La Mode

Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 17:12

entree2300 Voici le texte de l'exposition qui a eu lieu le dimanche 27 novembre au 108 rue Oberkampf. Ceux qui suivent ce blog  retrouveront des passages d'articles anciens. De même les images ne sont pas nouvelles.

Une spéciale dédicace et de vrais remerciements à l'équipe du Bric à Brac !

Qui connaît aujourd'hui les petites-maîtresses et les petits-maîtres qui sont le sujet de cette exposition : toute la jeunesse d’avant-garde, mignarde, intelligente, belle, bien facée (qui a le visage plein et une belle représentation), séduisante, galante, de bon goût, haute, délurée, créatrice … incroyable, inconcevable, inimaginable, merveilleuse, coquette … en un mot : moderne ? Cette exposition présente ces modeux à travers des photographies de documents d'époque des XVIIIe et XIXe siècles agrandis et imprimés sur toiles, et des habits d'époque de la première moitié du XXe siècle : aux temps de la Belle Époque, des Années folles et des zazous. Ces tenues appartiennent à deux boutiques du quartier (rue Moret) : Ancienne Mode spécialiste des vêtements du XIXe siècle, et Casblanca, en particulier de l'époque zazou. Un clin d'oeil est fait à Christophe-Philippe Oberkampf (1728-1815) industriel créateur de la toile de Jouy.
COSTUME DE CARNAVAL DE DOMINO. Illustration provenant du tome second de La Vie élégante, 1883. La période du carnaval est un moment festif important dans l'année parisienne. C'est aussi une période de transgression des codes : certaines femmes se vêtissent en homme ou le contraire ; on s'habille d'une manière extravagante et en dehors des usages coutumiers ... On puise dans de multiples inspirations : le passé, les civilisations, le grotesque, les animaux, la féérie … Parmi ce mélange, certains types sont récurrents comme : le débardeur, l'arlequin, le domino, le pierrot, le chicard etc.
COSTUME DE CARNAVAL D'ARLEQUINE. Autre illustration provenant du tome second de La Vie élégante, 1883. Le carnaval de Paris est durant cinq siècles l'un des plus importants du monde. Il succède à la fête médiévale des fous qui elle-même a sans doute des origines antiques. Il se déroule en particulier durant la période du Mardi gras, en février/mars. Cortèges, fêtes et bals masqués rythment ce moment. Celui dit de l'Opéra est le plus réputé aux XVIIIe et XIXe siècles.
3 L'ÉLÉGANTE. « Toilette Florentine avec l'Élégant Chapeau des Champs Élysées. ». XVIIIe siècle. Le Dictionnaire de l'Académie française de 1798 décrit l'élégant comme étant « un homme recherché dans son ton, ses manières et sa parure ». L'élégance, le bon goût, le bon ton, la galanterie, avoir de l'esprit … sont des éléments importants de la mode française qui trouve une de ses sources dans l'univers courtois du Moyen-âge.
4 LA COQUETTE. « Jolie Femme en Circassienne de gaze d'Italie puce, avec la jupe de la même gaze couvrant une autre jupe rose garnie en gaze broché avec un ruban bleu attaché par des Fleurs et glands et gaze Bouilloné par en bas, et des manchettes de filet, coiffée d'un Chapeau en Coquille orné de Fleurs et de Plumes. » Cette dame est du XVIIIe siècle bien que les coquettes et les coquets soient en particulier décrits dans des textes du XVIIe. La coquette est moins intellectuelle que la précieuse mais elle est un personnage important de la mode parisienne.
LE MERVEILLEUX. 5 On donne ce nom à de magnifiques jeunes gens de l'époque du règne de Louis XV (1715-1774) qui suscitent l'émerveillement. Celui-ci est de l'époque de Louis XVI (1754-1793). Le merveilleux est dans la continuation du roué, du talon rouge, du menin, du beau-fils, du libertin, du raffiné, du mignon, du fringant et de beaucoup d'autres petits-maîtres qui le précèdent. Il porte ici la tenue masculine caractéristique durant tout ce siècle : l’habit à la française, composé de l’habit, du gilet et de la culotte. Il a une perruque et un tricorne (chapeau très fréquent alors).
6 LA PETITE MAÎTRESSE. Personnage d'une estampe provenant d'une revue de mode du dernier quart du XVIIIe siècle. On appelle (surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles) 'petits-maîtres' et 'petites-maîtresses' des jeunes gens se caractérisant par leurs habits, leurs manières nouvelles, leur élégance et leur beauté. La scène parisienne occupe alors la première place avec ses lieux à la mode et ses élégants qui s'y promènent depuis l'Antiquité. Comme aujourd'hui, ceux-ci ont leurs lieux, manières, vocabulaire, habits …
7 L'INCONCEVABLE DE 1798 « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines » provenant d'une revue de mode très populaire à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe intitulée : Journal des Dames et des Modes. Ce périodique, fondé à Paris en 1797, est celui qui témoigne le mieux du changement radical de la mode de la fin du XVIIIe siècle. La jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic ». Cette mode aurait été instituée en solidarité avec des condamnés à l’échafaud : cette coupe imitant celle de ces derniers ou dernières avant de passer à la guillotine. On lui donne alors le nom de « coiffure à la victime ». A la fin de la Révolution on organise des « bals des victimes » ouverts à ceux ayant perdu au moins un de leurs proches à la guillotine. Ceux-ci généralisent le port de robes gréco-romaines et des cheveux courts qui imitent les représentations antiques des découvertes archéologiques du XVIIIe siècle. Les coupes courtes sont aussi appelées « coiffures à la Titus » du nom du fils de Brutus que l’acteur de tragédie François-Joseph Talma (1763 - 1826) joue avec cette coupe qu’il porte aussi en ville. Ces nouvelles manières sont en contradiction totale avec les précédentes, et laissent le peuple pantois d'où le nom donné aux élégantes d'alors de merveilleuses ou d'inconcevables et pour les hommes d'incroyables.
7a Petits maîtres du XVIIe siècle au début du XIXe, avec en particulier en son centre une gravure de 1797 intitulée « Café des Incroyables », avec pour sous-titre : « Ma parole d’honneur ils le plaisante » (orthographe retranscrite). Tous les incroyables sont ici affublés d’une perruque blonde (ou d’une coupe ?) 'en oreilles de chien', c'est-à-dire, comme on le voit : les cheveux coupés sur le dessus, tombant sur les côtés, longs au dos et tressés pour être remontés derrière la tête. Certains portent des chapeaux qui sont de deux styles. Ils ont deux boucles d’oreilles rondes et assez grandes, une cravate qui couvre le menton, une culotte, des bas avec des motifs, des souliers pointus… Ils tiennent des cannes ; ont des lunettes, des faces-à-main ou une lorgnette. Un garçon sert du café. Le décor est de style néo-classique et le dessinateur/graveur (qui a signé RLL) s’est représenté lui-même sur la droite dans l’ombre, avec son stylet.
ToiledeJouyBleueHuet400 OBERKAMPF. Une exposition sur une histoire de la mode dans le quartier Oberkampf (1738-1815) se devait de parler de Christophe-Philippe Oberkampf, industriel français d'origine allemande, créateur de la toile de Jouy. Le Musée de la toile de Jouy nous a prêté quelques rééditions contemporaines de modèles de la fin du XVIIIe siècle fabriqués à partir de dessins ou gravures de Jean-Baptiste Huet (1745-1811). Un remerciement au Musée de la toile de Jouy qui a prêté ces rééditions.
