Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 20:00

Dans le Manuel du voyageur à Paris de Claude François Xavier Mercier de Compiègne (1763-1800) datant de la toute fin du XVIIIe siècle, le chapitre intitulé 'Cafés' commence ainsi : « Est-il rien de plus commode que ces salons proprement décorés, où l'on peut, sans être astreint à la reconnaissance, se délasser de ses courses, lire les nouvelles, se chauffer gratis en hiver, se rafraîchir à peu de frais en été, entendre la conversation, quelquefois curieuse des nouvellistes, et dire franchement son avis, sans crainte de déplaire au maître de maison. » Il règne dans les cafés d'alors une atmosphère accueillante de douce liberté baignée dans une émulsion intellectuelle et familière. L'auteur ne parle presque pas de consommation. Au contraire il écrit qu'on n'y est pas astreint à la reconnaissance tout en pouvant profiter de nombreux éléments : décor, délassement, lectures, chaleur, frais, conversations libres.

L’histoire des cafés parisiens remonte au XVIIe siècle. C’est à la toute fin du XVIIIe siècle (au temps des merveilleuses et des incroyables) qu’ils s’embellissent et deviennent des endroits chics avec des décors à l’antique, de grandes glaces, des luminaires, du marbre … C’est aussi à cette époque que certains ‘prennent’ sur le boulevard, s’ouvrent en terrasses ou dans des jardins, ce qui permet aux femmes d’en profiter, la respectabilité de certaines voulant qu’elles n’y entrent pas au début. Ainsi trouve-t-on, comme sur la gravure (troisième photographie), des garçons de cafés servant en dehors du bâtiment.

Dans son Almanach du voyageur à Paris datant de vers 1778, Luc-Vincent Thiéry fait une description rapide de la situation : « CAFES. On compte dans Paris cinq ou six cents Cafés où l'on joue aux échecs, aux dames & au domino. Ces endroits sont fréquentés par des Nouvellistes, & la Conversation y roule ordinairement sur la Gazette. Comme on y trouve presque tous les Papiers publics, d'après leur lecture, on y juge les Pièces de Théâtre & leurs Auteurs ; à qui cette espèce de Bureau académique assigne un rang. Chacun de ces Cafés a son Orateur en chef. On n'y souffre personne de suspect, de mauvaises mœurs, nuls tapageurs, ni Soldats ni Domestiques, ni qui que ce soit qui pourrait troubler la tranquillité de la Société. Dans ceux des Boulevards, il y a des Musiciens qui exécutent des symphonies : des Bouffons y chantent des Ariettes; & des Cantatrices, des airs d'Opéra-comique. Il y a des Cafés où s'assemblent les Militaires & les Étrangers ; d'autres, où il n'y a que des Juifs ; d'autres, pour les Praticiens , les Marchands, Négociants, Artisans , &c. »

Photographies : LE GRAND CAFE ROYAL D'ALEXANDRE SUR LES BOULEVARDS DE PARIS. Gravure 'vue d'optique' polychrome du XVIIIe siècle représentant le « Grand Café Royal d'Alexandre » Texte en latin et français : « Major taberna Caffe Alexandri In Majori Ambulatorio Lutaetiae vulgo boulvard » - « 35e Vue d'Optique Représentant Le Grand Café d'Alexandre sur les Boulevards de Paris. » Autres inscriptions : « Présentement chez Lachaussée rue St. Jacques. » - « A Paris chez Daumont rue St. Martin » - « Et Présentement chez Basset rue St. Jacques au coin de celle des Mathurins. Tient Fabrique de Papiers. » Dimensions : 35,4 x 45,3 cm avec le cadre.

