyen-âge ; et en cherchant un peu plus, je suis sûr d'en trouver encore de plus lointains. Dès son avènement, les contemporains du gommeux le considèrent comme le représentant de cette longue suite :
« À chaque époque de l'histoire française, un nom plus ou moins fantaisiste a servi à désigner ceux que l'élégance, la prétention, ou le succès, ou le chic, suivant l’expression moderne, mettaient particulièrement en évidence. Les mignons, au temps de Henri II et Henri III. Les beaux fils, au temps de la Fronde. Les menins, au temps de Louis XIV. Les roués, au temps de la Régence. Les merveilleux, sous Louis XV. Les incroyables, au temps du Directoire. Les fashionables, à l’époque des alliés. Les dandys, sous la Restauration. Les lions et les gants jaunes, sous Louis-Philippe. Sous le dernier règne, nous avons vu surgir des dénominations plus bizarres encore. Alors que les petites dames commençaient à circuler régulièrement au Bois et recevaient la dénomination de biches, les jeunes beaux qui les suivaient ou poursuivaient, et ceux qui se façonnaient d’après leurs allures, ont reçu le nom de daims. De daims est venu peu après celui d e gandins. Puis les petites dames sont devenues des cocottes. Et les jolis petits messieurs, des cocodès. Les allures grêles et mourantes que se plaisaient à prendre les cocodès, ont donné à Nestor Roqueplan, ce Parisien émérite, l’idée de les intituler petits crévés. Le mot a prévalu. – Les cocottes sont devenues dès lors des crevettes. De même, que l’on s’honorait d’être appelé jadis ou incroyable, ou lion, ou fashionable, ou dandy, ou cocodès, on s’est honoré d’être nommé petit crevé. La guerre ayant démontré que les petits crevés se battaient aussi bien et savaient mourir sur le champ de bataille aussi bravement que les autres, le mot qui semblait contenir une accusation de faiblesse ou d’impuissance est tombé en désuétude. Aujourd’hui, les jeunes gens qui jouent la comédie du chic se nomment des gommeux. C’était Léon Gozlan qui avait donné droit de cité au lion, Nestor Roqueplan au petit crevé. C’est le journal la Vie parisienne qui a eu la puissance d’inaugurer le gommeux. Les jeunes gens élégants font partie de la gomme, les gens très-chic sont de la haute-gomme. On a cherché à se rendre compte du motif qui a conduit à cette dénomination épatante, comme on dit parmi ces messieurs. Comme s’il était nécessaire d’avoir un motif réel pour quelque chose en France ! Certains historiens prétendent que le terme a pris naissance dans un des clubs et débordé de là sur les autres et de là dans la Vie parisienne, d’une habitude réglementaire, qui consiste à passer certains noms à la gomme sur les l istes des joueurs, parmi les membres du club, lorsqu’il a des observations à faire sur leur moralité. Au jeu ou ailleurs, ceux dont le nom n’a jamais été effleuré par la gomme sont des gommeux. Une origine plus simple et plus naturelle a été découverte, et nous la livrons à l’érudition des linguistes futurs. Lorsqu’un homme perd sa position, sa fortune, ou sa place, ou son rang, on dit qu’il est dégommé. S’il est dégommé par suite de cette catastrophe, il faut en conclure, ce n’est pas douteux, qu’il était gommé précédemment. Le gommé ou gommeux est l’antithèse du dégommé. Celui donc qui est bien en vue, qui brille, qui est envié pour sa toilette, sa position, son genre et son chic, est un gommeux. Si cette version ne satisfait pas complètem ent l’ami lecteur, et il serait difficile, nous avouons ne pas en avoir d’autre à notre disposition. Et l’on prétend qu’il est facile d’écrire l’histoire ! Quelle que soit son origine, le gommeux, en ce moment, est en possession incontestable de l’héritage laissé par la dynastie des incroyables, des cocodès et des petits crevés. Qui sait combien de temps durera son règne, et à quel héritier bizarre et fantaisiste il passera la main ! ».
Le personnage du gommeux se retrouve dans la littérature de la fin du XIXe siècle comme dans les livres de Gyp. Les journaux aiment à le parodier. Dans La Caricature (n°102) du 10 décembre 1881, il est présenté comme l’héritier de toute une lignée d’élégants commençant avec les incroyables. Sa journée est décrite (détail sur la dernière photographie) : " Le matin, dès l’aube, vers 11 heures, recevoir son tailleur qui est aussi son homme d’affaire, se lever, rendre visite à son coiffeur et faire sa provision d’esprit pour la journée dans les journaux du matin. Midi. – Déjeuner au cercle. – Petite promenade hygiénique au Bois. – Visite à Noëmi, à Lurette et à Tulipia. 2 heures. – Promenade dans les expositions d’art (il faut bien suivre la mode). – Achat de quelques bibelots pour Noëmi, Lurette et Tulipia. 4 heures. – Retrouver  les camarades chez Tortoni pour connaître les petits scandales du jour. 5 heures. – 2e visite au coiffeur pour renouveler sa provision d’esprit dans les journaux du soir, feuilleter le dernier roman en vogue pour pouvoir sciemment le déclarer infect. 8 heures. – Aller voir la pièce en vogue : au Français avec maman, aux Bouffes avec Noëmi, au Palais-Royal avec papa, à l’Opéra en famille. 11 heures. – Conduire en soirée la tante à héritage. A minuit. – Aller chercher Tulipia à la sortie de son théâtre, souper au cabaret, courir se montrer à la soirée de Mme X… et de Mme Z… finir la nuit au cercle à perdre quelques cents louis. – 6 heures du matin, coucher, repos bien gagné. "
Photographie 1 : « Le gommeux ». Illustration pleine page de La Comédie de notre temps : La civilité - Les habitudes - Les moeurs - Les coutumes - Les manières et les manies de notre époque de Bertall (1874).

Photographie 2 : « Politique et diplomatie (haute gomme) » ; « Coupe de cheveux et barbe du gommeux (petite gomme). » ; « Le bout d'ambre du gommeux. Le porte-cigarettes du boursier. » Illustrations provenant de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).

Photographie 3 : Première page du chapitre intitulé « Le gommeux » de La Comédie de notre temps ... de Bertall (1874).

Photographie 4 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle représentant un gommeux « aujourd'hui » et son équivalent « en 1559 ».

