Vendredi 18 janvier 2008

undefinedundefinedundefinedCette estampe met en scène de façon à peine caricaturale les suiveurs femmes et hommes de la mode française de l'autre côté de la Manche. Le coiffeur représenté a la tournure caractéristique d’un Macaroni. En Angleterre on appelle ainsi les jeunes extravagants s’inspirant à leur manière des modes continentales : italiennes, françaises … d’où leur surnom. Quant aux dames, elles sont ici habillées à la façon du continent avec une haute chevelure assortie de divers ornements (des plumes), type de coiffure mise au goût du jour à Paris. Le tout est à peine caricaturé et subtilement amusant, car à cette époque cela se passe véritablement comme cela dans toute l’Europe qui suit le goût français : le coiffeur juché sur un tabouret, la servante tenant dans ses mains un panier rempli de fioritures prêtes à être ‘plantées’ sur la tête de la dame assise devant sa table de toilette. Le titre quant à lui n’est pas flatteur pour cette mode pourtant caractéristique du XVIIIe siècle : "The Preposterous Head Dress or the Feathered Lady", (« La coiffure absurde ou la dame emplumée »). La gravure date de 1776 (« "Pub by M Darly, 39 Strand March 20, 1776" »). Le nom de l’artiste 'Matthias Darly' est indiqué : caricaturiste, graveur et même designer de son époque (il dessine de nombreux meubles). Il a sa propre boutique à Londres au « 39 Strand March 20 ».

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Lundi 14 janvier 2008
undefinedEau-forte en vente au GRENIER DE VAUBAN 66210 Mont Louis 0468042198 christian.pecout@orange.fr

 

Aquatinte du début du XIXe siècle de Louis-Philibert Debucourt (1755-1832) dessinateur et sculpteur, de 44 x 33 cm. Cette gravure présente de jeunes gens jouant le jugement antique de Pâris. Au lieu d’une pomme d’or sur laquelle est marquée « à la plus belle », c’est une orange qui est offerte à la gagnante. C’est un ‘Incroyable’ aux cheveux courts « à la Titus » (voir article du 12 novembre 2007 : Le Journal des Dames et des Modes) qui joue le rôle de Pâris et trois Merveilleuses ceux d’Héra, Athéna et Aphrodite. La mode des cheveux courts apparaît à la fin du XVIIIe siècle chez les jeunes gens, avec la mode de l’Antique. Petit à petit les longues coiffures des hommes avec leurs nattes, leurs peignes et leurs rubans disparaissent, et avec elles les perruques. Certains Romantiques cependant  s’affichent ‘Nouvelle France’ avec des cheveux longs.

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Mercredi 9 janvier 2008

undefinedC’est en réaction aux mœurs grossières de la cour d'Henri quatre et au laisser-aller ambiant, que la délicatesse du dix-septième siècle trouve refuge chez des dames de qualité qui entreprennent de raffiner les manières et le langage. On se rassemble dans la chambre d'une de ces instigatrices. Les femmes et les hommes qui lui rendent visite s'assoient autour d'elle, dans l'espace appelé "la ruelle", entre le mur et le lit où leur hôtesse les reçoit. Cette habitude d'accueillir chez soi un public choisi et d'embellir ainsi sa pensée se nomme "tenir" ou "faire" salon. Au début du dix-septième siècle, ceux qui savent briller par leur esprit aiment à se retrouver dans la chambre bleue de l'Hôtel de Rambouillet (vers 1608-1648) situé dans l’actuel Palais Royal. Vincent Voiture en particulier est le grand animateur de ce salon. On y rencontre Malherbe, Mme de Sévigné, Vaugelas, Madame de La Fayette, Guez de Balzac, Corneille… Les habitués excluent toute pédanterie et admirent les belles pensées sans prétention. Au salon de Rambouillet succède celui de Mlle de Scudéry. Modeste logis comparé aux autres hôtels particuliers du Marais, il réunit tous les samedis de la seconde moitié du siècle ce que compte Paris de femmes et d'hommes de lettres. Plutôt tournés vers la littérature, les habitués continuent la tradition des romans fleuves avec pour référence L'Astrée d'Honoré d'Urfé. Mlle de Scudéry publie La Clélie où se déploie la fameuse "Carte du Tendre". D'autres salons parisiens sont moins célèbres car moins fréquentés et moins mondains. Des deux hôtels de Nevers établis sur les rives de la Seine, le premier est tenu par la comtesse du Plessis-Guénégaud et est ardemment attaché à Fouquet. Citons les salons bourgeois comme celui de Mme Scarron et les cercles aristocratiques de Mme de Sablé et de Mme de Sully. 

Le "calendrier des ruelles" indique les jours de réception. Dans les salons, se développe principalement l'art de la conversation. Elle doit être libre, enjouée,  naturelle, légère, honnête. Ce terme s'applique aussi bien au comportement, à l'intelligence, à l'élégance des manières, qu'aux agréments de l'esprit. L'honnêteté s'exprime dans le raffinement des mœurs et la justesse du goût. C'est une manière de penser imprégnée de délicatesse étrangère à toute pédanterie. On y discourt aussi bien des subtilités de l'amour que de problèmes grammaticaux. La littérature est un des sujets privilégiés. On converse sur des ouvrages. Leurs auteurs viennent  les lire. On organise des concours de poésie... Le thème de discussion privilégié est l'amour : "L'amour et le mariage sont-ils compatibles ?", "Quel est l'effet de l'absence en amour ?". Les termes réalistes qui éveillent des images insupportables sont éliminés : vomir, balai, rhume, se marier... Ils sont remplacés par des périphrases : "être d'une humeur communicative", "laisser mourir la conversation". Le miroir est le "conseiller des grâces". Les pieds sont les "chers souffrants", les sièges les "commodités de la conversation"... De nouveaux mots sont créés comme obscénité, incontestable, enthousiasme... On en défend certains face à l'Académie : "car". De ce mouvement fleurit une nouvelle sensibilité littéraire qui a contribué à la formation de la langue française. Le goût ‘frustre’ de l'aristocratie de l'époque est remplacé par des comportements et des langages raffinés. La gente féminine a joué un grand rôle dans cet épanouissement. La Précieuse revendique des droits pour la femme. Elle oppose à l'amour vulgaire et charnel, l'amour épuré, la "tendre amitié", librement consentie. Elle met à la mode le premier type de "femme d'esprit", hostile au mariage. Elle préfère le flirt ; propose le mariage à l'essai reconductible chaque année.