On distingue dans la gravure des musiciens à l'intérieur du café. On remarque que le lieu est grand (large et haut), aéré, lumineux (avec de nombreuses hautes fenêtres), très ouvert sur l'extérieur (les badauds pouvant profiter du spectacle par l'extérieur) avec semble-t-il un jardin intérieur aménagé avec lustres ... Le lieu semble vraiment très plaisant. Sans doute est-ce pour cela que les cafés se multiplient rapidement. Comme nous l'avons vu, en 1778 Luc-Vincent Thiéry écrit que l'on dénombre dans la capitale « cinq ou six cents Cafés » alors que dans son Manuel du voyageur à Paris, ou Paris ancien et moderne, Pierre Villiers affirme en 1806 que l'« On compte à Paris plus de trois mille cafés ». En moins de trente ans, le nombre de ces lieux de délassement s'est donc multiplié par cinq alors que la population de la capitale continue doucement sa croissance démographique qui va cependant devenir de plus en plus importante dans les années qui suivent avec un exode rural qui amène avec lui une quantité de grisettes, arthurs, cousettes, calicots, musardines, dames aux camélias, hommes aux camélias, dames du lac, accrocheuses, lorettes, essuyeuses de plâtres, greluchons, cascadeuses, maquillées, casinettes, boule-rouges, petites dames, petit messieurs, filles de marbre, pré-catelanières, casinettes ....

Un des plus anciens cafés, toujours présent à Paris, est le Procope. Comme l'écrit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle Louis-Sébastien Mercier dans Tableau de Paris : « Ce fut Procope qui corrigea les grands seigneurs & les poètes, les élégants de la cour & les écrivains du siècle de Louis XIV qui s'enivraient loyalement au cabaret : en leur versant du café, il leur donna un autre point de réunion ... »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 21:54

Les plateaux-miroirs que l'on dispose au milieu d'une table richement appareillée rappellent, en miniature, les plans d'eau (ou miroirs d'eau) des jardins à la française qui en reflétant ce qui les entoure ouvrent les perspectives, donnent de la profondeur et de la grandeur, théâtralisent ce qui s'y réfléchit. L'inanimé ou l'anodin deviennent des oeuvres, un spectacle, des tableaux dont on cueille les éléments comme le convive plongeant sa main vers les mets qui lui sont proposés.

Photographies : Deux plateaux-miroirs d'orfèvrerie française du XIXe siècle en bronze argenté de la galerie Olivia & Emmanuel

Par La Mesure de l'Excellence
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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /Sep /2009 10:34

Un article (photographie) de Le Furet des salons de 1825 que je cite dans d'autres passages de ce blog, explique cette habitude de s'exprimer avec charme même dans la contrariété :

« Le petit Air boudeur.

On voit dame grecque ou romaine
Se fâcher avec majesté ;
L'Espagnole la moins hautaine
Se plaint, soupire avec fierté.
Avec calme gémit l'Anglaise,
L'Allemande a le ton de gronder ;
Mais, plus espiègle, la Française
Créa le petit air boudeur.

Marquise, duchesse, bourgeoise,
Raffolent de cet air charmant,
Est-il mortel que n'apprivoise
En aussi joli talisman ?
Un mari veut-il à sa femme
Fermer sa bourse avec rigueur,
Elle s'ouvre, dès que madame
A pris son petit air boudeur. »

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : Les Livres anciens
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /Sep /2009 07:24

Article et photographies de l'antiquaire M. Philippe Michaud : www.ph-michaud.com

Héritiers des premiers collectionneurs que furent Jean de Berry et son frère Louis d’Anjou à la fin du XIVème siècle, divers grands aristocrates, hommes politiques ou religieux portèrent aux XVIIème et XVIIIème siècles le goût pour les porcelaines d’Asie à un niveau exceptionnel et encore aujourd’hui inégalé. Ces ensembles furent constitués patiemment, parfois par le rachat de collections entières, souvent lors de successions, ventes aux enchères ou auprès de grands marchands merciers parisiens. Une petite vingtaine de noms, essentiellement masculins, sur ces deux siècles, peuvent aujourd’hui être retenus, tout en notant que leur collection de porcelaines de Chine (ou du Japon) n’était qu’une parmi de nombreuses et très diverses.

Le premier d’entre eux, chronologiquement, fut Armand du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), avec près de 400 pièces au Palais Cardinal (actuel Palais Royal, à Paris). Plus modestement, mais sans doute avec une grande exigence de qualité, André le Nôtre (1613-1700) offrit une garniture de 5 pièces Blanc Bleu à Louis XIV le 5 mai 1693, qui les offre à son tour au Grand Dauphin.