Photographie 5 : Petite chromolithographie publicitaire, de la fin du XIXe siècle intitulée « Le Gommeux. » Il est à remarquer son habit à carreaux qui est dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première du XXe une des marques de la jeunesse stylée comme au temps des zazous (pendant la seconde guerre mondiale) qui affichent des carreaux partout.

Photographie 6 : Petite chromolithographie publicitaire de la fin du XIXe siècle,représentant un gommeux faisant la cour à une grisette.

Photographie 7 : Photographie du XIXe siècle avec ce qui semble être un gommeux.

Photographie 8 : Journal La Caricature du 10 décembre 1881 (n°102) intitulé "La Genèse du Gommeux."

Photographie 9 : Détail de la double page intérieure du journal La Caricature du 10 décembre 1881.

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Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 21:06

Photographie : « Très rare boule à savon en porcelaine blanche de Saint-Cloud, décorée d'écailles en léger relief. Monture argent, Paris 1732-38. Diam. 8,2cm. Circa 1730. » « coll. C.Perlès ».

L’histoire de la mode française est aussi celle de l’hygiène. On se lave beaucoup au Moyen-âge dans des bains publics notamment. Il y en a de nombreux à Paris jusqu’au XVIe siècle. Par la suite, l’église critique de façon véhémente ceux-ci ; mais ils continuent d'exister. Au XVIIe, il n’est pas de bon ton de dire que l’on prend des bains, ce qui a souvent une connotation amoureuse et sexuelle : les étuves publiques nombreuses jusqu’à ce siècle étant considérées par l’église de cette époque comme des lieux de débauche car il semblerait que les femmes y soient admises et que ces ablutions qui se donnent le matin comme en fin de journée durent parfois toute la nuit. Au siècle des précieuses, on se lave pourtant et pas seulement à l’eau, mais aussi avec de nombreuses autres lotions. Même louis XIV que l’on dit ne prendre officiellement que très peu de bains, possède au rez-de-chaussée du corps central du château de Versailles un somptueux appartement de bains avec plusieurs pièces contenant baignoires et petites piscines où il rejoint sa cohorte de courtisanes. Mais ceci se fait en toute discrétion. À cette époque, les élégants font deux toilettes : la première, celle de propreté où on se nettoie avec de l’eau et du savon ou avec des vinaigres parfumés ou autres lotions, et la seconde toilette, plus mondaine, où on finit de se parer et reçoit. A elles deux, elles peuvent durer plusieurs heures chaque jour. La place importante de l’hygiène dans la vie d’un élégant s'exprime aussi dans les nombreux services de toilette et les étuis portables dans lesquels sont placés de petits objets à parfums et autres. La propreté est un aspect important de la mode. Celle du linge et le temps qu’on passe à sa toilette sont les signes d’une personne élégante. Mais pas seulement car le terme de propreté a une définition bien plus large. Jusqu’à la Révolution, la mode, l'intelligence (l'esprit) et l’élégance en général sont des arts de la propreté.

Antoine de Courtin (1622-1685) écrit dans son Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens (1671) que « La Propreté fait une grande partie de la bienséance, & sert autant que toute autre chose, à faire connaître la vertu & l’esprit d’une personne ». Par propreté il entend tout ce qui concerne l’habillement (être bien mis, harmonieusement, être à la mode), la netteté de celui-ci et du linge blanc ainsi que du visage et des extrémités. Quand on dit au XVIIe siècle que le linge blanc doit être net, cela suppose que le corps le soit aussi (avez-vous déjà essayé de garder du linge de corps immaculé ne serait-ce qu’une heure en étant sale ?). Une personne propre est donc bien habillée, avec netteté et goût. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un corps et des habits nettoyés, mais aussi d’être vêtu et paré avec subtilité, d’être poli, gracieux et d’avoir un esprit fin rempli de toutes les qualités (ou du plus possible). Tout ceci est du domaine de la propreté. C'est ainsi que le mot 'décrasser' peut signifier 'rendre poli' et que celui de 'crasse' est souvent associé à des manières grossières. Il est important de saisir cette notion de propreté afin d’envisager l’élégance française et de comprendre son influence. C’est un tout, une harmonie générale !

Et puis il y a les maisons de bains. Le métier de perruquier comprend celui de baigneur, étuviste et barbier jusqu’au XVIIIe siècle et peut-être un peu après. Les appartements de bains que d'aucuns possèdent sont souvent des lieux très élégants, avec un service nombreux et raffiné. On s’y baigne dans différentes sortes de préparations dont certaines parfumées : on se lave à l’eau dans des baignoires, prend des douches, des bains chauds, de vapeur, froids, agrémentés de lotions ... François-Alexandre-Pierre de Garsault (1693-1778) explique tout ce que comprend le métier de perruquier dans son Art du perruquier (1767). On y apprend qu’il s’adresse aux femmes comme aux hommes ; qu’il inclut en particulier l’art de fabriquer des perruques mais aussi de « faire les cheveux et friser », poudrer, faire la barbe. Certains se spécialisent dans les bains. On distingue les bains de propreté et ceux de santé. Les deux comprennent des passages entre l’étuve et le bain. Le bain de propreté consiste en diverses frictions, immersions, lotions et pâtes, bains et eaux de senteur. « On ne prend guère ces Bains qu’un ou deux jours de suite, & de temps à autre. […] Ce qu’on appelle Bain de Santé, se prend comme le précédent, avec de l’eau tiède, mais plusieurs jours de suite, & ordinairement comme remède par ordre du Médecin : c’est pourquoi on fait abstraction de toutes les frictions & immersions délicieuses qui accompagnent le Bain de propreté. » Ce bain de santé comprend diverses sortes d'immersions en fonction de la pathologie : bains chauds, froids, artificiels (avec des herbes médicinales, aromatiques, des minéraux …), locaux, secs (de sablon, de marc de raisin). Les bains sont donc raffinés et courants. Les gens les plus riches ont leur propre appartement de bains mais ne dédaignent pas les bains publics où ils trouvent de la sérénité, du calme et de l’incognito. Certaines maisons de bains publics sont très prisées à cette époque car particulièrement chics, avec un nombreux personnel très attentif.

