11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 07:53

L’ouverture des données publiques est un domaine particulièrement préoccupant. La France fait depuis quelques années, progressivement, le choix de laisser l’accès à de plus en plus de données. On pourrait se dire : « Voilà qui est bien, je vais pouvoir accéder dorénavant à des informations qui m’étaient auparavant indisponibles ». En réalité, non seulement cela ne va pas être le cas (ou de façon très anecdotique), mais en plus on devra payer pour consulter ces documents pourtant publics. Il faudra avoir les moyens d’avoir accès à ces documents et de les traiter. Seules les grosses entreprises ou les entreprises spécialisées le pourront. Et celles-ci nous feront payer des informations qu’elles auront eu gratuitement. Comme je l'ai montré dans d'autres articles sur d'autres sujets, une nouvelle fois cette ouverture va dans le sens d’une désagrégation du public au profit du privé.

Les données culturelles ne représentent qu’une petite fraction de cet immense trésor pour certaines entreprises, mais elles sont tout de même très importantes. Déjà sur internet des monopoles privés se sont constitués. Google occupe une certaine mainmise (aussi) au niveau des numérisations d’ouvrages et de documents anciens. Certains sites comme Pinterest accumulent une quantité gigantesque d’images, prises sur des sites du monde entier (musées, etc.), et cela grâce au travail des internautes qui les collectent. L'origine des images est indiquée ; mais souvent ce n'est pas la bonne. Par exemple j'ai retrouvé une quantité incalculable de mes images sur ce site avec pour liens des sites ayant utilisé celles-ci sans en donner l'origine. C'est ainsi que les droits des auteurs (en particulier ceux permettant de faire connaître ces auteurs) se diluent dans internet comme neige au soleil !

Toutes ces entreprises ont des vues financières. Un exemple : l’entreprise privée Filae a, comme l’explique un article de La Gazette des Communes (voir ici) : « profité début décembre de l'absence de mise en conformité des archives départementales avec la loi Valter pour réutiliser à des fins commerciales les données numérisées par ces départements. » Cela a « permis à l’entreprise Filae de réutiliser à des fins commerciales la quasi-totalité de l’Etat-civil français, issu du travail de numérisation des départements. »

Cette « loi Valter » a pour véritable nom : Loi relative à la gratuité et réutilisation des informations du secteur public. Le mot 'gratuité' est, je le répète, ici un leurre, car comme dans l’exemple précédemment cité, si les entreprises vont avoir accès gratuitement aux données, elles les feront payer !

De nombreuses autres questions se posent. Par exemple : Est-ce que l'on a désormais le droit de réutiliser les photographies provenant des musées et autres instances publiques ? Etc.

Ce que l’on devrait attendre du secteur public, c’est qu’il traite et diffuse lui-même ses données, en faisant attention à ce que celles-ci ne soient jamais nominatives ou personnelles. Évidemment le domaine culturel n’est pas celui qui est et va être le  plus touché ; mais il l'est et va l'être encore plus indubitablement.

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