En ce qui concerne les collections royales françaises, Louis XIV (1638-1715), avant 1679, avait quelques centaines de pièces, secondaires, pour Versailles, Saint-Germain-en-Laye et le château du Val. De nombreuses pièces avaient été reçues comme cadeaux diplomatiques lors des ambassades de Siam en 1684 et 1686. Huit grandes urnes couvertes ornaient le Salon de Marly. En 1718 les collections comptent 2714 pièces, mais pas de cabinet de porcelaines dans les appartements royaux ou le Garde-Meuble. Les ventes de Louis XV aux Tuileries en 1752 firent chuter le nombre à 81, et dès le début des années 1780 il n’y aura plus rien. Plus passionné en ce domaine que Louis XIV, Philippe de France (1640-1701), frère du Roi, dit Monsieur, possédait 301 pièces dans l’arrière-cabinet du château de Saint-Cloud, un des rares cabinets de porcelaine princiers de France. Sans doute le plus passionné de sa famille par les porcelaines, Louis de France, dit le Grand Dauphin (1661-1711) exposait au château de Meudon 380 porcelaines à sa mort, toutes vendues aux enchères ; certaines ont été achetées par l’ambassadeur d’Auguste le Fort à Paris, Charles-Henry de Hoym ; d’autres réapparurent dans la vente du duc de Tallard en 1756 ; aujourd’hui un vase est à Dublin.

Auguste de Saxe, dit le Fort, roi de Pologne (1670-1733), reste aujourd’hui un des plus exceptionnels collectionneurs de tous les temps, se qualifiant d’atteint de la « maladie de la porcelaine », tant sa passion devint excessive. ; il acheta en 1717 le Palais Hollandais, à Dresde Neustadt pour la mise en place des porcelaines, puis la construction du Palais Japonais commença en 1722 (inachevée à la mort du roi en 1733). Le premier inventaire et la numérotation de la collection eurent lieu en 1721. Un cabinet de porcelaines fut aussi aménagé dans la tour du château de la Résidence. À partir de 1833 le conservateur de la collection Gustav Klemm (mort en 1867) vendit les « doubles » pour financer un musée international de la céramique (4875 pièces vendues, dont beaucoup de Meissen). Son successeur Théodore Graesse (mort en 1885) arrête les ventes, mais il dépose 228 pièces au château de Pillnitz et 206 à celui de Moritzburg. À partir de 1873 la collection est installée dans le Johanneum (anciennes écuries et ancien entrepôt des carrosses). Entre 1919 et 1924 l’Etat Libre de Saxe vendit des doubles pour financer de nouvelles acquisitions puis pour payer les dédommagements à l’ancienne famille royale. La collection fut peu à peu mise en place au Zwinger à partir de 1933, où elle est toujours exposée, au cœur du quartier historique de Dresde.

Deux autres grands collectionneurs de langue germanique sont à retenir : Maximilien-Emmanuel de Bavière (1662-1726), héritier de ses antécédents et transmettant son goût à ses descendants  Wittelsbach; ses collections sont aujourd’hui au palais de la Résidence, à Munich. Sophie-Charlotte de Hanovre, reine de Prusse (1668-1705) créa en 1703 au château de Charlottenburg son fameux cabinet de porcelaine, réputé le plus grand d’Europe.

Philippe d’Orléans, dit le Régent (1674-1723) développa des ensembles hérités de son père au Palais Royal et au château de Saint-Cloud ; la dispersion eût lieu lors ventes ordonnées par Louis-Philippe II d’Orléans (futur Philippe-Egalité, en 1786) ; aujourd’hui divers vases Imari sont au Louvre et au musée Cerralbo à Madrid. Contemporaine du Régent, Sybille-Auguste de Saxe-Lawenbourg, princesse de Baden-Baden (1675-1733), constitua une importante collection aux châteaux de Rastatt et la Favorite (aujourd’hui encore in situ).

Le duc de Tallard (1684-1756) réunit une importante collection dispersée en vente en le 22/03/1756 ; plusieurs pièces provenaient de la collection du Grand Dauphin. La provenance prestigieuse était bien sûr déjà très recherchée. Louis IV Henri de Bourbon Condé (1692-1740) constitua une très riche collection, surtout japonaise, au château de Chantilly ; aujourd’hui quelques pièces sont in situ. Passionné de porcelaine, il fonda comme Auguste le Fort une manufacture de renommée internationale.

Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), impératrice d’Autriche, réunit de beaux ensembles, qui sont aujourd’hui exposés dans diverses salles du palais de la Holfburg, à Vienne.

Au XVIIIème siècle, la grande figure féminine française dans le domaine du mécénat et des collections reste Jeanne, marquise de Pompadour (1721-1764), dans ses diverses résidences dont l’actuel palais de l’Elysée (hôtel d’Evreux), avec près de 300 pièces lors de l’inventaire après décès de 1764. Elle se fournissait en partie auprès des marchands merciers Gersaint et de Lazare Duvaux, qui ornaient souvent les porcelaines de montures en bronze doré ; aujourd’hui diverses collections (Getty, reine d’Angleterre…) possèdent des pièces de la collection Pompadour, en général monochromes.

Plus modestement, il faut aussi retenir Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin (1653-1720), intendant des finances (achats à la vente du Grand Dauphin) et surtout Pierre-Louis Randon de Boisset (1708-1776), archétype du collectionneur du siècle des Lumières. Il fut l’un des plus célèbres d'entre eux. Issu d'une famille de banquiers, il devint avocat au Parlement de Paris avant de rentrer aux Affaires du Roi. Fermier Général en 1757, et l'un des personnages les plus riches du royaume, il posséda deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard puis via Julienne de Gaignat ; sa vente aux enchères eut lieu le 27/02/1777. La collection Julienne de Gaignat (ami de Watteau), présentait aussi deux pièces provenant du Grand Dauphin, via le duc de Tallard. Le duc d’Aumont (1709-1782) collectionna aussi quelques porcelaines exceptionnelles, dispersées lors de sa vente aux enchères le 12/12/1782, aujourd’hui au Louvre (achats de Louis XVI).

Le dernier de cette série fut probablement Louis-René de Rohan-Guéméné, cardinal archevêque de Strasbourg (1734-1803) qui réunit à la fin de l’Ancien Régime un très bel ensemble pour orner son pavillon chinois au château de Saverne. L’essentiel est aujourd’hui exposé au palais Rohan, à Strasbourg. Toutefois il se démarqua à la fois de ses contemporains par cet intérêt alors déjà démodé et de ses prédécesseurs en achetant quasi exclusivement de très grandes pièces, pour « décorer ».

Aujourd’hui l’intérêt des collectionneurs pour les porcelaines de Chine ou du Japon a beaucoup évolué. En dehors des porcelaines à monture de bronze doré d’époque ou de rares exemples tout à fait exceptionnels et en général recherchés par les asiatiques fortunés, le marché de l’art présente encore nombre de belles pièces à des prix très raisonnables. Il est donc toujours possible, sans élitisme, d’acquérir des pièces identiques à celles issues de certaines collections citées ci-dessus et exposées dans divers musées ou châteaux.

Illustrations : deux porcelaines du Japon, vers 1700 (vase 39,5 cm, plat 24,5 cm), portant la marque d’inventaire de la collection d’Auguste Le Fort à Dresde ; collection particulière.

Article et photographies de M. Philippe Michaud, antiquaire spécialisé dans les porcelaines de la Compagnie des Indes
www.ph-michaud.com
Par Philippe Michaud - Antiquaire - Publié dans : Les Céramiques
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 21:12

Photographies 1 (ensemble et détails) : Petite gravure (in 8°) du XVIIIe siècle provenant sans doute d'un livre représentant un couple chez un chausseur. On remarque que les chaussures ici représentées sont à talons larges pour les hommes et à aiguilles pour les femmes.

