La Toilette

Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /Jan /2010 18:34

pyxis Photographie de la galerie de Bernard Descheemaeker.

La pyxis, aussi appelée 'pyxide', est un objet particulièrement important dans la toilette médiévale. Son origine est antique. Il s'agit d'un petit vase rond généralement doté d'un couvercle, renfermant des baumes, huiles parfumées, bijoux ... Dans l'iconographie du Moyen-âge, cet objet est souvent associé à Marie-Madeleine, sans doute parce qu'il est le symbole des plaisirs assimilés au bain et à la toilette ; aussi parce que la sainte oint les pieds de Jésus-Christ avec un parfum de nard pur de grand prix.

La galerie de Bernard Descheemaeker en présente une qui est intéressante (photographie) pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce qu'elle date de vers 1220-1230, et qu'il s'agit d'un exemple de la production d'émail champlevé polychrome de Limoges (oeuvre de Limoges : opus lemovincense d'après Wikipedia) qui offre du milieu du XIIe siècle jusqu'à la première moitié du XIVe des exemples d'objets d'art particulièrement beaux voir sublimes. Celui-ci, de 7,2 cm de haut et 6,4 cm de diamètre, peut aussi être utilisé pour contenir les hosties de la messe. Il comporte sur les pourtours du couvercle comme du bassin des bustes d'anges représentés dans des médaillons. Le musée national du Moyen-âge de Cluny à Paris conserve et expose des émaux de Limoges dont des pyxides et des représentations de Sainte Marie-Madeleine portant un tel objet comme une statue en bois de la fin du XVe siècle ou une autre particulièrement belle, parfois présentée comme étant une sybille. Voici d'autres exemples trouvés sur le net du Moyen-âge : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 ; et des pyxides antiques : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14.

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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 20:20

chambre300b Photographie provenant de www.interencheres.com.

L'art est aussi une invitation au rêve. Voici une chambre à coucher de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe qui en promet de beaux, si on apprécie les rêves baroques ! Elle provient de la vente aux enchères du 25 janvier à Rennes par Bretagne enchères dont le catalogue est disponible sur : www.interencheres.com.

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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 11:38

camee Cliquez sur la photographie pour accéder à la vidéo

La vidéo & l'image proviennent de : www.interencheres.tv

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 15:36

boiteamouchestachetee300 boite a mouches 300 Pour faire suite à mon article précédent, voici deux boîtes à mouches mises en vente le lundi 21 décembre à Drouot Richelieu par Pierre Bergé & Associés. Le catalogue est consultable en cliquant ici. 

La première a un petit air léopard que nous avons rencontré chez de nombreux petits-maîtres : « BOÎTE à MOUCHE ovale en ivoire piqueté d'or dans des encadrements d'or à torsade sur fond amati. A l'intérieur deux compartiments dont l'un à couvercle en ivoire et or gravé de croisillons (petits fêles, miroir rapporté). PARIS 1783. Maître-Orfèvre : probablement Joseph-Antoine BLERZY. Un écrin d'époque en galuchat vert (petits accidents). Poids : 68,3 g. H_2,5 cm L_5,5 cm P_4,3 cm »

La seconde : «  EXCEPTIONNELLE BOÎTE à MOUCHES de forme rectangulaire en ors de couleur, émaillée jaune orangé à toutes faces. Tous les panneaux portent un fin décor d'arbres et herbes dans de riches encadrements de frises de feuilles de laurier ciselées et ponctuées de petites boules ou fleurettes d'émail orange. L'ensemble est souligné de filets d'émail blanc. Elle découvre à l'intérieur un compartiment répétant le décor émaillé de la boîte, un miroir (choc) et un pinceau monté en or (infimes chocs). PARIS 1777. Maître-Orfèvre : poinçon difficile à lire. Poids total : 121 g. H_2 cm L_5,1 cm P_3,9 cm »
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 22:28

Dans l'article du 11 septembre 2008 intitulé La toilette masculine : l'art du rasage, il est un peu question de la barbière. Si le meuble de toilette le plus courant pour les femmes comme pour les hommes est au XVIIIe siècle la table de toilette, les galants utilisent aussi parfois une barbière. Elle est généralement faite pour se raser debout, haute et étroite, et comprend au moins un plateau (fréquemment avec du marbre), quelques tiroirs (pas tout le temps comme pour l'objet de la photographie), ainsi qu'un miroir souvent amovible. Rare au siècle des lumières, ce meuble est fréquent par la suite. Certains ressemblent à de hautes et étroites tables de toilette pour homme avec un aspect alliant les tiroirs du semainier ou de la commode avec au-dessus le plateau en marbre et la glace de la coiffeuse. Il est sans doute d'origine anglaise mais je n'ai trouvé aucun document permettant de l'affirmer. Il apparaît en même temps que de nombreux autres nouveaux meubles comme la psyché (grand miroir amovible permettant de se voir de pied) ou l'athénienne (aussi appelé 'lavoir' qui est sur trois pieds avec une vasque au dessus d'un plateau sur lequel on pose l'aiguière : le vase à eau pour l'ablution, le tout étant l'ancêtre de nos éviers) tous deux associés à la toilette. Un très bel exemple de barbière / commode-toilette en acajou et bronze datant du Premier Empire (1804-1814) est présenté sur le site de la Réunion des Musées Nationaux.

