Politesses et expressions imagées et fleuries

Il suffit que quelqu’un m’explique comment être poli, ce qui m’arrive relativement souvent, pour que je n’exprime plus aucune politesse… et il m’est difficile ensuite d’avoir envie d’en avoir vis-à-vis de ces personnes qui de plus me semblent très éloignées de mes notions. J’ai bien conscience que ces dernières sont très restreintes… mais tant que je ne vois pas en quoi, je ne m’abaisse jamais à être poli par force. Pour moi, la politesse est avant tout un plaisir… un bonheur d’être avec… une sorte d’amour, moins fort que l’amitié… mais tout de même… un amour de l’humanité et du vivre ensemble… un plaisir donc. Lorsque cela est une contrainte, cela devient une contrariété. J’ai bien conscience que beaucoup attendent de la politesse à leur égard, comme un dû, une obligation. Si on ne leur accorde pas, certains peuvent être violents. Mais elle ne consiste pas à se comporter comme une machine, un robot, un être déshumanisé. Ce n’est pas l'expression d'une rigidité. Elle n’est pas non plus quelque chose derrière laquelle on se cache. Elle est une ouverture de soi vers l’autre et de l’autre vers soi, avec tact et retenue bien sûr. Sans cette réciprocité, il ne peut y avoir de politesse. Les manuels de savoir-vivre et autres leçons du même genre ne donnent que des outils. Un outil n’est pas une fin en soi, il n’est qu’un instrument. Comme pour la musique, il ne suffit pas d’exhiber un instrument pour savoir en jouer. Enfin ce que j’en dis… Personne ne m’a jamais complimenté pour mes manières, si ce n’est quand j’étais enfant. Peut-être suis-je trop sensible, ce qui me donne l’apparence d’un être rugueux… voire antipathique. Ce qui est sûr, c’est que l’on me traite constamment d’impoli, de discourtois… et à chaque fois je ne trouve pas que ce soit le cas. Je me fais même régulièrement agressé pour cela. Peut-être ne suis-je pas à la bonne époque. Alors j’écris, j’écris et j’écris encore, comme le 'cancre' de l’école de Jacques Prévert : « Avec des craies de toutes les couleurs / Sur le tableau noir du malheur / Il dessine le visage du bonheur. »… ou, dans mon cas, essaye de le faire, avec des compositions verbales qui ne sont qu'une musique, un amusement, un partage gracieux, car il n’est pas besoin de longues explications aux gens intelligents : Intelligenti pauca !

La politesse change selon les cultures et avec le temps. La principale forme de salutation française, qui n’est presque plus du tout en usage mais qui l’était quotidiennement dans l’Ancien Régime, est bien sûr la révérence, ou ‘salut à la française’, depuis celle qui se pratique avec une génuflexion prononcée des deux genoux, jusqu’à la simple inclinaison du haut du corps, voire simplement de la tête (mais découverte chez les hommes ou la main au chapeau).

En signe d’un au revoir, il y a encore peu de temps, on pouvait dire un « À l’avantage ! » qui signifiait : « À l’avantage de vous revoir ! ». Aujourd’hui on dit encore parfois « Au plaisir », pour « Au plaisir de vous revoir ».

Enfin les politesses oubliées sont nombreuses et je n’ai pas fait de recherche dans ce sens.

Évidemment, le gandin évite toutes grossièretés, mais il est inutile d’être poli vis-à-vis de gens malhonnêtes et situations que l’on considère comme grossières  ; ce qui serait une lâcheté. Appeler un chat un chat n’est pas vulgaire, c’est la vérité. Être mielleux n’est pas une forme de politesse, ni, je le répète, cacher des ordures derrière la politesse. Cette dernière n’est pas non plus une soumission.

L’interjection, bien que parfois dangereuse, peut même être salutaire. L’origine de ce terme exprime pourquoi. Il vient du latin interjectio : jeter entre, intervalle… Il s’agit d’une parenthèse dans l’espace, d’un moment rapide que l’on ne maîtrise que peu, une insertion cathartique. Il est important de ne pas garder en soi les agressions extérieures, sinon on devient malade. Il est souvent peu aisé de ne pas les laisser entrer. Il faut donc trouver un moyen de les évacuer. Comment ?

Dans la rapidité de la surprise, il est parfois difficile de ne pas exprimer un juron. Les petits-maîtres ont souvent répugné à en formuler… Certaines coquettes du XVIIe siècle ne pouvaient pas même imaginer prononcer le mot « fesse », employant à la place une circonvolution ou une circonlocution (non ce n’est pas un gros mot).

De nos jours, les films américains et même anglais sont parfois truffés de termes obscènes… et dans les français on en entend de plus en plus. Le gandin évite bien sûr d’en dire. S’il lui arrive d'être surpris, dans la faiblesse d’un instant d’égarement, qu’il utilise les mots ci-dessous. Pour cela qu’il s’entraîne…

En latin, « ordure » se dit caenum. C’est un peu long. « Vil » est très bien. Cela signifie : bas, abject…, avec la même étymologie que « vilain » et « vilenie ». Une avilance est un opprobre, un outrage, une injure, une infamie.