ToiledeJouyFabrication500 OBERKAMPF ET LA TOILE DE JOUY Ce tissu est particulièrement intéressant. Il retrace les étapes de la fabrication de la toile de Jouy ! La toile est d'abord lavée dans l'eau de La Bièvre, puis battue au fléau pour la débarrasser de son apprêt (1). Une fois séchée (2) elle passe à la calandre pour en aplanir le grain. Au préalable les motifs sont gravés sur des planches de bois et à partir de 1770 sur des planches de cuivre (3). Après l'impression la toile est plongée dans un bain de bouse de vache afin d'éliminer l'excès d'épaississant (4), puis lavée. Les toiles passent ensuite dans un bain de teinture - racine de garance - qui révèle les couleurs sur les parties de toile empreintes de mordants. Par garançage on obtient une gamme de couleurs du rouge foncé au rose tendre, du noir au lilas, violet, bistre. Le fond de la toile devenu rosâtre, celle-ci est exposée sur les prés pour blanchir (5). Le jaune et le bleu sont imprimés directement sur la toile. Le vert est obtenu par superposition de bleu et de jaune jusqu'en 1808. Après le travail de finition des pinceauteuses (6), certaines pièces reçoivent un apprêt composé d'un mélange de cire et d'amidon. Il est appliqué sur la toile qui passe ensuite à la calandre à chaud. Pour satiner ces pièces on les lisse à la bille d'agate ou de cristal fixée à l'extrémité d'un bras articulé : le lissoir (7). En 1797 un brevet écossais de 1783 est mis en application : l'impression au rouleau de cuivre. La machine fonctionnant en continu permet la production de 5000 mètres par jour. C'est un gain de temps considérable par rapport à la planche de cuivre.
8 LE MUSCADIN. « Costume d'un Jeune Homme » de 1800. Son habit est caractéristique de celui d'un muscadin ou d’un incroyable. Son port est particulièrement gracieux et son geste de la main est une manière de langage propre à ces élégants. Le terme de « muscadin » vient de « musc » : parfum à la mode chez les hommes. Au XVIIe siècle on appelle aussi muguets les jeunes hommes sentant cette fleur. C'est à la Révolution (1789-1794) que la tenue présentée ici se généralise. Cette jeunesse rechigne à s’engager dans les armées de l’époque et à suivre les couleurs imposées. Elle a les siennes propres, comme le noir ou le vert ; et des collets portant ces teintes font l’objet de rixes avec les sans-culottes qui veulent les leur arracher. Les muscadins et incroyables de la Révolution s'expriment avec de nouveaux codes très modernes alors. Avec la fin des sans-culottes, l’ordre est représenté par les muscadins. Leurs habits deviennent même ceux des militaires. Sous l’Empire, Napoléon porte des habits d’incroyable (il fréquente beaucoup les merveilleuses les plus célèbres), ainsi que certains de ses officiers et de son armée.  Leurs immenses chapeaux « bicornes » en sont un exemple, de même que les cravates hautes, les manteaux caractéristiques etc.
9 UN INCROYABLE ET UNE MERVEILLEUSE. La mode masculine des couvre-chefs gigantesques et très originaux du Premier Empire n’a aucun équivalent dans l’histoire de la mode des hommes ; même les hauts-de-forme du XIXe siècle font pâle figure en comparaison. On appelle aussi ce genre d'incroyable : un 'mirliflor'. Ce couple du début du XIXe siècle est en train de danser sans doute la valse qui est la musique à la mode à cette époque. La merveilleuse porte un habit à l'antique.
10 UNE INVISIBLE AVEC UN BEAU. Couple de 1806. La femme porte une capote 'invisible'. On nomme aussi invisibles les personnes qui ont ce genre de chapeau. Si la taille reste haute, le vêtement se rigidifie et la poitrine se couvre. Le style du jeune homme est celui de l'anglomane. On appelle aussi fashionable une personne fascinée par les modes venues d'Angleterre. Le terme de freluquet désigne certains élégants de cette période (mot utilisé encore aujourd'hui). Cette tenue masculine est celle qui prédomine pendant tout le XIXe siècle.
11 LE GANDIN DE 1817. « Costume de Longchamp ». En 1817 règne Louis XVIII. Le dandysme est à l'état de prémisse en France. C'est l'époque des tenues à l'élégance militaire du calicot, du morillo ou du bolivar. On ne sait trop si le nom de gandin vient de ses gants ou du boulevard du Gand à Paris très à la mode alors. Ce nom raisonne en France comme celui de 'dandy' Outre-Manche.
LA 12 JEUNE FRANCE DE 1830. A cette époque on appelle surtout jeune France ou nouvelle France, le romantique aux cheveux longs et manières passionnées. 1830 c'est aussi le temps du dandy, de la lionne et du lion, du bas bleu et du gant jaune. La robe des femmes s'élargit et la taille est plus basse. Le corset abandonné par les merveilleuses est de retour. Les coiffures assez hautes sont dites 'à la girafe'. Femmes et hommes arborent des cheveux bouclés sur les côtés qui peuvent être des postiches. C'est aussi le temps de larges chapeaux féminins avec de nombreux rubans et autres jolis falbalas.
13 UNE COCODETTE ET UNE BICHE DE 1858. Durant le second Empire, sous le règne de Napoléon III (de 1852 à 1870) de nombreux noms désignent les petites-maîtresses : petite dame, cocotte, crevette … Leurs acolytes sont le petit crevé (ou crevé), le gommeux (vers 1870), le fendant, le col cassé, le cocodès, le genreux, le daim … Le sport est très à la mode avec le sportsman, la sportswoman, le gentleman du sport ou le gentilhomme du sport. C'est l'apothéose des robes crinoline, très larges. Généralement ronde, la crinoline atteint son diamètre maximum vers 1858 avant de projeter sa masse vers l’arrière. On lui associe des volants superposés, des garnitures et des effets de matières, notamment avec la naissance du style dit tapissier. Les teintures, conséquences des progrès de la chimie, sont de plus en plus criardes. La bottine est la chaussure de l'époque. Les petites ombrelles sont des accessoires prisés lors des promenades.
14 LA COPURCHIC DE 1876. 'Copurchic' désigne le suprême chic. C'est un adjectif et un nom désignant certains petits maîtres d'alors. La crinoline cède la place à la tournure vers 1869. La silhouette devient de plus en plus filiforme, et de 1874 à 1876 le pouf tend à disparaître ; mais la tournure subsiste sous l’aspect d’une 'queue d’écrevisse'. La robe, au corsage ajusté, se dote d’une petite traîne. La tournure cambre de plus en plus les reins. A la fin du XIXe siècle la tournure est délaissée mais la silhouette reste très fine et cambrée. Le corset est abandonné au début du XXe siècle pour un retour à l'aisance et la création du nouveau concept de vêtement pratique. Le dernier tiers du XIXe siècle est le temps du pschutteux, du grelotteux, du faucheur, du clubman, du bécarre, du high-life, du snoboye, du koksnof etc.
On retrouve ici une partie de la bicherie du XIXe siècle, avec divers petits maîtres : gandin, invisible, anglomane, fashionable, freluquet, nouvelle France, artiste, lionne, lion, bas bleu, gant jaune, cocodette, petite dame, cocotte, crevette, petit crevé, biche, gommeux, fendant, col cassé, cocodès, genreux, daim, copurchic, pschutteux, grelotteux, faucheur, clubman, bécarre, high-life, snoboye, koksnof etc.