undefinedDerrière l’histoire de ces Précieuses du XVIIe siècle caricaturées par certains comme Molière et parfois caricaturales, se cache une vérité très profonde de la culture protégée dans l’histoire par de grands mécènes français femmes et hommes ayant un véritable amour des arts et le savourant avec un extrême brio. Parmi ces esthètes sont des dames rassemblant autour d’elles tout ce qu’il y a de plus fin. Aliénor d’Aquitaine (née vers 1122), est un des plus grands protecteurs des arts du XIIe siècle et de ses poètes les troubadours (les « trouveurs » des rimes les plus délicates). Elle est la petite fille de Guilhem IX (1071-1126), duc d’Aquitaine et sixième comte de Poitiers, considéré comme le premier troubadour (poète de l’art courtois, de la fin’amor : amour fin) et le premier écrivain de l’Europe médiévale à s’exprimer en langue vulgaire. Elle est aussi la mère de l’un d’entre eux Richard Cœur de Lion. Marie de Champagne (1174-1204) en est un autre exemple. Elle convie autour d’elle des artistes célèbres comme Chrétien de Troyes en particulier connu pour ses romans arthuriens… D’autres femmes contribuent à ce foisonnement et cela surtout jusqu’à la fin du XVIIIe siècle avec les salons qui sont des réminiscences de pratiques antiques (banquets, dialogues…) redécouvertes à la Renaissance mais aussi propagées par le Moyen-âge. C’est ainsi qu’il est de bon ton au XVIIe siècle de s’affubler de noms antiques comme dans l’exemple de la photo 1 où Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) s’adresse à la Précieuse Marquise de Rambouillet dont il côtoie le salon, en s’appelant lui-même « le Romain » (Les Oeuvres diverses du Sieur de Balzac. Seconde édition, Paris, P. Rocolet, 1646, in-4). Mais on sait aussi puiser dans une culture moins lointaine et même d’en inventer une nouvelle. Ces manières ressurgissent à la Renaissance avec des regroupements, souvent animés par des femmes, comme celle de la photographie 2 qui préfigure la Précieuse, femme d'esprit et de lettres. Il s’agit d’une petite gravure (10 x 14 cm) du XVIIe siècle provenant sans doute d’un livre, représentant un portrait de buste de Sibille de Sève (XVIe siècle) sous lequel est inscrit : « Mademoiselle Sibille de Scève, Lyonnaise excellente en l’art poétique et rareté d’esprit » (Mamoiselle Sibille de Seve Lionoise Excellente en l’art Poetique et rareté D’esprit). Sibylle Scève est une poétesse et intellectuelle lyonnaise, parente (peut-être la sœur) de Claudine et du célèbre écrivain Maurice Scève (1501-1564) qui est le représentant avec Louise Charlin Perrin Labé (vers 1525-1566), appelée aussi La Belle Cordière, de ce qu’on nomme aujourd’hui l’école Lyonnaise qui comprend entre autres Claude de Taillemont, Charles Fontaine, Pontus de Tyard et de nombreuses femmes comme Jeanne Gaillarde, Christine de Pisan, Pernette du Guillet, Clémence de Bourges, Claudine et Sibylle Scève, sans compter les visiteurs occasionnels comme Clément Marot, Melin de Saint-Gelais, avec probablement Bonaventure des Périers et Rabelais.

Après la pièce de Molière Les Précieuses ridicules, les Précieuses se font plus rares. Cependant d’autres femmes font salons et s’entourent de beaux esprits pendant que les Petites-maîtresses et les Petits-maîtres dont nous allons parler dans un prochain article restent maniérés, avec certains tout particulièrement incroyables.

C’est depuis l’Antiquité que tout un savoir humaniste et courtois, plein de finesse, d’amour et de sagesse se rassemble dans des cercles d’une richesse infinie, remplis de résurgences de savoirs anciens et de découvertes nouvelles, de connaissances et de créations. Dans chacun d’entre eux s’inventent un nouveau monde à la manière des Trouvères qui trouvent de nouvelles rimes. Avec eux la langue se rénove, les manières changent, la modernité toujours renouvelée se répand. Il y a un dicton qui dit que la seule chose qui ne change pas c’est le changement. La Modernité est la matérialisation de cela !

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Lundi 7 janvier 2008

Dans l’histoire des arts décoratifs du siège, le fauteuil Louis XV occupe une place de choix, peut-être la première. Tout à la fois objet de majesté et mobilier courant, il allie l’esthétisme à la commodité et au plaisir. Les fauteuils du XVIIIe siècle sont des objets d’un grand raffinement, de formes élégantes, pratiques et confortables, et les témoins de la dextérité des ébénistes qui répandent leur savoir-faire de Versailles aux petites demeures bourgeoises avec une véritable grâce et un esprit d’atelier et de compagnonnage. A cette époque, on distingue différentes sortes de fauteuils comme le cabriolet, la bergère, la marquise, la duchesse ou le fauteuil à la Reine. Le cabriolet est peut-être le plus commun. Ses accotoirs sont ajourés contrairement à ceux pleins de la bergère. Il se manipule plus facilement à travers une pièce. Son dossier est concave quand celui du fauteuil à la Reine  est droit car destiné à être appuyé à un mur. Au fur et à mesure de l’évolution des modes et des besoins, les ébénistes du XVIIIe siècle inventent de nouvelles subtilités. Ces styles suivent plus ou moins les périodes du règne de Louis XIV (1643-1715), de la Régence (1715-1723), du règne de Louis XV (1722-1774), de celui de Louis XVI (1774-1792), du Directoire (1795-1799). Le style Louis XIV dure de 1661 à 1715 avec deux périodes distinctes. La seconde se déroulant de 1700 à 1715 garde un certain côté de l’ostentation de la première mais en y ajoutant peut-être plus de grâce, de légèreté et de futilité. Le style Régence (vers 1715-1723) fait la transition entre celui qui le précède et celui qui lui succède, c'est-à-dire le style Louis XV (env. de 1730 à 1760) qui met en scène tout le savoir-faire des ébénistes. Ceux-ci, non seulement maitrisent leur art, apportent des innovations, mais inventent de nouvelles formes. Ils s’inscrivent dans un véritable renouveau des arts décoratifs. C’est la période Rocaille. Les formes ondulent. Les nouvelles découvertes archéologiques notamment de Pompéi et d’Herculanum inspirent plus de rigidité, de dépouillement au style Louis XVI qui occupe à peu près de 1760 à 1790. L’Anticomanie se poursuit en particulier dans le style Directoire ‘grecquisant’ qui se déploie d’environ 1785 à 1800.

