Mannequins d'artiste et de mode

Le mannequin est un sujet passionnant pour une personne comme moi qui s'intéresse à la mode et à l'art. C'est souvent le premier modèle qu'utilise un peintre autrefois (au XXe siècle on a la photographie). Il est à l'ossature de l'oeuvre. Dans la mode, c'est un être de présentation et de représentation comme le sont les mannequins vivants. Il est dans le prolongement des estampes, photographies, films et vidéos de mode, et encore très présents dans les devantures et à l'intérieur de boutiques de fringues (il s'agit d'un mot très ancien dont je reparlerai). Dans l'exposition Mannequin d’artiste, Mannequin fétiche, qui se déroule au Musée Bourdelle du 1er avril au 12 juillet 2015, plusieurs d'entre eux sont présentés. Selon moi celle-ci est intéressante pour les quelques modèles anciens qui y sont montrés et surtout un mannequin d'exposition du XVIIIe siècle portant une robe à la française de vers 1765. Il provient de Pelham Galleries. On peut le voir ici (la photographie de fin de cet article vient de cette page). D'après la description (en anglais), ce mannequin de mode serait le seul grandeur nature aujourd'hui connu du XVIIIe siècle qui nous soit parvenu. On en aurait un exemple dans une gravure ayant pour légende « La Couture ou Belle Promesse est de peu d’effet » contenue dans un almanach publié en 1784 intitulé Les Belles Marchandes, Almanach historique, proverbial et chantant. Cela pourrait être ce qu'on appelle la Grande Pandore. Voici ce qu'on peut lire dans un forum sur La Grande Pandore & la Petite Pandore : « Bien avant les défilés de mode que nous connaissons aujourd'hui, deux poupées, la Grande Pandore et la Petite Pandore, tenaient le rôle de « mannequins » aux 17e et 18e siècles, et présentaient les derniers vêtements à la mode aux élégantes. Il paraîtrait qu'elles étaient en usage dès le 14ème siècle [...]. Ces poupées, à tête et membres en papier mâché et corps de bois, voyageaient de cour en cour et avaient la haute mission de porter dans les provinces et à l'étranger les modèles du bon goût français et de l'élégance parisienne, donnant ainsi aux nobles dames une idée exacte de la mode de Paris, dont elle étaient les ambassadrices. »

Donc rien que pour la voir, cela vaut la peine de se rendre à l'exposition dont on peut cependant regretter la grande part donnée au fétichisme.

À noter aussi une reconstitution de la machine en bois que Nicolas Poussin (qui est le sujet de l'exposition du Louvre Poussin et Dieu) utilisait pour peindre, lui permettant de voir comment la lumière jouait sur ses figurines en cire et leurs drapés.

Photographie de gauche : « Anonyme, Allemagne, milieu du 16ème siècle. Gliederpuppe, vers 1550. Statue en buis. © Collection privée, Londres. »

Photographie de droite : « Anonyme, Italie, fin du 18ème siècle - début du 19ème siècle. Mannequin néoclassique, vers 1810. Bois et articulations de métal, tête et corps peints à l’huile. © Accademia Carrara, Bergame. »

Photographie ci-dessous : Anonyme, France, vers 1765. Mannequin de mode en robe d'époque, de 175 cm de hauteur. © Pelham Galleries.