Mort ou Renaissance ?

L'exposition Le Roi est mort se déroule du 27 octobre 2015 au 21 février 2016 au château de Versailles (salles d'Afrique et de Crimée). Elle mêle des objets d'exception nombreux (trésor de Saint-Denis etc. etc.) à une mise-en-scène d'une théâtralité grandiloquente, lugubre et dépensière. On peut parler d'exposition décadente du fait de ce mélange de richesses (objets et argent) et de bêtise. On est dans le degré zéro de l'imagination commémorative (trois-centième anniversaire de la mort de Louis XIV) : dans une sorte de fête d'halloween ou gothique, remettant une énième couche sur la mort de Louis XIV, en essayant de nous la faire revivre fidèlement depuis son agonie jusqu'à sa mise au tombeau en passant par son autopsie et son embaumement etc. Un roi français mort c'est beaucoup plus tolérable qu'un vivant. C'est sans doute pour cela que l'exposition se nomme « Le roi est mort » et non pas « Le Roi est mort ! Vive le Roi ! » selon l'expression consacrée. Certes les reconstitutions présentées sont fidèles à la réalité, même sans doute aussi grandioses, mais pourquoi n'avoir pas mis autant d'énergie à fêter 1515 et la Renaissance française ou d'autres événements bien plus positifs ?

Mis à part l'aspect théâtral d'un drame tragique on est dans le vide intellectuel... ce dont le château de Versailles comme le Louvre nous ont habitués ces dernières années. Cette commémoration aurait pu être l'occasion d'un exercice de style habile et éducatif sur l'histoire de France ; par exemple en évoquant la mort et la renaissance, puisque le millième anniversaire de la naissance de la Renaissance française est bien plus marquant dans l'histoire de ce pays que le trois-centième de la mort de Louis XIV ; de dire avec humour « Vive le Roi » comme on dirait « Vive le futur », « vive les beaux-arts », « vive la vie » ; de donner une perspective, une vigueur, un élan ! Malgré le travail réalisé et le nombre des objets présentés, dans cette exposition ce n'est que la mort théâtralisée, la morbidité et une décadence bien réelle...

Photographies ci-dessus en haut : Portrait équestre de Louis XIV de vers 1673 par René Antoine Houasse (~1645-1710).

Photographie de gauche : Détail d'un médaillon en bronze de Martin Desjardins (1685) faisant partie des vingt-quatre médaillons qui ornaient le monument érigé à la gloire de Louis XIV, place des Victoires à Paris, exaltant les hauts faits du règne.