Photographie : « Perruquier Baigneur Etuviste, Appartement de Bains. » Gravure du XVIIIe siècle, provenant de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et D'Alembert. Il s'agit d'un plan d’appartements de bains avec des coupes transversales. On y distingue 2 baignoires, 2 éviers avec robinets, une chambre avec 2 lits, des toilettes et des petites pièces. Voici la description de la planche que l’on trouve dans l'Encyclopédie : « PLANCHE IX. Appartement de bains particuliers. Fig. 1. 2. & 3. Plan des bains; la fig. 1. est la coupe sur la ligne A B du plan, & la 2. la coupe sur la ligne C D du même plan. E, escalier. F, antichambre. G, petite lingerie. H, chambre en niches. I I, les lits en niches. K K, &c. garde-robe. L, chambre des bains. M M, baignoires en niches. N, réservoir d'eau froide. O O, passages au - dessus des - quels sont d'autres réservoirs. P, étuve. Q Q, fourneaux. R R, chaudières. S S, cheminées des fourneaux. T T, portes des fourneaux. »

Au XVIIIe siècle, plusieurs gravures nous dévoilent une dame prenant un bain à son domicile. Le sous-entendu érotique est très présent dans ces images. Elles prouvent aussi que cet usage est courant dans les lieux d'habitation souvent grâce aux porteurs d'eau qui ont une importance toute particulière dans des grandes villes comme Paris jusqu'à l'avènement de l'eau courante. Ils apportent le liquide à domicile. Ils sont très nombreux. Au XIX e siècle la baignoire se démocratise véritablement et meuble les intérieurs parisiens modernes. Edmond Texier écrit en 1853 dans son Tableau de Paris que seules les parisiennes savent faire une toilette complète avec « le bain, les parfums, les flots d’écume répandus par des sav ons onctueux, la pâte d’amandes, les essences, rien n’est épargné. » Au milieu de ce siècle l’hygiénisme prône en Europe certaines valeurs de propreté et d’hygiène de vie. On s'intéresse à la mode et essaie de la rendre hygiénique, comme dans le traité de Jean-Antoine Goullin, datant de 1846, intitulé La Mode sous le point de vue hygiénique, médical et historique ou Conseils aux Dames et à la jeunesse, dans lequel l’auteur donne de très nombreux conseils : habits ni trop étroits ni trop légers, coiffures pas trop serrées non plus … et même des recettes de soins et d’embellissement du corps. Il recommande la gymnastique. Il déconseille fortement l’usage du corset qui pourtant continue à être à la mode jusqu’au début du XXe siècle. Il explique pourquoi : évanouissements … Alphonse-Louis-Vincent Leroy (1742-1816) est un médecin du XVIIIe siècle qui écrit aussi sur ce sujet dans son Recherches sur les habillements des femmes et des enfants ou Examen de la manière dont il faut vêtir l'un et l'autre sexe (1772). La découverte des microbes par Pasteur (1822-1895) en 1865 révolutionne complètement la médecine et cette notion d’hygiène. Il en résulte de nouvelles modes vestimentaires et pratiques comme le sport … Les découvertes de Pasteur et leurs implications hygiéniques sont un tournant non seulement dans la médecine mais aussi dans les pratiques quotidiennes et la mode. Les vêtements sont moins serrés ... En France on appelle que rarement les adeptes de ces nouvelles coutumes des hygiénistes, mais de nouveaux qualificatifs apparaissent comme gentilhomme du sport. Voici un passage de Trop de chic de Gyp (1900) qui décrit ces pratiques à la mode « Les jeunes boudinés vivent différemment … sous prétexte qu’il faut faire de l’exercice et de l’hygiène, ils débutent au réveil par un tub qui souvent les laisse grelottants … après les haltères, promenade à cheval à fond de train … déjeuner très léger, afin de ne pas engraisser … c’est impossible avec la nouvelle forme de la poitrine « pschutteuse… » [je donnerai la définition de ce mot dans un autre article : cela signifie faux élégant] cigares très forts, partie de paum e, pour se faire du muscle… marche forcée en fauchant vigoureusement, ce qui double la fatigue … escrime et douche anéantissante … nombres de tasses de thé au five o’clock… dîner léger, toujours pour ne pas engraisser… nuit au jeu, au bal ou n’importe où !... on rentre livide !... Qu’est-ce que ça fait ?... c’est de l’hygiène !... ». A la fin du XIXe siècle et au début du XXe les expositions d’hygiène se multiplient comme au Palais de l’Hygiène.

L'hygiène est un thème qui pose la question de notre environnement physique et mental, de l'harmonie et de l'évolution du genre humain. La propreté nous engage dans notre entier : nos actions, nos rapports avec les autres et ce qui nous entoure, la politesse, notre âme ... C'est un tout qui apporte plaisir et tranquillité, un des fondamentaux de l'intelligence, une des bases de la construction de notre avenir.

Photographie : « Palais d'Hygiène (Esplanade des Invalides) ». Cet édifice est construit à Paris pour l'exposition universelle de 1878, et est reproduit sur cette petite chromolithographie publicitaire du 4ème quart du XIXe siècle.

Photographie : Une petite-maîtresse du XIXe siècle au bain. Détail d'une page de Tableau de Paris d'Edmond Texier (1853) . On peut lire au dessous et à côté : « Les bains à domicile sont une dérivation des établissements de bains chauds. L'élément principal, c'est-à-dire l'eau, est transportée, ainsi que les baignoires, chez les petites maîtresses, qui ne sauraient se livrer dans un lieu public à tous les raffinements de leur toilette, et chez les bourgeois riches, qui ne veulent pas s'imposer de dérangement. Il est difficile de pénétrer dans ces intérieurs et ces réduits où se cachent les mystères de la vie intime du Parisien. »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Toilette
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 19:05

Photographie : "Chevelure en porc-épic. Schall à Mouches. Rubans en Cothurnes. Dessiné d’après nature sur le Boulevard des Capucines". Gravure de 1798, planche 25 provenant du Journal des Dames et des Modes fondé à Paris en 1797.