Photographie : Cette barbière en forme de serviteur muet provient de la Galerie Delvaille. En « acajou et placage d’acajou à base tripode et fût central en cannelures », elle est estampillée de l'ébéniste Fidelys Shey « reçu maître le 29 juillet 1788. Ébéniste d’origine allemande (Bade), il produisit des meubles Transition et surtout Louis XVI. Il accordait un soin extrême à la confection de ses meubles et n’utilisait que très rarement la marqueterie. Il fabriqua essentiellement des meubles en acajou massif travaillés avec une extrême délicatesse et ornés de bronzes sobres et fins. » Dimensions : H : 166 cm, Diam : 58 cm

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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 17:44

Pour rendre un hommage à l'exposition sur le bain et le miroir qui se déroule encore pour quelques jours au musée de la Renaissance d'Ecouen, voici une gravure de 1775, de Nicolas Ponce (1746-1831) d'après un dessein d'Eisen (1720-1778), tirée d'un ouvrage de 1775 intitulé Adonis. On y voit Vénus (Aphrodite) prenant un bain.

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Vendredi 30 janvier 2009 5 30 /01 /Jan /2009 20:52

Photographie 1 et 2 : Miroir en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI présenté sur le site de la galerie Wanecq. Il est composé « d’une moulure d’encastrement ornée de fines perles et de feuilles d’eau accompagnée de chutes en drapés de feuilles de laurier. Le riche fronton découpé et ajouré est une allégorie de la paix et de l’amour. Il est orné d’instruments de musique, d’une partition, d’une torche, d’un arc et d’un carquois, l’ensemble de la composition couronné de rameaux d’olivier et de fleurs. Au centre du fronton posées sur un tambourin deux colombes s’échangent un brin d’olivier. » Hauteur de 203 cm et largeur de113 cm.

Photographie 3 : Miroir chevalet, tel celui que l'on pose sur la table de toilette, d'époque Louis XIV. Il a un « encadrement mouluré, marqueté d’écaille brune et de laiton. La partie supérieure cintrée. Ornementation de bronzes, à l’amortissement un mascaron. Au revers, marqueterie Boulle sur fond d’écaille brune, décor rayonnant d’une tête de personnage dans des encadrements de lambrequins, palmettes, rinceaux et entrelacs. A la base, deux lions affrontés. D’après des modèles de Bérain. » Objet d'art de la galerie Wanecq à Paris. 

La langue française a de jolis mots, comme celui de ‘réfléchir’. Il indique en même temps le reflet et la pensée. Cette dernière n’est-elle pas la réflexion de ce que le miroir et notre entourage nous renvoient ?

Si certains ne sont pas d’accord, personne ne mettra en doute que cette homonymie est emprunte d’une réelle poésie. Et puisque je trouve la pensée et les mots délectables, même s'ils n'expriment que des termes (la fin étant aussi le commencement : naître avant terme ...) : des limites utiles pour communiquer et vivre harmonieusement ensemble, je continue ... Notre environnement crée des images dans notre esprit qui lui-même agit sur ce qu'il appréhende et se reflète en lui. Il en résulte un habitus (une hexis en grec) : une intégration et connaissance profonde participante de l'entourage. C'est un jeu de miroirs qui scintillent en nous. Ils brillent dans la délectation du présent qui se savoure par tous les sens qui sont la manifestation concrète de cette danse brillante. Celle-ci s'exprime notamment dans l'hexis corporelle et le jeu avec les codes. Le tout est tel un diamant brut pouvant se tailler en autant de facettes (qui reflètent tels de petits miroirs) que l'on souhaite, se subdivisant à l'infini dans notre appréhension polie du monde dans tous les sens du terme : polissage de la gemme et politesse ; apportant lustre et éclat. Nous sommes tous constitués à partir de cette même matière précieuse, donc égaux. La base est toujours belle et bonne (bien que pouvant être soit rustre, soit salie, soit cachée). La différenciation ne se fait que dans la culture que nous intégrons, son savoir : le polissage qui n'est que l'ouverture du champ des possibles. Le diamant ne reflète pas grand chose avant d'être poli ; le miroir n'est pas su exister avant d'être présenté au regard ... ; ainsi des vérités oubliées ou encore inconnues restent en attente des conditions et des yeux qui se posent sur elles. Mais le terme de réflexion n'est pas assez fin. Il ne s'agit pas de pensée mais d'une intuition. Ce savoir qui n'est pas une histoire de classes ou de connaissances, mais de sensibilité, est une des bases du bon goût. Il voit les choses avec distinction, ne les confond pas, ne mélange pas ce qui n'est pas fait pour l'être. Ce n'est pas non plus quelque chose qui s'enseigne : cela se montre par l'exemple et puis est particulier à chacun car nous avons tous des points de confort différents, la mode étant là pour harmoniser cette richesse incommensurable. Un des aspects de l'élégance française, c'est la juste mesure entre la simplicité de ton et la sophistication, la connaissance de ces extrêmes qui n'en sont pas, le discernement : agir à bon escient ... une pratique de gourmet de la vie.

