Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (21).

La critique est-elle constructive ? Je pense que oui, si justement elle est faite dans cet esprit de construction, de développement. On doit y introduire le moins possible d'ego, de projections. Il est nécessaire de réaliser qu'une version personnelle est obligatoirement très... très partielle. La critique est un rempart aux totalitarismes. Elle nécessite cependant de la mesure... comme en toutes choses.

Le Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine est passé la semaine dernière en Commission Culture de l'Assemblée nationale pour sa seconde lecture. Comme je l'avais prévu et dit, le Gouvernement est revenu sur des avancées du Sénat. Il a déposé soixante-huit amendements dont soixante ont été adoptés, sabotant une partie du travail intéressant de la Haute assemblée, par exemple en revenant sur les possibilités données au Gouvernement de légiférer par ordonnances en dehors de toute démocratie que la Haute assemblée avait supprimées, notamment l'article 30 habilitant le Gouvernement à légiférer par ordonnance pour modifier et compléter le code du patrimoine, ceci sans qu'aucun député n'exprime son désaccord. En tout cent cinquante-trois amendements ont été adoptés en commission.

Alors que les modifications du Sénat étaient très loin d'agir contre les 'bombes' qui continuent de détruire nos bâtiments anciens dans toute la France et la désagrégation de la culture en France, le Ministère de la Culture est revenu sur des progrès engagés.

Le nouveau thème dont tout le monde parle, permettant de noyer le poisson et de ne pas approfondir les vraies questions est celui des éoliennes. L'article 33 bis A introduit par le Sénat voulait rendre obligatoire l’avis conforme de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) pour tout projet d’éolienne visible depuis ou avec un monument historique situé dans un rayon de dix kilomètres. Cet article a été modifié par l'Assemblée nationale (voir ici l'amendement adopté). Des éoliennes, cela se monte et se démonte... Mais les bâtiments anciens détruits ne peuvent être reconstruits par nos pères, ceux qui les ont élevés. Et puis il y a beaucoup d'autres architectures laides qui entourent certains monuments historiques.

L'organisation inepte, ou plutôt la désorganisation entreprise par le Ministère de la Culture va permettre notamment d'accentuer la destruction du patrimoine architectural français. Des bâtiments prestigieux ne seront pas transmis aux générations futures. Alors qu'ils ont été construits pierre par pierre, on les détruit ou les remplace par du béton en ne gardant principalement que les façades. C'est un peu comme si on démolissait toutes les pierres précieuses d'un diadème pour les remplacer par du toc tout en gardant l'ossature. On perd ainsi la qualité de ces bâtiments, leur intégrité, leur âme... Ces derniers jours j'en ai donné trois exemples : Le Grand Hôtel Dieu de Lyon (entièrement classé Monument historiquement mais largement détruit et restructuré), La place Vendôme à Paris (avec certains bâtiments classés détruits de l'intérieur) et le 114 rue Oberkampf où l'on constate que l'on ne peut pas compter sur le Ministère de la Culture et la Commission du Vieux Paris. Dans les mois et années précédents j'ai exposé beaucoup d'autres cas. Depuis plusieurs mois je cherche du temps pour présenter le cas de la Samaritaine particulièrement représentatif.

Je ne peux en effet pas passer beaucoup de temps sur tous ces sujets, et notamment sur ce projet de loi qui est particulièrement technocratique et demanderait du temps plein. Mais le passage à l'hémicycle de l'Assemblée nationale nous donnera un aperçu de ce que sera finalement cette loi, cette assemblée ayant le dernier mot. Il est possible de voir en direct ici les séances de ces lundi 21 (16h et 21h), mardi 22 (fin d'après-midi et 21h30) et mercredi 23 mars (fin d'après-midi et 21h30).

Pour finir cet article, un aparté : Au sujet des associations et autres organisations représentatives, savez-vous que les lois étant de plus en plus technocratiques et difficiles à comprendre, celles-ci dans le cadre d'un tel projet de loi (ou une proposition de loi évidemment) doivent dépenser des fortunes pour engager des avocats et autres professionnels pour suivre au jour le jour ce qui se trame et rédiger leurs amendements avec l'espoir que ceux-ci seront présentés par un ou plusieurs députés ou/et sénateurs ? Au niveau des journalistes professionnels cela doit être aussi difficile à suivre. Seules les organisations ayant beaucoup d'argent forment de véritables groupes de pression ; comme c'est particulièrement le cas au niveau de l'Union européenne. On peut imaginer par exemple quel pourrait être dans le cadre de ce projet de loi l'influence de l'industrie du bâtiment face aux associations et autres organisations défendant le patrimoine ancien !