VÊTEMENTS D'ÉPOQUE :

HABIT BELLE ÉPOQUE (fin XIXe-1914) de la boutique Ancienne Mode (rue Moret). « Les robes du début de la Belle Époque se caractérisent encore par une taille marquée alors que la tournure disparaît. De 1893 à 1897, la jupe ronde forme une cloche, répondant à d’imposantes manches gigot. En 1898, la ligne sinueuse contemporaine de l’art nouveau, tord le corps féminin en S, jusqu’à ce que le buste se redresse progressivement à partir de 1906. Le corset impose une cambrure drastique alors que la silhouette exige le port d’un aplatisseur de poitrine et d’une petite tournure. » Pour les hommes le complet trois pièces est de rigueur. Il est composé d’un gilet, d’un pantalon étroit et d’un veston. « La tenue de soirée se compose d’un habit noir avec un gilet blanc, alors qu’est porté pour la première fois le smoking. […] L’homme ne saurait sortir sans canne, sans son haut de forme ou son chapeau melon. Il arbore également des chaussures basses dotées de boutons. » (Citations des Arts Décoratifs de Paris).
HABIT DES ANNÉES FOLLES (1920-1929) de la boutique ANCIENNE MODE (rue Moret). Vers 1908, le célèbre couturier Paul Poiret (1879-1944) supprime le corset et le soutien-gorge fait son apparition. Ce même couturier initie la ligne dite tonneau. La tenue se libère encore davantage avec Coco Chanel (1883-1971). Durant les Années folles, toutes les audaces sont permises. Les femmes se coupent les cheveux à la garçonne. On danse sur des musiques américaines. L'influence des États-Unis est grandissante. Montparnasse est le nouveau quartier à la mode. Des artistes du monde entier s'y côtoient. Fini les corsets et les vêtements serrés. Plus d'entraves. C'est la période des formes épurées, des robes courtes "Charleston" à taille basse et toujours dans la ligne 'tube', des chapeaux cloche et des silhouettes minces. La mode masculine reste assez sobre avec un peu plus d'aisance qu'auparavant.
HABITS ZAZOU (1938-1945) de la boutique Casablanca (rue Moret). Le texte sera inclus dans un prochain article sur les zazous.

zazous2300

La musique était de camille885 de Youtube.

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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 17:51

L'exposition c'est ce dimanche (27 novembre) après-midi seulement !
Au Bric à Brac Bar (108 rue Oberkampf, Paris 11e, entre M° Parmentier et Ménilmontant).
Je présenterai des documents faisant resurgir quelques inconcevables petits maîtres (c'est ainsi qu'on appelle les dandys autrefois) de la mode parisienne des XVIIIe et XIXe siècles.
Deux boutiques du quartier Oberkampf, Ancienne Mode et Casablanca, exposeront des vêtements d'époque des années 1900 à 1950.
N'hésitez à venir habillés avec des touches anciennes !
Entrée libre
Plus d'informations sur www.lamesure.fr/expo.html