par La Mesure de l'Excellence
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Jeudi 3 janvier 2008

undefinedPhoto : Bergère inscrivant le Chiffre d'Amour sur un arbre (voir description plus loin).

Le chiffre est un symbole (ou plutôt un logogramme) associé le plus souvent à une valeur numérique, mais pas seulement. Le symbole implique une convention et donc sa connaissance, d'où le caractère plus ou moins secret de certains chiffres qui prennent l’apparence d'un langage spécifique s'adressant à des initiés. L'Alchimie utilise une écriture chiffrée. Le soufre est le chiffre du feu etc. Les chiffres agissent à la façon de ceux représentés dans le livre de magie appelé aussi grimoire, altération du mot grammaire. Le Verbe et sa grammaire sont en effet témoins de vie. Un autre mot appartient à la même famille que ‘grammaire’ et ‘grimoire’, c’est ‘grimace’. Son origine est le mot francique (de la tribu des Francs) grîma signifiant « masque ». Le masque est porteur de grammaire, de signification et d’action (voir article du 17 décembre 2007 sur Le théâtre antique et les conventions … classiques …). On peut le comparer à un chiffre car comme lui il imite, symbolise, représente. Si un chiffre en tant que valeur numérique sert pour appréhender, comprendre et agir, il en est de même pour les autres chiffres et le masque (surtout dans le cadre de rituels pour ce dernier). Le terme de ‘chiffres’ est utilisé en musique pour représenter des notes sous la forme de lettres ou de nombres, ou indiquer des accords. De même, par ce mot on entend (cela est attesté au moins depuis le XVIe siècle par chyfres) les lettres initiales des prénoms et du nom d’une personne. Ainsi retrouve-t-on nombre de ceux-ci inscrits dans divers endroits (reliures de livres, frontons, vaisselle …) afin de signifier la personne même et dans le cas des objets, à qui ils appartiennent. Les pythagoriciens donnent aux chiffres comme valeur numérique une action. Ils permettent de « parler » de la divinité, de choses difficilement explicables. Plusieurs écoles philosophiques de l’Antiquité les utilisent pour expliquer l’Un en le divisant etc., afin de signifier le Cosmos dans son entier et les rythmes qui sont impliqués, la musique qui en découle, celle du nombre, des rythmes imités dans la parole, les chants, les danses … mais nous verrons cela dans un autre article.

De nombreuses théories sous-tendent que nous sommes entourés de signes, comme celle ‘des signatures’ en botanique élaborée de façon « officielle » (par écrit) au IIe siècle après J.-C. par le médecin grec Claude Galien (131-201). Ne dit-on pas que la Nature est un livre ouvert ? Dans ce cas les signes sont des êtres vivants (ou des choses) ou des parties de ceux-ci. Ils font référence à une vérité ou à la probabilité de celle-ci et à sa manifestation, ou bien à une imagination créatrice . Ils peuvent représenter quelque chose sous une forme ou une autre (dessin, son, couleur, geste…) par similitudes ou conventions. Au terme ‘signe’ sont associés dans la langue française ceux de  : signification, signifiant, signifié, signature, signal etc. Les couleurs, formes, symboles, signes … ont leurs significations qui varient selon les sociétés. En Chine, le jaune est réservé à l’Empereur. En France, certaines familles ont toujours leurs couleurs, leurs armoiries … Rien n’empêche une personne de posséder les siennes. Le blason a valeur d’énoncé, de langage, avec sa science : l’héraldique. Ces emblèmes peuvent être utilisés d’une manière raffinée. Ils marquent l’indépendance de chaque famille, maison, région, pays, parfois d’une seule personne … D’autres signes ont valeur de formulation : ceux d’une tenue vestimentaire ou qu’on affiche autour de soi. A la Révolution, la cravate et le collet noirs (couleur portée en signe de deuil en mémoire des victimes) ou verts des Incroyables suscitent des réactions violentes de la part de certains révolutionnaires qui les leur arrachent. Ceux qui ne portent pas la cocarde d’abord bicolore puis tricolore peuvent être punis de prison. Et lorsque certains la manipulent pour la rendre discrète et plus élégante, ils sont rappelés à l’ordre. Pourtant ces trois couleurs ne sont pas contre la royauté puisque le bleu et le rouge sont celles de Paris, et le blanc celle du Roi, de la France et du royaume.  