La chaussure occupe une place importante dans la mode française. Au Moyen-âge, à certains moments celle-ci se porte pointue, longue et retournée chez les jeunes élégants avec parfois au bout un visage ou une autre figure plus ou moins grotesque. L'habit de l'homme avec ses culottes offre la jambe aux regards et en particulier le pied. La chaussure est donc un élément important de la panoplie de l'homme galant. Un portrait très connu de Louis XIV de pied nous le montre portant des chaussures à talons rouges. Il semblerait qu'il lance cette mode et que seule la cour a le droit de porter de tels souliers. C’est à partir de ce moment et surtout sous la Régence (1715-1723) qu’on appelle ‘talons rouges’ les petits-maîtres appartenant à la cour ; mais aussi (et cela est attesté dans des textes du XIXe siècle) un homme en vue et aimé pour sa prestance. Un exemple de cet emploi se lit dans un texte d’Alfred de Musset (1810-1857) intitulé ‘Mademoiselle Mimi Pinson : Profil de Grisette’. Comme il est de coutume chez les étudiants, un habitué du quartier latin nommé Marcel invite deux grisettes : « il fit savoir à mademoiselle Zélia qu’il y avait le soir gala à la maison, et qu’elle eût à amener mademoiselle Pinson. Elles n’eurent garde d’y manquer. Marcel passait, à juste titre, pour un des talons rouges du quartier latin, de ces gens qu’on ne refuse pas ». Le terme peut donc s’appliquer à d’autres milieux que ceux de l’aristocratie.

Photographies 2 (ensemble et détail) : Gravure du XVIIIe siècle de Chaponnier Boilly intitulée 'La Comparaison des petits Pieds' (le titre n'est pas visible sur cette gravure qui a été découpée). Deux femmes pendant la seconde toilette comparent leurs pieds pour savoir laquelle a les plus petits, pendant qu'un chausseur leur fait essayer des modèles ; enfin c'est sans doute ce que fait l'homme représenté bien qu'il semble presque allongé dans l'entrebâillement de la porte, et que les femmes soient particulièrement négligées voir dénudées : la poitrine et les mollets (même un genou !) apparents.

Chez la femme on regarde son pied mignon ; ce qui est entre autres choses une caractéristique de la jambe élégante du XVIIIe siècle. A cette époque les femmes portent des chaussures à talons qui soulignent la petitesse des pieds. A la fin de ce siècle, la mode à l'antique amène celle des souliers à talons bas. Cependant les représentations de galantes et galants d'alors les montrent, bien que portant des chaussures plates, le plus souvent sur la pointe des pieds. Dans Les Nuits de Paris (1788-1794) Restif de la Bretonne (1734-1806) se plaint plusieurs fois de cet usage nouveau : « c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des femmes ! ». Alors que dans cet ouvrage l'auteur dévoile son caractère plein de compassion, il semble que lorsque le sujet en vient aux chaussures des dames il perde complétement pied comme le montre ce chapitre consacré aux talons hauts et bas : « HAUTS TALONS. En m'en retournant, je me trouvai dans la rue Saint-Louis : La gelée rendait le pavé sec et propre. Je vis une Femme charmante sortir d'une grande maison : - Je marcherai (dit-elle à l'Homme qui lui donnait la main). Et le carrosse les suivit. Comment pouvez-vous marcher ? (lui dit l'Homme), avec des talons aussi élevés ? - Je m'appuie, ou je marche seule, comme il convient à une Femme de marcher, sans précipitation. Je croirais être chaussée en Homme, si j'avais des talons bas : Depuis que j'ai vu, au Palais-royal, une très Jolie personne, n'avoir plus l'air que d'une Tâtillon, en se chaussant presqu'à plat, j'ai pris en horreur les talons bas. D'ailleurs, ils nous rendent la jambe désagréable. J'osai m'approcher en ce moment : - Madame a bien raison ! Voyez, Monsieur, quelle grâce a cette marche noble, et quelle majesté donnent à Madame deux ou trois doigts de plus. Je crois qu'on me fit l'honneur de me prendre pour un Voleur ! Quoiqu'il en soit, l'Homme quitta le bras de la Dame, se mit en défense, et se rapprocha de la voiture : La Dame marchait seule ; et jamais je n'ai vu tant de grâces, de noblesse et d'aisance. Je continuai : - Tout, dans les Femmes, doit avoir un sexe, l'habillement, la coiffure, la chaussure, surtout la chaussure, qui doit être d'autant plus soignée que c'est en elle-même, la partie la moins agréable de l'habillement. II est très important pour les mœurs, très important pour les Femmes, que leur habillement tranche avec le nôtre ! Elles perdraient de leurs attraits par le rapprochement : Mais supposons qu'elles n'en perdissent pas, et qu'elles communiquassent au contraire leur charme de sexe à l'habillement des Hommes ! Il en résulterait un grave inconvénient pour les mœurs ... Ceci est une chose dont la Police devrait se mêler : Qu'elle permette toutes les modes, à la bonne heure, mais qu'elle ordonne, que toute Dame, qui rapprochera son vêtir de celui des Hommes, soit traitée en Catin par le Guet & les Commissaires. J'ai vu hier une Femme en talons larges et plats ; je l'aurais battue, si je pouvais battre une Femme. Elle était crottée comme un Barbet. C'est que les talons larges renvoient plus de boue. Nos Aïeules parisiennes adoptèrent jadis les talons élevés et pointus, par goût pour la propreté. Elles étaient plus sages que leurs Petites filles, qui, d'après des conseils anonymes ont baissé leurs talons, dans le temps où le pavé est broyé plus que jamais, par les voitures ; où les inutiles canaux que la sottise et la cupidité placent sous toutes les rues, en font des mares ; c'est en ce moment, dis-je, qu'une mode insensée fait baisser, élargir les talons des chaussures des Femmes ! Jeunes Sylphides ! croyez-en votre Admirateur éclairé, vous devez éviter tout ce qui profane votre parure, en la rapprochant de l'habillement des Hommes ; tout ce qui vous matérialise, en déformant votre jambe et votre pied ! ... Ici la Dame m'interrompit : - N'êtes-vous pas le Hibou de la Marquise de M**** ? - Oui, Madame. - Hé ! Monsieur ! (dit-elle à l'Homme), il n'est pas méchant. On arriva. La Belle-dame me présenta la main, que je baisai. On rentra. »