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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 07:39

lafeuillesanstitren317doublepagegravure300lm lafeuillesanstitren317pagegravure300lm On appelle sylphides et sylphes des jeunes femmes et hommes dont la beauté confère au merveilleux, à la féerie.
Dans la mythologie les sylphides et les sylphes sont des génies élémentaires de l’air.
Chateaubriand (1768-1848) raconte avoir créé dans son esprit  une sylphide qui lui tient compagnie. Ils sont des êtres de rêve, représentant l’idéal masculin ou féminin pour les romantiques jeune-France versés dans l'imaginaire, la fantaisie, la mélancolie et la passion. Le premier grand ballet romantique se nomme La Sylphide. On peut lire un long article ayant pour sujet ce personnage ici.
Photographies : Double page et détail du numéro 317 du quotidien La Feuille sans Titre, du dimanche 24 décembre 1777. Ce journal qui paraît du 1er février au 31 décembre 1777 prend comme modèle le premier quotidien français : le Journal de Paris qui paraît à partir du 1er janvier 1777 jusqu'en 1840. La Feuille sans titre se différencie quelque peu notamment en proposant à partir de son numéro 100 toutes les semaines une gravure de coiffure sur buste. Dimensions : 21x17 cm. Le premier volume (sur deux) rassemblant ces parutions est visible sur : gallica.bnf.fr. Le numéro présenté ici expose dans sa rubrique 'Modes' une gravure et la description de la « Coiffure à la Sylphide ». Voici le texte :
« Coiffure à la Sylphide.
lafeuillesanstitren317pagegravurea250lm On sait que les Sylphes & les Sylphides étaient, selon les Cabalistes, des esprits aériens qui se montraient quelquefois sous des formes humaines, mais toujours belles & élégantes, & c'est sans doute la raison pour laquelle on a donné à cette Coiffure le nom de Sylphide.
Le toupet & les faces se relèvent sur le coussinet comme dans les autres accommodages, en formant sur le sommet de la tête un demi-cercle parfait. De dessous le toupet ainsi ajouté, sort une masse de cheveux qui ont la même direction & qui paraissent en former un second, mais distingué, & séparé de l'autre. Cette masse de cheveux est ajustée en manière de toque, d'où sort du côté gauche une aigrette attachée par un petit flot de ruban, & du côté droit une cocarde. Cette toque formée de cheveux, comme nous l'avons dit, s'appuie sur le chignon retroussé négligemment, mais maintenu par le milieu d'un large ruban à la hauteur des oreilles. Au lieu de retrousser les extrémités des cheveux du chignon en dessous, on les laisse pendre négligemment pardessus, mais les pointes frisées en bequilles. Les faces ne consistent qu'en une grosse boucle, de chaque côté, qui prend de derrière l'oreille & va en remontant se terminer à la toque & au chignon pour remplir l'espace qui les divise. Sous cette boucle, les cheveux qui pourraient en former une seconde, pendent négligemment & sans apprêt jusques sur l'épaule ; & cet espèce de négligé, dans une Coiffure soignée, pour tout le reste, fait un contraste des plus agréables, & donne à la physionomie un certain air de négligence & de douceur qui ne peut manquer de plaire. Dans une partie de cette coiffure ; c'est la Dame la plus occupée de sa coiffure ; dans l'autre c'est celle qui, contente des dons de la nature, les laisse dans l'état qu'elle les lui a donnés, & n'en paraît pas moins belle.
C'est peut-être aussi pour cela qu'on a donné à cet accommodage le nom de Sylphide ; les esprits ne s'occupant guère des ornements des corps qu'ils empruntent ou que quelques sectes leur prêtent.
En jetant les yeux sur cette Coiffure, nous l'avons trouvée élégante & gracieuse ; & nous ne doutons pas, que venant de la source du goût en ces matières, les Dames ne nous sachent bon gré de la leur avoir procurée. »
Pour comprendre un peu mieux la coiffure féminine de cette époque, on peut regarder ces photographies d'une tête de femme datant du XVIIIe siècle qui nous permettent d'appréhender l'archétype de cette manière de cheveux de face, de trois quarts et de dos. Photographies 1, 2 et 3.

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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 19:33

larencontredesicroyables300lm larencontredesicroyablesdetail300lm Photographie : « La Rencontre des Incroyables », gravure par L.-C. Ruotte, d'après Bunbiry « hé ! Bonjour mon ser comme tu es engraissé depuis que je ne t'ai vu ; ma pa-ole d'honneur c'est Inconcevables » (orthographe du texte). Cette estampe est sans doute une reproduction bien postérieure à l'édition originale qu'elle reprend. Cette caricature représente deux incroyables, sans doute des agioteurs, que la Révolution a engraissés. Beaucoup de ces « nouveaux riches » prennent les manières des premiers incroyables, de la même façon que certaines prostituées du Palais-Royal imitent  les merveilleuses. Comme d'habitude les copies nous donnent des renseignements sur les originaux. Ces incroyables ont les deux types de chapeaux pour hommes à la mode alors : le bicorne et l'ancêtre du haut-de-forme ; et les deux sortes de coiffures : perruque à 'oreilles de chien' et cheveux courts à la Talma. Un a des boucles d'oreilles. Tous deux portent une cravate haute qui leur cache le menton, un gilet (dont un à rayures vertes et blanches : deux couleurs de l'ancien régime et de la royauté, le gilet encadrant du reste un médaillon représentant Louis XVI), une redingote, une culotte, des bas avec jarretières (on ne voit que les jarretières pour celui de droite ses bas étant cachés par des guêtres jaunes) et des chaussures pointues à talons bas dont la paire de celui de droite rappelle certains exemples de poulaines médiévales à bouts  parfois très longs. Il se saluent en croisant leur petit doigt. Le texte insiste sur leur façon de parler en zozotant et en ne prononçant pas le 'r'.

larencontredesicroyablestexte650lm © Article LM larencontredesicroyablessalut300lm

