Le Grand Trianon de Louis XIV à de Gaulle

Du 18 juin au 8 novembre 2015 une nouvelle exposition est visible au Grand Trianon de Versailles intitulée Le Grand Trianon de Louis XIV à de Gaulle. Celle-ci n'est pas très grande, mais a le mérite de présenter quelques œuvres intéressantes et surtout de donner une vision de l'utilisation de ce lieu, depuis sa construction jusqu’à 1960, à travers des plans, des gravures, des dessins et autres objets d'art d'époque évoquant l’histoire des aménagements et des transformations du bâtiment et les personnalités qui l'ont côtoyé.

En 1668 Louis XIV fit l'acquisition du village de Trianon afin d'agrandir son domaine de Versailles. Il rasa le lieu et y fit construire un premier palais : « Le Trianon de porcelaine ». Louis Le Vau puis François d'Orbay en furent les architectes. Les jardins furent tracés par un neveu de Le Nôtre, Michel III Le Bouteux. Le lieu devait être féerique.

Le pavillon central, de style « chinois » et les quatre petits pavillons secondaires étaient couverts de faïences bleues et blanches, imitant la porcelaine asiatique, commandées aux manufactures de Delft, Rouen, Lisieux et Nevers, et étaient décorés d'éléments d'architecture et de sculptures multicolores dans le même matériau. La céramique se retrouvait aussi dans le jardin (fonds des bassins etc.) et à l'intérieur du palais, donnant un ensemble particulièrement harmonieux, une concordance de couleurs qui se poursuivait dans le jardin luxuriant et odoriférant, qui faisait donner à l'édifice l'autre nom de « Palais de Flore ». Le duc de Saint-Simon écrivit que « rien n’était si magnifique que ces soirées à Trianon, tous les parterres changeaient tous les jours de compartiments de fleurs, et j’ai vu le Roi et toute la cour les quitter à force de tubéreuses dont l’odeur embaumait l’air, mais était si forte par leur quantité que personne ne put tenir dans les jardins, quoique très vastes et en terrasses sur un bras du canal ». Ce jardin luxueux était continuellement fleuri d’espèces rares, colorées et très odorantes. Pour cela on faisait venir des fleurs de toute la France (essentiellement de Provence) et de l’étranger (tulipes de Hollande, jasmins d’Espagne). Assortis aux lys royaux, ces milliers de jonquilles, anémones, cyclamens et autres jacinthes faisaient des parterres un véritable camaïeu bleu, blanc, rouge : les couleurs du Roi et de la Vierge. Des orangers étaient plantés en pleine terre, du côté du canal, qu’il fallait chaque hiver couvrir avec des vitres. Deux galeries de treillages encadraient ce jardin, l’une d'elle menant au cabinet des parfums, petite bâtisse un peu à l’écart où l’on venait profiter des senteurs des fleurs.

La faïence se détériorant rapidement au contact du gel, l'entretien du Trianon de porcelaine s'avèra très difficile. En 1687 on décida de le remplacer par un Trianon de marbre construit par Hardouin-Mansart, qui y éleva un palais à l’italienne composé d'un seul rez-de-chaussée (certains appartements sont en étage mais dissimulés dans l'ensemble) s’étendant en une succession d’ailes de couleurs or et rose (marbre rose du Languedoc). La réalisation du péristyle fut confiée à Robert de Cotte. L’intérieur, entièrement blanc, était orné de boiseries, plusieurs fois remaniées. Les peintures, en particulier sur le thème des Métamorphoses d’Ovide, étaient réalisées par Charles de La Fosse, François Verdier, René-Antoine Houasse, Noël et Antoine Coypel, Louis et Bon Boullogne, Bertin, Marot, Martin, Allegrain ou encore Jean Jouvenet. La galerie était ornée de vues des bosquets de Versailles par Jean Cotelle. Ces tableaux sont de véritables joyaux par leurs couleurs surtout. Aujourd'hui il en manque quelques-uns et d'autres ont été remplacés par des fac-similés (des photographies grandeur nature), ce qui ne me semble pas un choix judicieux, le mélange d'oeuvres exceptionnelles à des reproductions de pacotille en disant long sur l'état d'esprit actuel... J'ai déjà fait remarquer dans cet article Thé, café ou chocolat ? qu'il est déplorable de voir de plus en plus utilisés dans les expositions des fac-similés de dessins ou gravures. Il s'avère donc qu'on utilise aussi ce procédé dans les musées pour les peintures.