Les Boulevards sont le "Nouveau Cours" (voir article sur 'Le Cours'). Tracés au XVIIe siècle sur l’emplacement des anciens remparts de Paris, ils sont dans cette ‘tradition’ élégante, et occupent une place de choix dans la mode des XVIIIe et XIXe siècles. Ils sont à cette époque un lieu de promenade où on parade, fait des rencontres, prend des cafés, se restaure, se divertit, vit le jour comme la nuit … Les plus à la mode sont ceux du côté de la Madeleine : boulevards des Capucines, des Italiens et de Montmartre. Là se joue la vie parisienne ; surtout aux Italiens où sont les meilleurs cafés ouverts après minuit, les théâtres et autres délassements de choix ; et où au sortir de la Révolution une grande partie des émigrés auparavant réfugiés à l’étranger s’y installent à leur retour à Paris.

Au XVIIIe siècle cette promenade est déjà réputée. On lit dans le Dictionnaire universel de la France de 1771 que les boulevards sont une « des promenades les plus fréquentées de la capitale, parce qu'elle est ouverte à tout le monde. L'avantage que l'on a de s'y promener en équipage, & les embellissements qui y ont été faits par MM. les Prévôt des marchands & échevins [magistrats s'occupant des affaires communales], & par les particuliers propriétaires des maisons voisines ; les cafés brillants que l'on y a construits, les rafraichissements que l'on y vend, les chaises que l'on y loue, les jeux qui s'y rassemblent, la musique que l'on y entend dans les cafés, le concours d'un nombre infini de voitures qui peignent admirablement la magnificence & le goût de cette grande ville ; tout enfin contribue à faire de cette promenade une espèce de foire perpétuelle & l'une des plus brillantes que l'on puisse imaginer. » Les théâtres y abondent surtout après le boulevard des Italiens, et la foule est attirée par tout ce scintillement, comme l’écrit Louis-Sébastien Mercier dans un chapitre de son Tableau de Paris (1781) intitulé ‘Tréteaux des boulevards’.

Photographie : « Démarche du Parisien boulevardier. » Illustration La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882).

Voici des passages du chapitre consacré aux boulevards de Les Merveilles du nouveau Paris de Décembre-Alonnier datant de 1867 : "Ces magnifiques voies, offrant des chaussées spacieuses, bordées de chaque côté par de beaux trottoirs bitumés et plantés d’arbres, sont les principales artères de la vie parisienne qui s’y agite au milieu d’un mouvement indescriptible ; toutes les classes, tous les degrés de la société y ont leur place et s’y coudoient sans se mélanger. La jeunesse dorée et les femmes qu’Alexandre Dumas fils a si spirituellement nommées les dames du demi-monde, se donnent rendez-vous devant les brillants cafés, les restaurants célèbres et les somptueux magasins étalant aux yeux éblouis toutes les merveilles de l’univers. […] C’est en 1670 que la partie du boulevard comprise entre la Bastille et la porte Saint-Honoré fut exécutée ; peu de temps après on prolongea cette promenade jusqu’à la porte Saint-Honoré. Mais, à cette époque, il était loin d’avoir l’animation qui en fait aujourd’hui la plus belle voie de l’Europe ; du côté de la ville, c’étaient des jardins qui bordaient les maisons ; de l’autre côté s’étendait la rase campagne où l’on voyait disséminées de-ci de-là quelques rares maisons de cultivateurs et de maraîchers. Ce ne fut qu’après la Révolution, que ces terrains, dégagés des droits de main-morte et autres, permirent à la ville de prendre l’accroissement que son industrie rendait nécessaire, et bientôt les boulevards furent encadrés entre deux rangées de maisons : leur longueur totale est de quatre kilomètres et demi. […] Le boulevard Montmartre semble réaliser déjà les merveilles d’un conte des Mille et une Nuits : les vitrines des magasins étalent au regard émerveillé de riches cachemires et dentelles, des bronzes précieux, des objets d’art de tout genre. Les cafés rivalisent en beauté avec ceux du boulevard des Italiens ; parmi eux il en est trois qui jouent un rôle important dans le monde des lettres ; nous voulons parler du café des Variétés, de Suède et de Madrid ; ce dernier est chaque jour, de trois à cinq heures, le rendez-vous des chroniqueurs et des correspondants des journaux de province. Ce moment de la journée est connu dans cette partie de Paris sous le nom d’heure de l’absinthe. Ces trois cafés servent de points de réunion aux gens de lettres, journalistes, auteurs dramatiques ou romanciers. C’est là que s’élaborent les nouvelles politiques qui rassurent ou font trembler l’Europe, les concours littéraires et les faits divers : tout le journalisme gravite autour de ce centre. L’ancien boulevard de Gand, connu par notre génération sous le nom de boulevard des Italiens, est le lieu de rendez-vous du bon ton et de la suprême élégance, qui pourtant ne sont pas toujours de bon goût : c’est là que les lions et les lionnes du jour viennent étaler leur luxe. Les étrangers curieux se glissent à travers la foule des oisifs élégants, et vont apprendre comment on déjeune à Tortoni, et comment l’on soupe à la Maison-Dorée ; les trois Opéras sont dans le voisinage. La Bourse est également à peu de distance ; aussi le boulevard des Italiens sert-il à MM. Les coulissiers de lieu de réunion. […] Sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la Maison Dorée, sur le boulevard des Italiens, s’élevait autrefois le café Hardy, le premier qui ait donné des déjeuners à la fourchette fort prisés pendant plus de cinquante ans par les amis du bien vivre. […] Le boulevard des Capucines est beaucoup moins animé ; les promeneurs y sont plus rares ; cependant les magasins y sont peut-être plus luxueux qu’au boulevard des Italiens. C’est là que s’élève le gigantesque hôtel élevé par M. Péreire, le Grand-Hôtel, qui tient à la disposition des voyageurs sept cents chambres et soixante-dix salons, et dont le merveilleux service n’a de rival peut-être que celui de l’hôtel du Louvre, élevé par le même financier".