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Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 08:48

aedouard&butler1910300alm Photographie 1 : Détail d'une estampe de Sem de 1910 intitulée : « chez EDOUARD & BUTLER » : « - Monseigneur, c'est tout à fait pour vous ... ».
Photographie 2 : Illustration intitulée « Un Arthur de magasin » du chapitre LXIV « Les grisettes et les lorettes » de Tableau de Paris d'Edmond Texier de 1853 (tome second).
Cet article fait suite à ceux intitulés : Les petites mains de la mode française 1 : les grisettes, cousettes et trottins. Les petites mains de la mode française 2 : Les midinettes, femmes du quartier et les mimi-pinsons. Dans celui sur les grisettes, les cousettes et les trottins, j'écris que celles-ci ont des équivalents masculins : les grisets et les trottins. Les jeunes garçons apprentis ont leur place dans cette agitation élégante parisienne. Après tout de nombreux grands noms de la mode ont commencé en étant des cousettes et des arthurs, comme Rose Bertin, Aristide-Jacques Boucicaut fondateur du Bon marché, Alfred Chauchard qui, nous apprend Wikipedia,  débute en étant « commis au magasin Au Pauvre Diable aux appointements de 25 francs par mois »,  le grand couturier Paul Poiret, la styliste Jeanne Lanvin qui « commence à travailler atableaudeparis1853unarthurdemagasin300lm dès l'âge de 13 ans, en 1880, dans la boutique de chapeaux de « Madame Félix », rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris », Coco Chanel, Pierre Cardin, Jean Bousquet créateur de Cacharel,  le coiffeur Alexandre de Paris  … Les exemples sont très nombreux, et les commis de mode ambitieux aussi à ces époques où Paris est la capitale de toutes les audaces, de la mode et de la création. Aujourd'hui l'industrie de la mode est très différente du fait principalement du prêt-à-porter et d'une fabrication qui se fait presque exclusivement à l'étranger, notamment en Chine.
On appelle parfois 'ARTHUR' ces commis que l'on retrouve à vendre des tissus ou autres articles de mode. Ils sont des amants de grisettes mais surtout des femmes entretenues telles que celles qu'on appelle les « petites dames » et qui les prennent comme amoureux pour l'amour et non pour l'argent, tout cela au XIXe siècle. Il en sera question dans un prochain article sur les lorettes.

Au sujet du CALICOT, Alfred Delvau, dans son Dictionnaire de la langue verte (deuxième édition, Paris, E. Dentu, 1867),  le définit ainsi  : « Commis d'un magasin de nouveautés, - dans l'argot du peuple. Le mot date de la Restauration, de l'époque où les messieurs de l'aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu'on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger. Calicote, s. f. Maîtresse de commis de nouveautés. » russomanie300 Au début du XIXe siècle, après le premier Empire, il est de bon ton pour les hommes d'avoir l'air militaire. Tenues de cheval, bottes et éperons, ne sont plus de mauvais goût même en société. On se donne des airs anglais, de soldat russe etc. Cette mode est caricaturée dans un vaudeville intitulé : Le Combat des montagnes ou La Folie Beaujon, représenté pour la première fois en juillet 1817 au théâtre des Variétés. Le texte est visible ici : books.google.com. Voilà ce qu’écrit le Mercure de France d’août 1817 au sujet de cette pièce : « On demandait à un étranger qui revenait de Paris, ce qu’il y avait remarqué pendant son séjour : " J’y ai vu, répondit-il, tous les militaires en bourgeois, et tous les bourgeois en militaires ". Nous avons une foule de gens qui se sont passionnés pour le métier des armes depuis que la paix est faite. Chacun veut avoir l’air d’avoir fait campagne ; et tel qui n’a jamais été à la barrière lorsqu’il aurait pu y rencontrer l’ennemi, porte aujourd’hui des moustaches et des éperons comme un officier de hussards ; c’est un travers du jour, et il était difficile qu’il échappât aux auteurs du Combat des montagnes, dans la revue piquante qu’ils ont faite de toutes les folies à la mode. Pour rendre ce ridicule plus saillant, ils nous l’ont montré dans calicotdejeuner300 la personne d’un certain M. Calicot, marchand de la rue Vivienne ; son belliqueux accoutrement n’en contraste que mieux avec sa paisible profession … » P. Avenel écrit en 1866 dans Les Calicots : " Le costume que les Calicots affectaient de porter en 1817, et que Brunet avait reproduit sur la scène, était ainsi composé : bottes ornées d’éperons, pantalon blanc tombant sur la botte, gilet piqué jaune, habit chicorée la crème (expression du tailleur d’alors), c’est vert mélangé de blanc. "

Photographie : Détail de la gravure de 'Le Goût du Jour, N° 30' intitulée : 'La Russomania'. Cette tenue est celle que prend le calicot, et tel qu'il est représenté sur de nombreuses autres gravures comme dans une estampe conservée à la Bibliothèque de France (voir ici) datée de 1817 où trois hommes sont nommés d'après un tissu (casimir, calicot, pékin) avec pour texte principal : « Prenez y garde !! Il existe une vraie différence entre le Casimir Français, le Calicot de Paris et le vrai Pekin anglais ! ».

Il semblerait que par la suite on continue à appeler ‘calicot’ un jeune ouvrier travaillant dans le luxe et la mode dont il prend certaines manières.

Photographie : " Le déjeuner d’un calicot ". Carte postale du début du XXe siècle.

© Article LM

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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 20:13