L'exposition Le Grand Trianon de Louis XIV à de Gaulle se déroule pendant que sont entrepris des travaux de restauration (commencés en janvier de cette année) des parties réaménagées par le général de Gaulle au premier étage (ses appartements). Ces pièces seront ouvertes dans quelques mois pour une seconde exposition prolongeant cette première. Celle-ci s'intéressera particulièrement à l'utilisation du Grand Trianon par nos politiques ces dernières quelques dizaines d'années. Je crois qu'il faudra s'attendre une nouvelle fois à un encensement de la dictature qu'est la République populaire de Chine. Rappelons que la manifestation organisée à Versailles pour fêter le cinquantième anniversaire de la reconnaissance de la Chine populaire par le général de Gaulle, le 27 mars 2014, a été une véritable honte pour la France. À cette occasion un dîner a été offert dans le Salon des jardins du Grand Trianon par le président François Hollande au président chinois Xi Jingping et à son épouse. Dans le dossier de presse il est indiqué, j'espère avec humour, que « Cet événement a permis au Grand Trianon de renouer avec son passé républicain », ce qui montre, si besoin est, que nous sommes à une époque particulièrement sombre de notre propre histoire ! Rappelons aussi que les campagnes de répression de l'ère Mao Tsé-toung (1893-1976) ont fait des millions de morts. Seulement pour la Révolution culturelle (qui commence en 1966) on parle de cent millions de personnes victimes de soucis à cette époque, presque chaque famille ayant eu au moins la disparition d'un membre à déplorer. Quant à aujourd'hui, la démocratie n'y est toujours pas d'actualité, le Tibet toujours envahi, la censure de masse toujours présente, etc. etc. Pour continuer sur ce lugubre sujet, savez-vous que dernièrement le gouvernement français a autorisé la police de la République populaire de Chine à se rendre et évoluer librement en France afin de surveiller ses ressortissants venus faire les touristes dans notre pays ?

Première photographie prise à l'extérieur du Grand Trianon, entre des piliers de la galerie extérieure donnant d'un côté sur les jardins, de l'autre (image) sur la cour.

Seconde et dernière photographies : Vue des parterres de Trianon avec Zéphyr et Flore par Jean Cotelle (1645-1708). Gouache sur traits de pierre noire. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. « Ayant reçu commande en 1688 de tableaux représentant les jardins de Versailles destinés à décorer la galerie de Trianon, Jean Cotelle donna d’abord des modèles peints à la gouache. Sur ce dessin montrant les parterres de Trianon, qui fut également peint à l’huile pour la galerie, on remarque que le château était à l’origine surmonté de groupes sculptés, qui furent détruits à partir de 1810. Les massifs, très denses et touffus, étaient aux couleurs du roi, et des arbres y étaient plantés en pleine terre. Les personnages de Zéphyr et Flore, souvent représentés dans les décors peints de Trianon, évoquent parfaitement l’esprit de ce château de campagne qualifié de palais de Flore. »

Troisième et quatrième photographies : Apollon et Thétis par Jean Jouvenet (1644-1717). Huile sur toile. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. « Commandé pour le Cabinet de repos de l’appartement Madame de Maintenon au Grand Trianon, ce tableau fut achevé en 1701. Son sujet fut plusieurs fois traité par les artistes à Trianon. En effet, Jean Jouvenet, François Verdier et Charles de La Fosse en donnèrent également une version. Très révélateur de l’esprit du château, Apollon est en effet l’image de Louis XIV, le Roi-Soleil, rendant visite à sa maîtresse Thétis. Trianon est donc le château des amours du roi, contrairement à Versailles où règne un souverain en gloire. Le décor peint de Trianon fut puisé dans les Métamorphoses d’Ovide, principalement axé sur les déesses transformées en fleurs, donnant ainsi un sens supplémentaire au surnom de « palais de Flore » qui fut donné au château. Comme la plupart des tableaux de Trianon, celui-ci fut ôté à la Révolution. Exposé au musée spécial de l’École française, créé à Versailles en 1797, il fut ensuite envoyé au musée de Caen en 1804. Il ne rentra à Trianon que dans les années 1960, comme tous les autres tableaux de la commande, lors de la restauration entreprise à la demande du général de Gaulle et d’André Malraux. »