C'est avec une image de l'Antiquité que je conclus cet article, une iconographie pleine de magie qui semble représenter une jeune femme romaine à sa toilette. Le site de la Réunion des Musées Nationaux reproduit ce détail de la fresque de la Villa dite des Mystères, de Pompéi, peinte vers 70-60 av. J.-C., avec Cupidon (Amour, Eros) qui paraît tendre un miroir à une femme assise qui se coiffe. Cliquez ici pour voir la photographie.

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Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 21:06

Photographie : « Très rare boule à savon en porcelaine blanche de Saint-Cloud, décorée d'écailles en léger relief. Monture argent, Paris 1732-38. Diam. 8,2cm. Circa 1730. » « coll. C.Perlès ».

L’histoire de la mode française est aussi celle de l’hygiène. On se lave beaucoup au Moyen-âge dans des bains publics notamment. Il y en a de nombreux à Paris jusqu’au XVIe siècle. Par la suite, l’église critique de façon véhémente ceux-ci ; mais ils continuent d'exister. Au XVIIe, il n’est pas de bon ton de dire que l’on prend des bains, ce qui a souvent une connotation amoureuse et sexuelle : les étuves publiques nombreuses jusqu’à ce siècle étant considérées par l’église de cette époque comme des lieux de débauche car il semblerait que les femmes y soient admises et que ces ablutions qui se donnent le matin comme en fin de journée durent parfois toute la nuit. Au siècle des précieuses, on se lave pourtant et pas seulement à l’eau, mais aussi avec de nombreuses autres lotions. Même louis XIV que l’on dit ne prendre officiellement que très peu de bains, possède au rez-de-chaussée du corps central du château de Versailles un somptueux appartement de bains avec plusieurs pièces contenant baignoires et petites piscines où il rejoint sa cohorte de courtisanes. Mais ceci se fait en toute discrétion. À cette époque, les élégants font deux toilettes : la première, celle de propreté où on se nettoie avec de l’eau et du savon ou avec des vinaigres parfumés ou autres lotions, et la seconde toilette, plus mondaine, où on finit de se parer et reçoit. A elles deux, elles peuvent durer plusieurs heures chaque jour. La place importante de l’hygiène dans la vie d’un élégant s'exprime aussi dans les nombreux services de toilette et les étuis portables dans lesquels sont placés de petits objets à parfums et autres. La propreté est un aspect important de la mode. Celle du linge et le temps qu’on passe à sa toilette sont les signes d’une personne élégante. Mais pas seulement car le terme de propreté a une définition bien plus large. Jusqu’à la Révolution, la mode, l'intelligence (l'esprit) et l’élégance en général sont des arts de la propreté.

Antoine de Courtin (1622-1685) écrit dans son Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens (1671) que « La Propreté fait une grande partie de la bienséance, & sert autant que toute autre chose, à faire connaître la vertu & l’esprit d’une personne ». Par propreté il entend tout ce qui concerne l’habillement (être bien mis, harmonieusement, être à la mode), la netteté de celui-ci et du linge blanc ainsi que du visage et des extrémités. Quand on dit au XVIIe siècle que le linge blanc doit être net, cela suppose que le corps le soit aussi (avez-vous déjà essayé de garder du linge de corps immaculé ne serait-ce qu’une heure en étant sale ?). Une personne propre est donc bien habillée, avec netteté et goût. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un corps et des habits nettoyés, mais aussi d’être vêtu et paré avec subtilité, d’être poli, gracieux et d’avoir un esprit fin rempli de toutes les qualités (ou du plus possible). Tout ceci est du domaine de la propreté. C'est ainsi que le mot 'décrasser' peut signifier 'rendre poli' et que celui de 'crasse' est souvent associé à des manières grossières. Il est important de saisir cette notion de propreté afin d’envisager l’élégance française et de comprendre son influence. C’est un tout, une harmonie générale !

