Charles de la Fosse (1636-1716) : Le triomphe de la couleur.

Du 24 février au 24 mai 2015, le Château de Versailles présente Charles de La Fosse, avec un parcours dans le palais et une exposition intitulée Charles de La Fosse (1636-1716) : Le triomphe de la couleur. On y accède seulement avec un billet de visite du château.

L'itinéraire commence avec les décors composés en partie par ses soins de la Chapelle royale puis du Salon de Diane et celui d'Apollon restauré en 2014. Ensuite on traverse la Galerie des glaces avant de prendre une porte à la dérobée où nous accueille un portrait de l'artiste derrière lequel sont accrochés une quarantaine de ses peintures et une trentaine de ses dessins provenant de collections françaises et étrangères, publiques et privées.

Il s'agit de la première exposition monographique consacrée à cet artiste. Si on peut regretter le choix de présenter les œuvres sur des fonds colorés unis ne mettant pas en valeur la multiplicité des couleurs des œuvres, et avec des lumières non uniformes ne permettant pas d'évaluer justement les clairs-obscurs des tableaux, cela reste un plaisir de découvrir son œuvre en situation au milieu de la magnificence du palais du roi Louis XIV, à laquelle il a contribué avec éclat et sensibilité, dans un Grand Siècle qui réinvente le classicisme. À travers sa production on (re)découvre la peinture académique (il entre à l'Académie de peinture en 1673) de Philippe de Champaigne (1602-1674), Charles Le Brun (1619-1690) dont il est l'élève, Eustache Le Sueur (1616-1655), Pierre Mignard (1612-1695) … On y retrouve l'influence italienne, l'Italie où la plupart de ces peintres se forment au milieu d'artistes comme Nicolas Poussin (1594-1665), les œuvres de Titien, Véronèse, Raphaël, Michel-Ange … de l'Antiquité …. une inspiration puisée chez Rubens ... Il est un ami de Jean-Antoine Watteau (1684-1721), un des premiers représentants du mouvement rocaille.

Habitué des compositions de décors monumentaux (plafonds, dômes …), Charles de La Fosse manie avec dextérité la lumière et les couleurs ainsi que le dessin, mélangeant les techniques pour donner quelque chose d'original et souvent novateur, annonçant le XVIIIe siècle.

Exact contemporain de Louis XIV (1638-1715), il participe à plusieurs grands travaux architecturaux du roi grand mécène des arts, et dans de très nombreuses parties du châteaux, dont certaines remaniées au fil du temps.

Quand on se promène dans les galeries du grand Trianon de Versailles, on retrouve de ses tableaux dont certains présentés dans cette exposition, et d'autres d'artistes de l'époque aux couleurs magnifiques. On comprend l'importance donnée à la couleur par ces peintres. Je reste cependant dubitatif vis-à-vis de la restauration de 2014 du salon d'Apollon. Il suffit de comparer les avant et après ci-dessous. Si les traits semblent plus fins, la couleur ne me paraît plus assez tendre, profonde. Les choix de restaurations sont d'autant plus importants qu'il est fort probable qu'à force d'en faire on perd en authenticité. Dans l'exemple du Salon d'Apollon, cela s'apparente à une 'repeinture' … il y a trop de différences, en particulier en ce qui concerne la couleur … ce qui est d'autant plus étrange que l'exposition s'intitule « le triomphe de la couleur ». Ce qui est sûr c'est que la restauration du salon d'Apollon (re)donne un aspect à l'oeuvre qu'elle n'avait pas auparavant. Évidemment il existe plusieurs écoles de restauration. Certaines en souhaitant se rapprocher le plus possible de l'original ne font que s'en éloigner, d'autres interviennent le moins possible sur l'oeuvre etc. Ce 'manque' de couleur est un aspect qui m'a frappé dans d'autres œuvres de l'exposition. Pourtant les dessins de l'artiste proposés dans cette exhibition sont eux aussi dans des tons clairs, pastels.

Première photographie : « Proserpine enlevée par Pluton. Charles de La Fosse (1636-1716). Huile sur toile. Paris, école nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA). © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris. »

Photographie de gauche : « Chapelle royale, © château de Versailles, JM Manaï. »

Photographie de droite : « Salon de Diane, © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) H. Bréjat. »

Photographie de gauche : Portrait de Charles de La Fosse.

Photographies ci-dessous : Plafond du salon d'Apollon. - À gauche - Avant restauration. © Château de Versailles, C. Milet. - À droite - Après restauration. © Château de Versailles, C.Fouin.
- Au-dessous - Détails. Dans le premier exemple le crépuscule rougeoyant est présent (dans d'autres peintures de l'artiste aussi), comme les visages semblant illuminés par le feu ; alors que dans le second tout est fade.

Photographies ci-dessous : Détail du Plafond du salon d'Apollon : Auguste faisant bâtir le port de Misène. - À gauche - Avant restauration. © Château de Versailles, D. Saulnier. - À droite - Après restauration. © Château de Versailles. Ici on remarque que non seulement les couleurs changent mais les formes aussi (architecte prenant des cheveux etc.).

Photographie ci-dessous : « Abigaïl offrant des présents à David. Charles de La Fosse (1636-1716). Esquisse à la sanguine, plume et encre noire, lavis brun et gouache sur papier beige. Trait d’encadrement à la sanguine. Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / T. Le Mage. »

Photographie ci-dessous : Peinture représentant « Clytie changée en tournesol » (1688). On voit ici le problème que posent dans cette exposition l'éclairage de la lumière et dans une moindre mesure la couleur unie du fond.

Photographies ci-dessous : « Renaud et Armide. Charles de La Fosse (1636-1716). Huile sur toile. Basildon Park, The Iliffe Collection-The National Trust. »

Photographies ci-dessous : « Portrait équestre d’Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de Richelieu. Charles de La Fosse (1636-1716). Huile sur toile. Tours, musée des Beaux-Arts. © Musée des Beaux-Arts, Tours, G. Dufresne. » On remarque les traits très dessinés de la tête du cheval contrairement à celle de l'homme, la dominante rouge, le travail sur les yeux (en particulier de la Victoire) etc.

Photographie ci-dessous : « Saint-Louis déposant son épée aux pieds du Christ ou L'Apothéose de Saint Louis. Modello. Charles de La Fosse (1636-1716). Huile sur toile. Paris, musée de l'Armée. © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / E.Cambier. » Une bonne occasion de rappeler que si on va beaucoup fêter en cette année 2015 la mort de Louis XIV (200 ans), on l'a très peu fait en 2014 du huit-centième anniversaire de la naissance de Saint-Louis (voir ici) pour des raisons obscures.

Photographie ci-dessous : Une partie de la façade extérieure avant du château de Versailles.