amidinette&gommeux300lm Photographie 1 : Détail d'une carte postale de vers 1904, représentant sans doute une midinette avec son carton de magasin s'étant faite arroser par un jardinier. Celui-ci est  sermonné par un gommeux : « Un jeune gommeux, Peut-être amoureux, S'approcha pour blâmer le jardinier honteux. » © Photographie LM. Au sujet des gommeux cliquer ici.
Photographie 2 : Détail d'une carte postale d’avant 1904 d'une série représentant une midinette ayant une anicroche avec un cireur de chaussures devant le Panthéon (dessiné sur toile) : « UNE MIDINETTE 1 – Lui – C'est ce joli petit péton-là... qui va gagner la course des Midinettes ?... » © Photographie LM.
Photographie 3 : Carte postale intitulée « Petite midinette ». © Photographie LM.
amidinetteunjolipetitpeton300lm Cet article fait suite à celui sur Les grisettes, les cousettes et les trottins. Au XIXe siècle on donne à celles-ci de nombreux autres noms, car Paris qui s'agrandit énormément compte un nombre très important de ces ouvrières dont beaucoup travaillent dans la mode. Aujourd'hui les petites mains de la mode et du luxe ont presque disparu en France. Il ne reste que des artisans. Alors qu’avant les années cinquante la MIDINETTE et le trottin égayent les rues parisiennes de leur beauté simple mais élégante. Ces grisettes disparaissent  avec le prêt-à-porter et la fin du sur-mesure (voir article intitulé Le tailleur).
Le nom de 'midinette' est utilisé à la fin du XIXe et au XXe pour désigner les jeunes filles travaillant dans la mode. Elles sont souvent représentées dans les premières cartes-postales. Avant elles il y a donc les grisettes, cousettes et trottins (et pendant pour celles-ci) et puis les femmes du quartier, les mimis, les mimi-pinsons, les pré-catélanières, et les musardines, musettes et noceuses qui sont des habituées des lieux dansant peu mondains et dont je parlerai dans l'article sur les lorettes. Les grisettes parisiennes sont en effet assez libres. Elles n’hésitent pas à draguer, sortir, avoir une ribambelle de jeunes hommes autour d'elles … La FEMME DU QUARTIER est une « Grisette qui a la spécialité de l’étudiant et qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires de peur de déplaire à Paul de Kock. On dit aussi Femme de l’autre côté (sous-entendu) de la Seine. » (Delvau, Alfred, Dictionnaire de la langue verte, apetitemidinette300lm deuxième édition, Paris, E. Dentu, 1867). Quant à la MIMI-PINSON, c'est un personnage d'un poème d'Alfred de Musset (1810-1857) intitulé Mimi Pinson, profil de grisette  repris dans d'autres oeuvres et s'inspirant d'un genre de grisette que l'on appelle ainsi depuis.
Photographies : Page de couverture de la revue Femina du 1er Décembre 1903 (n°69) contenant un article sur  « La Sainte-Catherine ». © Photographies LM. Voici des passages du texte : « Tous les ans au 25 Novembre, la Sainte-Catherine, qui est la fête de toutes les jeunes filles, est célébrée avec une solennité particulière dans les ateliers parisiens où les « Midinettes » la préparent avec un soin religieux. Il est donc naturel que nous invitions aujourd’hui nos lectrices à une promenade dans un atelier un jour de Sainte-Catherine. […] Passons à la fête – nuancée cette fois de quelque mélancolie – des petites ouvrières parisiennes. Ce sont les couturières qui la célèbrent avec le plus d’entrain, puis les modistes. Chez les fleuristes et les plumassières la tradition se perd, peut-être parce qu’elles n’ont pas sous la main tous les éléments du fameux bonnet. Ah ! ce bonnet ! qui pourra jamais dire combien de talent et d’ingéniosité sont dépensés pour la confection de cet extravagant et anachronique couvre-chef. On y passe des nuits, on y dépense des sommes folles – jusqu’à dix francs ! – les ateliers rivalisent pour ce chef-d’œuvre que la propriétaire, après ce jour de plaisir mélangé de tristesse, serrera comme une r aFeminadec1903couverture300lm elique dans son armoire… Donc le bonnet est prêt. La midinette – non mariée, ne l’oublions pas – qui compte vingt-cinq printemps révolus est désignée. Il ne s’agit plus que de réunir les fonds pour faire une modeste bombance et payer aussi les frais du bonnet. On se cotise d’abord, puis en chœur on vient ensuite « taper » la patronne, c’est-à-dire solliciter d’elle sa cotisation, laquelle couvre en général, la moitié des frais. Ou bien on a recours, pour arrondir la somme, à la bourse de particuliers renommés pour leur générosité et qui ne se font jamais prier, comme ceci arriva l’an dernier au comte d’Haussonville, membre de l’Académie Française. Voici la description du bonnet classique : il est en forme de béguin et en mousseline de soie ; il porte deux nœuds jaunes et deux bouffants de chrysanthèmes jaunes ; il est orné à profusion de rubans jaunes, de symboliques fleurs d’oranger et muni d’une gigantesque épingle au motif plus ou moins biscornu. Après un déjeuner où, selon les moyens, le vin blanc cacheté, le cidre mousseux, le saumur pétillant, l’extra-dry, coulent à flot, on fait appel à l’art ( !) de musiciens ambulants. Des bals s’organisent dans l’atelier soigneusement débarrassé. Enfin, une des ouvrières offre le bonnet à celle de ses camarades qui remplit les conditions traditionnelles. A cinq heures, sortie en pompe, dans la curiosité des badauds amassés. Ensuite, dîner, sous la présidence de la patronne, invitée. S’il reste quelques francs on va au théâtre afin de clôturer dignement cette journée mémorable. Grâce à l’initiative de M. Gustave Charpentier, l’auteur de Louise, et de nombreuses personnalités parisiennes, l’accès de certains établissements est gratuit. Et voilà comment, chaque année, on célèbre la Sainte-Catherine, patronne des jeunes et des vieilles filles. Ne cherchons pas ce qu’il peut y avoir de tristesses inavouées, d’illusions flétries sous tant de gaité … Il n’y a qu’à Paris que l’on puisse ainsi refouler une grosse larme dans un sourire … »