Les tapisseries de La Dame à la Licorne, du XVe siècle et conservées au Musée national du Moyen-âge (Thermes et Hôtel de Cluny) à Paris, proposent de magnifiques exemples de symboles assemblés d’une façon particulièrement harmonieuse dans la pure tradition courtoise. On y retrouve armoiries, bestiaire, plantes, gestes, postures, vêtements …, agencés en tableaux allégoriques d’une grande finesse d’exécution et de langage. Cela peut nécessiter un déchiffrage. A ceux pour qui l’entreprise semble trop grande, qu’ils fassent comme les mélomanes qui apprécient certaines musiques profondément sans savoir pourquoi ou certains poètes inspirés par la Muse qui écrivent en suivant une grammaire élaborée mais comme de façon fortuite, comme guidés par la divinité et ceux qui se laisseront aimer leur chant … se laisser séduire, accepter la convention d’Amour, sa cour toujours renouvelée, en sachant relativiser en connaissance de la mesure de soi-même. En Asie, il y a une pratique dont les tibétains sont passés maîtres : le mandala, dont le terme provenant du sanskrit signifie cercle. Il est le plus souvent employé pour représenter et entrer dans le palais d’une divinité et servir de support de méditation. Il symbolise la plupart du temps un environnement sous une forme symbolique pouvant être considéré comme protecteur. 

Dans tous les cas, ces symboles sont l’expression d’une relation avec le monde, l’entourage, des moyens de s’affirmer, de créer, de recevoir … de communiquer … Dans un prochain article nous parlerons plus spécifiquement de la langue française.

Photo : Bergère, habillée à l’antique et parée de couronnes de fleurs, inscrivant le Chiffre d’Amour sur un arbre. Elle tient de la main droite sa houlette (bâton de berger) et de la gauche un ‘crayon’. Près d’elle se trouve son troupeau de moutons et à ses pieds coule un ruisseau. Frontispice d’Idylles et Poèmes champêtres, de M. Gessner, traduits de l'allemand par M. Huber, Lyon, chez Jean-Marie Bruyset, 1762. Format in-8°. Cette estampe est gravée par Claude Henri Watelet (1718-1786) d’après Poussin.
par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Mesures
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Vendredi 28 décembre 2007

undefinedAu 18ème siècle, on imprimundefinede des livres dans toutes les grandeurs : du volumineux in-folio à l'ouvrage miniature. Dans la préface de l'Almanach des gens d’esprit de l'année 1762, l'auteur écrit que : « Tout est aujourd'hui réduit en Dictionnaires, en Journaux & en almanachs. ». Le mot « réduit » est très approprié, car il s'agit de petits ouvrages très en vogue alors et qui ne se résument pas à ces trois types.

LES ALMANACHS sont des exemples de livres de poche publiés à cette époque. Leurs formats varient du in-18° à l’in-64°. Certains ne feraient que 1,5 cm de haut. Ils sont fabriqués pour être portés sur soi. Ils s’adressent à tous les publics et peuvent être tirés jusqu’à 50 000 exemplaires. Les reliures sont parfois admirablement ouvragées ou très simples, mais toujours charmantes : avec de jolies et élégantes couleurs ou très fines comme sur l’exemple exposé dans l’article du 2 octobre 2007 intitulé : Les almanachs de mode du 18ème siècle. Certains de ces ouvrages ont des dorures historiées sur les plats en cuir ou de fines broderies etc. Parfois ils sont vendus avec un étui pour les contenir.

undefinedLES CAZIN. Les in-12° et in-16° sont des formats très fréquents. Ils sont plus petits que ceux des livres de poche actuels. Hubert-Martin Cazin (1724-1795) est l’éditeur qui représente le mieux alors l’épanouissement des publications ‘de poche’. Son nom est associé à ces formats dont il est l’un des propagateurs. Si les Cazin sont petits c’est aussi parce qu’ils sont souvent vendus en catimini car leur contenu est parfois prohibé. En 1754, l’éditeur est interdit de pratiquer son métier de marchand libraire. Il continue cependant, puis de Reims s’installe à Paris à diverses adresses successives. Les lieux d’édition ne sont pas indiqués (photo 1) dans ses ouvrages ou bien le plus souvent à l’étranger comme Londres (photo 4) ou Genève (photos 2 et 3) bien qu’ils soient produits en France, ceci afin d’éviter les saisies, amendes et emprisonnements dont l’éditeur est parfois la victime. Son travail d’édition ne se résume pas à des écrits licencieux ou légèrement érotiques comme dans les quatre exemples que nous proposons. Il publie une collection conséquente et fine d’auteurs dans des livres variant du petit in-12° au in-18° donnant ainsi son nom à ce genre de petits formats du 18ème siècle.

 

La démocratisation du livre de poche ne date donc pas du 20ème siècle. Elle est sans doute au 18ème un des facteurs favorisant la divulgation des idées des Lumières puis de la propagande révolutionnaire.

 
 

undefinedPhoto 1 : Léonard, Nicolas Germain (1744-1793), Idylles et Poëmes champêtres, sans date ni mention d'imprimeur, mais de la fin du XVIIIe siècle. Format Cazin. 7 x 12,5 cm. Reliure de l’époque. Jolie page de titre/frontispice. Ce livre contient de nombreuses Idylles et d’autres poèmes de M. Léonard comme Le temple de Gnyde. Le temple de Gnide est celui de la volupté.

 

Photo 2 : Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, in-18° (12 x 7 cm). Frontispice de C. P. Marillier (1740-1808) gravé par N. de Launay (1739-1792) représentant dans un décor champêtre une jeune fille couronnant un poète de roses, avec le texte : « Il faut des Couronnes de roses A qui peignit l’Amour et chanta les baisers. 20 ème Baiser ». Vignettes, fleurons, culs-de-lampe illustrent le corps de l’ouvrage. La première édition de Les Baisers est un in-8° de 1770, chez Lambert et Delalain.

 

Photo 3 : Autre édition Cazin de la même oeuvre mais avec un frontispice différent. Dorat, Claude-Joseph (1734-1780), Les Baisers, suivis du Mois de Mai, Poëme, Genève (Paris, Cazin), 1777, de 7 x 12 cm. Frontispice : « Sans vous, à quoi sert le bel âge ? » représentant des putti formant des couples s’embrassant dans un décor rococo. Cette édition contient aussi Joannis secundi hagiensis Basia et Imitations de plusieurs poètes latins (poésies érotiques).166 pages. 