Et puis il y a les maisons de bains. Le métier de perruquier comprend celui de baigneur, étuviste et barbier jusqu’au XVIIIe siècle et peut-être un peu après. Les appartements de bains que d'aucuns possèdent sont souvent des lieux très élégants, avec un service nombreux et raffiné. On s’y baigne dans différentes sortes de préparations dont certaines parfumées : on se lave à l’eau dans des baignoires, prend des douches, des bains chauds, de vapeur, froids, agrémentés de lotions ... François-Alexandre-Pierre de Garsault (1693-1778) explique tout ce que comprend le métier de perruquier dans son Art du perruquier (1767). On y apprend qu’il s’adresse aux femmes comme aux hommes ; qu’il inclut en particulier l’art de fabriquer des perruques mais aussi de « faire les cheveux et friser », poudrer, faire la barbe. Certains se spécialisent dans les bains. On distingue les bains de propreté et ceux de santé. Les deux comprennent des passages entre l’étuve et le bain. Le bain de propreté consiste en diverses frictions, immersions, lotions et pâtes, bains et eaux de senteur. « On ne prend guère ces Bains qu’un ou deux jours de suite, & de temps à autre. […] Ce qu’on appelle Bain de Santé, se prend comme le précédent, avec de l’eau tiède, mais plusieurs jours de suite, & ordinairement comme remède par ordre du Médecin : c’est pourquoi on fait abstraction de toutes les frictions & immersions délicieuses qui accompagnent le Bain de propreté. » Ce bain de santé comprend diverses sortes d'immersions en fonction de la pathologie : bains chauds, froids, artificiels (avec des herbes médicinales, aromatiques, des minéraux …), locaux, secs (de sablon, de marc de raisin). Les bains sont donc raffinés et courants. Les gens les plus riches ont leur propre appartement de bains mais ne dédaignent pas les bains publics où ils trouvent de la sérénité, du calme et de l’incognito. Certaines maisons de bains publics sont très prisées à cette époque car particulièrement chics, avec un nombreux personnel très attentif.

Photographie : « Perruquier Baigneur Etuviste, Appartement de Bains. » Gravure du XVIIIe siècle, provenant de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et D'Alembert. Il s'agit d'un plan d’appartements de bains avec des coupes transversales. On y distingue 2 baignoires, 2 éviers avec robinets, une chambre avec 2 lits, des toilettes et des petites pièces. Voici la description de la planche que l’on trouve dans l'Encyclopédie : « PLANCHE IX. Appartement de bains particuliers. Fig. 1. 2. & 3. Plan des bains; la fig. 1. est la coupe sur la ligne A B du plan, & la 2. la coupe sur la ligne C D du même plan. E, escalier. F, antichambre. G, petite lingerie. H, chambre en niches. I I, les lits en niches. K K, &c. garde-robe. L, chambre des bains. M M, baignoires en niches. N, réservoir d'eau froide. O O, passages au - dessus des - quels sont d'autres réservoirs. P, étuve. Q Q, fourneaux. R R, chaudières. S S, cheminées des fourneaux. T T, portes des fourneaux. »

Au XVIIIe siècle, plusieurs gravures nous dévoilent une dame prenant un bain à son domicile. Le sous-entendu érotique est très présent dans ces images. Elles prouvent aussi que cet usage est courant dans les lieux d'habitation souvent grâce aux porteurs d'eau qui ont une importance toute particulière dans des grandes villes comme Paris jusqu'à l'avènement de l'eau courante. Ils apportent le liquide à domicile. Ils sont très nombreux. Au XIX e siècle la baignoire se démocratise véritablement et meuble les intérieurs parisiens modernes. Edmond Texier écrit en 1853 dans son Tableau de Paris que seules les parisiennes savent faire une toilette complète avec « le bain, les parfums, les flots d’écume répandus par des sav ons onctueux, la pâte d’amandes, les essences, rien n’est épargné. » Au milieu de ce siècle l’hygiénisme prône en Europe certaines valeurs de propreté et d’hygiène de vie. On s'intéresse à la mode et essaie de la rendre hygiénique, comme dans le traité de Jean-Antoine Goullin, datant de 1846, intitulé La Mode sous le point de vue hygiénique, médical et historique ou Conseils aux Dames et à la jeunesse, dans lequel l’auteur donne de très nombreux conseils : habits ni trop étroits ni trop légers, coiffures pas trop serrées non plus … et même des recettes de soins et d’embellissement du corps. Il recommande la gymnastique. Il déconseille fortement l’usage du corset qui pourtant continue à être à la mode jusqu’au début du XXe siècle. Il explique pourquoi : évanouissements … Alphonse-Louis-Vincent Leroy (1742-1816) est un médecin du XVIIIe siècle qui écrit aussi sur ce sujet dans son Recherches sur les habillements des femmes et des enfants ou Examen de la manière dont il faut vêtir l'un et l'autre sexe (1772). La découverte des microbes par Pasteur (1822-1895) en 1865 révolutionne complètement la médecine et cette notion d’hygiène. Il en résulte de nouvelles modes vestimentaires et pratiques comme le sport … Les découvertes de Pasteur et leurs implications hygiéniques sont un tournant non seulement dans la médecine mais aussi dans les pratiques quotidiennes et la mode. Les vêtements sont moins serrés ... En France on appelle que rarement les adeptes de ces nouvelles coutumes des hygiénistes, mais de nouveaux qualificatifs apparaissent comme gentilhomme du sport. Voici un passage de Trop de chic de Gyp (1900) qui décrit ces pratiques à la mode « Les jeunes boudinés vivent différemment … sous prétexte qu’il faut faire de l’exercice et de l’hygiène, ils débutent au réveil par un tub qui souvent les laisse grelottants … après les haltères, promenade à cheval à fond de train … déjeuner très léger, afin de ne pas engraisser … c’est impossible avec la nouvelle forme de la poitrine « pschutteuse… » [je donnerai la définition de ce mot dans un autre article : cela signifie faux élégant] cigares très forts, partie de paum e, pour se faire du muscle… marche forcée en fauchant vigoureusement, ce qui double la fatigue … escrime et douche anéantissante … nombres de tasses de thé au five o’clock… dîner léger, toujours pour ne pas engraisser… nuit au jeu, au bal ou n’importe où !... on rentre livide !... Qu’est-ce que ça fait ?... c’est de l’hygiène !... ». A la fin du XIXe siècle et au début du XXe les expositions d’hygiène se multiplient comme au Palais de l’Hygiène.

