Des restaurations décapantes

Il y a quelques années de cela, vers 2010, alors que je me promenais dans les jardins du château de Versailles, je fus étonné de voir que les statues du XVIIe siècle qui l’agrémentaient étaient toutes blanches, comme neuves… mais ravagées. En ‘restaurant’ ces statues, ou plutôt je devrais dire en les décapant, des volumes entiers de surface étaient détruits. Cela donnait une impression vraiment bizarre. Ce genre de restaurations est très commune de nos jours. On nous dit que l’on emploie un procédé qui n’attaque pas la pierre. Pourtant de visu le résultat n’est pas bon, et les sculptures nous apparaissent définitivement atteintes. D’abord pourquoi vouloir gommer le temps ? Une restauration doit faire en sorte que l’objet d’art ne se détériore pas plus, mais pas lui donner une nouvelle jeunesse, en particulier pour les statues. Nettoyer une statue ce n’est pas comme le faire d’un tableau que le peintre a préalablement protégé d’un vernis protecteur. Dans ce cas on n’attaque pas l’oeuvre. Lorsqu’on ‘nettoie’ une statue, quoiqu’on puisse dire, on touche directement à l’oeuvre.

À gauche et à droite nous avons des photographies (© Coyau, travail personnel), prises le 2 juin 2011, d’une statue des jardins du château de Versailles (cliquer sur les photographies pour un agrandissement). Il s’agit d’Isocrate, sculpté par Pierre Granier (1684-1688). L’objet est d’une blancheur totalement glauque. De près, toute la finesse de la statue a disparu. Et c’est comme cela pour presque toutes les statues en pierre des jardins du château !

En 2015 une polémique a surgi concernant la restauration de la Cathédrale de Chartres. Voir article du Figaro ici. La réponse de l’ancien architecte en chef des Monuments historiques, en charge de ce chantier de 1998 à 2013, est étrange (voir ici). Il fait comme si la cathédrale de Chartres était à l’origine d’un blanc éclatant, et feint d’ignorer qu’elle était entièrement peinte de couleurs (les sculptures, les murs, les voûtes, les piliers, etc.). La décaper ainsi, c’est ne laisser aucune chance aux méthodes futures pour découvrir quels étaient ces revêtements, c’est effacer le temps et abîmer irrémédiablement. Et puis ce n’est pas du tout revenir à l’original !

Dernièrement un ami me parlait de l’Abbaye Notre Dame de Jouarre. Quelle surprise lors de mes recherches sur ce monument de retrouver cette blancheur décapante.

Photographies ci-dessous de chapiteaux de la crypte, (© GFreihalter - travail personnel). Un chapiteau médiéval (peut-être mérovingien) prend le même aspect qu’une statue du XVIIe siècle. Là aussi ces oeuvres étaient sans aucun doute à l’origine peintes.

Il y a quelques jours, je croisais au musée du Louvre des statues du XVIIe siècle et du début du XVIIIe pareillement restaurées. Bien sûr la pollution a beaucoup abîmé ces sculptures. Elle ne fait qu’augmenter, notamment à Paris. Voir l’article : Pollution de l'air : la mise en danger des bâtiments et monuments anciens.

Parfois ce sont toutes les pierres qui sont changées et même des statues, comme celles (du XIXe siècle) de la Tour Saint-Jacques (voir l’article La tour Saint-Jacques de Paris). Des exemples, il y en a une foule. Dans l'article sur la pollution ci-avant mentionné, je donne l'exemple de toutes les façades du palais du Luxembourg (Sénat), à Paris, entièrement remplacées, pierre par pierre, plusieurs fois depuis l’origine (XVIIe siècle). À l'intérieur, presque toutes les décorations du XVIIe siècle ont disparu.

Pourquoi s’acharner à tout rendre neuf ? La piscine Molitor a été entièrement détruite, sauf la façade (voir le passage de cet article lui étant consacré). Une journaliste, pourtant reconnue pour défendre le patrimoine, m’a répondu que ce n’était pas grave, puisqu’on l’a démolie pour la reconstruire presque à l’identique !

Ces pierres que l’on remplace, ou que l’on blanchit maniaquement, ont pourtant beaucoup de valeur. Un exemple (photographies ci-dessous) : Le 25 novembre prochain à Drouot-Richelieu, à Paris, sera vendue une Paire de colonnes du XVIe siècle, provenant du Pavillon central du Palais des Tuileries, estimée entre 250 000 et 300 000 €.

isocrate 28/11/2016 23:21

jacques du Vignaux 28/11/2016 21:54

http://www.helleu.org/images/huile_29.jpg