 

Photo 4 : Piis, Pierre-Antoine-Augustin chevalier de (1755-1832), Contes Nouveaux en Vers et Poésies fugitives, édition Cazin indiquée Londres pour Paris, 1781, complet en deux parties. Dimensions : 7,5 x 13 cm. Il s’agit sans doute de la première édition. Cette édition originale est particulièrement jolie du fait de deux fines gravures, l’une servant de page de titre du recueil en deux parties, et l’autre de suite de celui-ci. La première représente une jeune femme prenant la place d’un rémouleur allongé sur le sol. Elle aiguise des ciseaux sur une meule rafraîchie par de l’eau ; et au dessous le texte indique : « L’eau tombe goutte à goutte, et les Ciseaux de Lise Rasant la meule en feu s’aiguisent à sa guise. » Le thème est éminemment érotique puisque c’est du jeune homme qu’elle s’occupe en vérité. Il est amusant de noter qu’ici celui-ci est représenté languissant, foudroyé par l’Amour avec qui la jeune fille gambade gaiement sur l’autre gravure. Les contes et les poésies présentées dans cet ouvrage sont plus espiègles que licencieuses. Notons le dialogue légèrement érotique ‘d’une petite maîtresse et d’un abbé’ (pp. 285-288) où celui-ci essaie de soudoyer une élégante qui se laisse convaincre mais devant sa maladresse le renvoie au jour où il aura acquis plus d’expérience. Un conte met en scène une perruque : ’La perruque perdue’ (pp. 31-33). Un autre intitulé ‘La délicatesse à la mode’ (p.27) montre un jeune homme qui voyant que la jeune fille qu’il convoite acquiesce, devient grossier au grand dame de sa promise qui rechigne. L’indélicat invoque l’amour et peut faire alors ce qu’il ne peut dire. Ainsi au XVIIIe siècle, la mode est à la délicatesse tout en étant à la liberté voir au libertinage.

 

undefinedLivre/almanach (format in-12) contenant un calendrier (6 pages), un conte érotique (36 pages), 12 pages pour noter les pertes et les gains de son propriétaire, illustré de 4 jolies gravures à pleine page offrant différentes nudités. L'Asile des Grâces, Etrennes aux jolies femmes de Paris. Par un Parisien de quelques Académies, Paris, chez les Marchands de Nouveautés, sans date (la Bibliothèque nationale possède un exemplaire du conte, daté de 1785, édité par Jean-François Royez vers 1757-1823 : « A Cythère, et se trouve à Paris, chez Royez. M.DCC.LXXXV »). Ouvrage rare, inconnu à Grand-Carteret et à Cohen. Reliure plein maroquin rouge du XIXe siècle, dos à nerfs, dentelle intérieure et tranches dorées. Retrouvez ce livre à la LIBRAIRIE STANISLAS FOURQUIER, au 40 rue Gay Lussac à Paris dans le 5ème arrondissement près du Jardin du Luxembourg, et bien d’autres ouvrages sur les sites www.photolivre.com et http://stores.ebay.fr/0-livres-photos

 

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Livres anciens
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Jeudi 20 décembre 2007

undefinedundefinedLe culte de la Vierge à l'enfant a sans doute pour origine celui de la Mère primordiale. Elle est vierge puisqu'il n'existe personne avant elle. La figure de la Dame et de l'enfantement est aussi liée à la terre, la naissance, l'amour, le patrimoine aussi bien du sol que de l'esprit … Une personne a écrit (la référence n'a pas été notée) qu'autrefois, quelqu'un qui adorait la Vierge de son village, en découvrant celle d'autres églises plus lointaines ne la reconnaissait pas obligatoirement et la voyait comme une figure autre. La représentation médiévale de la Vierge à l'enfant est donc tout à la fois récurrente dans tout l’Occident chrétien (et au-delà) et particulière à chaque région, communauté, et même vie. A cela s’ajoute en France un culte de la Dame qui fut remplacé semble-t-il seulement à partir du XIIe siècle par celui de Marie. Les oeuvres d’art médiévales authentiques représentant ‘Marie’ seule ou avec un enfant sont donc des témoignages sans commune mesure ; et leur caractère parfois rustique n’enlève rien à leur valeur, au contraire ! Encore faut-il retrouver au fin fond de son âme la vue permettant de voir ce trésor, cette beauté qui n’est pas toujours directement visible ! Ces images gardent en elles la richesse la plus précieuse de ceux qui les aimaient et communiaient autour !
On retrouve les deux oeuvres d'art photographiées et d'autres exemples de ces iconographies sur le site de l’antiquaire belge De Backker spécialisé en art médiéval :

www.debackker.be

Photo 1 : Petite statuette du Nord de la France de 1340-1360, représentant une Vierge à l’enfant dans une niche gothique.
Photo 2 : Petite tablette d’écriture de vers 1340, d’Ile-de-France, avec la scène de l’Annonciation et celle de l’Adoration des Mages.

par La Mesure de l'Excellence
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Lundi 17 décembre 2007

masquesetmascarades700.jpgLe théâtre occupe une place très importante dans la société antique gréco-romaine. Il suffit de constater l’espace qu'occupent les odéons et théâtres dans les villes exhumées pour s'en rendre compte. Ces édifices sont toujours présents dans la moindre petite cité et sont parmi les plus grands. C’est que le théâtre est un élément fort de cette communauté, non seulement parce qu'il apporte la distraction indispensable ; mais aussi parce qu'il permet avec habileté d'enseigner la langue, la philosophie etc. et d'inculquer un esprit civil aux plus rustres d'entre les citoyens. D'abord il est un lieu de libertés et de plaisirs où s'opère la catharsis, c'est-à-dire la purgation des émotions (des passions) et des travers de chacun qu’ils soient comiques ou tragiques. Ensuite il rassemble autour de rythmes communs qui deviennent des supports d’éducation et de comportements. Le maître d’école et le tuteur instruisent sur la langue grecque ou latine à travers des textes de théâtre ; l’homme politique s’entraine à la rhétorique en apprenant des pièces, en mimant les acteurs, en écrivant et déclamant en public de nouvelles compositions dramatiques. Cet enseignement, tous peuvent y avoir accès à travers la simple distraction qu’est le théâtre, qui tout en étant didactique, civilise et apporte le plaisir : une des principales clés du rythme (comme nous le verrons dans un autre article, ce sont avant tout les rythmes qui sont à la base de la Culture). L’auteur romain Térence qui s’inspire de la comédie grecque a servi ainsi non seulement durant l’Antiquité mais aussi pendant tout le Moyen-âge jusqu’au 19e siècle comme source d’apprentissage du latin et parfois même de la rhétorique. Il est particulièrement réputé pour la finesse de sa langue et de ses textes.