Voici un passage de Les Viveurs de Paris (1857) qui décrit l’atmosphère nocturne du boulevard des Italiens au milieu du XIXe siècle : "Or, la nuit en question et à l’heure que nous avons indiquée, le boulevard des Italiens semblait plus vivant et plus animé qu’il ne l’est souvent en plein jour. Un certain nombre de voitures, calèches découvertes pour la plupart, sillonnaient rapidement la chaussée, ramenant des Champs-Élysées les promeneuses qui, après la sortie du spectacle, avaient été bien aises de respirer pendant une heure l’air pur et rafraîchi de la nuit. Des groupes de jeunes gens en gants paille et en bottes vernies se promenaient en fumant des panatellas, des régalias et des Londress, en face du café de Paris ou du perron de Tortoni. De jeunes et jolies femmes, les unes aussi fraîches que les gros bouquets de roses qu’elles tenaient à la main, - les autres empruntant leur éclat factice à la poudre de riz et au rouge végétal, - passaient au bras de leurs cavaliers et répondaient par des sourires chargés de promesses aux paroles tendres ou lestes murmurées tout bas à leur oreille. Il y avait foule, nous le répétons, mais cette foule n’était pas bruyante. On pouvait percevoir les moindres bruits. On entendait le petit frémissement des robes de soie froissées en marchant. On distinguait au loin le cri monotone des vendeurs de journaux officiels qui proposaient à chaque passant la Patrie ou le Moniteur du soir. Des ombres joyeuses se profilaient derrière les rideaux abaissés des cabinets de la Maison Dorée, du café Anglais ou du café Foy ..."

Les endroits ouverts la nuit décrits ici sont surtout des cafés. L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité voulant qu’elles n’y entrent pas. Les choses changent petit à petit au XIXe, la population parisienne se multipliant … et avec elle les cafés. Pendant tout ce siècle, le boulevard des Italiens reste le haut lieu des gandins et autres dandys parisiens.

Certains prétendent que le terme de ‘gandin’ serait une référence au boulevard de Gand, nom donné, sous la Seconde Restauration, à un des côtés du boulevard des Italiens en souvenir de l'exil à Gand du roi Louis XVIII pendant les Cent-Jours. Mais les témoignages et documents d’époque sur les gandins sont difficiles à trouver.

Au XIXe siècle, les Champs-Élysées jouent une place de plus en plus importante dans la vie festive parisienne. Et il est très agréable d’y sortir pour s’amuser, danser … C’est aussi pas très loin des boulevards et du bois de Boulogne. La plus grande partie de la vie élégante et festive parisienne du XIXe siècle se retrouve à flâner joyeusement et élégamment du bois de Boulogne au boulevard Montmartre en passant par les Champs Élysées, l’actuelle place de la Concorde, la rue Royale, le boulevard de la Madeleine, des Capucines et des Italiens. Mais ce long cours qui part de Longchamp et se prolonge jusqu’au boulevard Montmartre continue jusqu’à la Bastille. On trouve encore sur cette partie des théâtres, en particulier autour de la porte Saint-Martin. Du fait des nombreux méfaits mis en scène sur les planches, le boulevard du Temple est surnommé le boulevard du Crime.

Photographies : Trois cartes postales d'époque, respectivement de 1802, 1806 et 1803 présentant une photographie des boulevards des Capucines, des Italiens et de Montmartre, avant que le boulevard Haussmann rejoigne celui des Italiens en 1926.

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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 19:36

Les coffres sont des meubles de rangement très utilisés jusqu'au XVIIIe siècle et en particulier au Moyen-âge car on se déplace beaucoup et cela dans toute l'Europe. Ils font partie de ces objets facilement transportables tels les tapisseries murales ou les sièges pliants. On dépose dans certains les habits, les plus délicats étant préalablement enveloppés dans une fine et délicate toile (la toilette). Les coffrets sont de moindre taille. Certains ressemblent à de petits coffres-forts comme celui de la première photographie. Ce modèle fait 16 x 9 x 11,5 cm. Il appartient à la galerie Debackker. Réalisé en France vers 1400, il est en bois et cuir rouge avec des traces de dorures. Les montures sont en cuivre. La galerie Wanecq expose un coffret en marqueterie d'époque Louis XIV (deuxième photographie) : « Coffret rectangulaire à couvercle en doucine, en marqueterie d’écaille rouge et de laiton gravé. Décor de rinceaux feuillagés, de bouquets et d’un riche bestiaire d’oiseaux, singes et escargots dans le goût des dessins de Jean Bérain (1640-1711) « dessinateur de la Chambre et du Cabinet du Roi ». H. 9 cm, L. 28,5 cm, P. 22 cm. Ce type de coffret était très prisé par les collectionneurs sophistiqués de la première moitié du XVIIIe siècle. Un portrait de Madame Marsolier et sa fille peint par Jean –Marc Nattier, conservé au Metropolitan Museum of Art de New-York, montre la jeune fille tenant un coffret marqueté dans le même esprit. » Sans doute s'agit-il de celui que l'on peut voir  sur www.photo.rmn.fr. Cette peinture représente Madame Marsollier assise à sa table de toilette embrassant sa fille d'une plume et d'un brin de fleurs de pensées tout en contemplant ce que cela donne dans le miroir. Sa progéniture regarde de face, la main droite posée sur un genou de l'adulte et l'autre tenant ouverte la boîte près du bassin de sa mère qui sort de l'objet plumes et fleurs délicates.