L'hygiène est un thème qui pose la question de notre environnement physique et mental, de l'harmonie et de l'évolution du genre humain. La propreté nous engage dans notre entier : nos actions, nos rapports avec les autres et ce qui nous entoure, la politesse, notre âme ... C'est un tout qui apporte plaisir et tranquillité, un des fondamentaux de l'intelligence, une des bases de la construction de notre avenir.

Photographie : « Palais d'Hygiène (Esplanade des Invalides) ». Cet édifice est construit à Paris pour l'exposition universelle de 1878, et est reproduit sur cette petite chromolithographie publicitaire du 4ème quart du XIXe siècle.

Photographie : Une petite-maîtresse du XIXe siècle au bain. Détail d'une page de Tableau de Paris d'Edmond Texier (1853) . On peut lire au dessous et à côté : « Les bains à domicile sont une dérivation des établissements de bains chauds. L'élément principal, c'est-à-dire l'eau, est transportée, ainsi que les baignoires, chez les petites maîtresses, qui ne sauraient se livrer dans un lieu public à tous les raffinements de leur toilette, et chez les bourgeois riches, qui ne veulent pas s'imposer de dérangement. Il est difficile de pénétrer dans ces intérieurs et ces réduits où se cachent les mystères de la vie intime du Parisien. »

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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 19:36

Les coffres sont des meubles de rangement très utilisés jusqu'au XVIIIe siècle et en particulier au Moyen-âge car on se déplace beaucoup et cela dans toute l'Europe. Ils font partie de ces objets facilement transportables tels les tapisseries murales ou les sièges pliants. On dépose dans certains les habits, les plus délicats étant préalablement enveloppés dans une fine et délicate toile (la toilette). Les coffrets sont de moindre taille. Certains ressemblent à de petits coffres-forts comme celui de la première photographie. Ce modèle fait 16 x 9 x 11,5 cm. Il appartient à la galerie Debackker. Réalisé en France vers 1400, il est en bois et cuir rouge avec des traces de dorures. Les montures sont en cuivre. La galerie Wanecq expose un coffret en marqueterie d'époque Louis XIV (deuxième photographie) : « Coffret rectangulaire à couvercle en doucine, en marqueterie d’écaille rouge et de laiton gravé. Décor de rinceaux feuillagés, de bouquets et d’un riche bestiaire d’oiseaux, singes et escargots dans le goût des dessins de Jean Bérain (1640-1711) « dessinateur de la Chambre et du Cabinet du Roi ». H. 9 cm, L. 28,5 cm, P. 22 cm. Ce type de coffret était très prisé par les collectionneurs sophistiqués de la première moitié du XVIIIe siècle. Un portrait de Madame Marsolier et sa fille peint par Jean –Marc Nattier, conservé au Metropolitan Museum of Art de New-York, montre la jeune fille tenant un coffret marqueté dans le même esprit. » Sans doute s'agit-il de celui que l'on peut voir  sur www.photo.rmn.fr. Cette peinture représente Madame Marsollier assise à sa table de toilette embrassant sa fille d'une plume et d'un brin de fleurs de pensées tout en contemplant ce que cela donne dans le miroir. Sa progéniture regarde de face, la main droite posée sur un genou de l'adulte et l'autre tenant ouverte la boîte près du bassin de sa mère qui sort de l'objet plumes et fleurs délicates.

