Patrimoine culturel ? Architectures RER encore et encore… Désaffection du patrimoine public au profit du privé encore et encore...

Je viens de recevoir le message électronique ci-dessus, concernant le prochain Salon international du patrimoine culturel. La photographie dit tout. Le « 57 Métal » est un bâtiment d'architecture industrielle d’un constructeur automobile français, édifié dans les années 1980 à Boulogne-Billancourt. Voilà ce que depuis quelques dizaines d’années nous réserve l’architecture française.

Cette volonté d’introduire l’architecture récente, celle que j’appelle « l’architecture RER », dans le domaine du patrimoine, était déjà présente dans le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, devenue loi en juin 2016 : dans son titre II intitulé « Dispositions relatives au patrimoine culturel et à la promotion de l’architecture ».

Ce Salon international du patrimoine culturel est organisé par Ateliers d’Art de France qui est un « syndicat professionnel des métiers d’art ». Je rappelle que « Le patrimoine culturel se définit comme l'ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine. » On est censé être dans l’art et dans l’histoire. Ce n'est pas vraiment le cas avec cette manifestation qui ne traite que d'artisanat d'art, malgré son titre général de « Salon international du patrimoine culturel ».

Les mécènes sont :

- La Fondation pour les monuments historiques, qui fait partie de la Fondation de France, un organisme privé créé en 1969 sur le modèle américain ;

- Sites & Cités remarquables de France, une association loi de 1901 ;

- La Fondation du Patrimoine, un organisme privé, dont je parle dans ces articles : Fondation du patrimoine : Le patrimoine de villes entières ‘offert’ à une fondation privée et Les jeudis du mécénat, ou comment le service public culturel organise son retrait, ou cet autre article concernant un stupéfiant décret du 3 novembre 2016 (Décret n°2016-1487) « relatif à l'affectation à la Fondation du patrimoine d'une fraction du produit des successions appréhendées par l’État à titre de déshérence ». Pour information et afin de mettre à jour le premier article, après avoir présidé cette fondation pendant douze ans, Charles de Croisset a été remplacé en avril 2017 par Guillaume Poitrinal, un spéculateur immobilier et un financier qui a commencé sa carrière chez Morgan Stanley, une banque américaine. Il est notamment le fondateur du fonds Icamap, un fonds d'investissement destiné à favoriser la croissance des sociétés foncières (sociétés commerciales créant, gérant et exploitant des portefeuilles immobiliers) de petites et moyennes tailles en Europe. Jusqu’en 2013, il était le président du directoire d'Unibail Rodamco, le premier groupe coté de l'immobilier commercial en Europe.

Dans le message, rien provenant du Ministère de la Culture français, qui ne fait que se désengager progressivement de toutes ses responsabilités, au profit d’organismes privés.

Voilà ce qu’est déjà notre présent, et ce que nous réserve notre futur.