Sur la table de toilette sont disposées différentes boîtes que je vais à présent répertorier avec les boîtes : à mouches, à savon, à poudre, à pâtes, à rouge, à opiat, à bijoux, à montures de bois, à pilules, à fioles, à parfum, bergamote, à linge, à perruques, les caves à parfum qui elles sont de véritables coffrets de même que certains nécessaires de toilette. Les boîtes à mouches contiennent un pinceau, de la pâte et une brosse pour la colle, des rubans adhésifs sur lesquels sont posées les mouches faites de taffetas ou de velours noir à revers gommé, ayant toutes sortes de formes et de tailles : longues en losange, carrées, en coeur, en croissant de lune, ou même découpées en étoiles avec un petit diamant au centre. Ces boîtes ont un couvercle, plusieurs compartiments, parfois un petit miroir et une monture. Il en existe de portatives. Les mouches que l’on place sur le visage disent une sensibilité et ont un nom en fonction de leur emplacement : en haut du front au milieu pour la majestueuse, au coin de l’œil pour la passionnée, sur la joue pour la galante ou l’enjouée, sur le nez pour la gaillarde, au coin de la bouche pour la baiseuse ou la coquette, sur le menton pour la discrète… Les boîtes à savon ou savonnières vont par deux. L’une est destinée à mettre l’éponge et l’autre le savon. On les appelle aussi boules à éponge ou à savon. Les boîtes à poudre sont souvent les plus grandes des boîtes de toilette. Elles gardent des poudres parfumées que l’on appelle parfois « grosses poudres de violettes », avec une base de plantes et drogues aromatiques. Les poudres pour les cheveux sont elles aussi parfumées aux fleurs … Les boîtes à pâtes contiennent des pâtes pouvant servir pour se laver les mains sans eau, comme avec celle de Provence, dont Simon Barbe offre la recette dans son livre : Parfumeur Royal, ou l'art de parfumer avec les fleurs & composer toutes sortes de parfums, tant pour l'Odeur que pour le Goût (1693). Avant le dix-septième siècle, il semble qu’on les utilise surtout comme parfums, et qu’elles sont alors le plus souvent constituées d’amandes pilées mélangées à des éléments odorants. « L’esprit-de-vin » (l’alcool) ne servant pas encore de véhicule aux parfums, ceux-ci ont surtout cette forme. On continue à recourir à cet usage au dix-huitième siècle. Les boîtes à rouge comportent des mortiers à fard. C’est dans les mortiers à fard et à rouge que l’on broie les ingrédients de leurs préparations. La dame l’applique avec un petit pinceau, comme le fait Madame de Pompadour dans une peinture de François Boucher de 1758. On compte aussi des boîtes à fard portatives. Le rouge peut être fait de cinabre ou de carmin mélangé à du talc de Moscovie ou d’autres matières. Les villes comptent leurs marchands de rouge et certains de ces fards ont des noms spécifiques. Les boîtes à opiat sont souvent les plus petites. Primitivement, il semble que l’on appelle ‘opiat’ un médicament interne comprenant de l’opium. Mais on donne aussi  ce nom  à des dentifrices et peut-être à d’autres préparations. Les boîtes à bijoux gardent devinez quoi ? Elles portent parfois le nom de baguiers, mot qui désigne tous les objets servant à entreposer les bagues et autres bijoux. Certains on la forme de tiges équipées de crochets s ur lesquels on suspend les parures ; quand ce ne sont pas des coffrets ou des coupes ... Les boîtes à racines conservent les racines. S’agit-il de la poudre de racine d’Iris de Florence dont on fait grand usage, ou de racines à mâcher comme la guimauve, l’acore odorant, la réglisse…, pour les dents, les gencives, l’haleine, la santé… ? Les boîtes à montures de bois peuvent être faites de deux petits disques de faïence enchâssés dans une monture de buis constituant le fond et le couvercle. Elles se portent facilement en poche afin de transporter des crèmes, onguents ou mouches de beauté. Les boîtes à pilules ou à pastilles contiennent des pastilles à odeurs, à brûler, de bouche. Les pastilles à odeurs parfument. Celles à brûler font de même mais une fois mises sur des braises ardentes préalablement placées dans des cassolettes faites à cet usage (voir la section sur les brûle-parfums). Parmi les pastilles de bouche citons le cachou. Dans les boîtes à fioles on garde des fioles (en verre) à parfums, poudres, médicaments, eaux de toilette, élixirs pour les yeux... Les boîtes à parfum sont des vinaigrettes contenant un morceau de coton ou d’éponge imbibés de vinaigre aromatique ou d’eau parfumée et placés sous une petite grille métallique articulée. Elles ont aussi le nom de boîtes à senteur, se portent sur soi et sont parfois en céramique. Elles connaissent un grand succès aux dix-septième et dix-huitième siècles, et un peu moins au dix-neuvième. Elles sont très proches des vinaigrettes que l’on invente au dix-septième siècle et qui renferment elles aussi des morceaux d’éponge ou de coton imprégnés de parfum. Les boîtes bergamote ou Bergamotes (photographie), sont faites à partir de la peau de l'orange bergamote. Cette peau est retournée, puis déposée sur un mandrin de bois. En séchant, elle épouse la forme désirée. Recouverte d'un très léger cartonnage, elle est ensuite enduite d'un mélange de colle et de craie, poncée puis peinte de scènes galantes dans un style naïf et enfin vernie. Les Bergamotes seraient caractéristiques d'un art populaire Grassois du dix-huitième siècle et de la première moitié du dix-neuvième. Les boîtes à linge servent à ranger des mouchoirs, des bas en soie ou en coton ... Elles ont la forme de petits coffres pouvant contenir le linge fin qu'un homme de qualité peut employer en deux jours. Certaines sont parfumées. Les boîtes à perruques sont longues et étroites, à la proportion d'une perruque, et rondes par les bouts. Certaines sont garnies d’une toilette de senteur à l’intérieur, et à l’extérieur de peau de senteur, le tout étant bordé de galons d’or, d’argent ou de soie. On y ajoute parfois une serrure ou un crochet. Les caves à parfum ou cabinets à parfum ou cassettes ou nécessaires à parfum , sont des petits coffrets dans lesquels sont disposés des flacons, parfois avec un entonnoir et un gobelet (une timbale) pour les mélanges, et plus rarement une coupelle et un rince-oeil. Il y a aussi les flaconniers qui comportent flacons et entonnoirs.

Les nécessaires de toilette sont des coffres assez grands pour contenir de nombreux objets, sauf pour les nécessaires de poche (ou étuis-nécessaires) qui recèlent de petits articles : boîte à mouches, brosse à dent, couteau pliant, crayon, cuillère, cure-oreilles, entonnoir, flacons, gratte-langue, passe-lacet, peigne, pince à épiler, porte-crayon, racloir pour les dents, tablettes pour envoyer des messages…L’intérieur est doublé de velours ou de soie. Les nécessaires de toilette peuvent comporter en plus : boîtes bergamotes, autres boîtes, cachet, canif, carnet de bal, cassolette, coupelle, cuilleron, démêloir, épingles de toilette, gants cosmétiques ou glacés, passe-laine, dé, étui, gobelet, houppe de cygne, houppette, jarretières, miroir, oeillère, petite cuiller, porte-aiguilles, porte-mine, pots à pommade, réchaud, rubans à peignoir, sachets parfumés, soucoupe et tasse… Certains nécessaires sont incorporés à des objets auxquels ont ne s’attend pas comme à de petites lorgnettes ou à de étuis à messages. Quelques cannes, dites aujourd’hui cannes de beauté, ont des compartiments contenant de petites boîtes, des flacons à parfum, manucure … Le barbier a aussi son nécessaire : le nécessaire de barbier. Les nécessaires de voyage sont garnis de toutes sortes d’éléments, dont certains pour la toilette, que l’on emporte lors de longs déplacements. Les étuis à ciseaux sont d’autres de ces objets, avec les étuis à aiguilles ou les étuis ou nécessaires à couture dans lesquels se trouvent, parmi d’autres garnitures, des dés à coudre…