Photogr aphie 3 : Si Restif de la Bretonne n'apprécie pas les talons bas chez la femme, les décroteurs ne s'en plaignent pas car cela leur donne du travail. La jeunesse aux chaussures plates se retrouve chez certains d'entre eux comme le prouve cette gravure d'époque Directoire intitulée : 'Les Décroteurs en Boutique'.

Photographie 4 : Détail de la gravure au pointillé de Louis Darcis d'après Carle Vernet (1758-1836) datant de 1796 et titrée « Les Mérveilleuses ».

Photographie 5 : L'article intitulé 'Les Pieds' de Le Furet des salons nous renseigne sur le pied mignon (renommé internationalement) de la parisienne. Le Furet des salons est un petit opuscule de mode de 6,6 x 4,5 cm, de vers 1825, contenant de courts articles sur la mode du temps.

Voici le texte de ce passage : “Les Pieds. On dit que telle femme a une physionomie spirituelle, un air voluptueux, une taille élégante. Une jolie jambe, un joli pied, sont, à mon avis, ce qu'il y a de plus adorable dans une jolie femme. Les Parisiennes ont, dans le monde entier, la plus haute renommée pour les pieds mignons et les souliers bien faits. C'est à Paris que toutes les beautés de l'Europe veulent se faire chausser ; et c'est là seulement qu'elles peuvent apprendre à marcher avec grâce et vitesse.”

Photographie 6 : Détail de la planche 19 de 1802 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie d'époque. Nous avons là un pas de danse.

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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /Sep /2009 08:17

L'orfèvrerie est un art dans lequel les français excellent depuis longtemps. Les candélabres présentés ici sont du XIXe siècle et appartiennent à la galerie Olivia & Emmanuel. Je suis particulièrement sensible à ces objets qui reprennent des thèmes du XVIIIe siècle : rocaille et néoclassique. Ces porteurs de lumières, dans la ville des Lumières, sont de véritables merveilles.

La majorité des exemples présentés ici sont de style rocaille (formes mouvementées, feuilles d'acanthe …) dont les galbes sont parfaitement en adéquation avec la lumière et dansent avec elle. Même les contours néoclassiques des autres modèles rappellent le chemin des flammes. Cette façon d'appréhender la lumière n'a pas d'équivalent dans l'électrique (qui a cependant énormément d'autres avantages). Les galbes et dessins de ces candélabres semblent cristalliser la clarté dans sa mouvance, celle qui s'échappe à travers la flamme vacillante et consume la cire qui glisse pour former une sculpture animée : prolongement changeant, comme le feu, de l'objet.