La représentation des rôles comiques, telle qu’on la trouve dans la gravure du 18e siècle de la photographie de cet article, suit une tradition qui remonte à l’époque même de Térence et qui s’est transmise fidèlement pendant toute l’Antiquité et à travers les manuscrits médiévaux illustrés de l’auteur comique comme le manuscrit latin 3868 de la Bibliothèque du Vatican (IXe s.), le manuscrit latin 7899 de la Bibliothèque nationale de France (IXe s.),  le ms. 7900 (IXe s.), et tous ceux qui sont copiés par la suite dans les principaux centres culturels (souvent monastiques) médiévaux. L’estampe de la photo copie ces images ou une de leurs transmissions, avec les positions typiques (le gestus du comédien et de l’orateur), les habits et les masques qui se confondent avec le temps aux visages. Dans la Comédie antique, tous les masques sont caricaturaux sauf ceux des jeunes gens qui le sont à peine et souvent très fins (alors que les autres sont très grossiers), mais dont les personnages sont pourtant la cible de tous les autres ! Dans un prochain article nous parlerons plus particulièrement de l’importance du masque et de certaines de ses significations.

Comme le théâtre qui met en scène des règles admises, la Culture est un système de conventions. L’Antiquité en a conscience, de même que le Moyen-âge lettré. Malgré ce que l’on peut dire, le théâtre ne quitte pas cette période d’une immense richesse culturelle. Au contraire, il retrouve son origine même, avec ses chœurs et son autel qui au demeurant n’abandonnent jamais le théâtre antique. Au risque de peut-être choquer certains et en ayant conscience que toute vision des choses est parcellaire et erronée, on peut se risquer à dire que le théâtre s’installe dans le temple même : l’église. On y joue la passion du Christ, aussi celle des hommes, et en particulier à travers le simulacre d’anthropophagie la catharsis nécessaire à la résurrection des âmes pécheresses. C’est ainsi que le théâtre antique banni par la chrétienté, renaît dans l’église, s’organise en elle avec des jeux mettant en scène des personnages dont certains sont masqués, pour sortir ensuite de l’édifice religieux et être joués sur son parvis, puis dans des théâtres en cercle, mettant en scène toute la cosmographie chrétienne avec son enfer, son paradis … et ses mystères : tel celui de la ‘passion’ du christ ainsi dénommée dès l’origine.

Mais si le Moyen-âge conserve des pratiques religieuses héritées de l’Antiquité et même rejoue l’origine du théâtre, les représentations du théâtre antique disparaissent totalement. C’est à la Renaissance (XVe-XVIe s. en France, dès le XIVe en Italie), qu’on le redécouvre et le joue. Le théâtre du XVIIe siècle instaure une série de règles inspirées de la dramaturgie antique. L’Abbé d’Aubignac (1604-1676) les formule pour la première fois par écrit : la vraisemblance, la bienséance, les trois unités de temps, de lieu et d’action. Ces conventions sont à la base du théâtre classique français avec Molière, Racine, Corneille … Mais cette dramaturgie dont la langue est particulièrement belle et les représentations raffinées n’est pas si rigide que cela. Au contraire, ces règles ont pour but de mieux capter la réceptivité des spectateurs et leur faire apprécier la représentation. Les alexandrins laissent une immense liberté car finalement peu contraignants tout en apportant la musique, le rythme nécessaire à ces spectacles. La vraisemblance et la bienséance vont de soi à une époque éprise de délicatesses et de justesse. Et les trois unités sont plus pratiques que contraignantes. Avant toute autre chose, à cette époque, le théâtre est une distraction et un plaisir, une subtile alchimie qui sait s’insinuer dans les conversations les plus doctes comme dans les plaisirs les plus frivoles. C’est ainsi qu’il l’est surtout durant l’Antiquité ; et c’est ce charme là qu’on retrouve au XVIIe siècle, dans un temps où Paris s’institue comme la nouvelle Athènes, et le français comme la nouvelle langue des arts et des sciences.

Les conventions régissent une grande partie de notre vie et en particulier la Culture. La Langue en est une dans laquelle on donne historiquement à chaque chose un ou plusieurs mots et à chaque mot une signification. L’Art en général a les siennes. Comme nous le verrons dans un prochain article, elles s’imposent par la constatation de l’entourage, l’imitation et l’évidence du rythme. La Liberté n’est pas dans leur destruction mais peut-être dans la reconnaissance qu’il ne s’agit là que de conventions et par le plaisir que l’on peut trouver grâce à elles, comme dans la communion qui s’instaure et la recherche d’une plus grande finesse.