aFeminadec1903couverturedetail300lm © Article LM

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 18:31

aleleverdesgrisettes300lm aleleverdesgrisettesdetaila300lm Photographies 1 et 2 : 'Le lever des grisettes'. Estampe d'époque 1802-1812. © Photographies LM. Un autre exemple est ici. Celle-ci a un pendant : Le coucher des grisettes.
J'ai plusieurs fois dit dans ce blog que j'allais faire des articles sur les petites mains de la mode française dont elles sont une partie intégrante et importante. Je suis donc heureux de constater que du 14 octobre 2011 au 15 janvier 2012, la Maison de Balzac à Paris accueille une exposition intitulée : Elle coud, elle court, la Grisette... « Une centaine d’œuvres de toute nature (peintures, caricatures, faïences, livres et journaux illustrés, partitions, échantillons d’étoffe) sont réunies en un parcours décliné suivant cinq thèmes, au cœur de la représentation de la grisette au temps de Balzac (1815-1850). Pour chaque section, des chansons de la première moitié du XIXe siècle, spécialement sélectionnées pour le parcours, ont été interprétées par Le Hall de la chanson, et font l’objet d’une diffusion sous des bonnets ou chapeaux sonores.  I – La grisette en conditions II – Constellation grisette III – À quoi reconnaît-on une grisette ? IV – Les plaisirs et les jours… et les nuits ! V – Fil et profils : du trottin à la passante. »
grisettesunbal300lm.jpg Photographie 3 : Livret d’époque 1838 d’une pièce de théâtre intitulée Un Bal de grisettes. Vaudeville en un acte (Paris). © Photographie LM.
Photographie 4 : Illustration intitulée « La grisette » du chapitre LXIV « Les grisettes et les lorettes » de Tableau de Paris d'Edmond Texier de 1853 (tome second). © Photographie LM.
La GRISETTE est un personnage important de la mode française. Depuis le XVIIe siècle des textes relatent la beauté des couturières, vendeuses et autres petites mains de la mode dans ce quartier du bon goût qui entoure le Palais-Royal. Si leur vie à Paris est celle de travailleuses à bas salaires, elles y trouvent une certaine liberté, de l'espoir d'ascension sociale parfois réalisée, et pour les plus belles peuvent jouir de la galanterie de la capitale française où tous aiment à badiner.
Dès 1797, année de sa fondation, le Journal des Dames et des Modes rend hommage à la grisette dans sa planche n°33 : « Costume parisien. Grisette en négligé du matin, faisant sa provision au marché des Quinze-Vingts » (Voir ici cette estampe). Il existe plusieurs estampes de dames représentées de cette manière comme ici : Femme de qualité en grisette (1683), ou ici : La Grisette (1776).
Voici des représentations de grisettes au XIXe siècle : Les grisettes de Paris (1856) ; dessin à la plume, encre brune et aquarelle de Constantin Guys (1802-1892) intitulée Grisette au tablier jaune.
atableaudeparis1853lagrisette500lm Au XVIIIe siècle on emploie surtout le nom de 'grisette' pour signifier de jolies petites mains : des ouvrières souvent employées dans la mode. Jeunes, sans fards, assez pauvres, elles peuvent avoir aletrottin300lm une réelle vénusté. Et même si certaines élégantes du XVIIIe et avant font œuvre d’un raffinement extrême, la beauté brute n’est jamais méprisée en France, au contraire (comme en témoigne le goût pour les pastorales) et cela de tous temps. Cependant ce nom au XVIIIe siècle garde une signification liée à une condition médiocre ; et il faut attendre l'édition de 1832-5 du Dictionnaire de L'Académie française pour que soit ajoutée à cette définition celle « d'Une jeune ouvrière coquette et galante » : « se dit aussi d'Une jeune fille ou d'une jeune femme de médiocre condition ; et, plus particulièrement, d'Une jeune ouvrière coquette et galante. Il n'y avait que des grisettes à ce bal. Il ne voit que des grisettes. Ce sens est familier. » Le terme désigne souvent des ouvrières ou employées de maisons de modes et de beautés, gracieuses et se laissant courtiser assez facilement : « couturières, modistes, fleuristes ou lingères, enfin tous ces gentils minois en cheveux, chapeaux, bonnets, tabliers à poches, et situés en magasins » (Balzac, Œuvres div., t. 2, 1831, p. 277). « Quand la grisette assise, une aiguille à la main, Soupire, et de côté regardant le chemin, Voudrait aller cueillir des fleurs au lieu de coudre » (Hugo, Châtim., 1853, p. 347). La grisette est un personnage coutumier de la littérature de la première moitié du alegrisetdumidi300lm XIXe siècle : pièces (comédies, vaudevilles …), opérettes, romans, chansons … la mettent en scène. Mais ce mot est petit à petit remplacé par d'autres sans doute du fait de sa connotation péjorative : 'grise'.
Photographie : Carte postale semblant avoir un tampon de La Poste de 1905 d'une série intitulée « Comment ils déjeunent » avec ici « IV. Le trottin. » © Photographie LM.
Comme son nom l’indique, la COUSETTE est employée dans les maisons de couture.
Le TROTTIN désigne plus que des petites-mains de la mode  : des petits pieds qui « trottent » dans Paris entre clients et marchands … avec des boîtes à chapeaux sous le bras ou d'autres parures de mode. Le terme est ancien. Au XVIe siècle on appelle « trottins » les « pieds ». Au XVIIe on désigne ainsi un  petit laquais ou petit commis qui fait les courses ou le coursier, puis au XIXe siècle aussi une apprentie ou jeune ouvrière modiste, couturière ou autre chargée de faire les courses et des livraisons. Ce terme est encore employé dans la première moitié du XXe siècle. On utilise aussi les mots de trottin' et 'griset' pour désigner les équivalents masculins.
Photographie : Estampe du XIXe siècle signée Ferocio et Birouste intitulée : « Le griset du Midi. » © Photographie LM.

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Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 13:33

LesFoliesBergeres Photographie de gauche : « Les Folies Bergère ou Le Promenoir ». Huile sur toile signée en bas à gauche de Jean-Gabriel Domergue, de 81 x 65 cm. © Galerie Ary Jan.
Photographie de droite : « Betty et son danseur ». Huile sur toile signée en bas à gauche de Jean-Gabriel Domergue, de 100 x 81 cm. © Galerie Ary Jan.
La vogue d'une beauté féminine aux formes filiformes, véhiculée par les modèles de mode et de haute couture, est caractéristique de certains canons du XXe siècle. Jean-Gabriel Domergue (1889-1962) est peut-être un des premiers peintres au début de ce siècle à représenter ces femmes qui bien qu'ayant abandonné les corsets et autres aplatisseurs de poitrine de la fin du XIXe siècle BettyetsonDanseur conservent une silhouette gracile. Cette nouvelle 'parisienne' est associée à une mondanité elle aussi neuve qui succède à celle croquée par le caricaturiste Sem (Georges Goursat : 1863-1934). Si la peinture de Jean-Gabriel Domergue s'approche de la caricature, c'est à la manière d'un 'Toulouse-Lautrec bourgeois' dont il fréquente l'atelier. Ceci dit Henri de Toulouse-Lautrec est issu d'une très vieille famille aristocratique française descendant en droite ligne des comtes de Toulouse. Il semblerait même qu'il soit un véritable 'gant jaune' comme le laisse à penser un splendide portrait par Giovanni Boldini (1842-1931) visible ici. Une autre digression sur l'oeuvre de Giovanni Boldini dont certains portraits sont des chefs-d'œuvre de dandysme, comme ceux : du comte Robert de Montesquiou-Fézensac, de Giuseppe Verdi,  de Mme Charles Max, d'une jeune femme coiffée d'un très grand chapeau orné de plumes, ou celui-ci.
C'est un mélange détonnant qui est celui de la vie parisienne de la seconde moitié du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, où mille tons différents viennent colorer la vie d'une capitale très cosmopolite ; et qui s'est enorgueillie de cela jusqu'à aujourd'hui.