Les techniques de fabrication de tels modèles sont toujours transmises chez de rares orfèvres parisiens : comme dans la famille Cadoret, avec Aubry-Cadoret (11e arrondissement) entreprise familiale fondée en 1890, et l'Orfèvrerie du Marais (11e arr.) de François Cadoret descendant de la quatrième génération de cette petite dynastie qui conserve un authentique savoir-faire. Le nom 'Orfèvrerie du Marais' n'est pas anodin : ce quartier de la capitale française possède jusqu'au XXe siècle de nombreux artisans d'art dont des orfèvres. Aujourd'hui là (3e arr., celui du Temple) officient toujours : Rouge-Pullon depuis quatre générations, l'Orfèvrerie Richard fondée en 1910 pour succéder à un atelier plus ancien et qui reste dans les lieux d'époque, Noël Collet (depuis 1925), Lapparra, Nicolas Marischael (entreprise familiale fondée en 1924), Daniel Crègut, Eschwege, Christophe Guillot, Orfèvrerie de Chambly (ils existent depuis 1894 mais je ne sais pas s'ils sont parisiens), Voglux ; et dans le 11e arrondissement : l'Orfèvrerie de Paris et Pierre Meurgey (depuis trois générations).

Par La Mesure de l'Excellence
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 05:24

Le gant jaune est un « Homme distingué – en 1840, où les gants jaunes étaient le suprême bon ton […] Le Gant jaune est le frère aîné du Gandin. » écrit Alfred Delvau dans son Dictionnaire de la langue verte (1866). En boxe française comme en canne, le gant jaune ou pommeau jaune représente le niveau (élevé) du pratiquant. Mais peut-être cela n’a-t-il aucun rapport ! Ce qui est sûr, c'est que l’expression ‘gant jaune’ exprime le copurchic de l’élégance extrême chez les femmes comme chez les hommes.

Photographie : Détail de la planche 39 de 1801 provenant du Journal des Dames et des Modes ou d'une copie de vers cette même période.