Sur la table de toilette sont disposées différentes boîtes que je vais à présent répertorier avec les boîtes : à mouches, à savon, à poudre, à pâtes, à rouge, à opiat, à bijoux, à montures de bois, à pilules, à fioles, à parfum, bergamote, à linge, à perruques, les caves à parfum qui elles sont de véritables coffrets de même que certains nécessaires de toilette. Les boîtes à mouches contiennent un pinceau, de la pâte et une brosse pour la colle, des rubans adhésifs sur lesquels sont posées les mouches faites de taffetas ou de velours noir à revers gommé, ayant toutes sortes de formes et de tailles : longues en losange, carrées, en coeur, en croissant de lune, ou même découpées en étoiles avec un petit diamant au centre. Ces boîtes ont un couvercle, plusieurs compartiments, parfois un petit miroir et une monture. Il en existe de portatives. Les mouches que l’on place sur le visage disent une sensibilité et ont un nom en fonction de leur emplacement : en haut du front au milieu pour la majestueuse, au coin de l’œil pour la passionnée, sur la joue pour la galante ou l’enjouée, sur le nez pour la gaillarde, au coin de la bouche pour la baiseuse ou la coquette, sur le menton pour la discrète… Les boîtes à savon ou savonnières vont par deux. L’une est destinée à mettre l’éponge et l’autre le savon. On les appelle aussi boules à éponge ou à savon. Les boîtes à poudre sont souvent les plus grandes des boîtes de toilette. Elles gardent des poudres parfumées que l’on appelle parfois « grosses poudres de violettes », avec une base de plantes et drogues aromatiques. Les poudres pour les cheveux sont elles aussi parfumées aux fleurs … Les boîtes à pâtes contiennent des pâtes pouvant servir pour se laver les mains sans eau, comme avec celle de Provence, dont Simon Barbe offre la recette dans son livre : Parfumeur Royal, ou l'art de parfumer avec les fleurs & composer toutes sortes de parfums, tant pour l'Odeur que pour le Goût (1693). Avant le dix-septième siècle, il semble qu’on les utilise surtout comme parfums, et qu’elles sont alors le plus souvent constituées d’amandes pilées mélangées à des éléments odorants. « L’esprit-de-vin » (l’alcool) ne servant pas encore de véhicule aux parfums, ceux-ci ont surtout cette forme. On continue à recourir à cet usage au dix-huitième siècle. Les boîtes à rouge comportent des mortiers à fard. C’est dans les mortiers à fard et à rouge que l’on broie les ingrédients de leurs préparations. La dame l’applique avec un petit pinceau, comme le fait Madame de Pompadour dans une peinture de François Boucher de 1758. On compte aussi des boîtes à fard portatives. Le rouge peut être fait de cinabre ou de carmin mélangé à du talc de Moscovie ou d’autres matières. Les villes comptent leurs marchands de rouge et certains de ces fards ont des noms spécifiques. Les boîtes à opiat sont souvent les plus petites. Primitivement, il semble que l’on appelle ‘opiat’ un médicament interne comprenant de l’opium. Mais on donne aussi  ce nom  à des dentifrices et peut-être à d’autres préparations. Les boîtes à bijoux gardent devinez quoi ? Elles portent parfois le nom de baguiers, mot qui désigne tous les objets servant à entreposer les bagues et autres bijoux. Certains on la forme de tiges équipées de crochets s ur lesquels on suspend les parures ; quand ce ne sont pas des coffrets ou des coupes ... Les boîtes à racines conservent les racines. S’agit-il de la poudre de racine d’Iris de Florence dont on fait grand usage, ou de racines à mâcher comme la guimauve, l’acore odorant, la réglisse…, pour les dents, les gencives, l’haleine, la santé… ? Les boîtes à montures de bois peuvent être faites de deux petits disques de faïence enchâssés dans une monture de buis constituant le fond et le couvercle. Elles se portent facilement en poche afin de transporter des crèmes, onguents ou mouches de beauté. Les boîtes à pilules ou à pastilles contiennent des pastilles à odeurs, à brûler, de bouche. Les pastilles à odeurs parfument. Celles à brûler font de même mais une fois mises sur des braises ardentes préalablement placées dans des cassolettes faites à cet usage (voir la section sur les brûle-parfums). Parmi les pastilles de bouche citons le cachou. Dans les boîtes à fioles on garde des fioles (en verre) à parfums, poudres, médicaments, eaux de toilette, élixirs pour les yeux... Les boîtes à parfum sont des vinaigrettes contenant un morceau de coton ou d’éponge imbibés de vinaigre aromatique ou d’eau parfumée et placés sous une petite grille métallique articulée. Elles ont aussi le nom de boîtes à senteur, se portent sur soi et sont parfois en céramique. Elles connaissent un grand succès aux dix-septième et dix-huitième siècles, et un peu moins au dix-neuvième. Elles sont très proches des vinaigrettes que l’on invente au dix-septième siècle et qui renferment elles aussi des morceaux d’éponge ou de coton imprégnés de parfum. Les boîtes bergamote ou Bergamotes (photographie), sont faites à partir de la peau de l'orange bergamote. Cette peau est retournée, puis déposée sur un mandrin de bois. En séchant, elle épouse la forme désirée. Recouverte d'un très léger cartonnage, elle est ensuite enduite d'un mélange de colle et de craie, poncée puis peinte de scènes galantes dans un style naïf et enfin vernie. Les Bergamotes seraient caractéristiques d'un art populaire Grassois du dix-huitième siècle et de la première moitié du dix-neuvième. Les boîtes à linge servent à ranger des mouchoirs, des bas en soie ou en coton ... Elles ont la forme de petits coffres pouvant contenir le linge fin qu'un homme de qualité peut employer en deux jours. Certaines sont parfumées. Les boîtes à perruques sont longues et étroites, à la proportion d'une perruque, et rondes par les bouts. Certaines sont garnies d’une toilette de senteur à l’intérieur, et à l’extérieur de peau de senteur, le tout étant bordé de galons d’or, d’argent ou de soie. On y ajoute parfois une serrure ou un crochet. Les caves à parfum ou cabinets à parfum ou cassettes ou nécessaires à parfum , sont des petits coffrets dans lesquels sont disposés des flacons, parfois avec un entonnoir et un gobelet (une timbale) pour les mélanges, et plus rarement une coupelle et un rince-oeil. Il y a aussi les flaconniers qui comportent flacons et entonnoirs.