Un « zut » peut être suffisant, mais n’est pas très cathartique ; « purée » peut-être un peu plus. Un simple « ouahou » suffit à évacuer la gêne. Mais « zut » est plus précieux. Ce mot viendrait du latin ut. « Zut », « ut », « hut » et « flûte » sont des interjections semblables employées depuis longtemps. Le ut est aussi la première des notes de la gamme et de l'échelle des sons. En ancien français, le gaméut désigne, semble-t-il, la base d'un savoir.

On peut exprimer son mécontentement par un « fat », ou bien par « arsouille » ou « cuistre ». Un arsouille est une personne vile, une canaille. Un cuistre est un imbécile qui se proclame savant et qui a de la prétention à briller.

On entend beaucoup de personnes dire « p_ _ _ _ _ ». Je me rappelle, étant enfant, m'étant renseigné afin de savoir ce que ce mot signifiait. « Pitié » peut le remplacer, ou bien un autre assez joli et ancien : « pitaut », qui veut dire campagnard. Ce terme, non seulement se substitue parfaitement au premier, mais en plus remémore une atmosphère rurale. Il a sans doute une connotation assez péjorative, car « piteux » ou « pitoyable » ont la même racine. Pierre de Ronsard (1524 – 1585) l'emploie dans ce passage d'un de ses poèmes :

« Je voudrais être un pitaut de village,
Sot, sans raison et sans entendement,
Ou fagoteur qui travaille au bocage :

Je n'aurais point en amour sentiment. »

Traiter une personne de « Béotien » équivaut à lui dire qu’elle est un peu 'rustre', sans savoir un peu fin. Mieux encore est « béotiste » ; ce n’est pas dans le dictionnaire mais « béotisme » si, et cela ajoute une pointe personnelle marquant la distanciation avec le personnage. Certains préféreront peut-être « Pharisien », ce qui signifie hypocrite. Ce mot fait référence à la culture chrétienne, alors que le précédent à l'Antiquité humaniste.

Une personne stupide ou impertinente est une ou un pécore. Une pecque est une femme sotte et prétentieuse. Une gaupe est une femme malpropre et désagréable. Il faut faire attention à ne froisser personne, car les imbéciles n’aiment pas être traités comme tels… Ils préfèrent qu’on les trouve amusants. Du reste, le grotesque est une des bases du comique… du tragique aussi… Tout cela est du domaine de la comédie ! Donc mieux vaut dire des mots qui font sourire, sans piquer afin de ne pas aggraver la situation, quitte à paraître ridicule; le principal étant que ces mots ne soient pas pris en trop mauvaise part, et que l’on ne se sente pas honteux de ce qu’ils expriment. Et puis pourquoi être méchant ? S'abaisser à l'être est de la bêtise.

Dans le cadre de la circulation sur roues, traiter un mauvais conducteur de « charretier » (conducteur de charrette) est plutôt amusant.

Les Québecois ont d’intéressantes interjections, comme « gué » qui exprime la joie, « accré » qui est un signal avertissant d'un danger et « accré gué » qui veut plus ou moins dire qu'il faut faire attention. « Acré » (méfiance !) ou « acrie », « accrès »… (l'orthographe n'est pas établie pour ce mot) était encore utilisé en France il y a quelques dizaines d’années.

Mais peut-être en connaissez-vous de meilleurs ?

Pour conclure, je me permets d'adresser aux lecteurs de cet article, bons entendeurs, l'expression de mes sentiments distingués ! Les sentiments au sens large sont tout ce que nos sens (âme comprise) perçoivent. Exprimer ses sentiments distingués consiste donc à faire part de (partager) ce que l'on possède de plus fin.

Cadoudal 05/09/2019 19:57

Monsieur ou Madame, votre site est passionnant :-)). Je vois que vous écrivez sur la Mode et son évolution à travers le temps, ce qui est un sujet particulièrement intéressant. Je vous souhaite bon succès à vos écrits. Et oui, la Politesse est tout aussi un riche et vaste sujet ! Michel Onfray a raison, nous sommes en décadence, en grande décadence sur tout avec quelques pôles d'espoir et de résistance. Que reste-t-il des bonnes manières aujourd'hui ? Pratiquement rien. Même la base à savoir : "Bonjour, S'il vous plaît, Merci et Au revoir" disparaît ! Les Français en majorité sont devenus des goujats, des rustres, des sans gênes dans le vaste royaume de la Ploucratie reine. C'est le retour à l'esprit pré-révolutionnaire dont on sait qu'elle en a été la conclusion : haine des autres, envie, jalousie, commérage-il suffit de les entendre dans les supermarchés, moquerie de tout et surtout des valeurs encore chrétiennes, regard inquisitorial dans la rue, bavardage sur tout et sur rien, déballage de ses possessions matérielles, surveillance du voisinage, etc. . . Au secours ! La France se maintient comme première destination touristique, mais pour combien de temps ! Il faudrait qu'elle perde cette place pour qu'une réflexion sur l'inculcation de la Politesse au sein des familles, de l'Ecole et de la Société puisse émerger ! Merci pour votre site qui est aussi une corne d'abondance !

La Mesure de l'Excellence 05/09/2019 20:43

Merci pour votre commentaire !
Richard LM

Merveilleuses & merveilleux