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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 19:40
Photographie du tableau : « Bouquet de fleurs, flûte et partition sur un entablement » Huile sur toile (H. 56 cm, L. 43 cm) signée "Bachelier" en bas à gauche sur la partition. Il s'agit d'une peinture de J-J Bachelier (Paris 1724 – 1806) vendue par la galerie parisienne Coatalem. Image Copyright Galerie Coatalem, Paris. 
Le
bouquet de la photographie se compose de diverses variétés de fleurs : lys blanc, bleuet, pivoine (semble-t-il), liseron, oeillet, une graminée, narcisse, rose blanche … Un papillon se cache au milieu. Si de la partition on ne distingue que la signature du peintre et n
on pas les notes cachées sous la flûte et le panier de fleurs, c'est parce que les signes musicaux sont dans la composition même du tableau. En pl us de sa beauté d'ensemble l'intérêt de cette peinture réside dans sa musique, chaque élément donnant à écouter ... C'est un air délicat que le peintre a composé dans cette image : formes, couleurs, sujets ... Les fleurs en expriment en particulier les notes et les paroles. Autrefois plus qu'aujourd'hui on s'intéresse au langage des fleurs que la plupart connaît. Si on se réfère à cette langue, ce tableau joue une chanson d'amour tendre qui dit à peu près ceci : « Mon âme [le papillon : Psyché] ne voit que vous, alors que vous ne me voyez pas [le comble pour une représentation visuelle]. Mon amour est timide et sincère mais riche, d'une humble détermination et ardent en mon coeur. » Le blanc (pureté) et un bleu gris-pastel (amitié tendre) dominent avec seulement un ton de rouge (passion) mais au centre et un peu de jaune (richesse) qui est la couleur de la flûte. Wikipedia propose un recensement de ce Langage des fleurs.
Certains disent que la nature est un livre ouvert qui peut se lire si on connaît son langage : formes, sons, odeurs, propriétés culinaires, pharmaceutiques, pratiques …, un ouvrage d'une richesse illimitée. Cette langue n'a pas de frontières ,mais les mots ne sont pas toujours les mêmes puisque les variétés changent d'un pays ou d'une région à l'autre.
Les différentes cultures usent de ces symboliques. En architecture la rosace est une figure récurrente depuis la Haute antiquité jusqu'à aujourd'hui. Celles des églises de Notre Dame de Paris en sont des exemples majestueux. Leurs représentations ainsi que celles que l'on retrouve aux plafonds de nombreux monuments antiques ou néo-antiques s'inspirent de la fleur et plus particulièrement de la rose très présente dans l'art occidental. Dans la Grèce antique ce sont aussi des feuilles qui décorent céramiques et chapiteaux : palmettes des vases à figures noires ou rouges et feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens. Autant de plantes différentes qui s’épanouissent au gré des civilisations.
Si la rose est importante dans l'art occidental, il n'en demeure pas moins que les contreforts de l’Himalaya ont la plus grande quantité d’espèces de roses sauvages au monde. Pourtant c'est le lotus qui est la fleur emblématique de l'Asie. Les mandalas qui sont le plus souvent des plans de palais divins, ont la structure de cette fleur d’où naît généralement la divinité et sur laquelle elle est le plus souvent représentée.
Pour les indiens du Mexique d'avant la colonisation, « fleurs » désigne aussi des productions, comme les œuvres poétiques.
Les artistes ont représenté dans l’art plastique de multiples personnages tenant une fleur : Tara divinité féminine tibétaine, femme étrusque sur des sarcophages, aristocrates femmes ou hommes de toutes les époques… Ainsi les fleurs parsèment non seulement l’ouvrage de la nature mais aussi celui des hommes. Certaines sont en or et pierres précieuses : couronnes, diadèmes, bijoux ... Durant l’Antiquité, on porte des couronnes de fleurs fraîches mais aussi de finement ciselées dans d e l’or ou de l’ivoire. De beaux exemples de couronnes de feuilles et fleurs en or sont conservées au Musée archéologique de Mythilène en Grèce. Au musée de Cluny à Paris sont exposées des roses d’or, au Louvre des sceptres avec des fleurs faites avec ce métal précieux et autres pierres précieuses. Les tapisseries aux mille fleurs sont fréquentes au Moyen-âge. Celle de la Dame à la Licorne en est un exemple. Les fleurs sont un sujet cher aux arts décoratifs, comme sur les décors de céramiques avec des fleurs imaginaires ou connues tels les décors : à la fleur de pomme de terre (ou fleur de solanée ou solanacée), à la fleur des Indes, à l'oeillet, à la jacinthe, à la fleur de chicorée, floraux au naturel, aux barbeaux, aux guirlandes ou corbeilles de fleurs, à la corne fleurie, aux bouquets fleuris, aux semis (ou jetés) de fleurs … Certaines de ces fleurs sont contournées (ou chatironnées) alors que d'autres sont de qualité fine (sans contours).
Enfin voilà pour un rapide survol.

Photographies des céramiques : Deux assiettes, l'une en faïence, sans doute du XVIIIe siècle, et l'autre en porcelaine du XIXe. La première représente une tulipe contournée. Dans la seconde les fleurs blanches du rosier sont de qualité fine.
Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : Les Céramiques
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /Sep /2009 18:55

Ce nom est en commentaire de la représentation d’un élégant dans le livre La Comédie de notre temps (1874) de Bertall (1820-1882). Le petit chose est à rapprocher du genreux qui emploie beaucoup les mots ‘chose’, ’machin chose’. A ne pas confondre avec Le Petit Chose d’Alphonse Daudet qui est un surnom d’abord donné à un enfant.

Photographie : « LE PETIT CHOSE. TENUE DE PREMIERE. Qu’on l’appelle daim, gandin, cocodès, petit crevé ou gommeux, peu lui importe – pourvu qu’on soit épaté de son chic. » Bertall, La Comédie de notre temps, vol. 1, Plon, Paris, 1874.

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Mode
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 17:44

Pour rendre un hommage à l'exposition sur le bain et le miroir qui se déroule encore pour quelques jours au musée de la Renaissance d'Ecouen, voici une gravure de 1775, de Nicolas Ponce (1746-1831) d'après un dessein d'Eisen (1720-1778), tirée d'un ouvrage de 1775 intitulé Adonis. On y voit Vénus (Aphrodite) prenant un bain.

Par La Mesure de l'Excellence - Publié dans : La Toilette
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