Photo : Gravure intitulée : Masques et mascarades en usage chez les anciens. Elle est tirée d’un livre du XVIIIe siècle (Tom VI, N° 27). Signature : B. Bernaerts Sculp., 1743. B. Bernaerts est un graveur du XVIIIe siècle, sans doute hollandais. Cette estampe représente des rôles de la Comédie antique, s’inspirant de la tradition des iconographies des éditions (en particulier médiévales) de Térence. Elle fait 45 x 26,5 cm et  41 x 17 cm sans les marges.

par La Mesure de l'Excellence
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Mardi 11 décembre 2007

fontenelle.jpg

Le concept de Modernité a parcouru toute l'histoire de l'Occident, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. De nos jours, il tourne autour des nouvelles technologies et de la mondialisation des marques que ce soit dans le refus de cet état de fait ou le contraire. Autrefois, les grands changements se faisaient lors de renaissances qui se caractérisaient souvent par une redécouverte de l'Antique. Ce fut le cas au XIIe siècle avec l'Art Gothique, à la Renaissance, à la Révolution … La querelle des Anciens et des Modernes est un spectacle que l’Occident a joué depuis l’Antiquité. De tous temps, le théâtre les a mis en scène de façon magistrale, le spectacle principal ne se déroulant pas sur la scène mais dans les gradins et bien au delà de l’édifice théâtral. L’origine en est lointaine, peut-être a-t-elle commencé en Grèce au début du théâtre. Le système même des concours théâtraux athéniens amenait un esprit de compétition entre les différents poètes. C’est ainsi qu’à partir de Thespis (VIe siècle av. J.-C.), jusqu’à Euripide (Ve siècle av. J.-C.), en passant par Eschyle et Sophocle, les auteurs tragiques rivalisaient de nouveautés. L’évolution de la Comédie grecque ancienne vers la Moyenne et la Nouvelle a marqué de grands changements. Les poètes romains qui copiaient cette dernière s’exposaient à de virulentes critiques de leurs homologues. Térence (IIe siècle av. J.-C.) en a fait les frais. Dans ses prologues, il répondait aux critiques en expliquant comment il dépensait sa peine, lui le nouveau poète, à écrire des prologues, non pour exposer le sujet comme c’est leur fonction principale, mais pour répondre aux attaques d’un vieux poète malveillant. A l’opposé, il nous reste un fragment d’une pièce du VII e siècle après J.-C. intitulée Dialogue de Térence et du moqueur, où Térence est confronté à un jeune auteur, représentant de la nouvelle génération se moquant du vieil écrivain. Au-delà des mots, il s’agissait de nouvelles façons de représenter et de se représenter qui étaient exposées. La Renaissance des XVe-XVIe siècles a fait surgir de nouveaux débats. Au XVIIe siècle, on assista à des démêlés sur les Lettres de Guez de Balzac (1624-1629), sur le Cid (1637) et sur d’autres questions littéraires. A la fin de ce siècle et au début du XVIIIe une autre controverse fit s’affronter les Anciens (les auteurs Classiques tels Boileau, Racine, La Fontaine, La Bruyère …) qui défendaient une littérature imitant l’Antique, aux Modernes (la nouvelle génération d’écrivains comme Fontenelle, Perrault, Houdar de la Motte …) qui affirmaient la prééminence des auteurs contemporains. Elle continua au XVIIIe siècle lorsqu’en 1714, Houdar de la Motte publia une traduction de l’Iliade où il corrigeait et raccourcit celle d’Anne Dacier de 1699 en y ajoutant une préface contenant un Discours sur Homère où il prenait la défense des Modernes. Anne Dacier répliqua dans son livre Des causes de la corruption du goût. Cette « Querelle d’Homère » s’acheva en 1716 avec une réconciliation des deux parties. Au XVIIIe siècle, la tradition antique (en particulier chez Térence) qui voulait qu’un auteur de théâtre expliqua sa démarche d’écriture par rapport à ce qui le précédait se retrouva dans les prologues de pièces, comme chez Diderot (1713-1784) où celui-ci défendait son « drame bourgeois » ; ou encore au XIXe siècle chez Victor Hugo (1802-1885) dans la Préface de Cromwell qui annonça la « bataille d’Hernani » entre les défenseurs d’un théâtre classique et ceux d’un théâtre romantique. Cela illustra d’une manière alors toujours très vivante la querelle entre les Anciens et les Modernes. 
Cette modernité littéraire de nouvelles générations d’écrivains qui s’affirmaient en opposition aux anciennes a son pendant dans la jeunesse qui imposait de nouvelles modes. En France, la littérature et la Mode ont toujours été très liées ; et elles ont fait évoluer la langue comme nous le constaterons dans un prochain article consacré aux Précieuses. 

lescausesdelacorruptiondugoutaa400.jpg

Photo 1 : Fontenelle, fut un des acteurs de ce qu'on appela la querelle entre les Anciens et les Modernes. Ce livre, datant de l'époque de l'auteur en est un exemple. Fontenelle, Bernard Le Bouyer de (1657-1757 : presque centenaire !), Poésies pastorales, avec un Traité sur la nature de l'églogue, et une digression sur les anciens et les modernes, Paris, M. Brunet, 1708. 3e éd., in-12°. La partie appelée Digression sur les Anciens & les Modernes fait explicitement référence à la ‘querelle’ dont Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut un des acteurs et qui trouva son apogée à la suite de la lecture par Charles Perrault vers 1688 de son poème Le Siècle de Louis XIV dans lequel il proclamait la primauté de la littérature du temps. La première édition de Digression sur les Anciens & les Modernes date justement de cette année là et suit directement ce poème. Les partisans de la suprématie antique se recrutaient surtout à la Cour et dans la génération classique. Leurs adversaires étaient plutôt des auteurs jeunes, des mondains et des amateurs de genres nouveaux (opéra, contes, romans).