L'antiquaire Le Curieux vend sur son site divers exemples de ces « nécessaires, étuis et coffrets ». comme celui-ci qui illustre la fin de cet article et dont voici la description : « Prestigieux nécessaire de voyage de Dame, le coffret en loupe, écoinçons et filets de laiton, poignées de transport encastrées. Le blason du couvercle est gravé du chiffre "BL". Serrure et clé "trèfle", signée du grand tabletier parisien : "FAIT PAR MAIRE , Ft DE NECESSAIRES, RUE ST HONORE N° 154 A PARIS" Dans un gainage de maroquin rouge longs grains doré aux petits fers, il contient dans des emplacements et plateaux : * Un tête à tête en porcelaine de Paris, réserves et décors en grisaille, polychromie et dorure. Deux boîtes à thé en vermeil, un mélangeur en cristal et vermeil, un passe-thé, un couvert et deux petites cuillères en vermeil, une casserole haute et son couvercle en vermeil. * Un nécessaire à écrire : porte plume, porte mine, taille plume, deux encriers, un bougeoir à main, un cachet gravé du prénom "Aglaé", un grand portefeuille à soufflet en maroquin vert doré aux petits fers * Un nécessaire de toilette, soins de visage et cosmétique, comprenant notamment un mortier à fard, son couteau et sa poupée, un petit pot à pommade en porcelaine dorée, deux détartreurs de dents monté en nacre, un cure-dent et cure-oreille, 4 flacons cristal, bouchons et stoppeurs en vermeil, un bain d'œil, un entonnoir à parfum, une brosse à dent en vermeil, 3 peignes et démêloirs en corne. * Un nécessaire à couture : Ciseaux, crochet de Lunéville, porte-aiguille en écaille blonde piquée d'or, un dé en or 2 couleurs, un étui à bobines. Orfèvres parisiens associés : Denis-François Franckson et Louis-Antoine Drouard. France, Paris, circa 1802-1804. Dimensions : 46 cm x 24,5 cm, hauteur 15,5 cm. Très bel état (toutes les pièces sont d'origine à l'exception du miroir qui a été changé postérieurement. »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Toilette
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 17:28

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

- Vendredi 31 octobre - Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

- Mardi 4 novembre - Anglomanie, partie 3 : Lions, lionnes, lionceaux, faux anglais, high life, snobs, perfect gentlemen.

Photographie (gauche) : Première page du chapitre sur 'Le sport' de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall (1820-1882). Ce livre délicieux croque les moeurs de son époque avec un humour tendre, comme au XVIIIe siècle on désigne par couleurs tendres des tons impétueux et riches, vifs et profonds, doux et délicats. Les traits des caricatures et des textes de Charles Constant Albert Nicolas d'Arnoux de Limoges Saint Saens, dit Bertall, dessinent la vie d’une façon qui rappelle un peu ces couleurs précieuses, originales, flamboyantes et vraies (des pastels intensément colorés) du XVIIIe siècle. Balzac le protège à ses débuts et le garde comme illustrateur attitré.

Le concept de sport naît, semble-t-il, en France avec l'anglomanie. Bertall (1820-1882) consacre un chapitre au sport dans La Comédie de notre temps (1874-1876) : « Sous la dénomination de sport, mot anglais, on comprend tout ce qui a trait aux exercices du corps dans leurs rapports avec les animaux, section des chevaux et des courses, ou contre eux, section de la chasse et de la pêche, ou sans eux, section de la natation, de l’escrime et du canotage. Un sportsman accompli est un homme dans lequel toutes les facultés physiques sont en équilibre, ce qui doit, en théorie, produire le mens sana in corpore sano. En réalité, cela produit parfois tout le contraire. Le nom de sportsman, par dérogation, est donné plus spécialement à ceux qui se préoccupent d’une façon plus particulière du cheval et des courses de chevaux. »

Photographie (droite) : « Courses de Longchamps. » Image tirée de Les Merveilles du Nouveau Paris (1867) par Décembre-Alonnier.

Photographie (au dessous) : Quatre différentes illustrations de La Comédie de notre temps (1874-1876) de Bertall avec : « Gentleman. Courses, bains de mer et tir au pigeon. » ; « Gentilhomme du sport. Tenue de sportsman extra-muros. » ; « Gentilhomme du sport. Tenue de sport extra-muros. » ; « Sportswomen ».

Au XIXe siècle, avec la vogue des turfs ; les turfistes font leur apparition avec deux nouveaux genres : le gentilhomme du sport et le sportsman. Le premier est sur les champs de courses : il joue. Le second normalement aussi ; mais dans son Physiologies parisiennes, (1886) Albert Millaud (1844-1892) distingue le genre « sportsman en chambre » qui parie de Paris chez des bookmakers. Il y a toutes sortes de sportsmen et même des sportswomen comme on l'apprend dans Les Français peints par eux-mêmes (1842) dont un chapitre est consacré à ce caractère (masculin ou féminin). Il y a « le jeune duc et pair qui possède un haras et l’attelage le plus irréprochable de Paris [...] La jeune vicomtesse toute exquise et dont la tenue à cheval est d’une si délicieuse hardiesse est encore un sportsman femelle. Sportsman est aussi la demoiselle entretenue qui galope à tort et à travers sur un locatis […] nous les retrouvons jusqu’au tir-aux-pigeons, et même en deux classes, savoir le sportsman qui tire et le sportsman qui regarde tirer. Nous rencontrons les sportsmen à l’école de natation, dans les salles d’armes, au tir du pistolet, à la joute des coqs chez M. Tourel, et jusqu’à la petite Villette où l’on fait militer des cochons d’Inde. » Il prend un accent anglais, est un anglomane averti, fréquente le jockey-club (pour les plus en vue) et a une passion immodérée pour le cheval (s’il est anglais).

Photographie (au dessus) : Première page du chapitre intitulé « Le sportsman parisien. » de Les Français peints par eux-mêmes, Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle (plusieurs tomes édités entre 1840 et 1842).

