Toujours plus de services culturels privés, toujours moins de publics !

Pendant que le Musée des tissus de Lyon est toujours dans l’incertitude concernant son avenir et que de nombreux musées attachés à la mode ont de la peine à survivre dans toute la France, les grandes enseignes françaises du luxe et de la mode créent des lieux rendant hommage à eux-mêmes. Après le musée Pierre Cardin à Paris, en octobre est prévue l’ouverture du Musée Yves Saint-Laurent toujours dans la capitale.

Dans le bois de Boulogne, le bâtiment public qui abritait le Musée national des arts et traditions populaires, le seul qui existait en France mais fermé en 2005, va être cédé (on attend l’avis du Conseil de Paris du 27 mars prochain) pour cinquante années à une société privée : LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) qui compte y mettre en avant les métiers d’arts et de l’artisanat. La Mairie de Paris parle d’un « projet culturel d’ampleur internationale », ce qui fait sourire. Surtout que quelques jours après, un autre communiqué de la mairie nous apprend que cet endroit s’appellera : « La Maison LVMH / Arts - Talents - Patrimoine » (Pub !). Il est ajouté qu’il s’agira d’une « nouvelle grande institution culturelle à Paris ». C’est ce qui s’appelle refiler le bébé public au privé ! Et toujours avec le même aplomb, le communiqué continue : « "Paris est reconnue dans le monde entier pour son patrimoine, son dynamisme culturel et ses savoir-faire dans le domaine de l’artisanat d’art. Pour conserver cette place essentielle, nous devons continuer à investir, à innover et à nous ouvrir sur le monde. C’est le sens de ce nouveau projet au retentissement international, porté par la collectivité et le groupe LVMH", a souligné Anne Hidalgo. » Et Bernard Arnault d’ajouter : « Je me réjouis que le groupe LVMH puisse contribuer à cet ambitieux projet, et permettre d’accroître, davantage encore, le rayonnement national et l’attractivité internationale de Paris, la force et la diversité de la culture de notre pays, l’excellence de son artisanat. » Rappelons que LVMH est une entreprise internationale, qui s’est entièrement construite sur le passé prestigieux français et en particulier parisien. Le Musée national des arts et traditions populaires, créé en 1937, était le premier musée consacré à la France « populaire », en particulier rurale. Il est loufoque de voir la Mairie de Paris et les gouvernements français socialistes faire des pieds et des mains pour qu’un mastodonte privé et international comme LVMH, qui n’a de français que sa marque*, détruise une partie du cœur historique de la capitale pour s’y installer (voir ici) et puisse investir un lieu public comme l’ancien Musée national des arts et traditions populaires qui était pourtant vraiment un lieu intéressant (je ne parle pas du bâtiment) et ancré dans le terroir français et ses usages et son ‘folklore’, éléments qui ont disparu ces dernières dizaines d’années à une vitesse prodigieuse. Comment est-il possible tout à la fois de détruire le patrimoine et de le conserver ? Ailleurs je lis que LVMH va investir 158 millions d'euros dans ce projet. Donc il a été détruit une partie du centre du Paris historique (La Samaritaine) pour faire des économies et des millions sont dépensés pour un projet dans lequel 50 à 80 millions sont prévus pour un désamiantage. Quelles ont été les tractations entre LVMH et la mairie pour arriver à cela ? Au passage on fait donc la connaissance d’un nouveau lieu public laissé pendant des années bourré d’amiante.

* Il y a quelques mois de cela, j’ai visité une entreprise de rubans dont une des importantes activités est de confectionner des étiquettes pour des grandes marques françaises du luxe et de la mode afin qu’elles puissent dire que cela est fabriqué en France. Il suffit qu’une partie d’un objet soit faite en France (par exemple l’étiquette pour un vêtement) pour que l’on puisse légalement dire celui-ci de fabrication française !

Angeline 11/03/2017 21:28

très beau blog sur la mode et les arts. un plaisir de me promener ici.