Les nécessaires de toilette sont des coffres assez grands pour contenir de nombreux objets, sauf pour les nécessaires de poche (ou étuis-nécessaires) qui recèlent de petits articles : boîte à mouches, brosse à dent, couteau pliant, crayon, cuillère, cure-oreilles, entonnoir, flacons, gratte-langue, passe-lacet, peigne, pince à épiler, porte-crayon, racloir pour les dents, tablettes pour envoyer des messages…L’intérieur est doublé de velours ou de soie. Les nécessaires de toilette peuvent comporter en plus : boîtes bergamotes, autres boîtes, cachet, canif, carnet de bal, cassolette, coupelle, cuilleron, démêloir, épingles de toilette, gants cosmétiques ou glacés, passe-laine, dé, étui, gobelet, houppe de cygne, houppette, jarretières, miroir, oeillère, petite cuiller, porte-aiguilles, porte-mine, pots à pommade, réchaud, rubans à peignoir, sachets parfumés, soucoupe et tasse… Certains nécessaires sont incorporés à des objets auxquels ont ne s’attend pas comme à de petites lorgnettes ou à de étuis à messages. Quelques cannes, dites aujourd’hui cannes de beauté, ont des compartiments contenant de petites boîtes, des flacons à parfum, manucure … Le barbier a aussi son nécessaire : le nécessaire de barbier. Les nécessaires de voyage sont garnis de toutes sortes d’éléments, dont certains pour la toilette, que l’on emporte lors de longs déplacements. Les étuis à ciseaux sont d’autres de ces objets, avec les étuis à aiguilles ou les étuis ou nécessaires à couture dans lesquels se trouvent, parmi d’autres garnitures, des dés à coudre…

L'antiquaire Le Curieux vend sur son site divers exemples de ces « nécessaires, étuis et coffrets ». comme celui-ci qui illustre la fin de cet article et dont voici la description : « Prestigieux nécessaire de voyage de Dame, le coffret en loupe, écoinçons et filets de laiton, poignées de transport encastrées. Le blason du couvercle est gravé du chiffre "BL". Serrure et clé "trèfle", signée du grand tabletier parisien : "FAIT PAR MAIRE , Ft DE NECESSAIRES, RUE ST HONORE N° 154 A PARIS" Dans un gainage de maroquin rouge longs grains doré aux petits fers, il contient dans des emplacements et plateaux : * Un tête à tête en porcelaine de Paris, réserves et décors en grisaille, polychromie et dorure. Deux boîtes à thé en vermeil, un mélangeur en cristal et vermeil, un passe-thé, un couvert et deux petites cuillères en vermeil, une casserole haute et son couvercle en vermeil. * Un nécessaire à écrire : porte plume, porte mine, taille plume, deux encriers, un bougeoir à main, un cachet gravé du prénom "Aglaé", un grand portefeuille à soufflet en maroquin vert doré aux petits fers * Un nécessaire de toilette, soins de visage et cosmétique, comprenant notamment un mortier à fard, son couteau et sa poupée, un petit pot à pommade en porcelaine dorée, deux détartreurs de dents monté en nacre, un cure-dent et cure-oreille, 4 flacons cristal, bouchons et stoppeurs en vermeil, un bain d'œil, un entonnoir à parfum, une brosse à dent en vermeil, 3 peignes et démêloirs en corne. * Un nécessaire à couture : Ciseaux, crochet de Lunéville, porte-aiguille en écaille blonde piquée d'or, un dé en or 2 couleurs, un étui à bobines. Orfèvres parisiens associés : Denis-François Franckson et Louis-Antoine Drouard. France, Paris, circa 1802-1804. Dimensions : 46 cm x 24,5 cm, hauteur 15,5 cm. Très bel état (toutes les pièces sont d'origine à l'exception du miroir qui a été changé postérieurement. »

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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 14:18