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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 10:11

afficheArtcurial1209350 L'exposition Intérieurs 2011 : L'art de vivre avec l'art réunit du 12 au 22 septembre (de 11h à 19h), à Artcurial sur les Champs-Élysées, douze décorateurs représentant la scène française reconnue dans ce domaine.  Il s'agit de : India Mahdavi, Olivia Putman, Roxane Rodriguez, Alain Demachy, François-Joseph Graf, Chahan Minassian, Pierre Yovanovitch, Jean-Louis Deniot, Laurent Buttazzoni & Associés, Joseph Dirand, Tristan Auer, Thierry Lemaire. Tous sont venus décorer une pièce de cet hôtel particulier construit en 1844 dans un style néo classique et réaménagé par la suite. Pour moi, l'intérêt de ce genre d'exposition est d'être inscrite dans l'actualité, qu'elle informe sur le ton d'aujourd'hui pour l'art, avec des créateurs abordables donc puisque contemporains et en pleine évolution.
Pour trouver des idées de décoration on peut aussi se rendre à Drouot Richelieu dont la rentrée commence le 21 septembre avec notamment une vente d'Europ Auction avec des meubles du XVIIIe siècle. Là ce sont les vendeurs, professionnels de l'art, collectionneurs et amateurs qui donnent de la vie aux objets. Je reparlerai de cette vente. En attendant, le catalogue est visible ici.
Et puis il y a les musées.

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Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 13:30

VivienneWestwoodRobedetaild300 Comme VivienneWestwoodRobedetailc je l'ai écrit dans les articles Les modes gothiques et le style troubadour du XIXe siècle et Le baroque et le rococo : les styles et les personnes, on utilise depuis plusieurs siècles les termes de 'gothique', 'baroque' et 'rococo' pour désigner des modes ou des personnes suivant des tendances passées voire totalement désuètes. Pourtant selon Rose Bertin (1747-1813) la fameuse modiste de Marie-Antoinette : « Il n'y a de nouveau que ce qui est oublié ». Le titre de cet article est donc un clin-d'oeil amusé qui rend hommage à certains aspects de la mode et ses bons de chamois virevoltant de-ci-de-là, en avant ou en arrière (mais tout de même toujours en avant), que l'exposition Le XVIIIe au goût du jour nous donne à goûter.
Photographies 1 et 2 : Robe longue imprimée de chérubins de Vivienne Westwood. Prêt-à-porter printemps-été 1991. Collections Galliera. © EPV / J-M Manaï, C Milet.
Photographie 3 : © Photographie LM prise pendant la conférence de presse.
Il est rare que je fasse plusieurs articles sur une exposition. Pourtant celui-ci est le troisième sur
celle intitulée Le XVIIIe au goût du jour qui se déroule jusqu'au 9 octobre 2011 au Grand Trianon du château de Versailles. Le premier article est visible ici : Le XVIIIe au goût du jour  ; et le second ici : Le bon goût à nouveau de mode ?
C'est grâce à Brigitte Campagne d'Ancienne Mode que l'information de la préparation de cette exposition est arrivée jusqu'à moi. Son intérêt principal est qu'elle éduque le goût à un savoir-faire présent dans la mode du XVIIIe siècle toujours guerlin detail conservé aujourd'hui dans quelques mains et ateliers comme l'explique dans une des deux vidéos ci-dessous Olivier Saillard le directeur du musée de la Mode et du Textile de Paris  qui y  présente l'exposition. Dans la troisième vidéo (la première), Vivienne Westwood, à l'origine avec Malcolm McLaren et tous les autres des mouvements punk et pirate, explique comment elle a puisé une partie de son inspiration dans l'époque des merveilleuses et des incroyables. Sa robe présentée dans l'exposition (photographies 1 et 2) est du reste dans un goût XVIIIe intégré : faite dans un tissu délicat et un imprimé mettant en scène la nature et l'amour (avec des nuages qui vus de près sont constitués d'amoncellements d'angelots), dans un camaïeu cramoisi, tout cela rappelant certains motifs de tissus du XVIIIe siècle, avec un air de déshabillé et de robe de chambre très à la mode alors. Rappelons en aparté que des mouvements comme le punk, la new-wave, le gothique, la techno-industrielle ou le grunge sont, avant d'être provocateurs, le reflet d'une société parfaitement cynique où l'on appuie que les solutions d'avenir sont le nucléaire, les ondes électromagnétiques (téléphone portable, wifi ...), le rsa, les petits arrangements avec des dictatures comme la  République populaire de Chine etc etc etc. Il reste dans ce XXI e siècle à voir au-delà, en s'inspirant entre autres de ce qu'il y a de meilleur dans le passé pour créer quelque chose de mieux pour le futur ! 

Vivienne Westwood parle du XVIIIème

Visite guidée de l'exposition "Le XVIIIème au goût du jour" par Olivier Saillard

Mannequinage des robes de l'exposition "Le XVIIIe au goût du jour"

Photographie : Pour conclure voici une gravure que j'ai déjà présentée à plusieurs reprises dans ce blog mais qui illustre très bien l'intervention de Vivienne Westwood. Il s'agit d'une estampe d'époque 1798, « dessinée d’après nature sur le Boulevard des Capucines » provenant du Journal des Dames et des Modes : une revue parisienne de mode célèbre à partir de 1797. La jeune fille a une coiffure dite textuellement « en porc-épic » qui rappelle la mode punk.

chevelureenporcepic1798300lm © Article LM

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