Charles de la Fosse, les Amours des dieux.

La ville de Nantes propose en ce moment deux intéressantes expositions, l'une sur les peintres Flamands et Hollandais des XVIe et XVIIe siècles, et une autre sur Charles de la Fosse, peintre contemporain de Louis XIV. Je reviendrai dans un prochain article sur la première. La seconde, intitulée Charles de la Fosse, les Amours des dieux, se déroule du 19 juin au 20 septembre 2015 dans la Chapelle de l'Oratoire, lieu du XVIIe qui convient à un artiste de ce siècle. Cette exposition présente moins de tableaux que dans celle du château de Versailles Charles de la Fosse (1636-1716) : Le triomphe de la couleur qui s'est clôturée le 15 mai dernier. Cependant les œuvres sont présentées avec plus d'espace, offrant davantage de résonance à leurs dimensions honorables, et surtout avec une lumière principalement naturelle, sans les projecteurs qui à Versailles donnaient de vilains effets de clairs-obscurs.

Charles de la Fosse est un peintre particulièrement intéressant, un arbre qui je l'espère permettra pour beaucoup de (re)découvrir toute la forêt de la peinture française de la seconde partie du XVIIe siècle, abondante, très riche, novatrice, et dont de nombreux artistes de qualité sont encore trop peu connus.

D'abord c'est un peintre ayant une grande pratique et une parfaite maîtrise technique de son art. Ses ébauches nous dévoilent un dessin sûr aux tracés marqués. Cette vigueur et cette accentuation des contours restent présentes dans ses peintures bien que les traits soient remplacés par un léger sfumato en dégradés précieux. Les volumes sont ainsi doucement accentués de même que par les couleurs. La délicatesse des corps, la luminosité de nacre qui en jaillit, l'expressivité des visages, la douceur des gestes portés par des couleurs flamboyantes, la qualité des coloris, des drapés, l'élégance des formes, les gestes accentuant la lascivité et l'abandon, et la distinction des thèmes sont mis en valeur par les contrastes d'arrière-plans 'tournoyants', souvent plus sombres.

Les corps sont d'une sensualité galante que l'on retrouvera au XVIIIe siècle par exemple chez François Boucher (1703-1770). Les drapés sont velouteux, soyeux et parfois aériens, comme dessinés par un zéphyr ou une suave brise. Ils mettent en valeur les corps par les déshabillés qu'ils forment autour de ceux-ci. Parfois ils semblent se fondre en eux afin de dévoiler, sans le faire directement, les parties les plus intimes. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la mythologie est le seul moyen de représenter ouvertement des corps nus ou à demi nus, des poitrines offertes, des genoux... Sous les traits d'une Vénus, d'un Apollon ou d'un autre dieu, les contemporains pouvaient reconnaître sans doute des portraits galants. C'était souvent un jeu de se faire ainsi représenter, une sensualité drapée sous des références mythologiques. Ces « amours des dieux » étaient alors ceux des commanditaires !

Au-delà de la maîtrise picturale et de la galanterie légère de ces œuvres, il y a une réelle originalité démarquant Charles de la Fosse d'un classique Nicolas Poussin (1594-1665) ou d'autres artistes du Grand Siècle et annonçant le XVIIIe avec son insouciance, son élégance plus légère, ses putti grassouillets, ses corps lascifs davantage offerts et ses scènes plus 'bourgeoises'.

Cet artiste, d'une tendre et légère densité, est tout entier dans le plaisir sensuel de la composition de sa peinture, dans sa recherche de nouveauté, son modernisme. On peut aussi mettre son œuvre en parallèle avec les thèmes et la musique de l'opéra qui naît véritablement en France avec Lully dans les années 1670, ce que fait la dernière partie de l'exposition.

Deux premières photographies : « Clytie changée en tournesol par Apollon, Charles de La Fosse, 1688. © Château de Versailles, Dist. RMN /Jean-Marc Manaï. »