Se faire arranger les cheveux est un acte important de la vie élégante. Le coiffeur qui connaît son métier sait toute la portée de ses ciseaux et la 'gravité' de son geste. Comme on le devine par son mouvement représenté dans la caricature ci-dessous, c’est un artiste qui tient dans ses mains la vie mondaine de sa cliente. Tous ses muscles sont tendus vers sa mission. Il est armé comme un hussard, une paire de ciseaux sur la hanche et un peigne en arme légère dans les cheveux. L’effort qu’il déploie est gorgé de toute la verve qui donne en France les révolutions : celle de 1789, celle artistique des Romantiques, celle des Trois Glorieuses. Évidement, tout cela est ironique ! Cette lithographie date de la Monarchie de Juillet (1830 et 1848) qu’elle critique. L’intérieur de la scène est bourgeois et luxueux, dans le goût de cette époque. Le coiffeur est chic, et l’occupation très futile. Cela contraste avec l’autre thème qui est la Révolution française, suggéré par les deux tableaux ayant pour titre des batailles révolutionnaires célèbres : Jemmappes et Walmy (Jemappes et Valmy) et le bonnet tricolore que tient la jeune femme tout en disant : " Pauvre liberté, qu’elle queue !! " ce qui peut se traduire par : " Pauvre liberté, quelle fin !! ". Ces deux batailles particulièrement difficiles ont permis à la Révolution de s’établir et à la ‘liberté’ de s’installer pour qu’une femme puisse se faire coiffer la queue (de cheveux). Il s’agit d’une allégorie sarcastique. On peut y lire les autres inscriptions suivantes : " La Caricature (Journal) N°61 " ; " Pl. 124 " ; " Lith. De Delporte " ; " On s’abonne chez Aubert galerie véro dodat ". La maison d’édition Aubert est créée en 1829 et située à Paris au Passage Véro-Dodat. Elle publie La Caricature à partir de 1830 jusqu’à la fin du titre en 1843. C'est un hebdomadaire satirique illustré. Elle édite à part des lithographies des images du journal sous la forme de feuilles volantes, comme celle-ci.
La coiffure et par là même le coiffeur occupent une place de choix dans la mode parisienne. Au XVIIIe siècle le terme de 'coiffure' désigne tout l’arrangement du haut de la tête. Les petites gravures sous forme de vignettes avec certaines de dames représentées de buste parsèment les revues de mode de cette époque. Dans le tome I de Causes amusantes et connues (1769), Estienne Robert (1723-1794) relate un différent entre les coiffeurs des dames de Paris et les barbiers-perruquiers, les premiers se plaignant que les seconds essaient leur prendre leur place. On y récolte de nombreuses indications sur ce métier. Voici des extraits : " Nous sommes par essence des Coiffeurs des Dames, & des fonctions pareilles ont dû nous assurer de la protection, mais cette protection a fait des envieux ; tel est l’ordre des choses. Les Maîtres Barbiers-Perruquiers sont accourus avec des têtes de bois à la main ; ils ont eu l’indiscrétion de prétendre que c’était à eux de coiffer celles des Dames. […] Le Coiffeur d’une femme est en quelque sorte le premier Officier de la toilette ; il la trouve sortant des bras du repos, les yeux encore à demi-fermés, & leur vivacité, comme enchaînée par les impressions d’un sommeil, qui est à peine évanoui. C’est dans les mains de cet Artiste, c’est au milieu des influences de son Art, que la rose s’épanouit en quelque sorte, & se revêt de son éclat le plus beau ". La plainte des " Coiffeurs des Dames de Paris." est assez amusante car elle met en valeur le métier de coiffeur en le décrivant comme un art libéral et dénigre celui de perruquier. On y apprend beaucoup de choses sur ces deux métiers et combien ceux-ci sont considérés à l’époque, les premiers n’hésitant pas à se comparer à des artistes.  Si au XVIIe siècle, certaines coiffures féminines ressemblent à des tours, au XVIIIe, les cheveux montent en boucles en de gracieuses vagues et sont parsemés de fleurs, rubans, de plumes et même parfois d’objets décoratifs pour en faire de véritables monuments. Un passage du même livre fait référence à la coquetterie exagérée des " Petits-Maîtres " dont les coiffeurs concèdent la tête aux perruquiers afin de ralentir l’élégance affectée de ces raffinés. Nous apprenons qu’à Paris, en 1769, on dénombre près de 1200 coiffeurs sans compter les perruquiers. Honoré Daumier (1808-1879) en caricature un pour sa série des Types Français avec le texte suivant. : " Le Coiffeur. La Coiffure est un art qui a son langage, ses principes, ses académies et ses savants. Le véritable artiste Coiffeur est Français, Parisien, Languedocien ou Provençal, mais surtout Gascon. " La boutique du coiffeur est un endroit très prisé des élégants car non seulement on s'y rend pour s’y faire coiffer mais aussi y passer du temps en lisant et s'informant. Au XIXe siècle on y compulse les derniers romans à la mode et les dandys comme les gommeux viennent les feuilleter. La coiffure est une affaire sérieuse dans la France coquette. Depuis l'Antiquité on la porte tantôt longue, tantôt courte. Au Moyen-âge, chez les hommes, la mode est pendant un temps aux cheveux longs, puis le clergé les impose coupés avant qu'ils reviennent à l'état précédent et parcourent ainsi les XVIIe et XVIIIe siècles avant d'être réduits à nouveau au XIXe. Mais les boucles restent de rigueur dans les deux cas. La mode des cheveux bouclés oblige certains à se faire deux fois par semaine des frisures quand ils ne portent pas tout simplement une perruque. De nombreuses caricatures du XIXe siècle représentent des hommes se faisant mettre des papillotes dans les cheveux par leur amie ou un coiffeur.

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