Velázquez

Les expositions au Grand Palais à Paris sont généralement importantes par le nombre d'oeuvres mises en scène. Celle qui se déroule du 25 mars au 13 Juillet 2015 sur Velázquez ne déroge pas à la règle. Plus de cent tableaux de Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660) ou de peintres de son époque y sont présentés. Il s'agit d'une « rétrospective complète » de l'artiste espagnol « depuis ses débuts à Séville jusqu’à ses dernières années et l’influence que son art exerce sur ses contemporains. Elle se donne en outre pour mission de porter les principales interrogations et découvertes survenues ces dernières années, exposant, dans certains cas pour la première fois, des œuvres récemment découvertes (L’Education de la Vierge [New Haven, Yale Art Gallery] ; Portrait de l’inquisiteur Sebastian de Huerta [collection particulière]). »

Le parcours est bien balisé. On commence avec l'entrée de Diego Velázquez, à l'âge de douze ans, dans l'atelier du peintre et théoricien Francisco Pacheco (1564-1644) à Séville, dont des œuvres sont exposées ainsi que certaines de son disciple. En 1617 il épouse sa fille. À Madrid il découvre le caravagisme que des peintures de différents artistes et de lui-même mettent en valeur, et compose ses premiers portraits officiels. En 1623 il est nommé peintre du Roi. En 1630 il se rend en Italie. De retour il se met au service des ambitions de Philippe IV, roi d'Espagne de 1621 à 1665, composant de nombreux portraits royaux de lui et sa famille, en particulier de son fils Baltasar Carlos (1629-1646). C'est alors qu'entre en scène Juan Bautista Martínez del Mazo (vers 1605-1667) dont de nombreuses peintures sont exposées, en particulier dans la dernière partie. Celui-ci est aussi l'élève de Francisco Pacheco, puis le premier assistant de Diego Vélasquez, dans l'atelier duquel il entre en 1631, et dont il épouse une des filles en 1633. Protégé par son beau-père il intègre la cour du roi. Le second voyage du peintre en Italie a pour objectif l'acquisition d'oeuvres antiques et modernes pour les réaménagements voulus par Philippe IV à l’Alcázar. Durant cette période il exécute notamment le portrait du souverain pontife et ceux de plusieurs membres de son entourage, dont la plupart sont exposés. À son retour en Espagne en 1651, il reprend les portraits royaux. Il est aussi à la tête d'un large atelier « dont la tâche principale est de dupliquer les portraits royaux à partir d’originaux ou de prototypes fournis par le maître ». L'exposition se termine par des œuvres de peintres influencés par celui-ci et en particulier de son gendre, avec en épilogue deux autoportraits de Diego Velázquez et une grande de ses huiles sur toile non achevée intitulée Cheval blanc (1634-1638).

Assurément Velázquez marque un tournant dans la peinture occidentale. Je ne peux m'empêcher de faire la comparaison avec l'exposition sur François Premier que j'ai vue hier. D'abord par le grand espace offert à la première et l'exiguïté accordée à la seconde. Ensuite le nombre important de journalistes invités au Grand Palais et le petit nombre à la BNF. Et puis la peinture, avec d'un côté des portraits de François 1er d'une finesse de détails incroyable, notamment dans les tissus, alors que chez le peintre espagnol on a l'impression que la dentelle est peinte presque au couteau. J'exagère bien sûr ; et ce n'est pas le seul à son époque à peindre ainsi. Mais son oeuvre me semble plate, sans relief, même si, comme on peut le lire dans le dossier de presse, « Depuis l'Italie, il réussit à emplir d'atmosphère ses compositions, à faire circuler l'air autour de ses modèles ». Évidemment je n'y connais pas grand chose en peinture.

Première photographie de gauche : Vénus au miroir de Diego Velázquez. Huile sur toile de vers 1647-1651, de 122,5 x 177 cm. Londres, the National Gallery. © The National Gallery.

Photographie de droite : Portrait de l’infante Marguerite en bleu par Diego Velázquez datant de vers 1659. Huile sur toile de 127 x 106 cm. Kunsthistorisches Museum, Vienne. © Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Photographie de gauche : Huile sur toile de 34,3 × 40 cm représentant L’Infante Marie-Thérèse par Diego Velázquez et datant de vers 1652. New York, The Metropolitan Museum of Art. © The Metropolitan Museum of Art, dist. Rmn-Grand. Palais / Malcom Varon.

Cela faisait longtemps que je n'étais pas rentré dans la partie du Grand Palais où se déroule l'exposition. J'ai été choqué d'y retrouver ce que j'appelle de l'architecture RER. Si la façade de l'entrée par l'avenue du Général Eisenhower est d'origine, typique 'fin de siècle' (fin du XIXe), l'intérieur est devenu entièrement contemporain, avec ses escaliers roulants et son béton. Trop de vieux monuments français sont ainsi dénaturés partiellement ou presque totalement (voire totalement) à l'intérieur. En passant devant l'Hôtel Crillon (XVIIIe siècle) de la place de la Concorde, qui depuis quelques années est en travaux bien cachés derrière des bâches, comme l'Hôtel Lambert (XVIIe siècle) ou l'Hôtel Tubeuf (XVIIe siècle : site Richelieu de la Bibliothèque nationale), je me suis à nouveau posé la question de savoir ce qu'on peut bien faire dans ces monuments pour que cela nécessite autant de temps et des grues sans cesse en mouvement : des escaliers roulants, des garages avec ascenseurs pour limousines, des supermarchés, du Jean Nouvel ... ?

Photographies ci-dessous que j'ai prises ce matin à l'extérieur et l'intérieur de la partie du Grand Palais où se trouve l'exposition Velázquez. Dedans il n'y a aucune référence au XIXe siècle, pas une oeuvre d'art, pas une rampe d'escalier d'époque … mais de l'architecture RER froide.

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