Au commencement de son utilisation, le terme de 'sport' désigne les pratiques tournant autour des chevaux, comme le turf, les promenades à cheval ... Petit à petit, ce mot est employé pour d'autres usages comme le lawn-tennis ... Au XIXe siècle, un courant hygiéniste met en avant ce domaine ainsi que de nouveaux comportements vestimentaires et de vie. Mais je parlerai de cela dans un article sur l'hygiène, un domaine passionnant. Je montrerai son importance dans la mode française, la propreté étant la base même de celle-ci.

Photographie (gauche) : 'Le sportsman en chambre'. Millaud, Albert (1844-1892), Physiologies parisiennes, La Librairie illustrée, 1886.

Photographie (droite) : Illustration du chapitre sur 'Le lawn-tennis' de La Vie élégante (tome second, 1883).

En conclusion de cet article en quatre parties sur l'anglomanie des petits-maîtres français, voici le début du chapitre consacré au « sportsman parisien » de Les Français peints par eux-mêmes : « 0n disait autrefois : Le Français né malin créa le vaudeville ; je propose de réformer ce adage en disant : le Français né Français créa l'anglomanie : si cette vérité notoire et ce fait patent pouvaient être mis en discussion, le titre seul de cet article en serait la démonstration la plus convaincante. Nous voudrions esquisser un type, l'analyser, le nuancer même ; il est destiné à une collection éminemment française, et sous quel titre le présentons-nous à nos lecteurs français ; sous un titre tellement anglais qu'il est composé d'un adjectif welsche et d'un substantif d'origine saxonne, sorte de contraction grammaticale ou logomachie qui ne saurait appartenir qu'à la langue de Shakespeare et de Milton. [...] La France est certainement le pays du patriotisme, mais ce patriotisme nous permet de ne jamais rester français : sous la république et le directoire, nous étions Grecs et Romains ; les femmes portaient des chlamydes à méandres [...] Sous la restauration nous sommes devenus néo-Grecs. [...] Depuis 1830, nous avons prodigué les trésors de nos sympathies, aux Belges, Polonais, Italiens, Lusitaniens, Espagnols, Mexicains et Canadiens [...] Mais de toutes nos sympathies exotiques, une seule est durable et profondément enracinée parmi nous : c'est l'anglomanie. »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 20:37

- Mardi 28 octobre 2008 - Anglomanie, partie 1 : Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les premières années du XIXe.

- Vendredi 31 octobre 2008, Anglomanie, partie 2 : Fashionables et dandys.

Photographie de gauche : ‘Un Lion'. Illustration du chapitre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Photographie de droite : 'Le Lion'. Illustration de La Caricature, numéro 102, du 10 Décembre 1881.

Le lion désigne un élégant du moment au XIXe. Ce terme est au milieu de ce siècle souvent employé à la place de fashionable. C’est au début du règne de Louis-Philippe (1830 à 1848), vers 1830, en pleine épo que romantique que ce nom venu d’outre-Manche est utilisé. Balzac écrit dans A. Savarus (1842) : « À l'incroyable, au merveilleux, à l'élégant (...) ont succédé le dandy, puis le lion ». Le ‘lion’ est un homme en vue. Dans Colifichets (1860) Pommier le décrit ainsi : « Il est au monde un être (on le nomme lion, Je ne sais trop pourquoi), dont la profession est de n'en point avoir (...) Il compte pour ancêtre les muguets, raffinés, mirliflors, petits-maîtres, muscadins, merveilleux, incroyables ». « Je menais une vie de lion, c'est ainsi qu'en ce temps-là, on appelait les élégants du boulevard ; aujourd'hui on les nomme : Gandins » lit-on dans Calicots (1866) d'Avenel. Alfred Delvau (1867) le qualifie de « frère aîné du gandin, le dandy d’il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable –qui l’était du beau – qui l’était de l’élégant – qui l’était de l’incroyable – qui l’était du muscadin – qui l’était du petit-maître, - etc. ». D’après ce même auteur, on appelle 'lionnerie' la « Haute et basse fashion. ». Ils sont souvent aux premières places des événements mo ndains. A l’opéra, la loge d’avant-scène est appelée la fosse aux lions car c’est là qu’ils s’y posent. L'équivalent féminin du lion est la lionne. C'est une femme en vue et à la mode au XIXe siècle, ayant un goût prononcé pour la toilette et les moeurs libres. « Elle veut monter à cheval, aller à toutes les chasses, à toutes les courses, parier, courir, fumer, devenir lionne enfin » écrit A. Marie dans Les Français peints par eux-mêmes (1842). C'est aussi une femme ayant un succès mondain et étant un sujet des conversations à la mode. Voici la définition qu’en donne le Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau (1867) : « Femme à la mode – il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait pas le champagne frappé. Aujourd’hui, mariée ou demoiselle, grande dame ou petite dame, la lionne s’appelle de son vrai nom – qui est drôlesse. » Un chapitre de Les Français peints par eux-mêmes est consacré à  « La lionne». Le lionceau est un « Apprenti lion, - garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d’Orsay ou pour Brummel, et qui y réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l’héroïsme. » écrit Alfred Delvau (1867).

Photographie de gauche : ‘Lunchs parisiens’. Illustration du chapitre de La Vie élégante (tome second, 1883).

Photographie de droite : 'Perfect Gentleman', Bertall (1820-1882), La Comédie de notre temps, 1874-1876.

Cette mode pour l'Angleterre est à l'origine du « faux anglais ». Il s'habille 'à la manière de', et a des tics de toilette comme le (ou la ?) ticket-pocket : petite poche placée à la hauteur droite du paletot, de la jaquette ou du veston … (cependant au XIXe siècle certains tics sont des vraies marques d'élégance.) Dans ce prolongement apparaît le snob dont je parlerai dans un prochain article. Certains anglomanes sont appelés des gentlemen ou « perfect gentlemen ». Et puis il y a tout ce qui tourne autour de la high life dont il est question dans un article précédent. Dans le prochain, je parlerai du sport, mot lui aussi anglais, et de certains élégants qui lui sont associés.

Photographie : Publicité du « High life tailor » dans L'Illustration de 1929.

- Vendredi 7 novembre 2008 - Anglomanie, partie 4 : Le sport avec les gentlemen, les gentilshommes du sport, les sportsmen et les sportswomen, les hygiénistes.

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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