Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien

 

 

L'exposition Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien a commencé au Musée des Arts et Civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques (Musée du quai Branly) le 16 février, et se poursuivra jusqu'au 15 mai 2016. C'est un nouveau moment important que nous offre ce musée avec ce sujet.

Un jour j'ai demandé à une hôtesse de l'air de mes connaissances ayant voyagé dans le monde entier, quels étaient les plus beaux pays où elle s'était rendue. Elle m'a répondu l’Équateur et je crois le Kenya. Cette contrée d'Amérique latine doit être particulièrement belle ! C'est aussi un pays qui dernièrement nous a très agréablement surpris avec son président (jusqu'en 2017), Rafael Vicente Correa Delgado, qui est peut-être le seul au monde à avoir refusé d'enterrer son pays sous une dette qui permet aux pouvoirs financiers mondiaux de tenir les pays sous leur joug, comme en France. Dès son premier mandat celui-ci a simplement communiqué que la dette extérieure ne serait pas honorée par son pays, ce qui lui a permis de faire drastiquement baisser son taux et de la racheter. C'est aussi le seul pays à avoir accepté de protéger Julian Assange dans son ambassade de Londres !

Mais revenons-en à l'exposition. Je l'ai parcourue dans ses détails. Elle a été conçue par l’archéologue équatorien Santiago Ontaneda-Luciano, qui a rassemblé ici 265 objets d'avant la conquête espagnol (vers 1532) datant pour la plupart entre 500 avant J.C. et 500 après. Ils appartiennent à quatre cultures de la côte équatorienne : Chorrera, Bahia, Jama-Coaque et Tolita, et sont issus des collections des musées nationaux de Guayaquil et Quito.

Cette exposition est centrée sur le chamanisme qui avait un rôle primordial dans ces sociétés. Ce qui est étonnant c'est que la plupart des objets présentés sont des céramiques. Ils sont issus de la Terre, Pachamama, qui comme l'écrit le directeur du musée en introduction du dossier de presse est « considérée comme une mère, pourvoyant aux besoins de l’être humain et devant être traitée avec respect et honneur ». La plupart de ces terres cuites contiennent des trous ; certaines ont été volontairement rituellement cassées (les bras par exemple) ; enfin la plupart étaient utilisées... vivaient ; on pouvait en soutirer des sons, même une âme et avaient des usages rituels. Lors de la présentation aux journalistes de l'exposition, des démonstrations de l'utilisation de tels objets nous ont été offertes, redonnant vie à ces céramiques utilisées aussi pour leur musique et sans aucun doute pour beaucoup d'autres usages religieux... magiques.

L'exposition commence par nous expliquer la mythologie de cette 'religion naturelle' dans ses fondements et sa division en trois mondes : « Le monde extérieur ou céleste, composé des astres. L’inframonde ou le monde intérieur, peuplé de défunts, d’esprits des montagnes, grottes et cascades représentés par des êtres mythiques. Enfin, au milieu de ces deux mondes, le monde terrestre, celui des êtres humains et des animaux. » À travers les premiers objets révélés ce sont les âmes mythiques des animaux coutumiers ou chimériques qui sont dévoilées.

La seconde partie est centrée sur « le savoir sacré ». Comme il est écrit : « Le savoir sacré conférait au chamane un autre niveau de conscience. Le processus mental à l'oeuvre était destiné à éliminer l'ego, et à réduire la conscience ordinaire pour l'homme, du corps physique et des cinq sens qui lui donnait accès à la connaissance d'une autre dimension de la réalité. Les chamanes étaient donc les détenteurs d'une conscience incorporée, intégrée et active de sorte que c'était toujours elle qui s'exprimait, agissait et commandait. » Pour illustrer cela on commence par des personnages prenant des poses de méditation. J'y ai retrouvé des exercices de yoga à la manière de ceux pratiqués en Inde ou au Tibet, de véritables outils de passage vers des réalités autres ou peut-être plus sûrement d'autres réalités de notre esprit.

Les objets rappelant l'usage des plantes sacrées sont encore des témoignages de telles pratiques. C'était amusant d'écouter le commissaire de l'exposition nous expliquer la manière d'utiliser la coca ou d'autres plantes hallucinogènes.

Ensuite on nous transporte dans l'art de la parure, du chamane orfèvre, des lieux de culte.

Après le savoir sacré, il est question de l'exercice de ce savoir à travers des rites d'initiation, des rites sacrificiels, ou propitiatoires avec le chamane chasseur ou le chamane agriculteur.

On aborde, toujours avec des céramiques d'époque et des pbjets en pierre..., les rituels de guérison, l'astronomie, les rites funéraires et ceux où le chamane fait le lien avec la divinité. On apprend par exemple que certains miroirs servaient pour passer dans d'autres réalités !

On remarque que les femmes sont aussi présentes que les hommes et cela dans presque tous les types de représentations.

Afin de donner vie aux objets certains étaient couverts d'une peinture iridescente offrant des tons spéciaux à la lumière ou avec l'eau. C'était un autre moyen d'entrer en contemplation par ces céramiques sans doute utilisées comme outils de méditation lors de rituels.

Je dois dire que s'il n'y avait pas une partie sur les sacrifices humains où des guerriers ennemis étaient affamés puis sacrifiés, j'aurais trouvé les mœurs équatoriennes d'alors particulièrement belles dans leurs relations avec l'environnement. Ceci dit aujourd'hui encore les guerres sévissent et la peine de mort est toujours d'actualité dans des pays dits civilisés.

En annexe à cette exposition sont présentées de récentes découvertes en Amazonie occidentale équatorienne prouvant que se trouvent là aussi un autre berceau de civilisation.

Un peu plus loin sont exposées quelques photographies, de 1900-1930, rappelant la christianisation de ces peuplades, une christianisation qui est un épisode particulièrement triste dans leur histoire.

Personnellement j'ai toujours tanguer entre une 'philosophie naturelle' rappelant l'âge d'or, et une civilisation progressiste emprunte de justice ; deux civilisations qui pourraient n'en faire qu'une avec un peu d'intelligence.

C'est vraiment une chance de pouvoir ainsi voyager dans le temps et l'espace à travers cette exposition sur les Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien, comme on a pu le faire pour d'autres sujets dans ce musée ces dernières années avec le fleuve Amour, les arts de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Mayas, les Incas, etc.