Photo 2 : Dacier, Anne, Des Causes de la Corruption du Goust, Paris, Rigaud, 1714. In-12°. Il s’agit de l’édition originale (1ère édition) de cet ouvrage d’Anne Dacier (1674-1720). Il fut à l’origine de la seconde querelle des Anciens et des Modernes connue sous le nom de ‘Querelle d'Homère’. Voici ce qu’on peut lire sur Wikipédia à ce sujet et sur Anne Dacier : « Elle publia en 1699 la traduction en prose de l’Iliade, qui devait être suivie neuf ans plus tard d’une traduction semblable de l’Odyssée, qui lui a acquis la place qu'elle occupe dans les lettres françaises. Cette traduction qui découvrit Homère à beaucoup d’hommes de lettres français, dont Houdar de la Motte, fut également l’occasion d’une reprise de la querelle des Anciens et des Modernes lorsqu’Houdar publia une version poétique de l’Iliade abrégée et modifiée selon son propre goût, accompagné d’un Discours sur Homère, donnant les raisons pour lesquelles Homère ne satisfaisait pas son goût critique. Anne Dacier répliqua la même année avec son ouvrage intitulé Des causes de la corruption du goût. Houdar poursuivit gaiement le débat en badinant et eut la satisfaction de voir l'abbé Terrasson prendre son parti avec la publication en 1715, d’un ouvrage en deux tomes intitulé Dissertation critique sur L'Iliade où il soutenait que la science et la philosophie, et particulièrement celles de Descartes, avaient tellement développé l’esprit humain que les poètes du XVIIIe siècle étaient considérablement supérieurs à ceux de la Grèce antique. La même année, Claude Buffier publia Homère en arbitrage où il concluait que les deux parties avaient convenu du point essentiel selon lequel Homère était l’un des plus grands génies que le monde avait vus et que, dans l’ensemble, on ne pourrait préférer aucun autre poème au sien. Peu après, le 5 avril 1716, Anne Dacier et Houdar trinquèrent à la santé d’Homère lors d’un dîner chez Jean-Baptiste de Valincourt. » Anne Dacier est aussi célèbre pour ses traductions du grec ou du latin comme celles de Térence.

Pour finir cet article et commencer les suivants, voici quelques passages du livre de Bernard Le Bouyer de Fontenelle proposé en photo 1, dont le dernier est consacré à Honoré d’Urfé dont le roman pastoral L’Astrée influença beaucoup les Précieuses du XVIIe siècle dont nous parlerons.

« […] je ne goûte point trop que d'une idée galante, on me rappelle à une autre qui est basse, et sans agrément. »

« On ne prend pas moins de plaisir à voir un sentiment exprimé d'une manière simple, que d'une manière plus pensée, pourvu qu'il soit toujours également fin. Au contraire, la manière simple de l'exprimer doit plaire davantage, parce qu'elle cause une espèce de surprise douce, et une petite admiration. On est étonné de voir quelque chose de fin et de délicat sous des termes communs, et qui n'ont point été affectés, et sur ce pied-là, plus la chose est fine, sans cesser d'être naturelle, et les termes communs sans être bas, plus on doit être touché. »

«  Quand je lis d’Amadis les faits inimitables, / Tant de Châteaux forcés, de Géants pourfendus, / De Chevaliers occis, d’Enchanteurs confondus, / Je n’ai point de regret que se soient-là des Fables. / Mais quand je lis l’Astrée, où dans un doux repos / L’Amour occupe seul de plus charmants Héros, / Où l’amour seul de leurs destins décide, / Où la sagesse même a l’air si peu rigide, / Qu’on trouve de l’amour un zélé partisan / Jusque dans Adamas, le Souverain Druide, / Dieux, que je suis fâché que ce soit un Roman ! / --- / J’irais vous habiter, agréables Contrées, / Où je croirais que les Esprits / Et de Céladon & d’Astrée / Iraient encore errants, des mêmes feux épris ; / Où le charme secret produit par leur présence, / Ferait sentir à tous les cœurs / Le mépris des vaines grandeurs, / Et les plaisirs de l’innocence. / --- / O rives de Lignon, ô plaines de Forez, / Lieux consacrés aux amours les plus tendres, / Montbrison, Marcilli, noms toujours pleins d’attraits, / Que n’êtes-vous peuplés d’Hilas & de Silvandres ! / Mais pour nous consoler de ne les trouver pas, / Ces Silvandres, & ces Hilas, / Remplissons notre esprit de ces douces chimères, / Faisons-nous des Bergers propres à nous charmer, / Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer, / Faisons-nous aussi des Bergères. […] » Poésies pastorales. Alcandre. Premier églogue. A Monsieur

par La Mesure de l'Excellence publié dans : La Mode
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Mercredi 5 décembre 2007

descriptiondunlivrereliure700.jpgLe livre a été fabriqué pour être lu, mais aussi tenu dans les mains, conservé, aimé, offert ... Cet objet est toute une histoire. Pour connaître le FORMAT d'un livre, il faut savoir celui de la feuille qui a été pliée : en deux : in-folio ; en quatre : in-quarto = in-4° ; in-octavo = in-8° ; en douze : in-duodecimo = in-12°, in-16°… La RELIURE (couvrure) peut être en papier, toile, soie, peau (pleine reliure ou demi-reliure); le cuir du veau brun ou blond, du maroquin (peau de chèvre), du parchemin ou de la basane (cuir très souple obtenu à partir d’une peau de mouton tannée). La reliure peut être décorée (fers, fleurons…). Elle est composée d’un plat et d’un contreplat, d’un dos et d’un intérieur reliure. Le CORPS D’OUVRAGE est emboité dans la couvrure et ne tient à elle que par ses gardes (feuilles de garde) collées aux plats. Le livre fermé, la partie visible du corps d’ouvrage est appelée la tranche. Elle peut être dorée, jaspée, marbrée, peinte… Dans les livres anciens, le tout est cousu à des nerfs simples ou doubles. A l’intérieur, le texte a sa propre typographie, et parfois des images telles des gravures (frontispice, gravures à pleine page ou dépliantes, bandeaux, vignettes, fleurons, culs-de-lampe…). Le livre du 18e siècle est un objet qui vit, qui respire, parce qu’il est fait de matériaux naturels : cuir, fibres végétales ... On ressent la main de l’homme, son travail à travers l’objet, et son esprit à travers les mots, les gravures … Tout s’entremêle comme les parties d’un corps ; le visible et l’invisible communiquent et ouvrent de nouvelles portes de l’âme. Les livres reflètent des facettes, parmi une infinité, du diamant de notre esprit, et ceux du 18e siècle des aspects de celui-ci qui méritent d’être redécouverts : où la main est aimée par la pensée, et la pensée par la main, celles (la main et la pensée) qui ouvrent le livre, et celles qui le créent, l’écrivent et le façonnent. 
descriptiondunlivreancien700.jpgdescriptiondunlivreancieninterieur700.jpg

par La Mesure de l'Excellence publié dans : Les Livres anciens
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